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  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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24 mai 2017 3 24 /05 /mai /2017 08:54

 

 

 

Radical est un qualificatif qui n’a pas bonne presse de nos jours. Les jeunes gens attirés par les Djihad sont dits « radicalisés » et l’objectif des autorités est de les « déradicaliser ». Des formations politiques remettant en cause le système politique actuel sont considérées comme « radicales », c’est-à-dire extrémistes et donc à combattre, voire à éliminer. Contre elles, l’offensive médiatique est lancée en discréditant leurs militants et leurs idées. Un certain Karl Marx avait dit : être radical, c'est aller aux racines des choses... Est-ce donc désormais interdit ?

 

 

Depuis la chute du Mur de Berlin, toute forme de critique du capitalisme est rejetée. On use à l’égard de leurs auteurs des méthodes similaires à celles de la pire époque du stalinisme. Un autre ennemi de l’Ordre issu de la chute de l’Union Soviétique est l’Etat social démonétisé par une propagande insidieuse de culpabilisation des travailleurs et des allocataires sociaux.

 

 

 

 

La chute du Mur de Berlin, le 9 novembre 1989, marqua la fin d'un totalitarisme et l'expansion d'un autre, en dépit de l'espoir que cet évément suscita.

La chute du Mur de Berlin, le 9 novembre 1989, marqua la fin d'un totalitarisme et l'expansion d'un autre, en dépit de l'espoir que cet évément suscita.

 

 

 

Et cela va encore plus loin : une pensée unique est diffusée par les médias et même enseignée dans les universités. Cet Ordre ne peut tenir sans une surveillance générale qui a été rendue possible grâce au progrès technologique et à la complicité des autorités.

 

 

Cependant, en dépit de sa redoutable efficacité et de sa puissance colossale, l’Ordre présente des signes d’essoufflement. Il vacille sur ses bases, même s’il est encore très solide.

 

 

On le pressent. Nous sommes à la fin d’un cycle, sans doute comme en 1770. Si on veut que la société de demain éradique cet Ordre qui menace l’humanité, comme les dénonce un homme comme Paul Jorion et qu’elle soit éclairée par les Lumières, il faudra un changement radical tout d’abord des mentalités, et ensuite des rapports de forces économiques et politiques.

 

 

 

C’est donc à un moment particulièrement opportun que paraît en français la traduction d’un ouvrage de Jonathan Israel, professeur à l’Institute of Advanced Studies de Princeton et spécialiste des Lumières du XVIIe au XVIIIe siècle. Cette traduction a été effectuée par Matthieu Dumont et Jean-Jacques Rosat.

 

 

 

 

Jean-Jacques Rosat est un philosophe des Lumières radicales.

Jean-Jacques Rosat est un philosophe des Lumières radicales.

 

 

 

 

Ce livre intitulé « La révolution des esprits Les Lumières radicales et les origines intellectuelles de la démocratie moderne » vient de paraître aux éditions marseillaises Agone et est préfacé par Jean-Jacques Rosat.

 

 

 

Jean-Jacques Rosat est philosophe, maître de conférence au Collège de France et aussi éditeur. Il est directeur de collection chez Agone et est surtout un spécialiste de l’œuvre de George Orwell. Il est aussi le correspondant en France du linguiste et militant américain Noam Chomsky.

 

 

 

Jonathan Israel a rédigé une histoire idées des Lumières en Europe et dans le monde. Cette histoire monumentale, œuvre d’érudition, a été éditée en quatre volumes et n’a pas été traduite en français, sauf pour le premier volume : Les Lumières radicales parue en 2006. Le livre présenté ici n’en est pas un résumé, mais raconte et analyse l’évolution des idées des Lumières depuis 1770 sur la base de conférences prononcées par l’auteur.

 

 

 

 

 

Jonathan Israel est le spécaliste des Lumières radicales.

Jonathan Israel est le spécaliste des Lumières radicales.

 

 

 

 

Le tournant de 1770

 

 

 

Pourquoi 1770 ? C’est l’année de parution de l’Histoire philosophique des deux Indes de l’abbé Raynal, un ami de Diderot et où sont émises les idées les plus radicales et du Système de la nature d’Holbach publié sous un pseudonyme, ouvertement matérialiste et athée. Cela provoqua un choc des idées où furent marqués deux camps que Jonathan Israel appelle les Lumières radicales, d’une part et les Lumières modérées, d’autre part.

 

 

Les Lumières modérées « s’efforcent de concilier l’autorité de la raison avec celle de la religion, les avancées dans les sciences de la nature avec la reconnaissance d’un ordre divin providentiel, l’affirmation des droits de l’individu avec les principes monarchiques et aristocratiques. », écrit Jean-Jacques Rosat dans la préface. Il n’est pas question d’épanouir le peuple. Le savoir n’est réservé qu’à une élite. Bref, les Lumières ne sont réservées qu’à la classe dirigeante. Elles sont nées en Angleterre avec Locke et Newton, en Allemagne avec Leibniz et se sont répandues en France dès 1730 grâce à Voltaire. Notons que Montesquieu n’est pas mentionné dans cette préface, puisque dès 1720, venant d’Angleterre, il contribua à promouvoir une réforme fondamentale du droit, mais encore une fois réservée à la seule élite.

 

 

Les Lumières radicales, elles, n’admettent aucune autorité au-dessus de la raison « qui est en chaque être humain », ni aucune force « au-dessus de celles de la nature dont les humains font partie ». Aussi, elles inclinent vers l’abolition des privilèges et l’instauration d’une société d’égaux gouvernée selon les principes de la démocratie représentative. Les Lumières radicales sont nées en 1660 en Europe avec l’œuvre de Spinoza. Elles sont restées clandestines jusqu’à l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert en 1750.

 

 

Jonathan Israel raconte donc l’émergence des Lumières radicales qui sont une remise en question des pouvoirs établis au XVIIIe siècle, qui ont présidé aux révolutions américaine et française et qui ont eu très difficile à s’imposer. Même aujourd’hui, dans l’éducation et dans nos lois, les principes édictés y sont appliqués avec réticences.

 

 

C’est en cela que le livre Une révolution des esprits est passionnant et surtout interpellant, car s’il retrace l’histoire des idées depuis le XVIIe siècle, il est étonnamment actuel. Ainsi, Jonathan Israel écrit dans son introduction :

 

 

« Les Lumières radicales sont le système d’idées qui, historiquement, a principalement façonné les valeurs sociales et culturelles les plus fondamentales du monde occidental à l’époque postchrétienne. (…) Mais cette manière de penser est également devenue – dans de nombreux pays d’Asie et d’Afrique et dans la Russie contemporaine notamment – la principale source d’espoir et d’inspiration pour tous les humanistes assaillis et harcelés, pour tous les défenseurs de l’égalité et des droits de l’homme qui, contre des forces bien souvent écrasantes, luttent héroïquement pour les libertés humaines fondamentales et pour la dignité, y compris des femmes, des minorités, des homosexuels et des apostats, face à la résurgence de toutes les formes de bigoterie, d’oppression et de préjugés qui, dans une grande partie du monde actuel, paraissent étendre inexorablement leur empire. »

 

 

L’auteur observe que les idées des Lumières radicales conservent toute leur actualité, car dans la plupart des pays décolonisés, les idées démocratiques et laïques ne se sont guère imposées et même en Occident, elles ne furent réellement admises que tout récemment et ce du bout des lèvres par la classe dirigeante.

 

 

« Qui ira douter que l’ignorance et la crédulité (…) demeurent encore aujourd’hui les pires ennemis de la démocratie, de l’égalité et de la liberté individuelle ? Qui ira douter qu’une aristocratie officieuse – comme celle qui est née aux Etats-Unis, où elle a fini par engendrer une immense inégalité des richesses – est capable de mettre en péril l’égalité et la liberté individuelle tout aussi efficacement que n’importe quelle noblesse officielle fondée sur l’hérédité, sur le rang et sur les privilèges étayés par le droit ? »

 

 

Le même phénomène sévit en Europe où la crédulité et le fanatisme religieux sévissent parfois jusque dans les plus hautes sphères de la société et où une oligarchie politico-financière règne en maître sur toutes les institutions et les rouages de l’économie.

 

 

 

Le multiculturalisme : un danger mortel

 

 

 

Jonathan Israel attire l’attention sur un autre danger majeur pour les principes fondamentaux d’égalité, de liberté et de droits de l’homme : le multiculturalisme.

 

 

« Plus récemment, une puissante remise en cause des principes des Lumières radicales particulièrement menaçante pour la société moderne, est apparue avec ce multiculturalisme à la mode, imprégné de postmodernisme qui, dans les années 1980-1990, a envahi les universités occidentales et les instances politico administratives. »

 

 

Sa caractéristique est de considérer que toute tradition et tout système de valeur sont à peu près égaux, remettant ainsi en cause le principe d’un système de valeurs universelles. En effet, selon ses zélateurs, imposer un système universel reviendrait à se replier sur l’eurocentrisme et manquer de respect envers « l’autre ».

 

 

Remarquons cependant que depuis deux ou trois décennies, avec la crise économique et sociale et avec les tensions internationales essentiellement dictées par des visées impérialistes, la cohabitation entre les différentes communautés est très difficile et que les motifs officiels de ces guerres parfaitement injustes et perverses sont basés sur le système de valeurs universelles. Rappelons-nous : la guerre en Irak a été déclenchée par les « forces du bien » pour éradiquer les « forces du mal » et instaurer ainsi par la force « la démocratie ».

 

 

Ce détournement des Lumières radicales aurait dû être dénoncé avec force par leurs promoteurs. Cette passivité du monde intellectuel – voire même la complicité pour certains d’entre eux – lui coûte très cher et constitue dès lors une menace mortelle pour l’existence des principes fondamentaux.

 

 

 

L’idée de progrès

 

 

 

Le premier chapitre analyse la question du progrès. Les idées de progrès, « d’amélioration de l’état de l’humanité » ont été centrales pour les Lumières. C’est Spinoza qui fut le premier par son monisme de la substance, autrement dit l’unité du corps et de l’esprit, à pousser l’idée de progrès. Il fut le premier à instaurer une opposition entre théologie et philosophie. Mais cette réforme des idées est restée purement théorique et on n’envisageait pas d’amélioration possible par sa concrétisation. Mais, à la fin du XVIIIe siècle, elle est devenue possible.

 

 

Cela dit, il ne fallait pas oublier les immenses difficultés pour parvenir à réaliser une société de progrès. Celui-ci n’est possible qu’à la condition que la tolérance puisse régner et, en cela, les philosophes des Lumières étaient très pessimistes. Cependant, à la fin du XVIIIe siècle, du moins au niveau des élites, la connaissance progresse et si les superstitions et la bigoterie restent très présentes, elles s’estompent.

 

 

Cette fin du XVIIIe siècle fut empreinte de violences, de révolutions, de guerres. Mais, l’émancipation de l’homme grâce à des formes de gouvernements organisées en vue du « bien commun » et de la protection des individus sont désormais possibles.

 

 

Jonathan Israel cite d’Holbach qui fut un des précurseurs des Lumières radicales : « Si l’erreur et l’ignorance ont forgé les chaînes des peuples, si le préjugé les perpétue, la science, la raison, la vérité pourront un jour les briser. » C’est sans doute la question de notre temps.

 

 

Dans le chapitre suivant, l’auteur examine la question de l’éventuelle opposition entre la hiérarchie et la démocratie. Il note entre autres que la rébellion, qui était mal vue étant donné les massacres et la misère qu’elle provoquait, a changé d’image à la fin du XVIIIe siècle. Cela, grâce à la révolution américaine. Israel écrit :

 

 

« C’est un changement qui s’est nourri de la réaction généralement favorable en Europe à la révolution américaine. L’intervention armée des citoyens désirant défendre leurs propres droits semblait désormais à l’ordre du jour. »

 

 

C’est un changement profond : pour la première fois, des citoyens organisés font l’histoire. Ce ne sont plus des révoltes mal organisées, ponctuelles aisément réprimées par le pouvoir en place, c’est une révolution citoyenne destinée à conquérir des droits.

 

 

Cela inspirera la révolution française. Mais, il faut bien noter que ce ne sont pas les dirigeants les plus extrémistes qui représentaient les Lumières radicales. Robespierre et Saint-Just, pour l’auteur, sont des monstres froids qui veulent remplacer une théologie par une autre, une tyrannie par une autre. Ils se sont d’ailleurs opposés à des Condorcet ou à des Thomas Paine qui, eux, sont de vrais philosophes et acteurs des Lumières radicales.

 

 

Les définitions de la « tyrannie »

 

 

L’ouvrage se poursuit par de fines analyses des travaux et des actions des philosophes et des partisans des Lumières radicales qui se sont opposées à toutes les formes de tyrannie. Justement, Jonathan Israel montre l’évolution du substantif « tyrannie ».

 

 

« Le terme de tyrannie (…) a clairement changé de sens en Europe dans les années 1760 -1770, tant dans son usage politique que de la haute culture. Par le passé, la « tyrannie » désigne un gouvernement qui s’affranchit de toute contrainte légale et viole les procédures constitutionnelles (…). L’élargissement de la signification de ce terme à la fin du XVIIIe siècle, ne trouvait aucune justification dans l’usage, ni non plus dans les recueils des lois traditionnels. »

 

 

Plus loin, il explique :

 

 

« Du point de vue de la tradition et de la jurisprudence, les Américains n’avaient aucun droit de se rebeller. Chez Diderot, tout au contraire, chez Helvétius, Mably, Raynal et d’Holbach, comme chez Price, Prietsley, Paine, Weischaupt, Knigge, Forster et Bahrdt, la « tyrannie » désigne l’exercice de toute autorité qui, légitime ou non du point de vue constitutionnel n’est pas fondée « sur les avantages que l’on procure à ceux sur qui cette autorité s’exerce. »

 

 

 

Donc aucun souverain n’est désormais libre d’agir comme il l’entend, même si c’est conforme au prescrit constitutionnel. C’est évidemment une tout autre conception du pouvoir que les Lumières radicales mettent en avant.

 

 

 

En conclusion, Jonathan Israel s’étonne du manque d’études sur les Lumières radicales. Elles n’ont commencé que récemment et, bien entendu, il y apporte une contribution majeure.

 

 

 

 

Démarches typiquement staliniennes et… néolibérales

 

 

 

Mais son étonnement ne traduit pas une surprise. Il fait allusion à l’historien français François Furet (1927 – 1997). Furet fut d’abord un militant communiste et attaqua avec virulence un ancien compagnon de Léon Blum qu’il accusait à l’époque d’être un « valet des Américains ».

 

 

Ensuite, comme bien d’autres, dans les années 1980, il effectua du « tourisme idéologique » en fondant avec Pierre Rosanvallon la Fondation Saint-Simon et il présida même le très libéral Institut Raymond Aron.

 

 

Et comme tout nouveau converti, il fit du zèle anticommuniste et anti progressiste en général avec les méthodes héritées du stalinisme.

 

 

 

 

L'historien François Furet (1927 - 1997) est passé du stalinisme au néolibéralisme.

L'historien François Furet (1927 - 1997) est passé du stalinisme au néolibéralisme.

 

 

 

Jonathan Israel explique :

 

 

« Ainsi, dans La Révolution (1770 1880) de François Furet (…), Diderot et d’Holbach ne figurent même pas à l’index, aucune mention non plus des écrits philosophiques publiés avant 1789 par Brissot, Mirabeau, Volney, Maréchal ou Cloots ; aucune référence à Cerisier, à Paape ni à aucun des démocrates radicaux hollandais qui ont travaillé en France avant 1789 ; le caractère radical de la pensée de Condorcet dès avant 1789 n’est pas évoqué, même brièvement ; aucune référence à Tom Paine, à Weishaupt ou à Georg Foster (…). Il concède que les Lumières ont « présidé à un formidable revirement des idées et des valeurs ». Mais il prétend que les Lumières ont accompli tout cela « sans le savoir », ce qui est parfaitement absurde, et il n’essaie même pas de bâtir quoi que ce soit sur ces idées dans le cours de son analyse. »

 

 

Certes, François Furet n’est plus de ce monde, mais les intellectuels « médiatiques » qui lui ont succédé procèdent de la même manière. On cultive l’oubli pour imposer ses thèses. Démarches typiquement staliniennes et… néolibérales.

 

 

C’est en cela que le livre de Jonathan Israel est exceptionnel et passionnant. En un peu moins de 250 pages, il raconte le formidable brassage d’idées qui a permis de changer le monde, d’apporter à l’humanité l’espoir d’un monde meilleur. Et on s’aperçoit très vite qu’il est d’une brûlante actualité.

 

 

Ce travail intellectuel est une œuvre de combat. Il est essentiel.

 

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

 

Une révolution des esprits

 

 

 

Jonathan Israel

Une révolution des esprits

Les Lumières radicales et les origines intellectuelles de la démocratie moderne

 

Traduit de l’anglais par Matthieu Dumont & Jean-Jacques Rosat

 

Editions AGONE, Marseille, 2017, collection Banc d’essais

 

ISBN 978 -2-7480-0266-2

 

22 €

 

 

 

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Published by pierre verhas
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18 mai 2017 4 18 /05 /mai /2017 20:10

 

 

 

Il est de bon ton d’affirmer après les résultats catastrophiques des élections présidentielles françaises pour le PS et pour LR que « droite et gauche » c’est fini.

 

 

Posons-nous d’abord une question : ces deux formations politiques qui gouvernaient en alternance sont-elles de « droite » pour le LR et de « gauche » pour le PS ? Elles ont mené la même politique depuis le virage de la rigueur de Mitterrand en 1982, leurs dirigeants naviguent à courte vue, elles sont gangrénées par l’usure du pouvoir. Bref, l’électeur français a sifflé la fin de cette période où le néolibéralisme s’est installé détruisant progressivement la société française et l’Etat social.

 

 

Les alertes diverses, les cris d’alarme lancés par des analystes de droite comme de gauche et par quelques rares hommes et femmes politiques un peu plus lucide que les autres ont été vains. Nul ne les a entendus. Les nuages se sont accumulés : le chômage endémique, la précarité se répandant un peu partout, la montée du racisme et des différentes formes de rejet de « l’autre », le multiculturalisme terreau d’une guerre civile larvée, les délocalisations, une situation internationale de plus en plus dangereuse et surtout la très nette impression que la classe dirigeante n’est plus en mesure de répondre à ces multiples défis.

