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Jeudi 24 mai 2012 4 24 /05 /Mai /2012 10:53

Le prix Nobel de l’économie, Paul Krugman, a publié le 20 mai un article intitulé « Apocalypse Fearly soon » ([1]) où il affirme d’emblée : « Soudain, il est devenu facile de voir comment l’euro - cette grande expérience défectueuse d’une union monétaire sans union politique - peut rompre au niveau des coutures. Nous ne parlons pas d’une perspective si lointaine. Les choses pourraient s’effondrer à une vitesse étonnante, dans un terme de mois, pas d’années. Et les coûts - à la fois économiques et, sans doute encore plus importants, politiques - pourraient être énormes. »

 

 

 

paul_krugman.jpg

 Paul Krugman : le prix Nobel d'économie se rebiffe !

 

 

C’est donc l’apocalypse annoncée ! La précédente était une surprise, celle-ci, par contre, est le fruit d’une politique absurde qui ne suivait qu’une loi, celle des marchés spéculatifs. Une clique allemande qui s’est alignée sur l’extrémisme de l’économie de l’offre, autrement dit monétariste, par le fait qu’elle contrôle l’économie la plus importante d’Europe a réussi à imposer son point de vue aux autres partenaires. Par ce biais, elle a sonné le glas de ce qu’on appelait l’Europe communautaire. Elle a imposé à Maastricht, en 1992, la création d’une monnaie contrôlée par une banque centrale privée, n’ayant de comptes à rendre à quiconque, monnaie qui n’est opérationnelle qu’à la condition que les Etats membres résorbent leurs déficits dans un délai très bref. Elle a réussi à interdire la solidarité entre les Etats de l’Union européenne au cas où l’un  d’entre eux aurait des difficultés.

 

En réalité, elle a retiré aux Etats les moyens de réduire leurs déficits tout en instaurant la loi du plus fort. Donc, exit le politique : l’Europe communautaire s’est transformée en une Union d’Etats où seule règne la loi du plus fort, c’est-à-dire aujourd’hui de l’Allemagne à la fois tournée vers l’Est et dominatrice à l’Ouest, tout en tentant d’écarter le Sud soi-disant fainéant et laxiste. Le tout dans l’unique intérêt des « marchés ». Est-ce cela le « rêve » européen ?

 

 

 sommet_europeen230512.jpg

Sommet européen "informel" du 23 mai : tout sourire à l'égard de François Hollande. Pour combien de temps ?

 

 

S’est-on posé les questions : pourquoi la Grèce qui ne représente que 2 % du PIB européen, a pu déclencher une crise générale de la monnaie européenne ? En corollaire, pour quelle raison une des plus importantes banques mondiales a trafiqué les comptes de la Grèce ? Pourquoi a-t-on nommé à la tête de la BCE un des principaux dirigeants de cette banque ? Pourquoi a-t-on nommé à la tête du gouvernement italien un important collaborateur de cette importante institution financière étatsunienne, à savoir Goldman Sachs ?

 

 

 monti draghi

Ils auront bien mérité de Goldman Sachs (Mario Monti et Mario Draghi)

 

 

 

Il n’y a de réponses à ces questions que l’évidente volonté d’une partie de l’élite de détruire un modèle qui n’est pas conforme à ses intérêts immédiats.

 

« La réponse de l’Europe a été l’austérité : des réductions sauvages des dépenses dans une tentative de rassurer les marchés obligataires. Pourtant, comme n’importe quel économiste sensé aurait pu vous le dire (et nous l’avons fait, oui, nous l’avons fait), ces réductions ont aggravé la dépression dans les économies en difficulté de l’Europe, en minant à la fois la confiance des investisseurs et en conduisant à une instabilité politique croissante. »

 

Ces économistes ne sont pas des révolutionnaires. Ils sont attachés au modèle libéral. Cependant leur outil n’est pas la calculette du « trader », il est celui de l’analyste qui permet aussi de sortir de ce réductionnisme de l’intérêt immédiat pour mesurer les dégâts causés par cette politique folle menée en définitive par un pouvoir occulte, invisible et pourtant réel, comme l’a dénoncé François Hollande lors de sa campagne électorale, qui n’a pour objectif que l’accroissement sans fin de ses profits sans tenir aucun compte des ravages  qui en résultent.

 

Et Krugman avertit : « Alors quoi maintenant ? À l’heure actuelle, la Grèce connaît ce qui est appelé une “banqueroute à petites foulées" – quelque chose comme une banqueroute au ralenti, car les déposants sortent de plus en plus leur argent en prévision d’une éventuelle sortie grecque de l’euro. La Banque centrale européenne assure, en effet le financement de cette banque gérée par les prêts des euros nécessaires à la Grèce ; si (et probablement) lorsque la banque centrale décidera qu’elle ne peut plus prêter, la Grèce sera contrainte d’abandonner l’euro et d’émettre à nouveau sa propre monnaie.

