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Par Noam Chomsky
Le linguiste nord-américain Noam Chomsky - auquel nous nous sommes référés à plusieurs reprises sur ce blog - a élaboré une liste des « Dix Stratégies de Manipulation » à travers les média. Nous la reproduisons ici. Elle détaille l'éventail, depuis la stratégie de la distraction, en passant par la stratégie de la dégradation jusqu'à maintenir le public dans l'ignorance et la médiocrité.
Chomsky démontre avec brio combien les médias entre les mains des multinationales, directement pour les télévisions privées et via la publicité pour les médias publics, sont avant tout des instruments d’abêtissement des masses en vue de vendre et de tuer tout esprit critique et mettre fin à la civilisation.
Un danger de plus pour la démocratie !
Noam Chomsky, un des plus grands
analystes de notre temps
1 / La stratégie de la distraction.
Élément primordial du contrôle social, la stratégie de la diversion consiste à détourner l’attention du public des problèmes importants et des mutations décidées par les élites politiques et économiques, grâce à un déluge continuel de distractions et d’informations insignifiantes. La stratégie de la diversion est également indispensable pour empêcher le public de s’intéresser aux connaissances essentielles, dans les domaines de la science, de l’économie, de la psychologie, de la neurobiologie, et de la cybernétique. « Garder l’attention du public distraite, loin des véritables problèmes sociaux, captivée par des sujets sans importance réelle. Garder le public occupé, occupé, occupé, sans aucun temps pour penser; de retour à la ferme avec les autres animaux. » Extrait de « Armes silencieuses pour guerres tranquilles »
2/ Créer des problèmes, puis offrir des solutions.
Cette méthode est aussi appelée « problème-réaction-solution ». On crée d’abord un problème, une « situation » prévue pour susciter une certaine réaction du public, afin que celui-ci soit lui-même demandeur des mesures qu’on souhaite lui faire accepter. Par exemple: laisser se développer la violence urbaine, ou organiser des attentats sanglants, afin que le public soit demandeur de lois sécuritaires au détriment de la liberté. Ou encore : créer une crise économique pour faire accepter comme un mal nécessaire le recul des droits sociaux et le démantèlement des services publics.
3/ La stratégie de la dégradation
Pour faire accepter une mesure inacceptable, il suffit de l’appliquer progressivement, en « dégradé », sur une durée de 10 ans. C’est de cette façon que des conditions socio-économiques radicalement nouvelles (néolibéralisme) ont été imposées durant les années 1980 à 1990. Chômage massif, précarité, flexibilité, délocalisations, salaires n’assurant plus un revenu décent, autant de changements qui auraient provoqué une révolution s’ils avaient été appliqués brutalement.
4/ La stratégie du différé
Une autre façon de faire accepter une décision impopulaire est de la présenter comme « douloureuse mais nécessaire », en obtenant l’accord du public dans le présent pour une application dans le futur. Il est toujours plus facile d’accepter un sacrifice futur qu’un sacrifice immédiat. D’abord parce que l’effort n’est pas à fournir tout de suite. Ensuite parce que le public a toujours tendance à espérer naïvement que « tout ira mieux demain » et que le sacrifice demandé pourra être évité. Enfin, cela laisse du temps au public pour s’habituer à l’idée du changement et l’accepter avec résignation lorsque le moment sera venu.
5/ S’adresser au public comme à des enfants en bas-âge.
La plupart des publicités destinées au grand-public utilisent un discours, des arguments, des personnages, et un ton particulièrement infantilisants, souvent proche du débilitant, comme si le spectateur était un enfant en bas-âge ou un handicapé mental. Plus on cherchera à tromper le spectateur, plus on adoptera un ton infantilisant. Pourquoi ? «Si on s’adresse à une personne comme si elle était âgée de 12 ans, alors, en raison de la suggestibilité, elle aura, avec une certaine probabilité, une réponse ou une réaction aussi dénuée de sens critique que celle d’une personne de 12 ans». Extrait de «Armes silencieuses pour guerres tranquilles»
6/ Faire appel à l’émotionnel plutôt qu’à la réflexion.
Faire appel à l’émotionnel est une technique classique pour court-circuiter l’analyse rationnelle, et donc le sens critique des individus. De plus, l’utilisation du registre émotionnel permet d’ouvrir la porte d’accès à l’inconscient pour y implanter des idées, des désirs, des peurs, des pulsions, ou des comportements…
7/ Maintenir le public dans l’ignorance et la bêtise.
Faire en sorte que le public soit incapable de comprendre les technologies et les méthodes utilisées pour son contrôle et son esclavage. « La qualité de l’éducation donnée aux classes inférieures doit être la plus pauvre, de telle sorte que le fossé de l’ignorance qui isole les classes inférieures des classes supérieures soit et demeure incompréhensible par les classes inférieures. Extrait de « Armes silencieuses pour guerres tranquilles »
8/ Encourager le public à se complaire dans la médiocrité.
Encourager le public à trouver « cool » le fait d’être bête, vulgaire, et inculte…
9/ Remplacer la révolte par la culpabilité.