 

 

Sur le plan politique, les deux principaux partis se sont présentés divisés à l’électeur. Les « primaires » de droite et de gauche en sont la preuve. Le candidat de la droite a été emberlificoté dans d’inextricables scandales qui ont opportunément éclaté dès le début de sa campagne, le candidat de gauche qui, certes, manquait de charisme a été lâché par son propre camp.

 

 

Mélenchon qui représentait un espoir pour la gauche avec un très bon programme s’est avéré incapable de rassembler tant est énorme son ego.

 

 

Et KriegsMarine s’est lamentablement plantée. Les causes : sa déplorable prestation lors du débat télévisé avec Macron, son « Front » divisé entre une tendance ultra réactionnaire représentée par sa nièce, Marion Maréchal nous voilà ! qui s’est volontairement mise en « réserve de la République » et une tendance libérale droitière menée par l’énarque Philippot.

 

 

Le Front national est une espèce de fourre-tout allant de l’extrême-droite identitaire à l’ultradroite « gestionnaire » en passant par les intégristes cathos. Ainsi, et c’est heureux, avec un tel méli mélo, il a très peu de chances d’arriver au pouvoir.

 

Et, bien entendu, le grand vainqueur : Emmanuel Macron. Sa campagne a été – il faut le reconnaître – une géniale opération de marketing. Il n’avait plus qu’à ramasser les morceaux laissés par ses adversaires. À l’exception de la gauche – Mélenchon aussi bien que Hamon – personne n’avait un programme, ni même Macron. Aussi, on n’a jamais assisté à une joute électorale aussi folle et le « banquier » a pu manipuler tout le monde sans difficulté. Il avait tout simplement changé les codes ! Et cela a marché !

 

 

 

 

L'ancien et le nouveau : Emmanuel Macron salue son prédécesseur François Hollande : la continuité ?

L'ancien et le nouveau : Emmanuel Macron salue son prédécesseur François Hollande : la continuité ?

 

 

 

La seconde phase de l’opération Macron, ce sont évidemment les législatives. Et là, cela risque d’être plus difficile. Mais, ses adversaires sont groggys pour un bout de temps et auront de la peine à se redresser d’ici là.

 

 

L’équipe Macron tente de disposer de la majorité absolue avec un cheptel de parlementaires issus de la « société civile » inexpérimentés et donc malléables à souhait avec en plus quelques vieux chevaux de retour de « droite » comme de « gauche » qui veulent sauver à tout prix leur siège et qui rêvent d’obtenir un juteux poste au gouvernement ou comme « chargés de mission ».

 

 

Ainsi, l’Assemblée nationale sera entièrement entre les mains du nouveau président.

 

 

Qu’y aura-t-il comme opposition ? Les débris du PS et des LR quelques « mélanchonistes » et communistes et sans doute – mais ce n’est pas encore fait – un important groupe du Front national qui pourrait devenir la principale force d’opposition. Et l’affaire semble bien emmanchée : les premiers sondages donnent des prévisions conformes à ce scénario.

 

 

Avec le contrôle sur sa majorité et une opposition morcelée avec le Front national comme « meneur », Macron sera sans doute le premier président de la Ve République à disposer d’une telle marge de manœuvre.

 

 

 

Emmanuel Macron : le continuateur ? A première vue, cela ne semble pas être le cas.

Emmanuel Macron : le continuateur ? A première vue, cela ne semble pas être le cas.

 

 

 

Il disposerait ainsi comme son lointain prédécesseur Adolphe Thiers, l’homme qui a écrasé la Commune de Paris, d’une majorité « bleu horizon »… qui lui a permis d'installer durablement le pouvoir de la bourgeoisie. A la différence que la Commune n’est pas encore passée…

 

 

Bien sûr, rien n’est encore fait. Attendons le 18 juin, car entre temps il pourrait y avoir des surprises…

 

 

 

 

 

Adolphe Thiers qui a installé la bourgeoisie au pouvoir en 1871 après avoir écrasé la Commune de Paris.

Adolphe Thiers qui a installé la bourgeoisie au pouvoir en 1871 après avoir écrasé la Commune de Paris.

 

 

Gauche, droite… est-ce donc vraiment fini ?

 

 

 

Certains rêvent donc d’une classe politique qui ne soit plus de gauche ni de droite. D’autres disent que droite et gauche, c’est dépassé. C’est un vieux discours ressassé depuis les débuts de la démocratie parlementaire, essentiellement par des gens… de droite. En réalité, c’est la fin du politique qui est le programme. Et elle s’inscrit dans le projet libéral qui veut tout le pouvoir à l’économie.

 

 

Notons qu’il y en a de plus lucides : ils considèrent que si le clivage gauche - droite est dépassé, le clivage d’une société du haut et d’une société du bas est, lui, bien réel. En d’autres termes, c’est la société duale où le « bas » est mal représenté ou ne l’est plus du tout.

 

 

Philippe Frémeaux, l’éditorialiste de la revue en ligne « Alternative économique », écrit :

 

« Une vision assez réductrice qui peut être qualifiée de populiste, au sens où Emmanuel Macron s’adresse au peuple entendu comme un tout qui partage les mêmes intérêts, un peuple invité à renverser la table. De fait, Emmanuel Macron partage avec ses rivaux Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon le même « dégagisme » radical, dirigé contre les appareils politiques issus de l’opposition droite-gauche ancienne. Marine Le Pen entend balayer l’UMPS, en unifiant un peuple mythifié de Français de souche, indépendamment de leur position sociale, tout en désignant comme bouc émissaire l’étranger, qu’il soit immigré, issu de l’immigration, ou banquier cosmopolite et donc, antinational. Pour Jean-Luc Mélenchon, il s’agit de reconstruire une « nouvelle gauche », en unifiant le peuple tout entier à l’exclusion d’une petite oligarchie au service de la finance, elle aussi largement cosmopolite, voire au service d’intérêts étrangers, notamment allemands. Il a depuis l’origine pour objectif de tuer le PS – qui y arrive très bien tout seul reconnaissons-le –, d’achever le PC et de siphonner EELV via l’adoption d’une large partie de son programme (Alain Lipietz avait inventé la planification écologique et le green new deal bien avant Jean-Luc Mélenchon).

 

Le populisme d’extrême-centre d’Emmanuel Macron, lui aussi, se propose de faire table rase des vieux partis. Il porte la vision d’un peuple unifié autour de valeurs de progrès, invité à gagner tous ensemble la bataille de la mondialisation dans une Europe relancée. Il exalte la réussite individuelle dans un monde de liberté mais, à la différence du néolibéralisme inégalitaire d’un Fillon, il promet d’offrir les mêmes opportunités à tous (d’où une mesure symbolique forte sur la taille des classes en zone prioritaire – associée à un retour en arrière sur les rythmes scolaires générateurs d’inégalités entre enfants –, la réforme de Pôle emploi dans un sens plus flexisécuritaire, une volonté de casser les rentes afin de rendre la société plus mobile, voire « liquide », y compris celles qui seraient induites par un code du Travail qui privilégierait les insiders au profit des outsiders et limiterait donc l’embauche). »

 

Plus loin, il ajoute :

 

« Au-delà, si la lutte de classes n’est plus ce qu’elle était, il est clair que certains profitent plus que d’autres du « système » et pas seulement une petite oligarchie. Certains détruisent plus la planète que d’autres, du fait de leurs modes de consommation. Les intérêts des cadres supérieurs ne sont pas alignés sur ceux des salariés précaires, les parents d’élèves des classes moyennes aisés ne sont pas forcément les premiers à militer pour une école qui profiterait à tous les enfants (à tort d’ailleurs). Si la lutte des classes a disparu, les intérêts sont loin d’être alignés entre les 20 % les plus riches et les autres, entre les hommes et les femmes, entre les territoires qui vont bien et ceux qui souffrent, etc. Bref, si l’art de la politique est de transcender les intérêts particuliers pour bâtir une vision partagée de l’intérêt général, et ce n’est pas céder au populisme que de tenter d’y parvenir pour remporter une élection, cela n’interdit pas non plus de penser la/les divisions du social. »

 

Bon. En clair, trois populismes (extrême gauche, extrême droite et extrême centre) d’après Frémeaux ont eu raison du vieux clivage gauche – droite. Bien, mais l’auteur doit bien reconnaître que la lutte des classes est toujours là, même si elle a changé de nature. Et il oublie que des ouvriers se battent encore en France pour sauver leurs emplois menacés par des fermetures et des délocalisations.

 

Le barbu Rhénan prénommé Karl avait bien dit en 1848 que l’histoire de toute société est celle de la lutte des classes. Et il savait très bien que cet éternel combat changeait de nature en fonction des époques.

 

Aussi, peu importe le clivage – gauche-droite ou haut-bas – la lutte des classes, elle, est constante même si elle change de nature. Et le Président Macron est bien celui de la bourgeoisie et non de l’ensemble du peuple français.

 

Dans une interview à « l’Humanité » du 15 mai, le politologue Jérôme Sainte-Marie dit clairement : en réunifiant le libéralisme culturel promu par la gauche et le libéralisme économique de la droite, Macron a réussi à renforcer le pouvoir déjà très grand de la bourgeoisie.

 

 

 

 

Le politologue Jérôme Sainte-Marie ne pense pas que la lutte des classes soit terminée.

Le politologue Jérôme Sainte-Marie ne pense pas que la lutte des classes soit terminée.

 

 

 

« Commençons par le contenu idéologique de l’offre d’Emmanuel Macron, qui est très clair : il s’agit de la réunification de tous les libéralismes, le libéralisme économique et le libéralisme culturel. L’illusion que la gauche pouvait promouvoir le libéralisme culturel sans en tirer de conséquences quant au libéralisme économique – et inversement pour la droite – vole en éclats. Hamon et Mélenchon figurent le renouvellement du libéralisme culturel sans le libéralisme économique. Fillon, c’est le contraire. Cette réconciliation des deux libéralismes est également inscrite dans les traités commerciaux internationaux, comme le Tafta. Elle est portée sur le plan international par des chefs d’État comme Justin Trudeau.

 

Les élites des deux bords se retrouvent idéologiquement. Cela correspondant aussi à une pratique politique des gouvernements de droite ou de gauche, dont la convergence, quinquennat après quinquennat, était toujours plus éclatante. Mais les alternances divisaient de plus en plus artificiellement le bloc élitaire, que l’on peut appeler plus clairement la bourgeoisie. Cette dernière s’est rendu compte que ses divisions historiques étaient fatales à la mise en œuvre de son projet commun de réformes. Elle s’est donc réunifiée sous la forme du bloc élitaire. Cette réunification aurait pu se produire entre les deux tours. Cela s’est fait de manière plus brutale et plus rapide, avant même le premier tour, avec la création du mouvement En marche ! d’Emmanuel Macron. Ce dernier incarne parfaitement cette réunification idéologique et sociale de la bourgeoisie française pour donner aux réformes la plus grande force propulsive possible. »

 

Sainte-Marie pense aussi que les clivages classiques ont été bouleversés.

 

« De manière très schématique, la vie politique française a été longtemps structurée par deux grands blocs, la gauche et la droite, subdivisés en leur sein par deux forces. C’était le clivage politique qui était essentiel. Aujourd’hui, c’est le clivage sociologique qui est primordial, en ce sens qu’il détermine les opinions des électeurs et le comportement des élus. À l’intérieur de ce clivage, les cultures politiques servent de nuancier. »

 

Cependant, il avertit : de grandes tensions se font jour.

 

« Le premier facteur de tension est donc l’estompement du clivage gauche-droite au profit d’un choc entre libéralisme élitaire et souverainisme populaire. Intérêt social et valeurs politiques coïncident. Le premier tour a ainsi permis une forme de décantation sociologique, facilitée par l’affaissement du PS, qui était devenu un parti interclassiste.

 

Le second facteur est que les Français ont de plus en plus conscience que cette opposition sociale est fondamentale. Les études montrent que leur explication de vote renvoie très souvent à des considérations très matérielles, et antagonistes.

 

J’ajoute un troisième élément : si nous allons vers des solutions à la Blair ou à la Schröder, même si la situation générale du pays devait s’améliorer, dans ce modèle l’accroissement du bien-être de certains pourrait s’accompagner d’une plus forte précarisation ou paupérisation pour d’autres. Dans un pays de culture égalitariste comme la France, cela générerait des tensions très fortes, qui trouveraient dans le nouvel ordre démocratique une traduction politique directe. C’est tout le paradoxe de la « grande réconciliation » qu’incarne Emmanuel Macron. »

 

Ainsi, le modèle Macron, la réunification de la bourgeoisie ne seront pas un facteur d’apaisement. Bien au contraire, la précarité se répand et pourrait générer des révoltes de grande ampleur et sans doute générer un nouvel ordre démocratique.

 

C’est autant à redouter qu’à espérer.

 

 

Pierre Verhas

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5 mai 2017 5 05 /05 /mai /2017 08:42

 

 

 

Le débat Le Pen Macron qui clôture véritablement cette folle campagne pour l’élection du nouveau président de la République française fut sans doute un des pires moments de la politique-spectacle que les médias nous offrent depuis des années, politique-spectacle qui a pour réel objet d’endormir tout esprit critique.

 

 

Une preuve ? Les jours précédant cette médiocre joute entre deux médiocres candidats, les rétrospectives n’ont montré que les « petites phrases » assassines que se sont échangées les anciens prétendants à la magistrature suprême. Rien sur les programmes, rien sur l’évolution politique, rien sur d’éventuelles ressemblances ou dissemblances entre les objectifs exposés.

 

 

Seule l’image compte et la « palme » revient à celle ou celui qui aura la prestation la plus médiatique. Les perspectives, pas un mot ! On peut se demander si elles existent. La vision de chacun, c’est la bouteille à encre… Les programmes ? Un ou deux mots entre les invectives, les insultes, voire les menaces.

 

 

 

 

Le débat surréaliste entre la vichyste Le Pen et le libéral-libertaire Macron sous l'oeil désespéré de la journaliste Nathalie Saint Cricq

Le débat surréaliste entre la vichyste Le Pen et le libéral-libertaire Macron sous l'oeil désespéré de la journaliste Nathalie Saint Cricq

 

 

 

Quel spectacle ! Remboursez !

 

 

Sur le fond, qu’a-t-on pu détecter chez KriegsMarine et chez Macron ? Des propositions contradictoires et « variables » chez Le Pen, comme par exemple la retraite à soixante ans après quarante annuités, mais mise en œuvre tout au long de son quinquennat éventuel, alors qu’une semaine avant, elle promettait de la faire dès son arrivée à l’Elysée.. De même pour la sortie de l’Euro : lors du débat, elle affirme qu’elle n’est pas pressée, mais dans ses meetings, elle se ferait immédiatement…

 

 

Chez Macron, il n’y a en définitive rien de neuf, c’est la poursuite de la politique néolibérale dictée en réalité par le MEDEF (le patronat français des grandes entreprises) et les banques, qu’il avait entamée comme conseiller à l’Elysée et puis comme ministre de l’économie. C’est la consolidation du modèle culturel américanisé, c’est la société Mc Donald et le régime social Uber.

 

 

Régis Debray fait d’ailleurs mouche en exposant dans « Le Monde » : « Mais où a-t-il obtenu son meilleur score, au premier tour, avec une majorité absolue ? Chez les Français de New York et de la City, patriotes un peu étranges, disons : évasifs. » Ajoutons que c’est aussi le cas chez les Français de Bruxelles…

 

 

 

Macron est pour l’Union européenne, Le Pen est contre. Macron est favorable à l’OTAN, Le Pen veut quitter l’Alliance atlantique et tout est à l’avenant.

 

 

Ce spectacle lamentable témoigne de la dégradation de la vie publique qui avait été entamée sous Sarkozy et s’est accentuée sous Hollande.

 

 

 

KriegsMarine pourrait payer cher sa campagne présidentielle.

 

 

 

Alors, que va-t-il se passer ? Dimanche soir, le président Macron sera élu par défaut et l’ex-candidate KriegsMarine Le Pen devra s’apprêter à affronter la Justice et sans doute son propre parti qui ne lui pardonnera pas son échec.

 

 

Son propre parti qui, dans le fond, ne souhaite pas accéder au pouvoir. Il n’est pas prêt pour le pouvoir. Et KriegsMarine l’a bien compris. Lors du débat, sentant qu’elle est contestée par ses propres « amis », elle s’adressait à son camp et non à son interlocuteur. Mais, manifestement, ses partisans n’ont pas apprécié cette manière d’agir…

 

 

Ce qui intéresse le Front National, ce sont les législatives. Il cherche à avoir un groupe parlementaire important à l’Assemblée nationale en profitant de la déglingue des deux « grands » partis de la Ve République : le LR et le PS. Il va tout tenter pour obtenir le plus possible de triangulaires (trois candidats au deuxième tour, le vainqueur emportant le plus grand nombre de voix et pas nécessairement la majorité), ce qui pourrait faire du FN le plus important groupe de l’opposition. Et cela a déjà commencé par le débauchage de l’inénarrable Dupont-Aignan.

 

 

 

Nicolas Dupont-Aignan est la première proie de la stratégie du FN pour les législatives.

Nicolas Dupont-Aignan est la première proie de la stratégie du FN pour les législatives.

 

 

 

Mélenchon use d’une stratégie identique, mais, encore une fois, il sera « coiffé » dans cette opération.

 

 

La nostalgie rance

 

 

Donc, le clivage sera d’un côté l’ordre libéral-libertaire voulu par Macron qui recueillera les débris du PS et des Républicains pour constituer une majorité qu’il dirigera à la schlague, à coup de 49-3 et d’ordonnances comme il l’a promis.

 

 

De l’autre, ce sera l’éternelle alliance des différents courants de l’extrême-droite allant des néonazis à la droite intégriste catholique en passant par les « identitaires », en fait, la « bonne vieille » révolution nationale pétainiste remise au goût du jour.

 

 

L’ordre libéral-libertaire versus la rance nostalgie du régime de Vichy ! Il sera splendide le « nouveau » paysage politique français !

 

 

Régis Debray décrit ainsi les choses dans « Le Monde » du 4 mai :

 

 

« Le clivage des classes aura rarement été aussi net. Le Pen : petites villes industrialisées et zones rurales, les paumés. Fillon, la bourgeoisie tradi, à Paris, le XVIe et le XVIIe, les satisfaits, vieux patrimoine. Mélenchon : 34 % en Seine-Saint-Denis et à Mantes-la-Jolie, les mécontents qui ont raison de l’être.