 

Cette démonstration que l’euro est, en fait, réversible conduirait, à son tour, à mettre sous pression les banques espagnoles et italiennes. Une fois de plus la Banque centrale européenne devrait choisir de fournir ou pas un financement sans limite, si elle devait dire non, l’euro dans son ensemble exploserait.

 

Cependant, un financement n’est pas suffisant. L’Italie et, en particulier l’Espagne, doivent se voir offrir un espoir - un environnement économique dans lequel ils aient des chances raisonnables de sortir de l’austérité et de la dépression. En réalité, la seule façon de fournir un tel environnement serait pour la Banque centrale d’abandonner son obsession de la stabilité des prix, d’accepter et même de favoriser plusieurs années d’une inflation de 3% ou 4% en Europe (Et plus que cela en Allemagne). »

 

En effet, le système « inventé » en 1992 provoque, en cas de crise, un effet boule de neige qui commence par atteindre les pays les plus « faibles » pour ensuite « contaminer » les plus « forts ». C’est pour cela que l’on envisage sérieusement une rupture au sein de l’Eurozone en mettant de côté (pour ne pas dire « exclure ») les pays les plus atteints comme la Grèce et puis l’Espagne et le Portugal, avec le timide espoir que l’Italie, la France, la Belgique et les Pays-Bas ne suivront pas ! En tout cas, la Grèce ne pourra pas continuer dans cette voie tracée par l’orthodoxie monétariste de l’establishment européen, ni par après, les autres pays confrontés dans une moindre mesure, mais tout aussi vulnérables, à la catastrophique austérité imposée à la zone Euro. L’idée d’une monnaie unique comme ciment d’une nouvelle solidarité a été dès le départ flétrie par la cupidité de quelques-uns.

 

Et pourtant, le dernier sommet européen vient de le confirmer, malgré la volonté exprimée entre autres par François Hollande, de mutualiser la dette souveraine, d’introduire les Eurobonds, de mettre en œuvre la taxe sur les transactions financières, de permettre à la BCE de prêter directement aux Etats, le veto obstiné de la coalition conservatrice menée par Merkel empêche tout changement.

 

Comment dès lors, avec ce blocage systématique, espérer, comme le souhaite Paul Krugman, donner un espoir aux pays de la zone Euro en pratiquant une politique inflationniste ? Comment peut-on avec cet abandon de la politique au profit de la finance, réaliser la relance, c’est-à-dire consentir les investissements indispensables à créer de l’emploi, à faire une politique industrielle nouvelle et innovatrice, tout simplement à relancer le moteur de l’économie ?

 

Cette fois-ci, nous sommes à la croisée des chemins. Ou bien on change résolument de cap, ou bien on poursuit dans cette voie mortifère vers l’apocalypse !

 

Il y a donc un rapport de force qui se crée au sommet. C’est un élément nouveau, mais les peuples sont une fois de plus au balcon. Et pourtant, il y a des moyens d’agir.

 

Regardons vers l’autre rive de l’Atlantique. Un mouvement nouveau est né dans cette « belle province » nommée Québec qui revendique une seule chose : être libre ! Non pas dans une autonomie ethnoculturelle, mais dans  le choix de son mode de vie. C’est ce que certains appellent le « printemps Erable ».

 

 

Montreal_manif.jpg

 Une "manif" à Montréal : un mouvement bien ancré !

 

 

Depuis trois mois, les 150.000 étudiantes et étudiants de Montréal descendent quotidiennement dans la rue pour protester contre la décision du gouvernement libéral du Québec de faire passer le minerval universitaire de 2.200 à 4.000 dollars canadiens (de 1.700 à 3.000 Euros) au cours des cinq prochaines années. Il y a eu plus de 230 manifestations de jour comme de nuit.

 

En réalité, l’actuel gouvernement veut imposer le modèle étatsunien à l’Université. Non seulement, il « marchandise » l’éducation, alors que les jeunes Québécois et leurs aînés considèrent qu’elle est un droit universel et une richesse collective. Le corps académique est en grande partie aux côtés des étudiants : « On nous impose la comparaison avec les grandes facultés du monde, mais nous sommes farouchement opposés à cette standardisation. » dit à la correspondante de « Libération » (19 mai) M. Max Roy, président de la fédération québécoise des professeurs d’université. C’est donc, non seulement contre une augmentation drastique des droits d’inscription à l’Université qui exclura de facto des milliers de jeunes, mais aussi – et surtout, sans doute – contre un modèle ultralibéral que l’on tente d’imposer par la force, quitte à bafouer les libertés fondamentales. Ce que n’hésite pas à faire le gouvernement québécois de Jean Charest. Il a déposé un projet de loi spéciale, dite « loi 78 », qui suspend les cours à l’Université, reporte les examens à l’année prochaine et restreint sévèrement le droit de manifester pour une période d’un an et prévoit de lourdes amendes pour les organisateurs de piquets de grève.