Faire croire à l’individu qu’il est seul responsable de son malheur, à cause de l’insuffisance de son intelligence, de ses capacités, ou de ses efforts. Ainsi, au lieu de se révolter contre le système économique, l’individu s’auto-dévalue et culpabilise, ce qui engendre un état dépressif dont l’un des effets est l’inhibition de l’action. Et sans action, pas de révolution!…
10/ Connaître les individus mieux qu’ils ne se connaissent eux-mêmes.
Au cours des 50 dernières années, les progrès fulgurants de la science ont creusé un fossé croissant entre les connaissances du public et celles détenues et utilisées par les élites dirigeantes. Grâce à la biologie, la neurobiologie, et la psychologie appliquée, le « système » est parvenu à une connaissance avancée de l’être humain, à la fois physiquement et psychologiquement. Le système en est arrivé à mieux connaître l’individu moyen que celui-ci ne se connaît lui-même. Cela signifie que dans la majorité des cas, le système détient un plus grand contrôle et un plus grand pouvoir sur les individus que les individus eux-mêmes.
Devinez
Qui a écrit ceci ? « Je passe sur le fait que le sort, la vie, de millions d'hommes et de femmes se joue, à cet instant, sur le coup de dés d'une agence dont je répète que le point de vue n'est jamais "objectif" ni "scientifique" et sera d'ailleurs, quelques jours plus tard, comme il se doit, démenti par celui d'une agence concurrente.
Le plus stupéfiant, dans cette affaire, c'est l'emballement des acteurs politiques et de l'opinion ; c'est notre acceptation immédiate de ce qu'il faut bien appeler un diktat, pour ne pas dire un abus de pouvoir ; c'est ce phénomène d'intoxication, on dirait presque d'hypnose collective, qui nous fait consentir à une dégradation (quel mot !) dont nul, ou presque, n'interroge les sources, les titres, les motifs ; c'est le fait que nous soyons si peu à nous insurger contre ce fétichisme absurde, cette caricature de technicité et de sérieux ; c'est la docilité qui nous fait accepter, d'une seule voix, que la politique de la France et du monde se fasse, comme disait le général de Gaulle, "à la corbeille" de ces super-Bourses aux illusions que sont devenues les agences ; c'est l'étrange consensus, en un mot, autour de cette figure nouvelle de ce qu'un bon auteur appela, jadis, la servitude volontaire et qui vient d'atteindre là un point d'extravagance sans pareille. »
C’est de Jean-Luc Mélenchon ? d’Olivier Besancenot ou du seul candidat ouvrier à l’élection présidentielle, Philippe Poutou ? De François Hollande ? De Paul Magnette ?
Ne cherchez plus : vous n’y êtes pas. C’est de Bernard Henri Lévy, BHL himself ! Dans « le Point » de cette semaine…
Cette fois-ci, BHL ne mérite pas d'être entarté...
Notre philosophe germanopratin est-il passé dans le camp anticapitaliste, ou à l’altermondialisme ? S’est-il inscrit au Parti de gauche ? Non. Il a eu simplement un éclair de lucidité. Le capitalisme international irait-il trop fort qu’il commencerait à gêner l’intelligentsia « libérale » ? On peut se poser la question.
La connerie d’or
Le très capitaliste quotidien « l’Echo » de ce samedi a interrogé trois économistes sur les pistes qu’ils entrevoient pour « sauver la croissance ». Il s’agit de l’ineffable Etienne de Callataÿ (banque Degroof), d’Ivan Van de Cloot (Itinera institute) et de Paul De Grauwe (professeur à la KUL).
Le palme de la « connerie d’or » revient incontestablement à de Callataÿ qui suggère que le gouvernement annonce pour le 1er octobre prochain une hausse de la TVA comme cela « beaucoup de gens vont se précipiter pour acheter aujourd’hui. C’est une mesure budgétaire avec un impact positif instantané sur la croissance. » L’économiste de la banque Degroof oublie que le pouvoir d’achat des ménages ne cesse de diminuer et que, hausse ou non de la TVA, les gens ne se précipiteront pas pour consommer plus et ainsi « relancer » l’économie. De plus, une hausse généralisée de la TVA ne ferait qu’aggraver la précarité !
And the winner is... la "connerie d'or" pour Etienne de Callataÿ !
Le second prix va à Van de Cloot qui propose de donner des consignes « aux fonctionnaires pour accélérer les dossiers d’investissements. » Ben tiens ! On accroîtrait les déficits. Ce n’est pas très orthodoxe cela. Mais, ce n’est pas tout ! Le gourou d’Itinera propose un « déphasage » au niveau européen : « Il faut que la Grèce fasse plus d’austérité que l’Italie qui en fasse plus que la Belgique, etc. Au bout de la chaîne, des pays comme l’Allemagne et les Pays Bas ne doivent pas en faire du tout. Cela stimulera mécaniquement la demande extérieure des autres. » Autrement dit, les pauvres payent pour les riches. Il n’y a vraiment rien de nouveau sous le soleil bancaire, M. Van de Cloot.
Pour Ivan Van de Cloot : les pauvres doivent payer pour les riches...