 

Notre vaillant et futur président a, en effet, réussi une belle synthèse entre la tradition catholique sociale, Bayrou et Delors, et la ligne protestante, Rocard et Jospin. Cette martingale miraculeuse avait fait défaut à son lointain prédécesseur, Lecanuet, candidat à la présidentielle de 1965, démocrate-chrétien, agrégé de philo, jeune et photogénique, européen et atlantiste qui lui aussi voulait casser le système et remettre, textuellement, “la France en marche" »

 

 

 

Régis Debray fait comme à son habitude, une excellente analyse, mais semble complètement désabusé.

Régis Debray fait comme à son habitude, une excellente analyse, mais semble complètement désabusé.

 

 

 

Voilà la France d’après le 18 juin (date du deuxième tour des élections législatives et non de l'appel du général de Gaulle...).

 

Un dernier mot : si, comme d’autres, j’ai suivi le mot d’ordre général de voter Macron dimanche prochain, 7 mai, c’est tout simplement parce que tout vaut mieux que le retour à Vichy.

 

Bon dimanche à toutes et à tous !

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

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3 mai 2017 3 03 /05 /mai /2017 13:23

 

 

 

Le premier train de marchandises reliant directement Londres à la Chine est arrivé à destination après un voyage de près de trois semaines évoquant l'ancestrale Route de la soie.

 

 


Le convoi, qui avait quitté la capitale britannique le 10 avril, est entré samedi 29 avril vers 9h30 heure locale (1h30 UT) en gare d'Yiwu, une ville de 2 millions d'habitants située au sud de Shanghai, après avoir traversé la France, la Belgique, l'Allemagne, la Pologne, la Biélorussie, la Russie et le Kazakhstan.

 

 

 

 

 

Le train qui a relié directement Londres à Yiwu mérite le nom de train de l'Histoire.

Le train qui a relié directement Londres à Yiwu mérite le nom de train de l'Histoire.

 

 

 

Non. Ce n’est pas un nouvel exploit technique. Ce voyage n’a rien d’innovant. Pourtant, cette première liaison directe entre Londres et Yiwu est un événement majeur.


Londres est désormais la 15e ville d'Europe desservie par ce nouveau service de fret censé être meilleur marché que le transport aérien et plus rapide que le transport maritime - même si le convoi parti de Londres a mis deux jours de plus que prévu.


La route Londres-Yiwu est longue de plus de 12.000 km, soit la deuxième du monde après la liaison avec Madrid, inaugurée en 2014. Une liaison avec Lyon a été ouverte l'an dernier.
Ces liaisons s'inscrivent dans l'initiative des « Nouvelles routes de la soie » lancée en 2013 par le président chinois Xi Jinping dans l'espoir de cimenter les relations commerciales de la Chine avec ses clients traditionnels, particulièrement en Europe occidentale.

 

Il s’agit d’un des projets les plus ambitieux de notre histoire contemporaine. L’ancien ministre des Affaires étrangères de Chirac, Dominique de Villepin, écrit dans son ouvrage « Mémoire de paix pour temps de guerre » (Grasset, Paris, 2016) :

 

« Exposée en détail en automne 2013 par le président Xi Jinping, l’initiative « Une ceinture, une route » suivant la désignation officielle chinoise, est l’un des projets les plus ambitieux de notre époque. Essentiel pour la Chine, il recoupe des aspirations autant intérieures qu’extérieures. Aspiration économique d’abord parce que (…) le pays traverse à présent un changement de paradigme économique en faveur des services et de la consommation intérieure. Le projet de « Nouvelle route de la soie » n’est pas étranger à cette évolution majeure de l’économie chinoise, à la recherche de nouveaux débouchés internationaux. Aspiration politique ensuite, parce que la Chine y voit un moyen de s’ouvrir vers l’extérieur et d’obtenir une reconnaissance mondiale tout en désenclavant certaines régions touchées par le sous-développement et la montée de l’extrémisme. »

 

Un nouvel impérialisme est né. Et les Occidentaux n’en ont pris conscience. Qu’il s’agisse de Donald Trump et des dirigeants de l’Union européenne, ils ont fermé une nouvelle perspective d’ouverture sur le monde, bien trop obnubilés par les traités transatlantiques comme le TTIP et le CETA.

 

Donald Trump en menaçant Pékin de relever ses tarifs douaniers à des niveaux prohibitifs sur les produits chinois, lui a paradoxalement fait un beau cadeau. En promettant de jeter à la poubelle l'accord de libre-échange trans-Pacifique élaboré par Barack Obama, le nouveau président américain a ouvert un boulevard à la Chine.

 

Son président Xi Jinping cherche en effet à accroître sa mainmise régionale et en profite du coup pour relancer ses propres accords commerciaux, en Asie du Sud-Est et au Pacifique. Et du côté de l’Ouest, la route de la soie.

 

 

 

Donald Trump en menaçant le président de la République populaire de Chine, a commis une erreur historique.

Donald Trump en menaçant le président de la République populaire de Chine, a commis une erreur historique.

 

 

 

En outre, les Occidentaux qui se prétendent être les champions de la modernité et de l’élaboration d’un nouvel ordre international – la fameuse « mondialisation heureuse » - aveuglés par leur orgueil, n’ont pas vu les changements fondamentaux qui se produisent sous leurs yeux dans les échanges internationaux. Ils ne comprennent pas que la Chine, l’Empire du Milieu qu’elle est demeurée, va réorienter fondamentalement les échanges entre les peuples.

 

Un Empire, plus étendu et décentralisé que toute autre entité politique, doit reposer pour exister sur un immense maillage de routes, de ports, d’aéroports, de voies énergétiques – autrefois aqueducs, aujourd’hui des pipelines transportant gaz et pétrole. Ces réseaux d’infrastructures civiles sont comme les veines et les artères du corps impérial et doivent être protégés par d’importantes capacités de projection militaire. Tel fut le cas de l’Empire romain, qui comptait près de 89 000 kilomètres de routes pavées et d’aqueducs, protégés par des légions romaines à la fois très structurées et dispersées aux quatre coins de son étendue. Tel fut encore le cas de l’Empire britannique aux XVIIIe et XIXe siècles. La supériorité navale longtemps incontestée de la Couronne britannique permit à cet empire de durer pratiquement deux siècles. Aux XIXe et XXe siècles, les États-Unis et la Russie s’appuyèrent sur les chemins de fer pour permettre la circulation des biens et des personnes à travers l’immensité de leurs territoires respectifs. Et plus tard, les Etats-Unis eux-mêmes prirent la première place, surtout sur le plan militaire.

 

On ne compte plus les projets chinois visant à racheter tel port ou aéroport européen, à prendre le contrôle de tel ou tel territoire africain riche en matières premières ou fossiles, ou à déployer sa force militaire, notamment navale, en Mer de Chine méridionale. Pau d’analystes voient l’unité de ces divers projets. Ils forment pourtant un ensemble cohérent et ne sont nullement le fruit d’un développement chinois désordonné laissé au hasard des intérêts de l’un ou de l’autre oligarque. Tout au contraire : l’orchestration chinoise de cette œuvre structurant pour le déploiement de la puissance et de l’influence de Pékin est magistrale. Le dessein l’est tout autant : créer un vaste réseau d’infrastructures capable de de monter un empire commercial s’étendant sur tous les continents et soutenu par une puissance militaire suffisante pour dissuader le peer competitor américain.

 

La « Nouvelle Route de la Soie » est la colonne vertébrale de ce projet impérial. Elle reliera l’Asie à l’Europe, et aussi à l’Afrique, via des voies terrestres et maritimes. Cette Route de la Soie sera l’axe de communication principal de l’Empire chinois et passera notamment par un Moyen-Orient complexe et meurtri. Pékin sait que, par essence, l’empire, pour durer et se déployer, impose de consolider un centre puissant et résilient mais aussi des points d’appui nombreux et conciliants parmi les “sujets”. Le pouvoir chinois dispose d’un puissant outil pour réaliser ses ambitions planétaires : la Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures (ou AIIB), concurrente de la Banque asiatique de développement, contrôlée majoritairement par les États-Unis et le Japon, mais plus largement rivale encore implicite mais déterminée de la Banque mondiale, trop occidentale aux yeux des Chinois. Lancée en 2014, l’AIIB fonctionne de conserve avec la « Nouvelle banque de développement » des BRICS, lancée la même année. De quoi permettre à Pékin de nourrir ses ambitions avec l’aval et la coopération de ses voisins.

 

Là encore, les Occidentaux et particulièrement l’Union européenne ont été « dribblés » : l’alliance entre la Chine, la Russie et les pays dits émergents qui montent aussi en puissance comme le Brésil et l’Inde pourrait à terme laisser la puissance US au second plan. Cela explique sans doute la frénésie mise par les Etats-Unis et l’Union européenne à faire aboutir les traités dits de libre échange comme le TTIP et le CETA. En effet, si le projet chinois aboutit, bien des marchés échapperont aux entreprises transnationales nord-américaines et européennes.

 

En septembre 2013, le président chinois Xi Jinping était en visite à Astana, capitale du Kazakhstan pour formaliser un contrat de 5 milliards de dollars portant sur le pétrole de Kashagan, l’un des plus importants gisements au monde. C’est à l’occasion de ce voyage énergétique que Xi Jinping révéla le projet d’une « Nouvelle Route de la Soie » terrestre et maritime, intitulée formellement « One Belt, One Road », mais qui prit rapidement le nom actualisé de la très ancienne « Route de la Soie » instituée il y a plus de 2000 ans entre Chang’an (actuellement Xi’an) et Antioche.

 

La route terrestre au départ de Xi’an rejoindrait l’Europe via un réseau de routes, d’autoroutes et de réseaux ferrés de plus de 13 000 kilomètres allant jusqu’à la Belgique et s’étendant jusqu’en Grande Bretagne. Une autre route partirait de Kashgar en passant par le Pakistan pour rejoindre le port de Gwadar de sorte à contourner la Mer de Chine méridionale où les tensions montent avec Washington. Enfin, une route plus régionale partirait de Kunming, capitale de la province de Yunnan, pour rejoindre le Laos puis le Cambodge, la Malaisie, la Birmanie, Singapour, la Thaïlande et le Vietnam. Dans la mesure où de nombreuses routes et chemins de fer existent déjà, il s’agit moins pour Pékin de tout construire ex nihilo que de relier entre elles toutes ces infrastructures par des d’intersections importantes formant des hubs. Il s’agit encore de permettre des coopérations avec un certain nombre de pays dont les structures étatiques sont pour le moins affaiblies tels la Syrie, l'Irak, et l'Afghanistan ou de coopérer avec des Etats dont les relations sont entachées de différends historiques comme celui entre l'Arabie Saoudite et l'Iran. Ce souci du maintien des structures étatiques pousse Pékin à adopter une politique étrangère pragmatique et réaliste du type « win win », assez proche en cela des principes de la diplomatie russe.

 

 

 

La carte terrestre et maritime de la Nouvelle Route de la Soie. On observe que le train venant de Londres est passé au Nord de la route terrestre prévue devant passer par les régions troublées comme l'Afghanistan.

La carte terrestre et maritime de la Nouvelle Route de la Soie. On observe que le train venant de Londres est passé au Nord de la route terrestre prévue devant passer par les régions troublées comme l'Afghanistan.

 

 

 

Sur les mers, la Nouvelle Route de la Soie partirait de la Mer de Chine méridionale pour rejoindre les océans Indien et Pacifique. Ceci est particulièrement délicat pour Pékin qui craint, en cas d’exacerbation des tensions avec Washington, qu’un blocus maritime ne ferme son accès à la mer à cet endroit – ce qui explique l’importance de la route terrestre passant par le Pakistan pour avoir accès à l’Océan indien et au Golfe Arabo-Persique via le port pakistanais de Gwadar.

 

Au regard de l’importance stratégique de la Mer de Chine méridionale, Pékin joue clairement une partie de bras de fer avec les autres pays de la région qui contestent la délimitation des eaux territoriales et indirectement avec les Etats-Unis, dont le « pivot vers l’Asie » vise l’endiguement de la Chine, politique qui n’est pas sans rappeler la doctrine du « containment » du président Truman à l’égard de l’URSS. Cette stratégie chinoise passe aujourd’hui par une militarisation des îles (naturelles ou artificielles) de Mer de Chine méridionale, notamment via l’installation de systèmes anti-aériens et anti-missiles capables de créer un « dôme invulnérable » au-dessus de ces territoires. Elle passe également par un développement d’ampleur de sa marine de guerre, avec le lancement d’un grand nombre de destroyers modernes de Type-052D, équivalents chinois des destroyers américains de classe Arleigh Burke mettant en œuvre le système d’armes naval « Aegis », ainsi que de grands navires amphibies de débarquement de Type-071 en attendant la construction de plusieurs porte-avions. Ainsi, depuis quelques années, la marine chinoise connaît une croissance exponentielle. Au-delà du contrôle militaire des mers et des océans, le trajet maritime de la Nouvelle Route de la Soie nécessite pour Pékin d’investir dans les ports et les infrastructures des villes côtières qui se trouvent le long du trajet passant par le Canal de Suez, notamment Gwadar au Pakistan et également à Djibouti, où la présence chinoise s’intensifie considérablement et où Pékin pourrait même créer une base navale militaire.

 

Dans la constitution de ce vaste réseau d’infrastructures, Pékin fait face à la difficulté du financement et de la coordination institutionnelle de son projet impérial. Le montant exact de ce financement n’est pas connu précisément dans la mesure où il s’agit moins d’un seul et unique ensemble que de la coordination d’une myriade de projets différents. On sait cependant que la Chine va engager des moyens considérables.

 

En premier lieu, la Chine a lancé un « Fonds Route de la Soie » de 40 milliards de dollars, opérationnel depuis 2015. Mais ce n’est pas tout. A partir de son capital de 100 milliards de dollars et qui pourrait augmenter rapidement avec le temps, l’AIIB sera en mesure de lever des sommes considérables pour participer à des projets spécifiques inclus dans la NRS. C’est également le cas de la « Nouvelle Banque de Développement » des BRICS lancée en 2014 et dont le capital de 100 milliards de dollars est détenu à 41% par la Chine. C’est sans compter encore les investissements des grandes entreprises et des banques chinoises qui, s’ils n’entrent pas officiellement dans le projet global « One Road, One Belt », participent indirectement de celui-ci et du projet impérial chinois. C’est la particularité de ce projet : il n’est pas seulement le fait de la volonté unilatérale et verticale d’un Etat, mais ressemble davantage à un gigantesque réseau, y compris dans ses financements.

 

Le projet Nouvelle Route de la Soie, s’il se concrétise, va profondément bouleverser les relations internationales. Comme toute entreprise de grande envergure, elle comporte des risques dont le premier d’entre eux pourrait être le choc de deux Empires : l’un naissant ou renaissant, la Chine, l’autre en déclin, les Etats-Unis. Et entre les deux l’Europe.

 

Ce n’est pas pour rien que, juste après le « Brexit », la Grande Bretagne rentre résolument dans le projet Nouvelle Route de la Soie. On a souvent reproché aux Britanniques leur nostalgie de l’Empire. Le Royaume Uni choisira toujours le Grand Large. Churchill avait averti les Européens, il y a bien longtemps.

 

Rester au balcon face à ce projet est une faute majeure commise par l’Union européenne qui, une fois de plus, démontre qu’elle n’a ni vision, ni stratégie.

 

 

Le train de Londres arrive à Yiwu. La Nouvelle Route de la Soie s'ouvre progressivement.

 

 

 

 

 

 

Le train de Londres arrivant à destination à Yiwu.

 

Un autre aspect et non des moindres, le terrorisme et l’islamisme radical qui touchent aussi bien la Chine, la Russie, l’Afrique et l’Europe, se trouverait déstabilisé par ce décloisonnement et pourrait ainsi disparaître. L’ouverture remplacera les bombes et œuvrera au développement du Moyen Orient qui en a tant besoin.

 

Dominique de Villepin écrit dans ouvrage :

 

« Elle [la Nouvelle Route de la Soie] apporte une vision fondée sur l’internationalisation des investissements et l’ouverture financière… »

 

Plus loin, il ajoute :

 

« L’initiative de la Nouvelle Route de la Soie (…) représente une occasion unique d’insuffler à l’économie internationale un sursaut d’innovations et d’activités. (…) Le projet est là. Les idées sont nombreuses. Il ne manque plus qu’une volonté concrète de soutenir ce projet et, plus encore, d’y jouer un rôle central. C’est désormais aux autres pays, et particulièrement aux pays européens, de faire leur part du chemin, d’exprimer leur propre vision des projets prioritaires et de la forme à donner à ce partenariat. (…) Trop souvent, on regarde ce projet avec méfiance, ou simplement d’un œil distant, au motif qu’il viendrait de l’Orient, habitués que nous avons été, ces derniers siècles, à croire aveuglément à la toute puissance économique et politique du monde occidental. »

 

Alors, va-t-on continuer à regarder passer le train Londres Yiwu, ou bien une nouvelle génération politique parviendra-t-elle à saisir cette occasion historique ?

 

 

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

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28 avril 2017 5 28 /04 /avril /2017 09:15

 

 

Le dilemme se pose depuis dimanche 23 avril : le fascisme ou le néolibéralisme. Et en définitive, il n’y a pas grande différence : instauration d’un « pouvoir fort », régression sociale, démantèlement de l’économie, carcan d’une pensée unique, etc. Nous vivons en réalité le choc de deux extrémismes.

 

 

Le Pen, c’est l’extrême-droite classique revêtue de la « post-modernité ». C’est avant tout l’exclusion, la haine de l’Autre. L’Autre, c’est l’Arabe, c’est le Juif (enfin, on le pense, mais on n’ose pas le dire … sauf quand on se lâche, comme sur le Vel d’Hiv), c’est l’Europe, c’est « Bruxelles ». C’est le retour au pétainisme, c’est la résurrection de Maurras. Et on use de la même stratégie que les « anciens » : on recouvre tout cela d’un vernis « social », miroir aux alouettes pour une classe ouvrière en détresse.

 

 

 

 

Ne vous fiez pas à son air rassurant !

Ne vous fiez pas à son air rassurant !

 

 

 

Ainsi, va-t-on connaître la violence de la guerre contre tout ce qui gêne le pouvoir, celle de la traque d’un bouc émissaire – essentiellement l’étranger, l’allochtone –, celle de la militarisation de la société, celle d’un Etat brutal, celle – et cela ne concerne pas que la France – d’un Frexit qui isolera le pays de Voltaire comme jamais il ne l’a été.