Heureusement, le troisième, Paul De Grauwe, est hors concours. L’ancien parlementaire VLD dénonce la « dictature des créanciers ». La Commission européenne mène une politique perverse, selon lui, en alimentant l’austérité alors que l’Europe se dirige vers une récession. « La Commission aurait dû dire : les mesures d’austérité sont indispensables, mais vu la récession qui s’installe, il serait bon de les postposer. Elle a fait exactement l’inverse… » Cela relève du dogmatisme pour le professeur à la KUL. Notons au passage que De Grauwe avait approuvé les critiques de Paul Magnette à l’égard de la Commission. Enfin, l’économiste De Grauwe prédit une récession en Allemagne, ce qui permettrait à la Belgique de relancer la consommation et de reprendre les exportations. Le malheur des uns…
L'exception Paul De Grauwe : un économiste libéral mais non dogmatique
Irréversible ?
Un bureau d’études – Laplace Conseil – a remis un rapport dans lequel il estime que la fermeture de la phase à chaud d’Arcelor Mittal à Liège est irréversible, à moins d’injecter un milliard d’Euros, ce qu’aucun opérateur privé n’acceptera de faire.
La phase à chaud d'Arcelor Mittal à Liège peut être sauvée,
c'est une question de volonté politique.
Cela a l’air énorme, mais que représente un milliard d’euros en regard des 480 milliards prêtés à un taux dérisoire par la BCE aux banques privées ? La sidérurgie ne pourra être sauvée qu’au niveau public et européen.
L’argument de la concurrence mille fois opposé par les dirigeants des institutions européennes pour interdire les « aides d’Etat » ne tient pas : la concurrence est mondiale et ne se déroule pas au sein de l’Union européenne, Arcelor Mittal ayant un quasi monopole dans plusieurs pays européens. La relance de la sidérurgie européenne par des investissements publics au niveau de l’Union permettra à ce secteur de retrouver sa position concurrentielle et de sauver et de créer ainsi un nombre considérable d’emplois.
Pierre Verhas
Le gouvernement ultraconservateur, dirigé par Victor Orban, a été élu en 2010. Composé de députés du parti Fidesz en coalition avec les chrétiens démocrates (minoritaires), il possède plus de 2/3 des sièges au Parlement et a œuvré dès le départ à la transformation de la Hongrie en un Etat autoritaire et nationaliste. Le Fidesz est membre du PPE dont Viktor Orban a été nommé vice-président.
Viktor Orban dit le "viktateur" impose sa Constitution envers et contre tout.
Une nouvelle constitution particulièrement liberticide a été adoptée à la fin de l’année dernière par le Parlement hongrois et est entrée en vigueur au 1er janvier 2012. Il est à noter qu’elle a une particularité juridique : elle doit être accompagnée d’une série de lois organiques votées par les 2/3 des parlementaires magyars.
Cette nouvelle constitution et ses lois organiques d’application ont fait l’objet d’une désapprobation non seulement d’une large part de l’opinion publique hongroise mais aussi de critiques au niveau international. La secrétaire d’Etat Hillary Clinton, plusieurs parlementaires européens dont Guy Verhofstadt ont exprimé leur inquiétude à ce sujet. Au niveau de la Commission européenne et du Conseil, la prudence est de mise. S’en étonnera-t-on ?
Hillary Clinton, une colère diplomatique ; Guy Verhofstadt, une colère sans doute sincère, toutes deux inefficaces
Or, comme nous allons le voir, il s’agit de la part d’un Etat membre de l’Union européenne d’une violation flagrante de la Charte fondamentale, de la Convention européenne des droits de l’homme et aussi du Traité de Lisbonne.
Historique
L'actuelle Constitution de la République hongroise a été adoptée le 20 août 1949, suite à la prise du pouvoir par les communistes de Rakozy. C'est la toute première Constitution écrite de ce pays – d’ailleurs le seul de l'ancien bloc d'Europe centrale et d’Europe de l'Est à ne pas avoir entièrement récrit sa Constitution à la chute du communisme.
En 1988, on envisagea de préparer une nouvelle Constitution qui instaurerait un système multipartite, une démocratie parlementaire et une économie sociale de marché. Il n’a toutefois pas été possible de le faire alors, soi-disant faute de temps. L’Assemblée nationale a donc adopté en 1989 un amendement global à la Constitution de 1949; le préambule du texte amendé de 1989 prévoit que la Constitution restera en vigueur à titre temporaire jusqu'à l'adoption d'une nouvelle Constitution. Elle a été amendée à plusieurs reprises depuis 1989.
Le Parlement de Budapest s'est-il fait hara-kiri ?
La préparation et l'adoption d'une nouvelle Constitution ont été décidées dès l’arrivée du pouvoir de la coalition conservatrice en 2010. Elle a été adoptée le 18 avril 2011 et est entrée en vigueur le 1er janvier 2012 après l’adoption d’une série de lois organiques d’application votées à la « hussarde » par la majorité conservatrice lors du dernier trimestre 2011.
La nouvelle Constitution hongroise et son contenu
1) Dans les domaines politique et religieux : la nouvelle Constitution rend rétroactivement "responsables des crimes communistes" commis jusqu'en 1989 les dirigeants de l'actuel Parti socialiste (ex-communiste), ce qui a poussé ces derniers à dénoncer "la mise en place d'une dictature". Notons que cette notion de « crimes communistes » existe en Tchéquie (voir notre article sur le « démocrate » Vaclav Havel.
Il est d’abord fait allusion à « Saint-Etienne » fondateur de la Hongrie. Ensuite, la mention « République de Hongrie » est remplacée par « Hongrie » mais le mot « République » est repris dans la phrase : « la forme d’Etat est une république ». Le statut et rôle du président de la République sont définis. Cela n’empêche que En matière linguistique, la langue hongroise est la langue nationale et il n’y a pas de garantie constitutionnelle de protection des langues des minorités nationales.
En plus, la Hongrie porte la responsabilité de la situation des Hongrois vivant hors des frontières nationales. Cette disposition pourrait être interprétée comme autorisant le gouvernement hongrois à prendre des mesures en faveur des personnes d’origine hongroise citoyennes d’un autre pays. C’est la porte ouverte à d’éventuels conflits frontaliers. Voici les dispositions constitutionnelles.
La Commission de Venise (la Commission européenne pour la démocratie et le droit, organe consultatif chargé des questions constitutionnelles dont le siège est à Venise) a estimé dans son "Avis" que "la formulation relativement générale et imprécise" de cet article était "propre à susciter des inquiétudes" et a jugé "particulièrement malheureuse l'utilisation du terme "responsabilité" dans ce contexte, car il pourrait être interprété comme autorisant les autorités hongroises à prendre des décisions et des mesures à l'étranger en faveur de personnes d'origine hongroise citoyennes d'un autre pays", ce qui "ferait apparaître des conflits de compétences entre les autorités hongroises et celles des pays concernés". Elle a rappelé aux autorités hongroises qu'il ne leur appartenait pas "de décider si les Hongrois vivant dans d'autres Etats jouiront de droits collectifs ou seront habilités à créer leurs propres organes autonomes". Lors de sa visite à Budapest, les autorités hongroises lui auraient "formellement confirmé" qu'il fallait interpréter cet article comme "l'expression d'une volonté de coopérer avec les Etats concernés pour soutenir et assister les Hongrois vivant à l'étranger dans leurs efforts de préservation et de développement de leur identité" et non pas comme "la base de décisions applicables hors du territoire national".
C’est la porte ouverte à une nouvelle guerre « ethnique » dans les Balkans. La très prudente objection de la Commission de Venise n’a fait l’objet d’aucune mise en garde de la part des autorités de l’Union européenne. Cet attentisme pourra être lourd de conséquence : sans doute a-t-on vite oublié la catastrophe d’ex-Yougoslavie. Et n’oublions pas qu’un des objectifs principaux de l’Union est la paix en Europe… Cela n’est pas la meilleure manière de la garantir !
Côté religion, une loi réduit d'environ trois cents à quatorze les communautés bénéficiant de subventions publiques. Notons également qu’il est explicitement fait référence à « Dieu » (« Dieu bénisse les Hongrois ») dans le préambule de cette nouvelle Constitution.
2) Sur le plan éthique, la nouvelle Constitution décrète que l’embryon est un « être humain » ce qui ouvre la porte à une interdiction de l’avortement.
Elle décrète également que le mariage ne peut avoir lieu qu’entre un homme et une femme, ce qui implique l’interdiction du mariage homosexuel.
Les réactionnaires ont un problème avec les mariages gays...
3) En ce qui concerne les libertés : la Commission de Venise est très critique à l’égard de la Constitution hongroise.
Ainsi, en matière judiciaire, il n’est pas fait référence aux normes internationales sur les obligations des tribunaux en matière d’interprétation, ce qui est la porte ouverte à tous les abus, ni au respect des traités internationaux en matière de droits de l’homme.
En matière d’emprisonnement à vie, elle regrette qu’il n’y ait pas de possibilité de libérations conditionnelles.
Sur le plan de la liberté de la presse, elle n’est pas garantie comme une liberté individuelle, mais elle est organisée par une loi organique. C’est ainsi qu’une radio d’opposition s’est vue récemment retirée son autorisation d’émettre.
Une loi organique est consacrée à la liberté de conscience et au statut juridique des Eglises dont les dispositions sont les suivantes :
Article 1 : liberté de conscience et de religion. Il indique sobrement que "La Hongrie reconnait la liberté de conscience et de religion" (alors que la loi de 1990 – ancienne loi sur la liberté de conscience – disposait : "La liberté de conscience et de religion est une liberté publique fondamentale de l'être humain à laquelle chacun a droit et dont la République de Hongrie garantit l'exercice paisible"). Il détaille ensuite ce que "comprend" ce droit: "la liberté de choisir ou adopter une religion ou une autre conviction de conscience et d'en changer, ainsi que le droit de manifester ses convictions et de les professer", la "liberté qu'a toute personne physique de manifester sa religion ou autre conviction, que soit en effectuant des activités religieuses, des cérémonies et d'autres activités ou d'une autre façon, soit individuellement, soit collectivement avec d'autres, publiquement, que soit par des outils de communication ou dans la vie privée, de la pratiquer, l'enseigner ou de se passer de la manifester".