 

 

Macron, c’est l’extrême-centre. Pour le philosophe québécois Alain Denault, cité par « le Soir » du 27 avril : « Le discours centriste de Macron est extrémiste dans la mesure où il est destructeur du point de vue de l’écologie, inique d’un point de vue social et impérialiste d’un point de vue diplomatique. Il se présente abusivement sous les jours de la pondération. »

 

 

 

Emmanuel Macron et sa femme. A-t-il le bon profil pour le poste ?

Emmanuel Macron et sa femme. A-t-il le bon profil pour le poste ?

 

 

 

Ainsi, va-t-on connaître la violence d’un pouvoir privé, celle des usines que l’on délocalise, celle de l’exclusion par le chômage, celle de la précarité, celle d’un choc culturel qui balayera un édifice intellectuel, artistique, scientifique façonné depuis des générations, celle de la fin du progrès, au nom du progrès.

 

C’est donc choisir entre Charybde et Silla qui est demandé aux électeurs français. Aussi, la tentation est grande de renvoyer dos à dos les candidats représentant ces deux extrêmes.

 

Jean-Luc Mélenchon l’a fait le soir du scrutin. Il laisse à chacun le soin de prendre ses responsabilités. Tollé de l’establishment et des médias ! Une occasion de plus de « diaboliser » le leader de « France insoumise » qui est accusé d’être l’allié objectif de KriegsMarine Le Pen ! Michel Onfray, de son côté, prétend que cette élection est très bien combinée : le challenger de la candidate d’extrême-droite est certain de l’emporter ! Pour lui, ce scrutin est une élection à un tour.

 

Sans doute, mais c’est sans compter les aléas d’une campagne pour le deuxième tour qui est très mal partie pour le « favori ». En effet, Emmanuel Macron, sa victoire à peine connue, s’est montré d’une arrogance sans pareil. Et cela a commencé le soir même du premier tour.

 

La bulle Macron

 

 

Il prononça le dimanche soir un discours de victoire sans queue ni tête où il n’a parlé que de lui et de… sa femme, pour terminer la soirée dans une brasserie avec ses proches. Dans ce Fouquet’s au rabais, il a fêté sa « victoire » à la première mi-temps ! Pas très sérieux tout cela ! Pas très « pro », le banquier !

 

 

 

 

Macron avec Stéphane Bern à la Rotonde le dimanche 23 avril. Son Fouquet's au rabais...

Macron avec Stéphane Bern à la Rotonde le dimanche 23 avril. Son Fouquet's au rabais...

 

 

 

L’essayiste américain David Goldman dit à propos de Macron : « Macron is pure bubble ! » Il est une bulle telle celle qui se forme régulièrement sur les marchés financiers. Mais toutes les bulles finissant par éclater ! Aussi, on peut penser que KriegsMarine cherche une aiguille…

 

 

Suite à cela, un de mes correspondants, Luc-Paul Badet, a posé sur Facebook les questions pertinentes :

 

 

Pourquoi Macron, lors de sa victoire au premier tour, n’a-t-il pas parlé de la montée et du danger frontiste ?


Pourquoi ne s’est-il pas adressé à celles et ceux qui se sont ralliés à lui, non par adhésion, mais par raison ?


Pourquoi ne s’est-il pas adressé aux gens qui souffrent de la mondialisation, de la fracture sociale, de l’endettement, de la pauvreté ?


Pourquoi Macron n’a-t-il pas parlé de la Laïcité, de son programme concernant la montée des Frères musulmans en France ?


Pourquoi Macron n’a-t-il fait un discours fondateur, basé sur un socle de valeurs inaliénables ?


Pourquoi Macron n’a-t-il pas proposé un gouvernement d’Union Nationale, s’il était élu ?

 

 

 

Sans doute parce qu’il est justement cette bulle ! Son discours est vide, comme son programme. Ses attitudes sont arrogantes et agacent tout le monde. En plus, avec ses hurlements, il donne l’impression de ne pas se contrôler. Ce n’est pas rassurant pour un candidat à la magistrature suprême.

 

 

La suite de la campagne s’avère aussi chaotique. D’ailleurs, en deux jours, le « banquier » a perdu 2 points en faveur de son adversaire. Même la presse étrangère qui lui est favorable exprime son inquiétude. Ainsi, le New York Times mardi 26 avril a appelé le centriste français à retenir les leçons de l’arrogance mortifère de la campagne Clinton, enjoignant le candidat au «travail» et à « l’humilité ». En aparté, lors d’un déplacement à Laval, François Hollande a lui aussi distribué les mauvais points : « Il n’y a pas eu de prise de conscience de ce qui s’est passé dimanche. Rien n’est fait parce qu’un vote, ça se mérite, ça se conquiert, ça se justifie, ça se porte. »

 

 

Sa visite à Whirpool à Amiens a tourné à la catastrophe. Macron s’est fait rappeler à l’ordre par François Ruffin, le réalisateur du film Merci patron, qui est par ailleurs candidat de France insoumise » au législatives à Amiens.

 

 

 

Emmanuel Macron et KriegsMarine Le Pen à Whirpool : un lamentable fiasco

Emmanuel Macron et KriegsMarine Le Pen à Whirpool : un lamentable fiasco

 

 

 

« Vous êtes chez les vaincus de la mondialisation. Malheureusement les gens que vous avez autour de vous, ils peuvent tous citer plusieurs plans sociaux. Vous ne pouvez pas venir dire ici que la mondialisation et l’européanisation elle est bonne, alors que depuis 30 ans on se prend des coups dans la tronche. »

 

 

Et KriegsMarine Le Pen a brûlé la politesse à Macron en rendant une visite éclair juste pour faire des « selfies » avec des travailleurs de Whirpool. D’ailleurs, le même François Ruffin a déclaré :

 

 

« On s’excuse auprès de Marine Le Pen de ne pas lui avoir rappelé que dans ses 144 engagements n’apparaissent ni les mots « actionnaires », « PDG », « dividendes », « multinationales » : sa visite surprise, ça a été un passage trop éclair... »

 

 

Là aussi, il convient d’insister : les coups de gueule ouvriéristes de Le Pen sont du vent. Que les travailleurs ne tombent pas dans le piège qu’elle leur tend avec son ombre, Philippot et l’avocat raté Collard.

 

 

Une conclusion identique

 

 

Alors, quelle leçon tirer de cela ? Plusieurs analystes français qui vont de la droite à la gauche, comme Alain de Benoist, Jean-Pierre Le Goff, Christophe Guilluy, Jacques Julliard, Henri Slama, Michel Onfray et d’autres arrivent à la conclusion : le clivage Macron-Le Pen recouvre dans une très large mesure l’opposition entre la « France périphérique », celle des couches populaires humiliées, laissées pour compte, qui s’estiment à juste titre victimes d’une exclusion à la fois politique, sociale et culturelle, et celle des métropoles urbanisées où vivent les cadres supérieurs et les bobos, les classes possédantes et la bourgeoisie intellectuelle intégrée, qui profitent de la mondialisation et aspirent à toujours plus d’« ouverture ». D’un côté la France qui gagne bien sa vie, de l’autre celle qui souffre et qui s’inquiète.

 

 

Mais cette opposition spatiale, particulièrement bien explorée par Christophe Guilluy, a aussi (et surtout) le sens d’une opposition de classe. « La lutte des classes ressurgit politiquement à la faveur d’un duel de second tour qui oppose le libéral Emmanuel Macron à la souverainiste Marine Le Pen ».

 

 

« Derrière cette lutte des classes, ajoute Slama, se cache un affrontement entre deux visions du monde : la vision libérale et universaliste, qui ne croit ni en l’État ni en la nation, et la vision que l’on nomme aujourd’hui populiste ou encore souverainiste, qui veut restaurer l’État, les frontières et le sens de la communauté face aux ravages de la mondialisation ».

 

 

L’erreur symétrique de la droite et de la gauche classiques a toujours été de croire que la politique pouvait s’extraire des enjeux de classe – la droite par allergie au socialisme et au marxisme, la gauche parce qu’elle croit que la classe ouvrière a disparu et que le peuple ne l’intéresse plus.

 

Il est symptomatique que des intellectuels d’horizons les plus divers, voire farouchement opposés, arrivent à une conclusion quasi identique.

 

Opter pour le moindre mal.

 

Ajoutons que cette élection montre que nos valeurs fondamentales sont menacées de part et d’autre : la mondialisation dite heureuse cache mal un projet totalitaire destructeur de nos liens sociaux qui ont été tissés depuis les débuts de la révolution industrielle et notre édifice culturel qui a réussi à allier l’universel et le particulier.

Le repli sur soi, la haine de l’Autre, le retour à des pratiques nauséabondes sont inacceptables. Il ne peut être question de prendre le moindre risque de voir la candidate du FN s’installer au château de la rue du Faubourg St Honoré.

 

George Orwell écrivit un jour : « La plupart d’entre nous persistent à croire que tous les choix, et même les choix politiques, se font entre le bien et le mal et que du moment qu’une chose est nécessaire, elle doit être bonne. Il nous faudrait, je pense, nous dépouiller de cette croyance qui relève du jardin d’enfants. En politique, on ne peut jamais opter que pour un moindre mal. »

Et le moindre mal, c’est à notre corps défendant, voter Macron. Mais, comme disait le professeur Phlippe Marlière : « Le 7 mai, je vote Macron, le 8 mai, je le combats ! »

 

 

N’oublions pas que si le banquier croit qu’il a gagné le match à la première mi-temps. Il doit encore vaincre à la fin. Et, surtout, il lui faut emporter la troisième mi-temps, c’est-à-dire les législatives.

Et là, c’est loin d’être acquis et ce sera le moment de proclamer haut et fort : Ni Le Pen, ni Macron !

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

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25 avril 2017 2 25 /04 /avril /2017 08:25

Par Aude Lancelin

 

 

Le lecteur voudra bien trouver un article signé de Aude Lancelin, la journaliste virée de l’hebdo de la gauche bobo parisienne, l’Obs, pour des raisons idéologiques. Elle a en plus le tort d’être la compagne de Frédéric Lordon, l’économiste de gauche qui a mené le mouvement « Nuit debout » lors de la contestation de la loi « travail » dite loi El Khomri qui a démantelé le Code du Travail français.

 

 

Dans ce « papier » publié sur son site « le feu sur la plaine » et repris par le site « Le Grand Soir », Aude Lancelin montre comment a été élaboré le présidentiable Emmanuel Macron par les grands patrons et argentiers du CAC 40 (les plus grandes entreprises françaises) et François Hollande, himself. Ajoutons que le travail de cette grande journaliste ne la classe certainement pas dans la catégorie des « complotistes » !

 

 

Ainsi, on peut bien mieux comprendre ce qu’il s’est passé et les tenants et aboutissants du « phénomène » Macron.

 

 

Ce genre de manœuvre est typique de la classe politique et des affairistes en France. Néanmoins, elle révèle les collusions qui existent entre les deux et laissent deviner ce que sera le pays de Voltaire après la très probable élection de Macron.

 

 

Encore un peu moins de démocratie, certes, bien plus de néolibéralisme, évidemment, avec ses conséquences sociales, mais sans doute une période troublée, car le premier tour a montré que se lève une opposition de plus en plus dure à une politique qui est menée depuis des années dans l’Union européenne et qui mène à la ruine.

 

 

Macron sera peut-être le dernier soubresaut de la déferlante ultralibérale, mais comme en toute période de bouleversement, on navigue dans le brouillard vers une destination inconnue.

 

 

 

Pierre Verhas

 

 

L'hebdo de la gauche bobo a activement participé à la campagne d'Emmanuel Macron.

L'hebdo de la gauche bobo a activement participé à la campagne d'Emmanuel Macron.

 

 

 

Comment le candidat d’« En marche ! » a été entièrement fabriqué par des médias entre les mains du capital, et pourquoi il est encore temps de résister à ce coup de force.

 

C’était à la fin de l’été dernier, je venais de rendre le manuscrit du « Monde libre ». Mon regard errait devant les images de BFM TV, dans les vestiges d’une canicule parisienne achevée il y a peu. C’est alors que je compris brutalement que l’année 2017 serait terrible, et que la présidentielle à venir ne ressemblerait à rien de ce que ce pays avait connu jusqu’ici. La première chaîne d’informations en continu du pays, fleuron du groupe Altice-SFR détenu par Patrick Drahi, n’avait pas lésiné sur les moyens en ce 30 août 2016. Le tout pour couvrir un événement considérable, imaginez du peu : la démission du ministère de l’économie d’un jeune baron du hollandisme encore quasi inconnu du public deux ans auparavant. Un scoop d’importance planétaire, on voit ça, qui valait bien la mobilisation générale de toutes les équipes de la chaîne détenue par ce milliardaire français issu des télécoms. L’étrange spectacle qui s’étalait sur les écrans du pays ce jour-là, c’était un chérubin en costume-cravate s’échappant du ministère de Bercy en navette fluviale pour remettre sa démission à l’Elysée, poursuivi par les caméras de BFM TV, le tout dans le style flouté et distant caractéristique de la paparazzade, de l’image arrachée à l’intimité d’une personnalité livrée bien malgré elle à la convoitise des foules. Comme l’Hyppolite de Racine, le futur ex-ministre en question, qui n’était autre qu’Emmanuel Macron, semblait ainsi être saisi par surprise en train de « traîner tous les cœurs après lui » sur la Seine, dans une étrange séance de ski nautique géant national. Ce que le téléspectateur ignorait à ce stade, c’est que ce sont les cœurs des patrons du CAC 40 qui battait la chamade pour lui depuis déjà un petit moment, et que tous avaient un plan pour la France : porter à la Présidence de la République le chérubin si compréhensif aux doléances du capital. A ce stade il n’était rien, mais ça n’était pas un problème. Ses Geppetto, les poches pleines de billets et les rédactions pleines de journalistes, étaient prêts à en faire tout.

 

 

La scène, totalement surréaliste, m’est toujours restée en mémoire. De même que la surexcitation des commentateurs en plateau, chargés de faire mousser le non-événement, et de faire passer la dérisoire péripétie pour en faire un événement susceptible de casser l’histoire du monde en deux. Ce jour-là, oui, j’eus le pressentiment que nous nous apprêtions à vivre une opération de propagande d’une dimension et d’une nature tout à fait inhabituelles. Une blitzkrieg médiatique à côté de laquelle les éditoriaux érotiques du « Monde » en faveur d’Edouard Balladur en 1995, ou les tribunes culpabilisatrices de « l’Obs » ou de « Libération » pour faire gagner le « Oui » en 2005, ne furent que de dérisoires et fort rudimentaires précurseurs. L’équivalent d’une longue-vue d’amiral de l’armée des Indes par rapport à un satellite d’observation de l’actuelle US army, pour prendre une comparaison d’ordre militaire.

 

 

 

 

La démission de Macron comme ministre de l'économie et des finances de François Hollande a été hyper médiatisée. Cela n'est évidemment pas un hasard.

La démission de Macron comme ministre de l'économie et des finances de François Hollande a été hyper médiatisée. Cela n'est évidemment pas un hasard.

 

 

 

Il est certain en effet que la situation dans les médias s’est spectaculairement dégradée depuis ces années là, jusqu’à faire chuter la France au 45ème rang du classement 2016 de la liberté de la presse établi par « Reporters sans Frontières », quelque part entre le Botswana et la Roumanie. Le tout à cause, contentons-nous de citer l’organisme international sur ce point, « d’une poignée d’hommes d’affaires ayant des intérêts extérieurs au champ des médias qui ont fini par posséder la grande majorité des médias privés à vocation nationale. » Jamais une situation pareille de mainmise quasi totale sur la presse ne s’était vue en France depuis 1945. De sinistre mémoire, le quinquennat Hollande restera du reste comme celui de la victoire par KO du capital sur l’indépendance des rédactions. Le candidat PS s’était fait élire aussi sur la promesse de relever les seuils anti-concentration dans ce domaine. La loi naine dont son règne accouchera fin 2016, dite « Loi Bloche », s’empressera d’enterrer la chose au profit de la mise en place de dérisoires « chartes éthiques » censées garantir la liberté des journalistes. Autant fournir de simples casques de chantier pour protéger des salariés travaillant en zone irradiée. A rebours de ses engagements, François Hollande favorisera en 2015 le rachat de titres historiques comme « Libération » et « l’Express » par Patrick Drahi, géant des télécoms, connu pour ses emplettes par effets de levier hautement destructrices d’emplois, et son contorsionnisme invétéré en matière fiscale. C’est également sous ce quinquennat qu’aura lieu la prise de contrôle du groupe « Canal+ » par Vincent Bolloré avec les conséquences sinistres que l’on sait. Ou encore le rachat en 2015 du « Parisien » par Bernard Arnault, déjà propriétaire des « Echos » et premier annonceur publicitaire de la presse, bien connu également pour son progressisme social, sans parler de sa sympathie pour le populo. Mais aussi, après l’absorption en 2010 du quotidien « le Monde » par un trio d’investisseurs emmené par Xavier Niel, ogre concurrent des télécoms, l’avalement par ce même groupe de la quasi totalité de la presse social-démocrate mainstream, avec le rachat en 2014 de « L’Obs », là encore surveillé comme le lait sur le feu par le président de la République.

 

Ainsi ce dernier pensait-il encore, début 2016, en dépit de sa popularité exécrable, avoir mis autant d’atouts que possible de son côté pour la reconquête de son fauteuil présidentiel. Las, c’était sans compter sur Emmanuel Macron, le polichinelle que lui avaient mis dans le tiroir ses nouveaux amis du CAC 40. Avec son consentement, c’est là toute la perfection de la farce. Il y a quelque chose de biblique dans le châtiment d’un Président qui, après avoir renoncé à faire de la finance son ennemi, confia à celle-ci sa politique économique, et se vit poignardé dans le dos par elle, jusqu’à devoir désormais escorter publiquement ses ambitions élyséennes. Plus précoce que sa dupe élyséenne, il y a des années que Macron plaçait ses pions auprès des géants des médias. Déjà lorsqu’il était banquier d’affaires chez Rothschild, le protégé d’Alain Minc avait conseillé le groupe Lagardère pour la vente de ses journaux à l’international. Excellentes aussi, les relations entretenues par Macron avec le sulfureux patron de Canal+, Vincent Bolloré, dont on connaît la passion pour les démocrates africains et l’indépendance des rédactions. L’ambitieux ne s’en était nullement caché auprès du journaliste Marc Endeweld, auteur de L’Ambigu monsieur Macron (Flammarion). Très étroites également, celles qu’il a avec le fils de ce dernier, Yannick Bolloré, PDG d’Havas, géant de la communication mondiale. Avec le groupe de Patrick Drahi, c’est carrément la love story à ciel ouvert, même si en période électorale les pudeurs de carmélite s’imposent. Ainsi le Directeur général de BFM TV est-il régulièrement obligé de se défendre de faire une « Télé Macron », sans convaincre grand monde, tant les affinités électives sont en effet avérées entre le candidat à la présidence et l’entité Altice-SFR Presse. Lorsque Martin Bouygues et Patrick Drahi s’affronteront pour le rachat du groupe SFR, c’est Macron lui-même, alors secrétaire général de l’Elysée, qui jouera un rôle décisif en faveur de ce dernier. Et en retour, lorsque celui-ci décidera de se lancer dans la course à la présidentielle fin 2016, on ne tardera pas à voir rejoindre son équipe l’ancien banquier Bernard Mourad, hier encore directeur d’Altice Media Group, à savoir SFR Presse. C’est du reste « Challenges » qui sortira cette dernière information, le magazine aujourd’hui encore dirigé par Claude Perdriel, autre organe fervent de la macronôlatrie. Un agenouillement public à la fois si étouffant et si peu contestable que même ses rédacteurs, peu soupçonnables de déviances gauchistes, s’en plaindront sous la forme d’un communiqué.

 

 

C’est toutefois avec Xavier Niel, à qui le même Perdriel revendit l’Obs en 2014, que les relations avec le candidat Macron sont devenues au fil du temps carrément torrides. Entre capitalistes qui s’assument, désirant pour la France un destin de « start up nation », peuplée de benêts rêvant de devenir milliardaires, c’est peu de dire que le courant passe. Alors même qu’un reportage diffusé au 20 heures de France 2 annonçait début 2016 que le patron de Free s’apprêtait à financer les ambitions de l’autre, Niel est devenu plus taiseux sur la question. Difficile en effet d’admettre publiquement pour l’homme fort du groupe « Le Monde » son degré de proximité avec le candidat d’En Marche!, alors même que beaucoup accusent déjà le quotidien du soir d’être devenu le bulletin paroissial du macronisme. Interrogé sur LCP le 16 mars dernier, à peine Niel consentira-t-il à admettre que deux candidats pourraient convenir à ses convictions libérales, à savoir Emmanuel Macron et François Fillon. Un second choix qui ne surprendra que ceux qui ignorent que le candidat LR est l’homme qui lui accorda en 2009 la quatrième licence de téléphonie mobile, dans des conditions toujours restées opaques.

 

Etrangement, le programme de Jean-Luc Mélenchon semble aujourd’hui résonner beaucoup moins favorablement aux oreille de Xavier Niel, qui le comparait même dans une récente interview accordée au « Temps » à celui de Marine Le Pen. Exactement ce que font les éditorialistes du « Monde » à longueur de semaines – simple communion de vues, vous expliqueront les journalistes du quotidien, dont la perspicacité semble hélas souvent peu en rapport avec la fonction revendiquée de vigie démocratique. Une sorte d’« harmonie préétablie » qui arrange décidément tout le monde. Pour le dire avec les mots de Leibniz : la « substance » actionnariale n’affecte qu’elle-même – c’est-à-dire qu’elle ne passe, par exemple, jamais de coups de fils. Et cependant, toutes les « substances » journalistiques qui oeuvrent sous ses ordres semblent interagir causalement avec elle – c’est-à-dire par se mettre comme par enchantement à son exact diapason. N’y a t-il pas là une merveille tout à fait étonnante à étudier pour l’esprit ?

 

Lui aussi actionnaire du groupe « Le Monde », le milliardaire du luxe Pierre Bergé, n’aura pas réussi à s’abstenir de tweeter sa fougue macronienne pendant la campagne. « J’apporte mon soutien sans la moindre restriction à Emmanuel Macron pour être le président qui nous conduira vers une sociale-démocratie », lira-t-on ainsi le 30 janvier. Là encore, les journalistes du quotidien se sont contentés de détourner le regard. Trop occupés pour certains à scruter les atteintes oligarchiques à la liberté d’expression chez nos voisins. Une imprudence due au grand âge, entend-on mezza voce au « Monde », sans que rien permette de dire hélas que ce jugement soit un simple effet de la terreur subie. La facilité, et en réalité aussi le bon sens, pousserait à penser que les journalistes, sous le joug de leurs bailleurs de fonds n’osent plus bouger une oreille. La réalité est hélas plus complexe. Certains d’entre eux crèvent de peur, c’est un fait. Beaucoup d’autres en revanche ne sentent même pas le poids de leurs chaînes. Ils pensent réellement qu’entre la finance à face de chérubin et le lepénisme à visage féminin, il n’y a plus rien à choisir, à penser, à tenter. Ils ont du reste souvent été sélectionnés pour cette aptitude-là, cette étonnante faculté à faire sien ce qu’on vous commande de penser, cette soumission anticipée aux desideratas actionnariaux qu’il serait en effet malséant d’avoir ne serait-ce qu’à énoncer.

 

La presse n’ayant quoiqu’il en soit pas été très empressée à fournir la Carte du Tendre permettant de s’orienter dans les relations entre Macron et les tycoons français, les lecteurs vraiment obstinés auront dû se contenter durant toute cette campagne de rabouter des petits cailloux épars. Une enquête particulièrement bien informée de « Vanity Fair » sur la reine de la presse people, Michèle Marchand dite « Mimi », levait début avril un coin du voile sur les dîners privés organisés entre Xavier Niel et le couple Macron un an avant la présidentielle. « Quand lors d’un dîner avec les Macron, j’ai entendu Brigitte se plaindre des paparazzis, explique ainsi tranquillement Niel à « Vanity Fair », je lui ai naturellement conseillé Mimi. » Et la journaliste Sophie des Déserts de préciser que c’est le patron du groupe « Le Monde » qui organisa la rencontre à son domicile. Un hôtel particulier du Ranelagh, où il réside avec la fille de Bernard Arnault, patron de LVMH et autre grand fan du petit prince Macron, dont le CAC 40 voulait faire son loyal gérant élyséen.

 

 

 

 

François Hollande avec Xavier Niel : d'évidentes complicités.

François Hollande avec Xavier Niel : d'évidentes complicités.

 

 

 

 

Pourquoi aucun grand titre de la presse n’a-t-il trouvé utile d’enquêter sur ce genre de connivences menaçantes ? Pourquoi a-t-on eu au contraire l’impression étrange d’assister pendant toute cette campagne à un putsch démocratique au ralenti, avec un terrible sentiment d’impuissance ? Davantage qu’une intuition, c’est une certitude : si Emmanuel Macron devait être élu à la Présidence de la République, on se réveillerait en mai avec une nouvelle nuit du Fouquet’s, des révélations feuilletonnées sur toutes sortes de grands donateurs, des histoires de premier cercle rappelant les pires heures du sarkozysme, de collusions d’une ampleur inédite entre très gros intérêts industriels, médiatiques et financiers. Partout l’argent rode autour de cette candidature, tout le monde le sait. Lorsque les conditions concrètes qui ont présidé à cette mise sur orbite sortiront enfin dans la presse, post festum, car elles finiront par sortir, ces choses là finissent toujours par sortir, les Français n’auront alors plus que leurs yeux pour pleurer. Entre temps, l’ISF sur les grands patrimoines financiers aura été supprimé, le code du travail ravagé à coups d’ordonnances, les services publics sévèrement amputés, les dividendes toujours mieux reversés. Un véritable continent oligarchique est là encore à demi-englouti, prêt à surgir sous nos yeux le 8 mai prochain, et personne n’a jugé bon jusqu’ici de le dévoiler aux citoyens. Surtout pas ceux dont c’est en théorie le métier, à savoir les journalistes. Au moment où ces lignes s’écrivent j’aperçois la pétition d’absurdité que celles-ci recèlent : comment la presse entre les mains de ces messieurs pourrait-elle enquêter sur sa propre nocivité et a fortiori sur la leur ?

 

 

Un tableau complet de l’ahurissante endogamie macronienne des médias français exige bien sûr pour finir de mentionner la dizaine de couvertures sur Macron réalisées en deux ans et demi par mon ancien journal, « l’Obs », titre historique de la deuxième gauche également tombé dans les mains de Niel et ses associés à la faveur de l’effondrement de la valeur des médias depuis la fin des années 2000. Pendant ce temps, une seule « Une » consacrée à Mélenchon, candidat pourtant surreprésenté chez les jeunes et les intellectuels, dont ce journal aurait eu terriblement besoin pour survivre en cette période, et retrouver un peu de son lustre passé. Une autre à Hamon, candidat pourtant officiel du PS. Un éditorial sidérant publié à quatre jours du scrutin appellera carrément les lecteurs à voter Macron, en contravention flagrante avec le pluralisme de gauche revendiqué depuis toujours par la direction du journal. On ne pourra décidément pas dire que le job n’aura pas été fait manu militari pour dégager la route à celui-ci. On ne pourra pas dire que tous les helpers milliardaires de la place ne se seront pas mis en marche, et même en déambulateurs, pour le gandin aux envolées oratoires poussives. On ne pourra pas dire que tous les moguls des télécoms qui entravent désormais la libre circulation des opinions n’auront pas tout tenté pour gonfler la baudruche à grand renfort de panégyriques dans leur presse, et d’enquêtes jamais faites.

 

 

 

L'Obs comme d'autres hebdos parisiens ont consacré plusieurs couvertures à Emmanuel Macron.

L'Obs comme d'autres hebdos parisiens ont consacré plusieurs couvertures à Emmanuel Macron.

 

 

 

Comment se fait-il que dans de grandes rédactions comme « l’Obs » ou « Le Monde », on ne puisse identifier aucun titulaire de carte de presse se réclamant à visage découvert des idées de la « France Insoumise », quand tant de leurs confrères brament sans vergogne leur macronisme sur les réseaux sociaux ? N’est-il pas prodigieux que, dans des journaux se réclamant encore de la gauche, on ne puisse trouver nulle expression, sorti de l’espace dédié aux tribunes extérieures, en faveur d’un ex-sénateur mitterrandiste ne faisant somme toute rien d’autre que de se réclamer des fondamentaux historiques du socialisme ? Hélas j’en connais les raisons. Ce sont déjà celles que je donnais dans le « Monde libre ». Toutes les idées sont tolérées dans ces rédactions-là où, non sans stupéfaction, j’ai par exemple pu entendre un chef de service défendre le programme économique de François Fillon comme étant le meilleur d’entre tous début 2016. Toutes les idées, oui, sauf celles de la gauche debout contre le néolibéralisme. Toutes les idées, sauf celles aujourd’hui portées par un social-démocrate conséquent comme Jean-Luc Mélenchon, repeint par le Président de la République actuel en dictateur et en ennemi de l’Occident. Il est tout de même ironique que de telles paroles viennent justement de François Hollande, ami autoproclamé du « Monde libre » comme on appelait il y a peu ledit Occident, qui aura passé tant de temps sous son quinquennat à fréquenter les oligarques de la presse nationale pour tenter d’acheter par avance une élection, à laquelle il n’aura finalement même pas pu prétendre.

 

 

Entièrement revenus dans le poing du capital, situation inédite depuis les lendemains de la Libération, les médias auront en moins de deux ans réussi à transformer en possible présidentiable un ex-banquier d’affaires à peine sorti de l’œuf, n’ayant jamais décroché le moindre mandat électif. C’est peu de dire que chez le chérubin de ses messieurs, comme dans la philosophie sartrienne, le passage à l’existence médiatique aura de loin précédé l’essence politique. En faut-il d’ailleurs du mépris pour le peuple français, pour tenter un coup de force pareil. Macron, ce n’est pas seulement la continuation de politiques usées, celles qui ont lepénisé les classes populaires depuis trois décennies et rétabli un quasi esclavage pour certains peuples européens. Macron, c’est le retour du tâcheronnage sous couvert de modernité. Macron, c’est le 19ème siècle à travers les âges et son indifférence complète à la souffrance populaire, à peine barbouillé de couleurs acidulées et de Silicon Valley. Macron, c’est en réalité ni plus ni moins que le retour du Comité des Forges, et de sa fameuse presse, entièrement asservie par l’argent de la haute finance et celui de la grande industrie, dont les anciens résistants formèrent le rêve de débarrasser le pays à jamais, une fois les « Jours heureux » venus.

 

 

Mais me direz-vous, nombre d’« opérations » médiatiques destinées par le passé à peser sur la présidentielle échouèrent finalement. Une percée spectaculaire de Jacques Chirac, au printemps 1995, eut ainsi raison du sacre attendu d’Edouard Balladur, le candidat que la caste s’était choisi. Et il en alla de même en 2005, alors qu’une campagne d’intimidation littéralement terroriste menée par le « cercle de la raison », s’était pourtant abattu sur les partisans du « Non ». Tout ceci est absolument vrai. Au jeu de la pédagogie à coup de matraque, les médias peuvent parfois rater leur coup, même si pour une opération loupée de temps à autres , on pourrait dénombrer tant de leurs réussites passées inaperçues. C’est la raison pour laquelle l’écriture de ce texte ne m’a pas semblé entièrement vaine, à quelques jours du premier tour d’une présidentielle à nulle autre pareille. Tant que le mal n’est pas fait, tout peut encore être défait. Français, ne vous laissez pas voler cette élection.

 

 

Aude Lancelin

 

 

 

Uranopole a publié une recension du livre d'Aude Lancelin où elle raconte sa carrière à l'Obs et la manière dont elle a été virée.

 

http://uranopole.over-blog.com/2017/01/l-imposture-permanente.html

 

 

Le personnage de Xavier Niel est révélateur de « l'éthique » de l'establishment français : Xavier Niel, personnage sulfureux, voire interlope, ayant connu les charmes d’un séjour à la Santé pour « proxénétisme aggravé », inventeur du « Minitel rose », fondateur de Free, disposant d’une firme installée à la Silicon Valley et propriétaire du « Monde » et de « l’Obs » associé à Pierre Bergé et Mathieu Pigasse au niveau d’une holding dénommée « le monde libre ».

 

 

 

 

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24 avril 2017 1 24 /04 /avril /2017 12:45

 

 

 

Le premier tour des élections présidentielles françaises est enfin terminé après une campagne bien trop longue et totalement irrationnelle. Les coups bas, les rebondissements bien préparés, les « gaffes » programmées, les postures diverses, les discours creux ont émaillé cette danse de Saint-Guy de onze candidats dont il faut bien dire qu’à une ou deux exceptions, aucun n’avait l’envergure élyséenne. N’est pas de Gaulle ou Mitterrand qui veut !

 

 

Depuis dimanche soir, on a enfin une certitude dans cet imbroglio : le deuxième tour se fera entre le représentant des grands intérêts financiers et l’éternelle provocatrice prête à répandre sa haine et son fiel sur la France et sur l’Europe.

 

 

 

 

Les "finaliste"s Emmanuel Macron, la marionnette du "système" qu'il prétend combattre et KriegsMarine Le Pen, la facho. La déchéance du politique en France.

Les "finaliste"s Emmanuel Macron, la marionnette du "système" qu'il prétend combattre et KriegsMarine Le Pen, la facho. La déchéance du politique en France.

 

 

 

Fameux choix !

 

 

Cependant, la surprise du jour ne fut pas les noms des deux finalistes. On savait qu’ils avaient de fortes chances de se trouver au deuxième tour. La surprise est venue de Jean-Luc Mélenchon qui a raté le coche de très peu. Grâce à une campagne très bien organisée – tous ses adversaires le reconnaissent –, le candidat de « France insoumise » a réussi à rallier une grande partie de l’électorat de gauche désemparé par les sempiternelles divisions et la trahison des caciques du PS ; une grande partie, certes, mais insuffisante. Certaines attitudes et certains excès l’ont empêché de franchir la barrière du premier tour.

 

 

 

 

 

Jean-Luc Mélenchon digère mal de ne pas figurer au second tour, mais savoure une victoire exceptionnelle qui peut être à l'origine du réveil de la gauche, la vraie !

Jean-Luc Mélenchon digère mal de ne pas figurer au second tour, mais savoure une victoire exceptionnelle qui peut être à l'origine du réveil de la gauche, la vraie !

 

 

 

Un autre élément a aussi joué. Quand les fameux instituts de sondage qui ont faussé toute la campagne, ont noté la progression spectaculaire de Mélenchon, une véritable hystérie s’est emparée des médias et de plusieurs représentants politiques dont le premier fut le président sortant, François Hollande, qui n’a pas hésité à déclarer que « cette campagne est polluée » visant son ex « ami » Mélenchon plutôt que KriegsMarine Le Pen qui caracolait en tête dans les sondages depuis plusieurs mois. Cela rappelle le fameux « plutôt Hitler que le communisme » des années 1930.

 

 

Le sentiment que l’on a depuis quelques jours et surtout depuis dimanche soir 23 avril : les dés sont pipés.

 

 

La trahison des caciques du PS

 

 

La première victime en est Benoît Hamon qui a emporté les primaires de gauche haut la main et que son propre parti a saboté dès le départ. Les ministres de Hollande, sentant le navire couler, se sont ralliés les uns après les autres à Macron, laissant tomber le candidat officiel du PS. Plusieurs leaders socialistes ont fait de même, le premier d’entre eux étant Gérard Collomb, le maire de Lyon qui fut le premier à adhérer au mouvement « En marche ! ». S’il y a quelque-chose de nauséabond, c’est bien cela. Hamon avait cependant des atouts. Il avait un bon programme et avait réussi à s’entourer de conseillers de valeur comme l’économiste Thomas Piketty.

 

 

 

Benoît Hamon, trahi par les siens, assume sa défaite avec dignité.

Benoît Hamon, trahi par les siens, assume sa défaite avec dignité.

 

 

 

Plusieurs se posent la question : pourquoi n’a-t-il pas fait ticket commun avec Mélenchon ? Ce fut tenté, mais il y eut des erreurs de part et d’autre. Hamon a exigé trop vite que le candidat de « France insoumise » se retire en sa faveur et Mélenchon s’est bloqué sur certains points du programme du candidat officiel du PS, tout en refusant dans le fond de lui-même un accord avec les apparatchiks de la rue de Solferino. On peut le comprendre, mais la réalité est que tous les deux n’ont sans doute pas osé franchir le Rubicon…

 

 

 

Des « affaires » très opportunes…

 

 

 

À droite, Fillon était emberlificoté dans les affaires, a très mal réagi et n’a cessé de mentir. De plus, il était dangereux en apparaissant comme le leader de la fameuse « Manif pour tous » et en prônant un programme d’austérité drastique absolument imbuvable après les privations imposées par Hollande. Mais, on peut se poser la question : ces scandales n’ont-ils pas opportunément éclaté au bon moment, soit juste après sa victoire aux primaires de la droite ?