Article 2 : pratique au sein des institutions publiques et sociales. Les personnes "dont on s'occupe dans les établissements d'enseignement, de santé, sociales, de protection de la famille, de l'enfance et de la jeunesse" ainsi que celles "qui sont détenus dans les structures d'exécution des peines" doivent pouvoir exercer leur "liberté de conscience et de religion" "aux niveaux collectif et individuel" (la loi de 1990 ne mentionnait pas les établissements d'enseignement). Celles "qui exécutent un service auprès des organismes de défense de l'ordre et de défense nationale" peuvent, elles, "exercer librement" "au cours de l'accomplissement de leur service" leur "droit à la liberté de conscience et de religion".
Article 3 : enfants. "Le parent, le tuteur, a le droit de décider de l'éducation morale et religieuse de l'enfant mineur, de son enseignement religieux, et d'y veiller en conséquence." La mention de l'enseignement religieux est rajoutée par rapport à 1990 mais elle était entrée dans les faits depuis.
Article 4 : non-discrimination et limites. "Nul ne peut être avantagé ou désavantagé parce qu'il a choisi, adopté, déclaré et professé une conviction de conscience ou de religion, qu'ensuite il en a changé ou-bien qu'il l'a pratiquée" et "L'exercice du droit à la liberté de conscience et de religion ne peut être limité que selon ce qui est déterminé à l'alinéa (3) de l'article I de la Loi fondamentale".
Article 5 : non-publicité. "Les autorités d'État ne peuvent collecter des données et ne peuvent tenir de registre en relation avec le droit à la liberté de conscience et de religion. Au cours du recensement, l'information sur l'appartenance religieuse ne peut être demandée que si elle a un caractère non-obligatoire et d'une façon impropre à l'identification."
Il est significatif qu'un article important de la loi de 1990 ait disparu de ce chapitre (l'ancien article 8), qui disait que "ceux qui suivent les mêmes dogmes peuvent créer une communauté religieuse, une confession religieuse, une église (...) organisée en collectivité dans le but d'exercer leur religion". Ce droit à fonder une église est en effet supprimé par la nouvelle loi.
On observe une fois de plus le caractère profondément rétrograde de toutes ces dispositions. Elles partent d’une conception tout à fait dépassée des rapports sociaux, du statut de la femme et de la sexualité.
La nouvelle Constitution et les matières économiques
C’est en matière économique et financière qu’il y a un conflit ouvert entre le gouvernement hongrois, d’une part, et la Commission européenne et le FMI, de l’autre.
Il convient de noter qu’il est précisé dans la Constitution que la monnaie est le « forint », ce qui a évidemment pour but de retarder l’éventuelle entrée de la Hongrie dans la zone Euro.
Une loi organique a été adoptée par le Parlement hongrois le 30 décembre une loi réduisant l'indépendance de la banque centrale du pays. Cette nouvelle loi avait incité la Commission européenne et le Fonds monétaire international à rompre les négociations sur le renflouement financier du pays, dès le début décembre 2011.
Depuis 2010, le gouvernement Orbán a pris une série de mesures non-conformes aux règles européennes en matière économique.
Le Président Barroso a suspendu les négociations «préliminaires» visant à débloquer une ligne de crédit de 20 milliards d'euros à Budapest. Viktor Orban avait demandé, fin novembre, ce «filet de sécurité», auprès de Bruxelles et du Fonds monétaire international (FMI). La Commission décidera en janvier si elle accepte de reprendre ces négociations.
Dans le collimateur de la Commission: deux textes de loi touchant à l'économie. Le premier permet au gouvernement hongrois de nommer des vice-présidents de la Banque centrale, et limite de fait l'indépendance de l'institution (en contradiction avec l'article 130 du traité de Maastricht).
Le second impose un impôt sur le revenu égal pour tous les contribuables (une flat tax, à 16%), qui revient à supprimer l'impôt sur la fortune, et creuser un peu plus le déficit public. En outre, elle entrave au préalable tout futur gouvernement hongrois rendant très difficile toute nouvelle mesure fiscale.
Notons que c’est un argument difficile à faire valoir avec la « règle d’or » que le projet de Traité « Merkozy » veut imposer : il lie aussi les mains les futurs gouvernements de l’UE en matière budgétaire. S’il fallait démontrer que démocratie et ultralibéralisme ne sont pas compatibles, voilà un bel exemple.
A l'encontre des règles de discipline budgétaire dictées par Bruxelles. La Hongrie, avec une dette supérieure à 80% de son PIB, est le pays d'Europe centrale et orientale le plus endetté. Pour retrouver des marges de manœuvre, Orban cherche, entre autres projets périlleux, à mettre la main sur les réserves de change de sa Banque centrale.
La riposte des institutions européennes
Au préalable, observons que l'exécutif européen s'est montré beaucoup moins regardant sur les lois enfreignant les libertés fondamentales.
C’est au Parlement européen que de nombreuses voix se sont élevées, malheureusement en ordre dispersé, comme Guy Verhofstadt ou le groupe des Verts. On observera que le PPE, groupe principal, n’a pas pris position sur cette question lors de son Congrès de Marseille des 7 et 8 décembre 2011, où Viktor Orban était présent.
Les Verts font appel officiellement à l’application des alinéas 2 et 3 de l’article 7 du Traité de Lisbonne qui prévoit les mesures en cas de violation grave des dispositions de l’article 1bis sur les valeurs de l’Union. Timidement, le groupe socialiste considère qu'il faut «sérieusement l'envisager». En effet ces dispositions du traité de Lisbonne prévoient, en cas de non-respect par un Etat membre des «valeurs fondamentales» de l'Union, que le droit de vote de ce pays, au sein du Conseil, soit suspendu. «C'est tout ce qu'il y a à disposition... Il est techniquement possible d'appliquer l'article 7, mais d'un point de vue politique, c'est une tout autre histoire», estime Mattias Kumm, professeur de droit européen au Centre de recherche en sciences sociales de Berlin. N’est-ce pas là prendre ses désirs pour des réalités ?
La procédure peut s'enclencher sur l'impulsion du Parlement européen, ou de la Commission, ou encore d'un tiers des Etats membres. Mais il faudrait rassembler, en bout de course, l'ensemble des 26 autres Etats membres, en dehors de la Hongrie, pour que la sanction entre en vigueur. Un scénario quasi impossible, puisque la majorité des gouvernements européens sont conservateurs.
2 - Poser des «conditions» à l'aide financière
«Il faut débloquer l'aide à la Hongrie, qui en a besoin, mais il faut aussi poser des conditions», avance Catherine Trautmann (groupe socialiste). On pourrait, par exemple, exiger que Budapest assouplisse certaines de ses lois jugées les plus problématiques par Bruxelles, avant de verser une première tranche de l'aide. On rêve à Strasbourg !
Cette piste ne s'annonce pas simple non plus à négocier. D'autant, comme on l’a vu, que Budapest s'est déjà brouillé avec le FMI, en juillet 2010, au sujet d'une première enveloppe d'aide, et qu'Orban aura du mal à accepter de nouvelles conditions du FMI et de l'UE, s'il veut continuer à jouer sur la corde nationaliste pour plaire à son électorat.
Par la pression financière, le FMI et la Commission arriveront sans doute à faire céder Viktor Orban sur ses mesures en matière financière, mais gageons que les questions des droits, des libertés, des problèmes éthiques, cette partie de bras de fer sera sans effet.
C'est la piste la plus floue, mais sans doute aussi la plus probable: celle des sanctions symboliques. «Je ne crois pas que l'on ira jusqu'à l'exclusion du Fidesz du PPE, mais il pourrait y avoir une forme de condamnation publique du parti», estime Mattias Kumm. Mais ces sanctions informelles risquent aussi de se révéler inefficaces.
On se souvient du fiasco pour l'Union, en 2000. Afin de protester contre l'entrée du parti d'extrême droite de Jörg Haider dans la coalition autrichienne de Wolfgang Schlüssel, les Européens avaient mis en place des sanctions diplomatiques. Qui consistaient notamment à ce que les fonctionnaires européens ne serrent pas les mains de leurs collègues autrichiens...
Le retour des Habsbourg
On peut constater – et ce n’est pas un hasard – que ces dérives antidémocratiques et eurosceptiques sont propres à des pays de la « Mitteleuropa » (l’ancienne Autriche Hongrie), l’Autriche, la Tchéquie et la Hongrie. De puissants mouvements favorables à une entité centre-Europe « habsbourgeoise » et catholique existent.
Il est intéressant de lire l’interview que Georges de Habsbourg, le fils cadet de feu Otto de Habsbourg, a accordée à un organe français libéral – conservateur et proche de l’intégrisme catholique, « Nouvelles de France », au sujet de la Constitution hongroise.
Georges de Habsbourg rêve-t-il d'un retour à l'empire auxtro-hongrois ?