 

 

 

 

 

François Fillon assume lui aussi sa défaite. C'est l'échec de l'obscurantisme et de l'austérité "pénitente".

François Fillon assume lui aussi sa défaite. C'est l'échec de l'obscurantisme et de l'austérité "pénitente".

 

 

 

KriegsMarine Le Pen, elle aussi noyée dans les « affaires », en a fait fi et a poursuivi sa campagne avec les thèmes classiques de l’euroscepticisme et de l’hostilité à toute immigration, jusqu’à se lâcher sur le Vel d’Hiv, montrant ainsi que sous les habits neufs de la dédiabolisation, se cache à peine le « bon vieux » fascisme de papa…

 

 

Enfin, Macron, le banquier « anti-système » a incontestablement réussi son coup. Et, comme on va le voir plus loin, tout cela fut très bien préparé et incontestablement, transparaît la marque de François Hollande dans l’ascension fulgurante de son ex-ministre de l’économie et des finances. Il sera sans doute le prochain locataire de l’Elysée. Et son programme est déjà prêt : il va, dès le départ, réformer par ordonnances sur des questions fondamentales : compléter la loi El Khomri, réformer l’économie dans un sens encore plus libéral, etc.

 

 

Macron : apprenti-dictateur

 

 

 

Bref, Macron est un apprenti-dictateur (voir « Uranopole » http://uranopole.over-blog.com/2017/04/les-apprentis-dictateur.html ) comme le démontre cet extrait d’une interview dans « le Monde » du 4 avril :

 

 

 

 

 

Brigitte et Emmanuel Macron dansent en fêtant la victoire du premier tour... danse sur un volcan ?

Brigitte et Emmanuel Macron dansent en fêtant la victoire du premier tour... danse sur un volcan ?

 

 

 

« Si vous êtes élus, vous dites vouloir une majorité absolue au Parlement et refuser par avance tout accord d’appareil. N’est-ce pas trop orgueilleux ?

 

 

 

Réponse : « Non, c’est une condition d’efficacité. (…) Je souhaite une alternance profonde sur le fond comme sur la méthode, avec une orientation politique claire et une majorité politique cohérente. » Et puis, le petit couplet gaulliste : « Nos institutions sont ainsi faites que la présidentielle donne le cap. Nous ne sommes pas un régime parlementaire. »

 

 

 

Que se passera-t-il si Macron n’a pas de majorité ? Il élude la question. Et il ajoute : « Si les Français veulent ce changement, ils voteront pour moi et le confirmeront aux législatives. » Ben tiens !

 

 

 

Enfin, vient l’intention. « Quelles que soient les situations politiques, notre Constitution a mis en place un parlementarisme raisonné. Prenez l’exemple de 1988-1993. Beaucoup de choses ont été décidées et votées. C’est pour cela que Michel Rocard a autant utilisé le fameux 49-3. »

 

 

 

Alors, Emmanuel Macron gouvernera-t-il avec le 49-3 ? « J’assume les instruments qui ont été prévus par la Constitution de 1958. »

 

 

Le lecteur voudra bien trouver demain un excellent article d’Aude Lancelin, l’ancienne journaliste de « l’Obs » qui a été virée pour raisons idéologiques, où elle décortique le système Macron. Elle montre, en définitive, que le leader d’ « En marche ! » n’est qu’un instrument, pour ne pas dire une marionnette. Le risque est ainsi de voir l’institution présidentielle devenir l’instrument des grands intérêts financiers des entreprises du fameux CAC 40 qui y étaient déjà fort influents.

 

 

Alors, que faire le 7 mai ?

 

 

On tombe une fois de plus dans le piège du « vote utile » et du « Front républicain ». Les médias et plusieurs leaders politiques incitent à voter massivement pour Emmanuel Macron afin de faire « barrage » au « populisme » représenté par KriegsMarine Le Pen.

 

 

Et c’est là encore un piège : fort d’un vote massif, Macron se sentira assez fort pour imposer les « réformes » par tous les moyens et museler le parlement où il aura sans doute très difficile à trouver une majorité suffisamment solide.

 

 

Quand on a reproché, au soir du 23 avril, à Mélenchon de ne pas s’engager à voter Macron, c’était à nouveau un piège : le soi-disant choix entre le fascisme ou le néolibéralisme.

 

 

Non, ce qui va se passer : les mesures néolibérales dictées par le CAC 40 au jeune président ne feront que renforcer le « populisme » et, à l’élection suivante, le risque d’une majorité absolue pour la fille du tortionnaire d’Alger, lui, sera réel.

 

 

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

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17 avril 2017 1 17 /04 /avril /2017 09:17

 

 

 

Danielle Mitterrand rapporta dans ses mémoires un entretien avec son mari, le président François Mitterrand, où elle lui posa la question fondamentale.

 

 

« Pourquoi maintenant que tu es au pouvoir ne fais-tu pas ce que tu avais promis ? Il me répondit qu’il n’avait pas le pouvoir d’affronter la banque mondiale, le capitalisme, le néolibéralisme. Qu’il avait gagné un gouvernement mais non pas le pouvoir. J’appris ainsi qu’être le gouvernement, être le président ne sert pas à grand-chose dans ces sociétés sujettes au capitalisme. »

 

 

On pourrait poser une autre question : pourquoi François Mitterrand étant informé de cet état des choses du monde, a-t-il promis le changement ? Pour la gloire dérisoire de diriger un gouvernement fantoche ? The awnser is blowing in the wind…

 

 

On pourrait encore poser une autre question : est-on contraint de subir éternellement le fameux TINA thatchérien ? N’y a-t-il donc aucune possibilité pour les peuples de modifier le cours des choses ? Faut-il laisser une oligarchie minoritaire régenter le monde dans son seul intérêt ? N’est-ce pas là le véritable enjeu ?

 

 

 

En corollaire, les « politiques » disposent-ils d’un pouvoir réel pour « changer les choses » ? A quoi sert donc toute l’agitation autour d’une élection présidentielle dans une puissance secondaire ?

 

 

 

 

Danielle Mitterrand posa la vraie question à son époux.

Danielle Mitterrand posa la vraie question à son époux.

 

 

 

Au regard de la campagne présidentielle française, toutes ces questions semblent n’avoir aucune réponse.

 

 

 

« Cette campagne sent mauvais ! » a déclaré François Hollande dans le « Monde » du 13 avril dernier. Il visait Mélenchon qui fait une montée vertigineuse dans les sondages et qui se retrouve troisième candidat aux élections présidentielles françaises selon les « analyses » des instituts de sondage d’opinion. Il fut plus explicite le week-end de Pâques où il attaqua « la gauche » représentée par Jean-Luc Mélenchon.

 

 

Certes, il y a une équation personnelle entre le président sortant et le candidat de « France insoumise ». Ils se détestent souverainement ! Mais, cela n’explique pas tout. François Hollande s’aperçoit sans doute qu’il est le dernier dirigeant d’un système qui s’effondre : la social-démocratie qui s’est mise sous la tutelle du capital depuis la chute du Mur de Berlin, il y aura bientôt trente ans. En outre, le vent de panique provoqué par la perspective d’une présence de Mélenchon au second tour est symptomatique d’une classe dirigeante qui sent vaciller ses bases.

 

 

Oui, cela sent mauvais ! Et ce, bien avant l’avancée de Mélenchon ! En réalité, depuis le début, depuis que les sondages donnent KriegsMarine Le Pen à 25 %, bien au-dessus de tous ses adversaires. La France qui, pour la deuxième fois sous la Ve République, pourrait avoir le leader de l’extrême-droite présent en finale, avec de sérieuses chances de l’emporter. Et pourtant, on a considéré cela comme tout à fait normal. Et ce ne l’est plus dès que le leader de gauche a de sérieuses chances de figurer au deuxième tour. À cela, on mesure le chamboulement des valeurs : une large partie de l’opinion est prête à renoncer aux principes fondamentaux parce que l’on lui a distillée la haine de l’Autre.

 

 

Mais, des onze candidats, un seul semble avoir un programme de changement crédible : Jean-Luc Mélenchon. Alors, deux questions se posent : aura-t-il le pouvoir de le réaliser ? Sa personnalité quelque peu fantasque n’est-elle pas un obstacle ?

 

 

Admettons donc que Jean-Luc Mélenchon passe le cap du premier tour et soit opposé soit à Le Pen, soit à Macron, soit à Fillon. Dans le premier cas, les jeux sont quasi faits : le « vote utile » bénéficiera massivement à « France insoumise ». Mais, ce ne sera pas un vote d’adhésion. Aussi, le nouveau président aura très difficile à imposer les points essentiels de son programme. En cas de duel avec l’ancien ministre de l’économie de Hollande, Mélenchon aura à faire à forte partie : Emmanuel Macron est soutenu par tout l’establishment, l’ensemble des médias publics et privés, une grande partie de la classe politique dont les sociaux-démocrates qui se sont détournés de Benoît Hamon, les libéraux classiques, le centre et une partie de la droite. Enfin, troisième hypothèse, Jean-Luc Mélenchon doit vaincre François Fillon. Ce serait aussi une partie difficile : en dépit des « affaires », Fillon rassemblerait sur lui toute la droite et une grande partie de l’extrême-droite, et sans doute une partie des centristes, les anciens du PS s’abstenant.

 

 

Donc, c’est loin d’être gagné pour l’ancien leader du « Front de gauche ». Mais tout reste possible.

 

 

Cependant, de tous les candidats à la présidence de la République française, « petits » comme « grands », Mélenchon présente le seul réel programme de rupture avec le cadre politique qui règne en France, mais aussi dans toute l’Europe occidentale depuis la fin de la Seconde guerre mondiale et dans l’Europe centrale depuis 1991. Les deux candidats d’extrême-gauche prônent les vieilles recettes ouvriéristes pseudo-révolutionnaires, Asselineau et Dupont-Aignant, l’euroscepticisme, Cheminade, son éternelle science fiction, Lassalle rêve d’un paradis bucolique. Benoît Hamon qui présente lui aussi un programme de changement, mais pas aussi radical et affiné que Mélenchon, a été trahi par les siens, malgré le soutien populaire dont bénéficie le chef des « frondeurs » socialistes depuis les primaires de la gauche. Les « éléphants » du PS sont quasi tous passés dans le camp Macron. Le vieux parti socialiste né au XIXe siècle, rénové à Epinay en 1970, vient de signer son arrêt de mort.

 

 

François Hollande, lui-même, sans le dire ouvertement, soutient le candidat soi-disant « anti système ». Et c’est tout à fait normal : Macron incarne la continuité de la politique de François Hollande avec un fragile vernis de jeunesse et de dynamisme.

 

En définitive, tout cela n’est que fétide jeu politicien et aura pour seul effet d’encore grossir l’armée des abstentionnistes.

 

 

Un enjeu fondamental

 

 

 

Outre que ce mécano politicien commence à lasser les Français – on les comprend ! – posons la question : quel est le véritable enjeu de cette campagne électorale et qui est capable d’y répondre ?

 

C’est – encore une fois – la journaliste présidente du Comité Orwell, Natacha Polony qui le définit clairement dans sa chronique au « Figaro » du 15 avril.

 

« Ce qui se joue dans cette campagne, comme toutes celles que connaissent depuis quelques années les pays occidentaux, est la survie de la démocratie comme régime politique permettant l’expression de la volonté commune, alors que des intérêts privés, ceux des grandes banques, des multinationales, grignotent peu à peu ce qui reste d’espace public, en s’appuyant sur les structures supranationales que sont l’Union européenne et l’OMC.

 

Ce que nous devons trancher c’est de savoir si nous entendons préserver la Res publica, la chose publique appartenant à tous les citoyens comme individus autonomes doués de libre arbitre, ou si nous acceptons de devenir une simple colonie de cet empire globalisé qui utilise les Etats-Unis comme base. »

 

Le véritable enjeu, c’est de sortir de la dictature des marchés. Et le seul qui a un programme cohérent en l’occurrence, c’est Mélenchon.

 

 

 

Jean-Luc Malenchon est le seul à présenter une alternative.

Jean-Luc Malenchon est le seul à présenter une alternative.

 

 

 

Mais quand on voit les réactions d’hostilité depuis l’annonce d’une possible présence de Jean-Luc Mélenchon au second tour, on peut se poser des questions. Après tout, l’ancien conseiller général de l’Essonne, l’ancien ministre de Jospin, l’ancien candidat malheureux à la présidentielle de 2012 a, somme toute, en plus de son verbe haut, un parcours assez banal qui ne devrait en aucun cas effrayer l’establishment. Alors, quoi ?

 

Ce n’est pas la personnalité relativement fantasque de Mélenchon qui les inquiète. C’est son programme et sa manière de la présenter. Pour la première fois, un candidat sérieux et expérimenté arrive à poser les questions essentielles et à tenter d’y apporter des réponses sérieuses.

 

Par exemple, son programme économique qui va totalement à l’encontre de la politique d’austérité imposée par le traité budgétaire et le pacte stabilité de la zone Euro de l’Union européenne est cohérent, chiffré, crédible. Même les adversaires du candidat de « France insoumise » reconnaissent qu’il est sérieux.

 

 

Un programme économique qui tient la route.

 

 

Nous reprenons ici des extraits de l’analyse qu’en a faite le journaliste Mathias Trépot dans le site « La Tribune.fr ».

 

Le candidat a évité le piège d’un programme laxiste et irréaliste. Il est vrai qu’il est aidé depuis des années par Jacques Généreux qui est un économiste de haut niveau et prof à Sciences po. Son plan de relance est basé sur trois chiffres : 100 milliards d'euros de nouveaux investissements financés par l'emprunt, 173 milliards de dépenses courantes supplémentaires, et une hausse des recettes de 190 milliards d'euros.

 

 

 

Jacques Généreux est le principal conseiller économique de Jean-Lus Mélenchon et n'hésite pas à sortir des sentiers battus.

Jacques Généreux est le principal conseiller économique de Jean-Lus Mélenchon et n'hésite pas à sortir des sentiers battus.

 

 

 

Le postulat de Mélenchon pose que les politiques de l'offre sont un échec cuisant et il est désormais nécessaire de mettre en œuvre un plan de relance. « La seule politique économique qui marche, c'est d'agir directement par la relance budgétaire », estie l'économiste Jacques Généreux.

 

« Nous avons absolument besoin d'un choc d'investissements en Europe. Même le FMI, l'OCDE et les économistes de la Commission européenne le disent désormais. »

 

Avec Benoît Hamon, qui cible une hausse de la consommation par le biais notamment de son revenu universel, Mélenchon est ainsi le seul « grand candidat » de cette élection à vouloir un plan de relance par la demande. Mais « un plan de relance ciblé uniquement vers la consommation favorise surtout les importations, et ne crée pas forcément des emplois supplémentaires », note Jacques Généreux.

 

Ce plan ne se ferait pas – et c’est essentiel – dans une logique déficitaire : « le budget de fonctionnement de l'Etat sera excédentaire », assure l’économiste Liêm Hoang Ngoc, ancien député européen PS et également conseiller économique du candidat. Le camp Mélenchon espère ainsi 55 milliards d'euros de recettes supplémentaires liées aux retombées économiques de la relance de l'activité, car « plus d'emplois, c'est plus de cotisations sociales et plus de recettes fiscales ». Les niches fiscales seront également rabotées de moitié pour environ 38 milliards d'euros, alors que la lutte contre l'évasion fiscale (estimée à 80 milliards d'euros par an) rapporterait 30 milliards d'euros. Symbole de la politique de l'offre menée par François Hollande, le crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi (21 milliards d'euros) sera par ailleurs supprimé, même si en parallèle, l'impôt sur les sociétés sera abaissé à 25 %. Une hausse de TVA sur les produits de grand luxe, pour financer les baisses de TVA sur les produits de première nécessité, rapportera également 5 milliards d'euros.

 

 

 

L'ancien député européen PS Liem Hoang Ngoc et brillant économiste a rejoint Jean-Luc Mélenchon.

L'ancien député européen PS Liem Hoang Ngoc et brillant économiste a rejoint Jean-Luc Mélenchon.

 

 

Enfin, les prélèvements obligatoires (c’est-à-dire les impôts directs et les cotisations sociales en France) seront augmentés de 33 milliards d'euros. La moitié de cette hausse étant supportée par les prélèvements sociaux afin de financer le remboursement des soins à 100 % par la sécurité sociale et la retraite à 60 ans. L'autre moitié reposera notamment sur une hausse de la fiscalité sur le revenu : un barème à 14 tranches sera instauré et augmentera la fiscalité des revenus supérieurs à 6.000 euros par mois. En parallèle, la hausse des droits de succession sur les gros patrimoines et le renforcement de l'ISF contribueront à hauteur de 3 milliards d'euros au budget de l'Etat. Enfin par une taxe progressive, les hautes transactions immobilières rapporteront 5 milliards d'euros supplémentaires chaque année.

 

On comprend que ce programme ne plaise pas au patronat, aux banques et à la droite libérale.

 

Une des principales objections est évidemment : ce programme est inapplicable. Or, un plan de relance est en cours au Portugal et est en passe de réussir.

 

 

L’exemple du Portugal

 

 

L’arrivée au pouvoir au Portugal de la gauche plurielle avait irrité les chantres de l’orthodoxie budgétaire. Un an et demi plus tard, ce pays fragile de la zone euro affiche un déficit public au plus bas depuis 1974 et rentre dans les clous de Bruxelles.

 

Après avoir amené le déficit en 2016 à 2%, le Portugal compte arriver à 1,5% cette année, puis 1% en 2018 avant de viser l’équilibre budgétaire en 2020: ce pari ambitieux figure dans le programme de stabilité adopté par le gouvernement de gauche de Lisbonne.

 

En plus, le Premier ministre socialiste Antonio Costa a réussi le tour de force de juguler les déficits tout en redonnant du pouvoir d’achat aux Portugais, en augmentant le salaire minimum et les prestations sociales.

 

 

 

 

Le Premier ministre socialiste portugais mène une politique audacieuse et qui donne ses fruits.

Le Premier ministre socialiste portugais mène une politique audacieuse et qui donne ses fruits.

 

 

 

Cette rigueur dans les comptes ne réjouit pas cependant les alliés du gouvernement minoritaire, le Bloc de gauche appelant les socialistes à «défier la Commission européenne» et le Parti communiste qui dénoncent «la soumission au diktat de Bruxelles».

 

Mis en selle en novembre 2015 grâce à une alliance inédite avec la gauche radicale, Antonio Costa a détricoté nombre de mesures de rigueur adoptées par la droite après l’appel du pays à une aide financière internationale en 2011.

 

Le gouvernement est ainsi revenu en partie sur la privatisation de la compagnie aérienne nationale TAP, a mis fin aux surtaxes sur les revenus et instauré le retour aux 35 heures dans la fonction publique.

 

Pour faire passer pour la première fois son déficit en dessous de la barre des 3% fixée par Bruxelles, le Portugal a dû tailler dans l’investissement public, en chute de 30% en 2016. Mais la croissance est au rendez-vous et de nombreux emplois ont été créés dans le tourisme, secteur important de l’économie lusitanienne.

 

 

Pour sauver le meilleur de la construction européenne, il faut abolir le pire.

 

 

Mais Mélenchon veut aller plus loin. Son principal conseiller économique, Jacques Généreux explique dans une interview à « Libération » le 24 mars :

 

 

« Pour sauver le meilleur de la construction européenne, il faut abolir le pire, à savoir la guerre économique par le dumping fiscal et social et l’obsession imbécile de l’équilibre budgétaire qui interdit des politiques économiques efficaces. Là-dessus, nous serons intransigeants, car si on ne remet pas cela en cause, l’Union est condamnée. Il faut bien comprendre à quel point la zone euro a viré à la folie. Les gouvernements prétendument proeuropéens n’ont pas sauvé la zone euro avec leurs fameux plans de sauvetage. Ils l’ont massacrée économiquement et humainement. Faut-il rappeler comment les Grecs ont été traités ? »

 

 

Ainsi, contrairement aux pseudo-analyses des économistes et journalistes médiatiques, Mélenchon et son équipe ne sont pas anti-européens, bien au contraire, mais veulent imposer une autre philosophie. Généreux ajoute :

 

 

« La question n’est donc plus de savoir s’il faut sortir ou non d’une Union déjà morte. Elle est de savoir comment redonner un souffle à un vrai projet de coopération européenne. Au sentiment nationaliste xénophobe s’ajoute un sentiment des classes populaires qui ne sont pas spécialement xénophobes ou racistes, mais qui sont devant le constat que cette Europe-là n’est plus celle de la paix et du progrès. Elle est celle de la régression sociale et de la rivalité des nations. Pensez à la fameuse directive sur les «travailleurs détachés». On voit concrètement à quel point l’UE est une Europe de la mise en compétition des travailleurs les uns contre les autres. On voudrait faire naître le sentiment antieuropéen ou xénophobe qu’on ne s’y prendrait pas autrement. »

 

 

Mélenchon propose donc une réelle alternative. Mais.

 

 

Mélenchon : oui, mais.

 

 

Je partage l’analyse du journaliste Hugues Lepaige parue sur son blog hébergé par la revue « Politique » :

 

« Le succès de Mélenchon s’inscrit dans un contexte européen : celui de la crise de la politique en général et celle de la social-démocratie en particulier. Cette fois, le cadre politique qui a conditionné la vie publique depuis 1945 est condamné. La recomposition est aussi souhaitable qu’inexorable. Mélenchon a pris option pour en être l’acteur central en France. En sera t-t-il capable en dépit de sa tendance à la personnalisation à outrance de sa campagne ? Le précédent de 2012 n’incite guère à l’optimisme. Faute de conclure des accords et de les gérer collectivement, le candidat du Front de Gauche avait alors dilapidé en deux temps trois mouvements le capital politique forgé autour de sa candidature. Le contexte a changé, certes. Mais les craintes de ce genre ne sont pas évanouies. A Mélenchon, dès les législatives, de faire la preuve qu’elles ne sont plus d’actualité.

 

L’extrême personnalisation de ses interventions provoque un sentiment de gêne : Mélenchon interdit bien que l’on scande son nom dans les meetings mais toute la scène, la gestuelle et l’organisation tournent autour d’un seul homme. Les accents chauvins de certains de ses propos, la manifestation d’une laïcité rigide peuvent aussi hérisser. Mais le fait est là, Mélenchon a su trouver les mots et l’accent pour redonner de l’espoir. Ses positions radicales contre un social libéralisme en faillite et une droite agressive en font aujourd’hui le leader incontestable pour les électeurs de gauche. « Mélenchon, malgré tout », diront certains ou même « Mélenchon, hélas », regretteront d’autres. Mais le fait est là : le candidat de la France Insoumise est bien aujourd’hui le vote utile à gauche. »

 

Oui, il y a des réserves. Elles sont également exprimées par les Amis du blog de Paul Jorion, avec en plus la crainte d’un dérapage autoritaire.

 

« ... Le plan B de la France Insoumise se veut radical. Ce radicalisme se nourrit dans la population d’une défiance encore jamais atteinte dans des « démocraties modernes » vis à vis des gouvernants qui se sont coupés de la vie sociale en faisant de la Politique un métier pour lequel la carrière personnelle prime sur les enjeux sociaux. Cette tendance s’est structurée, jusqu’à la sclérose, au sein des partis politiques.

 

Et comme dans tous les radicalismes historiques, le risque d’un dérapage autoritaire n’est pas à exclure. C’est sans doute ce qui fait dire, voir ou craindre à certains le risque Brun-rouge d’une arrivée au pouvoir de la France Insoumise. Cette crainte tout à fait justifiable fait malheureusement écho, ces derniers temps dans les médias, avec la volonté conservatrice des défenseurs de l’ordre libéral établi. (…)

 

Pour un changement de l’intérieur, peut-on compter sur un parti traditionnel, genre PS avec Hamon, PS qui s’est confortablement installé dans le paradigme libéral actuel pour un grand nombre de ses dirigeants ? Alors, il faut un candidat hors parti ! Macron ? Comment croire que le changement viendra de là ?

Pari du changement de paradigme par l’intérieur, avec le risque d’une dilution dans le temps et dans la nébuleuse institutionnelle, contre le pari d’un changement radical avec bouleversement des institutions, au risque d’un dérapage autoritaire.

 

C’est la contrainte temps qui brusque les choses. Le rythme de croissance des inégalités nourrit copieusement le populisme qui a déjà choisi en nombre l’autoritarisme brun certifié du FN. Sans représentant présidentiable, la voie du changement de l’intérieur a peu de chance d’exister et quand bien même, sa lenteur dans les transformations de société parviendra-t-elle à être visible aux yeux de cette partie de la population en colère ? L’hypothèse Macron, nous le savons, sera celle du statu quo et dans 5 ans le populisme aura gonflé dans quelles proportions et dans quelle couleur ?

 

Que choisir, que faire ? »

La vie politique comporte des risques. Et comme tout risque, il doit être calculé. Ici, le risque d’une dérive autoritaire pèse dans la balance.

Mais le risque le plus sérieux, c’est un raidissement de l’Union européenne qui pourrait envoyer la Troïka à Paris et imposer ainsi une drastique politique d’austérité. En effet, le programme de Mélenchon comporte une augmentation du déficit, du moins au départ. Cela pourrait servir de prétexte au Conseil européen et à l’Eurogroupe. Aussi, le danger est un conflit ouvert entre la France et l’Union européenne. Et ce bras de fer, nul ne sait qui va le gagner, car la France se trouverait isolée au sein de l’Union.

Néanmoins, l’immobilisme serait la pire des choses et, lui, pourrait entraîner la France et aussi toute l’Europe dans le « populisme », ou plutôt un fascisme larvé dont on voit déjà les prémisses notamment en Belgique.

Alors, en définitive, il faut courir le risque Mélenchon.

Amis français, votez Mélenchon !

 

Pierre Verhas

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6 avril 2017 4 06 /04 /avril /2017 09:04

 

 

 

À défaut d’autorité, les hommes politiques en vue pratiquent l’autoritarisme. Cette tendance ne fait d’ailleurs que s’accroître et ce, au détriment des institutions démocratiques.

 

 

Les détenteurs du pouvoir ont de plus en plus tendance à dribbler les institutions chargée du contrôle de la légalité, de la régularité, de la fiscalité. Au contraire, ils tentent de les museler ou de les détourner de leurs fonctions. Ainsi, la Cour des comptes française devient une sorte de gardien des dogmes ultralibéraux. Son premier président « socialiste » ne cesse de proposer des solutions allant dans le sens de l’économie de l’offre et de la privatisation. En Belgique, la Cour des comptes a moins de pouvoir de contrôle, mais il faut reconnaître qu’elle parvient encore à dénoncer les dérives des institutions qu’elle contrôle en publiant de temps à autre des rapports au vitriol. La section administration du Conseil d’Etat belge a été également réduite à sa plus simple expression. Sur le plan de la fiscalité, l’Inspection spéciale des impôts et le Parquet financier sont quasi exsangues, car, au nom de la sacro-sainte austérité, le gouvernement leur a retiré des moyens essentiels. Pourtant, ce ne sont pas les « affaires » qui manquent…

 

 

Bref, le pouvoir tente de se débarrasser de ses contre-pouvoirs institutionnels et ce, depuis longtemps.

 

 

Mais certains hommes politiques vont plus loin. C’est le Parlement qui est visé. Prenons deux exemples : le candidat aux élections présidentielles françaises et ancien ministre du gouvernement de Manuel Valls, Emmanuel Macron et le président de l’Eurozone, ministre des Finances des Pays Bas, Jeroen Djisselnloem.

 

 

Lisons ce que la journaliste américaine Diana Johnstone écrit sur de Macron (site le « Grand soir »). On comprend mieux la dangerosité du personnage :

 

 

 

Emmanuel Macron : la tentation totalitaire

Emmanuel Macron : la tentation totalitaire

 

 

 

« Il suffit de regarder les couvertures des magazines pour saisir le rôle de Macron dans l’élection actuelle. Son joli minois accompagne une pléthore d’articles triviaux qui célèbrent le Wunderkind comme une vedette du show business. En janvier, la magazine Foreign Policy présentait Macron au public étasunien comme « le politicien français anglophone et germanophile que l’Europe attend ».

 

Son parcours professionnel ne laisse aucun doute sur les raisons pour lesquelles les médias apprivoisés perçoivent dans cet Emmanuel-là le Messie de la croissance.

 

Né à Amiens il y a 39 ans, Emmanuel Macron a passé une grande partie de sa vie à l’école. Comme la plupart des dirigeants français, Macron a accumulé des diplômes prestigieux. Il a raté l’ENS (Ecole Normale Supérieure) mais a fait Sciences Po et l’ENA, et fut admis en 2004 à l’Inspection Générale des Finances. A l’IGF il s’est fait remarquer par un homme d’influence, Jean-Pierre Jouyet, qui l’a recommandé à Jacques Attali, le plus spectaculaire des gourous de haut niveau, qui, depuis 35 ans, régale les dirigeants de ses visions futuristes (…). En 2007, Attal a coopté Macron dans sa prestigieuse « Commission pour la libération de la croissance française », chargée par le Président de la République de formuler des recommandations afin de relancer la croissance économique en France.

 

L’objectif principal de ce cénacle de grands patrons était d’ « instaurer une nouvelle gouvernance au service de la croissance ».

 

Inutile de souligner que les 40 membres de la commission représentaient les intérêts du grand capital, et pas seulement le capital français. Parmi les voisins invités à formuler la liste de 316 propositions pour remodeler la France se trouvaient la Deutsche Bank et Nestlé. Tout ce beau monde légua au jeune Macron un carnet d’adresses bien rempli.

 

En 2008, sur recommandation d’Attali, Macron est passé à la Banque Rothschild, où il est rapidement devenu millionnaire, grâce à sa commission sur un achat par Nestlé d’un montant de neuf milliards de dollars.

 

Comment expliquer une ascension digne d’un roman de Balzac ? Il était « impressionnant » se souvient Attali. Emmanuel « était très habile, extrêmement apprécié de tous les membres de la commission. Il n’a contrarié personne et s’est créé des relations personnelles et, pour un gamin de cet âge, arriver immédiatement à être visible par 40 personnes puissantes, influentes et qui jugent, c’est un accélérateur de carrière extraordinaire. »

 

Voilà le mot clé de l’ascension sociale : les « relations ».

 

Alain Minc, un autre bon connaisseur des réseaux du pouvoir, commente la réussite de Macron en expliquant qu’un banquier d’affaires doit être intelligent, souple, rapide et charmant – qualités nécessaires pour « un métier de pute ».

 

Macron exprime sa sagesse en petites phrases.

 

« Il faut des jeunes qui aient envie de devenir milliardaires. »

 

Ou bien :

 

« On se fout des programmes ! Ce qui compte c’est la vision ! »

 

Il est clair qu’il possède une vision parfaite des sommets. »

 

 

« On se fout des programmes… ». Cela est sans doute son point faible.

 

 

Le gouvernement 49-3

 

 

C’est donc un cas, le Macron, nommé dès l’élection de François Hollande, conseiller spécial à l’Elysée et puis ministre de l’Economie à la place d’Arnaud Montebourg considéré comme trop à gauche, Emmanuel Macron, qu’on le veuille ou non, est apparu comme l’homme des banques au sein du pouvoir socialiste français. Et, semble-t-il, les banques s’accommodant mal de critiques et contestations, le nouveau ministre a fait sortir deux lois – les lois Macron I et II – au forceps en usant du fameux article 49-3 de la Constitution française.

 

 

Quel est exactement ce fameux 49-3. Lisons le texte exact figurant dans la Constitution :

 

 

« Le premier ministre peut, après délibération du conseil des ministres, engager la responsabilité du gouvernement devant l’Assemblée nationale sur le vote d’un projet de loi de finance ou de financement de la Sécurité sociale. Dans ce cas, ce projet est considéré comme adopté, sauf si une motion de censure, déposée dans les vint-quatre heures qui suivent, est votée dans les conditions prévues à l’alinéa précédent. Le premier ministre peut, en outre, recourir à cette procédure pour un autre projet ou une proposition de loi par session. »

 

 

En clair, le conseil des ministres peut décider seul de l’adoption d’une loi sans passer par le Parlement, mais seulement une fois par session parlementaire pour un autre projet de loi.

 

 

C’est donc un aveu de faiblesse du gouvernement ou c’est tout simplement un mode de gouvernement. Il suffit qu’il use du 49-3 sur des lois « fourre-tout » comme le sont les lois Macron I et II, une fois par session et il évite ainsi que toute sa politique économique et sociale soit débattue au Parlement. Une troisième loi – et pas n’importe laquelle – est passée via le 49-3, c’est la loi « Travail » ou loi dite El Khomri du nom de la ministre française du Travail qui, en réalité, a été inspirée par l’omniprésent Emmanuel Macron.

 

 

Hollande, dans sa campagne de 2012 avait proclamé que « le 49-3 est un déni de démocratie »… On sait ce qu’il en est advenu.

 

 

Macron, lui, est plus direct dans la campagne présidentielle. Dans une interview accordée au « Monde » du 4 avril 2017, la question posée est :

 

 

« Si vous êtes élus, vous dites vouloir une majorité absolue au Parlement et refuser par avance tout accord d’appareil. N’est-ce pas trop orgueilleux ?

 

 

Réponse : « Non, c’est une condition d’efficacité. (…) Je souhaite une alternance profonde sur le fond comme sur la méthode, avec une orientation politique claire et une majorité politique cohérente. » Et puis, le petit couplet gaulliste : « Nos institutions sont ainsi faites que la présidentielle donne le cap. Nous ne sommes pas un régime parlementaire. »

 

 

Que se passera-t-il si Macron n’a pas de majorité ? Il élude la question. Et il ajoute : « Si les Français veulent ce changement, ils voteront pour moi et le confirmeront aux législatives. » Ben tiens !

 

 

Enfin, vient l’intention. « Quelles que soient les situations politiques, notre Constitution a mis en place un parlementarisme raisonné. Prenez l’exemple de 1988-1993. Beaucoup de choses ont été décidées et votées. C’est pour cela que Michel Rocard a autant utilisé le fameux 49-3. »

 

 

Alors, Emmanuel Macron gouvernera-t-il avec le 49-3 ? « J’assume les instruments qui ont été prévus par la Constitution de 1958. »

 

 

 

Le Parlement mis hors jeu

 

 

 

Les choses sont donc claires. Laissons à Emmanuel Macron le mérite de l’affirmer avec sincérité. Il gouvernera par décrets et mettra, si nécessaire, le Parlement entre parenthèses. Ce n’est pas l’esprit de la Constitution de 1958 qui ne voulait pas qu’un des pouvoirs bloque les deux autres et qui voulait éliminer ce que de Gaulle a appelé le « régime des partis ».

 

 

Macron est un homme dangereux...

 

 

Ici, Macron veut qu’une caste gouverne et qu’il n’y ait pas d’opposition « par souci d’efficacité ». Cela n’est pas du tout pareil. C’est en réalité mettre le politique et ses institutions à la botte du seul Capital. Voilà le programme de Macron. Des journalistes s’en rendent d’ailleurs compte et n’hésitent pas à dire que l’ex ministre de Hollande est un homme dangereux.

 

 

À Marseille, des électeurs ont quitté son meeting parce qu’ils estimaient qu’il ne leur vendait que du « vent ». Oui et c’est un vent mauvais : celui de l’exploitation, celui du pouvoir absolu des entreprises transnationales dont le candidat chouchou des grands médias n’est que le pâle servant.

 

 

Et un servant ne peut que faire le lit de la dictature.

 

 

L’autre apprenti dictateur : Jeroen Djisselbloem, le ministre des Finances social-démocrate des Pays-Bas et jusqu’à présent, président de l’Eurogroupe, l’homme qui a mis la Grèce à genou en bon serviteur de l’ordolibéralisme germanique de Herr Dr Schläube.

 

 

 

 

Jeroen Djisselbloem doit souvent réajuster sa cravate face aux critiques de plus en plus nombreuses, jusque dans son propre camp.

Jeroen Djisselbloem doit souvent réajuster sa cravate face aux critiques de plus en plus nombreuses, jusque dans son propre camp.

 

 

 

Ce personnage porte de lourdes responsabilités dans la déliquescence de la Grèce voulue et menée par la fameuse Troïka. Il a fait preuve, à l’occasion, d’un zèle inégalé au point qu’il a à un moment interdit au ministre grec des Finances de l’époque de siéger à l’Eurogroupe qui rassemble les 19 pays membres de la zone Euro, dont la Grèce.