Tout d’abord, l’archiduc se réjouit de la suppression du mot « république » du nom officiel de la Hongrie et de la référence à Dieu. « Ce qui change vraiment est le préambule qui commence en demandant « que Dieu bénisse les Magyars » et également le fait que le nom officiel de notre pays soit désormais la « Hongrie » et non la « République de Hongrie », bien que celle-ci demeure une république. Je suis tout à fait pour. Tout le monde a dit que cela allait transformer la Hongrie en régime présidentiel et qu’il s’agissait d’une sorte de révolution mais en fin de compte pas du tout. Les références à Dieu c’est très bien, à la Sainte Couronne, très bien, à la morale, très bien. Cela ne posera pas le moindre problème pour ceux qui se nomment Chrétiens. »
Ensuite, le cadet des Habsbourg, ayant lui-même choisi de vivre en Hongrie, s’exprime sur la question de l’avortement dont on devine son orientation… « Je trouve que c’est une très bonne chose d’y avoir inscrit la protection de l’enfant à naître. Concernant les questions d’avortement, il faut avant tout rechercher la protection de l’enfant. Cela ne veut pas dire qu’il n’y aura plus d’avortements en Hongrie car c’est la loi qui règle ces questions et la loi n’a pas changé. Cependant la vie commence avec la conception même si il y aura toujours quelques scientifiques pour dire que la vie commence à la 2ème ou 3ème semaine. A terme, bien sûr, les lois peuvent changer, mais ce n’est pas la constitution qui en décide. »
Quant à un retour éventuel à un régime monarchique, l’archiduc ne s’interdit pas de rêver : « Vous savez, le courant majoritaire de la famille Habsbourg est légitimiste, c’est-à-dire que nous acceptons la forme légitime de l’Etat. Aujourd’hui cette forme légitime est la république. Je ne pense pas que le nouveau préambule ait été élaboré en considération de la famille Habsbourg même si il semble revendiquer tout son héritage historique »
Si après tout cela, on ne voit pas qu’il existe en Europe centrale un danger mortel pour la paix et la liberté, on est aveugle ! Il est clair que dans l’état actuel des choses, la Commission n’ira pas très loin. Elle est déjà empêtrée dans la crise de la dette souveraine dans la zone Euro, pour se payer un contentieux en Europe centrale. Le Parlement aura beau vociférer, ses paroles resteront lettre morte. Le Conseil se cantonnera dans une opportune passivité.
Cela prouve en tout cas une chose – et on l’a vu depuis le début de l’affaire des dettes – les autorités européennes sont incapables de faire face à un défi majeur. La Hongrie en est un nouveau. D’autres suivront. Ce sera alors le déclin puis la chute de l’Union européenne.
La solution ne peut que venir des peuples !
Pierre Verhas
La « crise de la dette » prend des proportions telles que le doute s’installe et s’élargit aux esprits les plus ouverts aux idées libérales. C’est ainsi que Michel Rocard, ancien Premier ministre PS, et l’économiste Pierre Larrouturou, membre d’Europe Ecologie les Verts, ont jeté un fameux pavé dans la mare en posant dans le Monde du 2 janvier une question saisissante : « Pourquoi faut-il que les Etats paient 600 fois plus que les banques ? ». Ce changement considérable de point de vue au sein des élites est un élément nouveau et fondamental.
Un autre économiste, le Marseillais Alain Beitone, dans le Monde du 29 décembre dernier, fustige de son côté ceux qui critiquent l’affaiblissement de la puissance publique, autrement dit, son incapacité d’intervenir sur les marchés financiers. Comme « arguments », il use entre autres de l’amalgame et de l’accusation d’antisémitisme. Lorsqu’un débat est pollué de cette manière, nous entrons dans une zone dangereuse. C’est la raison pour laquelle, j’ai écrit cette lettre ouverte à M. Beitone.
Pierre Verhas
Bien entendu, Monsieur le professeur Beitone, vous ne manquez pas de dénoncer la théorie du complot et même l’antisémitisme à l’égard de ceux qui critiquent l’ouverture aux marchés financiers des dettes souveraines, depuis 1973 en France et depuis 1992 dans l’ensemble de l’Union européenne. En outre vous prenez prétexte de l’antisémitisme de l’extrême-droite pour faire l’amalgame avec la critique de gauche qui userait des mêmes arguments. Triste manière de débattre !
En cette affaire, derrière le brouillard du procès en sorcellerie, se pose une question essentielle : est-il acceptable que l’argent prélevé par l’Etat aux citoyens puisse servir des intérêts privés ? N’est-ce pas en définitive porter atteinte à la liberté d’investir à laquelle vous semblez tant tenir ? N’est-ce pas aussi mettre en danger les ressources de tous pour protéger celles de quelques-uns. En plus, le citoyen est exclu de ce débat où ses intérêts fondamentaux sont mis en jeu.
Alain Beitone, économiste, professeur à Marseille
Or, si on vous lit (le Monde du 29 décembre 2011), vous dénoncez cette critique : « la loi de 1973 ne fait que confirmer la possibilité ancienne pour le Trésor d'obtenir des avances auprès de la Banque de France dans le cadre d'une convention approuvée par le parlement. Bref, une analyse économique et historique même superficielle conduit à rejeter l'explication incantatoire par " la loi de 1973 ". » En passant, la Banque de France n’est pas « les marchés financiers », me semble-t-il. Plus loin, vous ajoutez : « La France est bien passée d'un financement de la dette publique très largement administré dans le cadre du "circuit du Trésor", à un financement par le marché. On peut préférer une moindre dépendance à l'égard des marchés financiers, mais sans oublier que le financement administré n'est pas sans inconvénients. Et sans oublier non plus que le passage au financement de marché était lié à la volonté d'obtenir des crédits à moindre coûts sur un marché plus profond et plus liquide. » Encore une fois, vous éludez l’essentiel : le financement via le marché rend les Etats dépendants et leur ôte tout pouvoir de contrôle. C’est ainsi que le coût de la dette est devenu insupportable et ainsi fait courir un énorme risque à la collectivité.
Une réponse vient d’être donnée par Michel Rocard, ancien Premier ministre associé pour la circonstance à l’économiste, membre d’Europe Ecologie les Verts, Pierre Larrouturou (le Monde du 3 janvier 2012) : « Au même moment, dans de nombreux pays, les peuples souffrent des plans d'austérité imposés par des gouvernements auxquels les marchés financiers n'acceptent plus de prêter quelques milliards à des taux d'intérêt inférieurs à 6, 7 ou 9 % ! Asphyxiés par de tels taux d'intérêt, les gouvernements sont "obligés" de bloquer les retraites, les allocations familiales ou les salaires des fonctionnaires et de couper dans les investissements, ce qui accroît le chômage et va nous faire plonger bientôt dans une récession très grave.
Est-il normal que, en cas de crise, les banques privées, qui se financent habituellement à 1 % auprès des banques centrales, puissent bénéficier de taux à 0,01 %, mais que, en cas de crise, certains Etats soient obligés au contraire de payer des taux 600 ou 800 fois plus élevés ?"Etre gouverné par l'argent organisé est aussi dangereux que par le crime organisé", affirmait Roosevelt. Il avait raison. Nous sommes en train de vivre une crise du capitalisme dérégulé qui peut être suicidaire pour notre civilisation. Comme l'écrivent Edgar Morin et Stéphane Hessel dans Le Chemin de l'espérance (Fayard, 2011), nos sociétés doivent choisir : la métamorphose ou la mort ? »
Il est rare, Monsieur le professeur Beitone, que de si hautes autorités politiques et intellectuelles lancent un tel cri d’alarme. Elles remettent ainsi en question le système ultralibéral qui tente de s’imposer comme étant sans alternative.
Michel Rocard jette un pavé dans la mare du néolibéralisme : tout arrive !
En effet, envers et contre tout, on préserve ce système en refusant d’appliquer les solutions de bon sens qui mettraient rapidement fin à la crise de la dette souveraine. Ces solutions consistent à redonner à la puissance publique à l’échelle européenne, autrement dit au citoyen, la faculté de décider afin de préserver l’intérêt général. Il est urgent qu’elle intervienne sur le prix de la dette, et, comme le propose l’association ATTAC que vous réduisez au rôle de « distributeurs de tracts », de ne payer que la dette légitime, ce qu’on appelle couramment « l’incontestablement dû ». Rocard et Larrouturou ne disent pas autre chose : « Faire payer des taux d'intérêt colossaux pour des dettes accumulées il y a cinq ou dix ans ne participe pas à responsabiliser les gouvernements mais à asphyxier nos économies au seul profit de quelques banques privées : sous prétexte qu'il y a un risque, elles prêtent à des taux très élevés, tout en sachant qu'il n'y a sans doute aucun risque réel, puisque le Fonds européen de stabilité financière (FESF) est là pour garantir la solvabilité des Etats emprunteurs... » En résumé : va-t-on continuer à payer des intérêts usuraires pour des dettes déjà plusieurs fois remboursées ?
Pierre Larouturrou, écologiste, économiste critique du néolibéralisme,
a plusieurs fois travaillé avec Michel Rocard.
Les auteurs proposent en conclusion certaines solutions techniques, à défaut de pouvoir modifier les règles du jeu, car, ici aussi, le système bancaire a verrouillé le pouvoir de décision politique.
Par contre, Monsieur le professeur Beitone, si vous rejoignez dans vos conclusions les exigences de beaucoup, notamment en demandant une régulation des marchés financiers, qu’il faut fixer un taux d’intérêt plafond de la dette, ce qui est jusqu’à présent refusé par la BCE, en appelant à une réforme fiscale de grande ampleur, vous refusez de d’admettre que ces mesures sont impossibles en laissant la main mise des seuls marchés financiers sur les dettes souveraines.
Cette contradiction perturbe le débat. Et, bien entendu, l’on oublie l’essentiel : si on veut sortir de cette crise, il faut en revenir à l’économie réelle. Par la désindustrialisation, le chômage est devenu endémique. Par l’affaiblissement de l’Etat, la puissance publique est devenue exsangue. Par l’austérité, la sécurité sociale devient une coquille vide et la misère se répand.
Vos amis et vous, Monsieur, avez voulu révolutionner la société pour y installer le pouvoir de l’argent. Vous avez beaucoup détruit, mais sachez que cette entreprise ne réussira pas !
Assez de Goldman Sachs, assez d’Arcelor Mittal, assez de Merkozy, assez d’austérité ! Assez de misère, assez de pensée emprisonnée ! Il faut reconstituer un tissu industriel moderne et efficace, il faut encadrer les marchés financiers par des règles strictes, il faut rétablir les grands services publics de transport et de communication, il faut redonner à la puissance publique les pouvoirs, notamment d’investissement et de politique économique, dont elle a été dépouillée, il faut œuvrer à un nouveau contrat social qui assure à chacun(e) la liberté, le droit au travail, des soins de santé et des revenus décents.
Bref, le citoyen doit reprendre le pouvoir !
Pierre Verhas