 

 

Rappelons-nous la parole de Jean-Claude Juncker lorsqu’il prit la tête de la Commission européenne : « Il n’y a pas de démocratie en dehors des Traités. ». Or, l’Eurogroupe n’est pas prévu par les sacro-saints Traités, mais est doté d’un pouvoir énorme puisqu’il rassemble tous les « grands argentiers » de la zone Euro. Et comme chacun sait, certain – le sympathique Wolfgang Schäuble – est plus égal que les autres… Pas étonnant que le charmant Jeroen Djisselbloem le suit comme un petit chien…

 

Mais, fort de ce soutien, se croyant intouchable, notre Jeroen n’a pas jugé digne de répondre à une convocation du Parlement européen. En effet, dans une interview au Frankfurter Algemeine Zeitung, l’organe quasi officiel de l’establishment allemand, il avait fait des déclarations pour le moins peu amènes à l’égard des Européens du Sud :

 

 

« En tant que social-démocrate, je regarde la solidarité [avec les pays en crise] comme essentielle. Toutefois, celui qui exige cette solidarité a également des obligations. Je ne peux pas gaspiller tout mon argent dans l’alcool et avec les femmes et venir ensuite vous demander votre aide. »

 

 

 

L’Eurogroupe échappe à tout contrôle.

 

 

 

Tollé évidemment, mais Djisselbloem s’en moque. Son mandat court jusqu’en 2018 bien qu’il ne sera certainement plus ministre des Finances dans le prochain gouvernement des Pays-Bas, son parti, le PvdA (Parti du travail social-démocrate à ne pas confondre avec le PTB –PVDA belge…), ayant subi une raclée aux dernières élections ne représentant plus que 5,7 % de l’électorat batave. Drôle de conception de la démocratie dans les institutions européennes…

 

 

Le comble : Djisselbloem a été invité au Parlement européen à expliquer sa politique à l’égard des pays du Sud de l’Europe. Bien sûr ses déclarations auraient été évoquées. Cependant, il n’a rien trouvé de mieux de répondre au président de l’Assemblée européenne qu’il ne pouvait s’y rendre pour des… questions d’agenda !

 

 

Dans son article sur cet incident, Ludovic Lamant, le correspondant de « Mediapart » auprès des institutions européennes, explique :

 

 

« Comme le rappelle Politico mardi, le président de l’Eurogroupe a tout à fait le droit de ne pas se présenter devant le parlement européen, puisque l’Eurogroupe est une structure informelle qui émane du conseil européen (l’institution qui représente les États membres à Bruxelles). À l’inverse, par exemple, du président de la Banque centrale européenne (BCE) qui, lui, est contraint de rendre des comptes aux députés, qu’il le souhaite ou pas. »

 

 

En effet, l’Eurogroupe n’étant pas prévu par les fameux Traités, il n’est donc pas tenu à faire rapport au Parlement européen. Cela signifie qu’un des plus importants centres de décision européens échappe à tout contrôle. Rappelons que l’Eurogroupe décide de la politique monétaire de la zone Euro.

 

 

Alors, M. Juncker, comme il n’existe pas de démocratie en dehors des Traités, l’Eurogroupe est donc antidémocratique. Pour une fois, vous auriez raison ! Mais on ne vous entend pas à ce sujet…

 

 

Qu’il s’agisse d’Emmanuel Macron, de Jeroen Djisselbloem et d’autres, on voit poindre une orientation manifeste vers le totalitarisme, que ce soit au sein de l’Union européenne ou dans des Etats-membres. C’est un totalitarisme sans « homme providentiel », mais avec des servants de la politique financière des entreprises transnationales. Et les responsables des contre-pouvoirs et des corps intermédiaires sont bien timides face à cette dangereuse dérive.

 

Dans l'introduction à son dernier ouvrage « Se débarrasser du capitalisme est une question de survie », Paul Jorion avertit :

 

« L'irritation est à son comble face au manque de direction devenu criant au sommet, les élites autoproclamées se révèlent soucieuses essentiellement de préserver à court terme les privilèges qu'elles se sont accordés. »

 

On ne peut être plus clair.

 

 

 

 

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

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3 avril 2017 1 03 /04 /avril /2017 08:51

 

 

 

Les PS français et belge francophone sont pour beaucoup à l’agonie. Et pour bon nombre, toute la social-démocratie sinon la gauche démocratique sont en voie de disparition.

 

Les deux partis sont effectivement atteints de sclérose politique. Ils semblent tous deux incapables de tenir un discours crédible pour répondre aux défis de notre temps. Ils se sont tous deux volontairement coupés de leur base populaire. Ils sont emberlificotés dans des scandales divers. Et surtout, ils semblent ne plus avoir la capacité d’imposer une politique – particulièrement celle résultant de leurs promesses électorales.

 

L’aspect le plus sérieux du diagnostic est la perte de raison d’être des deux Partis : la défense et l’épanouissement de la classe des travailleurs et des allocataires sociaux.

 

Quelles sont les causes ?

 

Tout d’abord, il faut remonter l’histoire : 1989, la chute du Mur de Berlin et la fin des démocraties dites populaires et de l’Union Soviétique. La social-démocratie européenne n’a pas réussi à combler le vide laissé par la chute du communisme. Elle n’a pas représenté une force d’opposition au capitalisme, au contraire, avec la fameuse « troisième voie » de l’Anglais Tony Blair et de l’Allemand Gérard Schröder, elle a accompagné le néolibéralisme.

 

 

 

Tony Blair, avec sa "troisième voie", a plongé la social-démocratie dans le néolibéralisme.

Tony Blair, avec sa "troisième voie", a plongé la social-démocratie dans le néolibéralisme.

 

 

 

Dès lors, les partis socialistes ne représentaient plus une alternative au capitalisme libéral, mais se prétendaient être une sorte de modérateur, de gardien des « acquis sociaux ». Il a fallu vite déchanter : la « troisième voie » s’est avérée être un véritable moteur de la construction néolibérale. En définitive, les partis socialistes servaient à juguler d’éventuelles contestations populaires face à la destruction de l’Etat social. Surtout pendant ces dernières années, les sociaux-démocrates ont contribué au démantèlement de l’économie mixte et de la sécurité sociale. Ils ont voté les traités budgétaires européens et ont largement favorisé le capital au détriment du travail.

 

C’est ce qu’il s’est passé en Belgique avec le gouvernement Di Rupo et en France avec le désastreux quinquennat de François Hollande qui s’achève dans la confusion.

 

 

 

Elio Di Rupo et François Hollande ont plié face aux diktats de la politique de l'offre.

Elio Di Rupo et François Hollande ont plié face aux diktats de la politique de l'offre.

 

 

 

Le politologue Rémi Lefebvre a écrit dans le « Monde diplomatique » :

 

« Les défaites à toutes les élections intermédiaires n’ont en rien arrêté la fuite en avant libérale dont la « loi travail » marque l’apogée. Malgré la timide embellie de l’emploi, (…), la politique de l’offre engagée dès l’automne 2012 ne produit toujours pas de résultats. Pour valoriser l’action du gouvernement, que le peuple de gauche désavoue massivement, le PS reprend mot pour mot les éléments de langage de la droite en 2012 : la nécessité de la « réforme » s’est imposée pour « préserver le modèle social français ». « La politique de l’offre n’est ni de droite ni de gauche : elle est nécessaire », a pu déclarer M. Stéphane Le Foll, porte-parole du gouvernement. Désormais, l’aversion suscitée dépasse de très loin les franges de la gauche radicale et la déception que provoque immanquablement l’exercice « réformiste » du pouvoir. Comment comprendre ce qui s’apparente à une autodestruction ? »

 

En clair, le PS, en Belgique et en France, a renoncé à être de gauche. Le ralliement enthousiaste à la « politique de l’offre », autrement dit au néolibéralisme, est désormais la marque des reliquats de la social-démocratie en Europe. En Allemagne, le puissant SPD a pris cette voie depuis longtemps, notamment avec les réformes de Gérard Schröder. En Grande Bretagne, le parti travailliste est divisé entre la « troisième voie » blairiste et le retour au socialisme de Jeremy Corbyn qui a été terriblement affaibli suite au « Brexit » que, cependant, il combattait.

 

La Grèce a vu la disparition du PASOK, en Espagne, le PSOE parvient péniblement à se maintenir au-dessus de Podemos.

 

 

 

L’exemple portugais

 

 

Au Portugal, la situation est différente : la gauche est au pouvoir depuis avril 2015, mais un pouvoir pour le moins original. Il s’agit d’un accord entre le PS, le Parti communiste et le « Bloc des gauches », mais seul le PS est au gouvernement, formant ainsi une majorité parlementaire avec les deux autres partis.

 

L’élection en janvier 2016 du président conservateur Rebelo de Sousa a fragilisé ce nouveau pouvoir avec l’aide en coulisse de la Commission européenne, la Troïka voulant mettre la main sur le Portugal comme elle le fit en Grèce. Le gouvernement s’est quand-même maintenu jusqu’aujourd’hui et procède à une série de réformes progressistes qui ne vont pas dans le sens de la politique d’austérité de l’Union européenne. Néanmoins, ce pouvoir reste fragile. Il est à la merci de la moindre crise. Il a d’ailleurs failli tomber à l’occasion de divergences entre les trois partis au sujet de l’ancienne colonie portugaise, l’Angola.

 

Cependant, l’exemple portugais montre qu’il y a des alternatives possibles. La gauche démocratique ne se cantonne plus à un seul parti dominant. Elle est plurielle et se doit de trouver un tronc commun. Mais, il ne s’agit que d’un cas sur l’ensemble des pays de l’Union européenne et bien du chemin reste à parcourir.

 

 

Les partis socialistes ont changé de nature.

 

 

Que ce soit pour la Belgique francophone ou pour la France, les Partis socialistes ont profondément changé de nature. Les congrès où l’on brandit une rose en chantant l’Internationale ne font plus illusion. Les deux partis sont devenus des machineries électorales destinées à se maintenir au pouvoir à tout prix. Cependant, cette machinerie ne fonctionne plus. Le PS français qui détenait tous les leviers de pouvoir après l’élection de François Hollande en 2012, les a perdus lors des élections intermédiaires au point qu’il n’était plus question qu’il se présente pour un deuxième mandat sachant qu’il touchait le fond.

 

 

Du côté du PS francophone belge, jusqu’à présent, les pertes électorales sont limitées. Cependant, il chute dangereusement dans les sondages à cause, bien sûr, du scandale Publifin, mais aussi de la montée du Parti du Travail de Belgique (PTB), parti d’origine maoïste qui a réussi à s’implanter sur le terrain délaissé par les Socialistes, notamment dans les Maisons médicales et à assurer une présence visible au Parlement grâce entre autres à un de ses députés, Raoul Hedebouw, qui a de grands talents de tribun et qui est devenu une vedette des médias.

 

 

S’il y a manifestement un transfert de l’électorat traditionnel du PS vers le PTB, ce n’est pas par « populisme » comme le prétend un Di Rupo, mais parce qu’il y a une demande de politique de gauche pour une grande partie de la population.

 

 

L’historien André Burguière rappelle dans « Libération » du 31 mars 2017 :

 

« Quand la gauche semble admettre la réalité, ou ce que l’on appelle la réalité, elle n’est plus à sa place. Au fond, l’une des raisons essentielles de la possible disparition de la gauche, c’est qu’elle n’a jamais su se remettre conceptuellement et politiquement de la chute du mur de Berlin. Elle n’a pas su non plus se reconstruire après l’effondrement de ce que l’on a appelé «le marxisme réel». Nous ressentons encore les répercussions de la disparition de la société soviétique, pour aller vite. Depuis le début des années 80, le marxisme était largement discrédité, désacralisé. Le soutien aveugle d’une partie du prolétariat européen à l’égard de l’URSS avait disparu, il n’y avait plus que Georges Marchais pour en dresser «un bilan globalement positif». Mais, jusque-là, le Parti communiste portait une croyance. Ça ne veut pas dire qu’il y avait une réalité derrière, mais ça permettait d’exister contre ce qui se passait «chez nous». Il fallait cette menace pour contrer le patronat dans les années 50 et 60. Très généralement, ce qui a longtemps subsisté, c’est que le social est autre chose que l’individuel, il implique du collectif. Ce qui est tombé avec le mur de Berlin, c’est la perspective politique. (…) Les ouvriers français n’avaient aucune envie d’aller vivre en URSS, mais ils s’en servaient pour faire peur au patronat. C’était un point d’appui dans les revendications. Il n’y a donc plus eu l’espoir d’un changement radical. La gauche française s’est retrouvée orpheline d’un modèle alors même qu’elle n’a jamais su ou pu s’accrocher à la social-démocratie, telle l’alliance des gauches politique et syndicale en Allemagne, dans les pays scandinaves, au Royaume-Uni d’avant Thatcher ou aux Pays-Bas. Cela n’a jamais existé en France. Les syndicats étant désormais plus faibles que les partis, c’est une perspective sur laquelle il ne faut pas compter. »

 

 

 

Le rôle des « think tanks »

 

 

 

Burguière ne dit pas que la démarche « réaliste », c’est-à-dire accepter la politique néolibérale,  a été souhaitée par une partie des dirigeants de gauche dès le début des années 1980. A Paris, en 1982, sous l’impulsion du sociologue Pierre Rosanvallon, auteur du premier ouvrage critiquant l’Etat social « La crise de l’Etat providence » et de l’historien ex-communiste François Furet est créée la Fondation Saint-Simon qui est ce qu’on appelle aujourd’hui un think tank rassemblant des gens de gauche, des industriels, des dirigeants de droite, afin de trouver des convergences. Et ces convergences, c’est une adhésion pure et simple aux thèses néolibérales. La Fondation Saint-Simon que ses adversaires appelaient le « cercle de la pensée unique »  a été dissoute en 1999.

 

 

Lui a succédé en 2008 un autre think tank proche du PS, « Terra nova ». Il a prôné un changement de paradigme pour le PS. Au lieu de s’appuyer sur les classes populaires qui constituent sont électorat traditionnel, il faut prendre en main les questions sociétales (reconnaissance des droits des homosexuels, revendications féministes, dépénalisation des stupéfiants, etc.). Si certaines questions sociétales devaient être résolues dans un sens progressiste, ce n’est pas au prix de l’abandon de l’Etat social.

 

 

C’est pourtant exactement ce qu’il s’est passé. Le « mariage pour tous » a été adopté sans peine, mais a réveillé une droite catholique intégriste qui constitue d’ailleurs le gros des troupes du candidat républicain François Fillon. D’autre part, le pouvoir socialiste s’est attaqué aux acquis sociaux d’une manière particulièrement agressive. Les lois Macron I et II qui sont passées en force par l’utilisation du fameux article 49-3 qui permet de « dribbler » le Parlement, sont en fait des lois de dérégulation sociale. Elle fut suivie par la fameuse loi El Khomri de détricotage du code du travail qui consiste en un contrôle total des entreprises sur les négociations sociales. Malgré la forte contestation syndicale menée par la CGT, elle passa également en force.

 

 

 

 

 

 

Emmanuel Macron a faussé le jeu.

Emmanuel Macron a faussé le jeu.

 

 

 

Le résultat est évidemment désastreux : la gauche française est en pleine déliquescence. Le PS est en voie d’implosion suite aux catastrophiques primaires et suite à la candidature de Macron. Mélenchon rassemble les mécontents, mais n’a en réalité ni réelle base populaire, ni programme crédible, même si – incontestablement – il fera un « score » . Les communistes sont en voie de disparition et les écologistes sont évaporés…

 

 

En Belgique, la situation est un rien meilleure, mais n’est pas loin du point de non retour. Le PS est emberlificoté dans le scandale Publifin. En plus de l’affaire elle-même, le manque évident d’autorité du président Di Rupo et de son premier cercle sur l’ensemble du Parti et particulièrement sur la Fédération de Liège, est le signe d’une grave faiblesse qui coûtera très cher aux Socialistes wallons et bruxellois.

 

 

Tout se passe, aussi bien chez les Socialistes français et les belges, comme si leurs états-majors étaient coupés de la réalité : Cambadélis et Di Rupo ont bien des points communs dans leur manque d’appréhension des choses.

 

 

 

 

 

Jean-Christophe Cambadélis, premier secrétaire du PS français, a bien des points communs avec Elio Di Rupo, président du PS belge.

Jean-Christophe Cambadélis, premier secrétaire du PS français, a bien des points communs avec Elio Di Rupo, président du PS belge.

 

 

 

En Wallonie, un seul fait preuve de vitalité : Paul Magnette. Il a acquis une stature internationale en s’opposant fermement, comme ministre-président wallon, au CETA et avec une intelligence politique certaine et montre, en tant que bourgmestre, un grand dynamisme dans la rénovation de sa ville, Charleroi qui a enfin retrouvé une image de dynamisme qu’elle avait perdue depuis longtemps. Mais, Magnette parviendra-t-il à surmonter la crise du PS ?

 

 

Nul ne peut sérieusement prévoir le résultat des prochaines élections françaises. Tout le monde voit Le Pen au second tour et Macron élu président. Rien n’est moins sûr. Nul ne peut dire comment le PS francophone belge se dépêtrera de l’affaire Publifin. La véritable question est : une structure comme le Parti Socialiste a-t-elle encore un avenir, voire même une utilité ?

 

 

La social-démocratie elle-même est-elle une pensée politique porteuse ? On peut en douter. D’autres manières de voir apparaissent. Les unes sont bonnes, les autres non. Il n’y a pas encore une cohérence entre elles. Mais, il est évident que quelque-chose est en train de naître.

 

 

De nouveaux chantiers s’ouvrent, comme, par exemple, celui de l’allocation universelle qui est à débattre. Le revenu de base doit en effet s’inscrire dans un système global s’il ne veut être un gadget qui conviendrait très bien aux néolibéraux qui, eux, ne manquent pas d’idées.

 

 

On oublie aussi les organisations sociales comme les syndicats et les mutuelles qui sont aussi en pleine mutation et qui subissent de plein fouet l’offensive ultralibérale.

 

 

Bref, il ne faut pas perdre espoir. La social-démocratie est une espèce non protégée en voie de disparition, mais prenons garde de casser le jouet et d’être totalement démuni.

 

 

Nous aurons l’occasion d’en parler, car une nouvelle cohérence doit voir le jour. C’est au programme et la saison ne fait que commencer. Ne la gâchons pas.

 

 

 

 

 

Pierre Verhas

 

 

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