 

Cela a eu, jusqu’à présent, l’effet inverse : les manifestations n’ont fait qu’amplifier et risquent de devenir violentes. Des marches « illégales » rassemblent des milliers de personne de jour comme de nuit. Les centrales syndicales ouvrières soutiennent le mouvement. Dans la nuit du 23 au 24 mai, la police de Montréal a procédé à plus de 400 arrestations. L’affrontement est donc inévitable.

 

 

Montreal_repression.jpg

 La police de Montréal tente de reprendre la rue aux étudiants : le mécanisme répression - provocation. L'affrontement semble désormais inévitable.

 

 

Interrogée par une télévision, une Canadienne, la cinquantaine bien sonnée, apparemment bien dans ses papiers, a commenté les événements : « L’Etat est endetté jusqu’au cou et n’est plus capable de prendre en charge l’éducation et les autres services. Il n’y a aucune alternative ». C’est une fois de plus le fatalisme du TINA, l’échine courbée sous le joug de ce pouvoir invisible, mais bien réel.

 

L’enjeu est simple : ou bien on souhaite une société libre, égalitaire et fraternelle dotée d’un Etat appartenant au peuple et contrôlé par lui, ou bien on veut une société où règne l’individu absolu dans une compétition sans fin. Ce n’est que de la base que le vrai « changement » viendra. Le choix est donc simple : l’apocalypse ou la révolution.

 

Pierre Verhas

 

Par pierre verhas
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Vendredi 18 mai 2012 5 18 /05 /Mai /2012 00:05

 

L’éditorial du journal financier belge « l’Echo » du 15 mai est révélateur des intentions des « marchés ». Intitulé « Démocratie ennemie d’elle-même », l’éditorial de M. Serge Quoidbach, rédacteur en chef affirme : « Quelle que soit l’issue de la crise politique, le choix du peuple grec sera bafoué. On assiste ici à la limite du jeu démocratique. A moins de choisir une autodestruction magistrale, Grecs et Européens doivent pour un temps mettre ce droit des peuples entre parenthèse et assouplir leurs exigences respectives ». Dans le même journal, Maria Fekter, ministre autrichienne de l'Intérieur déclare : « La Grèce devrait refaire une demande d’adhésion à l’UE. Nous y regarderons à deux fois... ».

 

 maria_fekter.png

Maria Fekter ferait bien de ne pas oublier que l'Autriche

est entrée dans l'Union européenne sans avoir été dénazifiée... 

 

 

Le masque – du moins ce qu’il en restait – est tombé : on connaît les réelles intentions des maîtres des « marchés ». Les peuples doivent subir bon gré mal gré les mesures d’austérité et de démantèlement de l’Etat social, leur expression compte pour du beurre et le politique doit s’effacer devant le financier.

 

Déjà, l’Italie est dirigée par un gouvernement de techniciens qui n’a aucune légitimité démocratique, qui prend des mesures antidémocratiques, sans que le citoyen italien ait un quelconque recours, sans que le Parlement puisse s’opposer. Souvenons-nous que le Danemark et l’Irlande ont dû « recommencer » leur référendum sur le Traité de Maastricht. Depuis que l’Europe est dominée par les lobbies bancaires, sa dérive antidémocratique est évidente. Or, on entend peu de responsables politiques dénoncer cette tendance dangereuse. Les seuls qui se permettent la moindre objection sont traités de ringards, d’anti-européens, de nationalistes et – injure suprême – de populistes !

 

Solidarité interdite

 

Mettre « entre parenthèses » la démocratie revient à la démolir. La démocratie est une substance qui a la propriété de se dissoudre quand on la met entre parenthèses. Dans la mécanique totalitaire qui se dessine, il n’y a plus de place pour la solidarité. Qu’il s’agisse de la solidarité interne comme la sécurité sociale ou de la solidarité externe telle que l’aide à un pays en difficulté. Dès le traité de Maastricht, cette solidarité a été même interdite ! C’est d’ailleurs la cause principale du blocage de cette crise de la dette souveraine : la Banque centrale européenne comme les Etats ne peuvent pas aider un autre Etat à se renflouer. Pire, le sommet de la pyramide européenne, sous la pression du lobby bancaire, contraint ces mêmes Etats – aujourd’hui la Grèce et demain les autres – à adopter des mesures d’austérité qui les empêchent de s’en sortir !

 

On en arrive à une absurdité : on savait que les comptes de la Grèce avaient été trafiqués avec l’aide de Goldman Sachs dont sont issus Mario Monti, le chef non élu du gouvernement italien  et Mario Draghi, directeur général de la BCE. La crise de la dette grecque éclate. L’Union européenne refuse d’aider la Grèce si elle ne se redresse pas elle-même. C’est comme si on demandait à un malade de guérir avant qu’on de le soigne !

 

 monti_draghi.jpg

Mario Monti et Mario Draghi : Goldman Sachs crée des liens...

 

 

Nous avons reproduit  sur ce blog le 7 mai 2010 (http://uranopole.over-blog.com/article-euro-d-autres-confirment-49992760.html), l’analyse de M. Philippe Villin, banquier d’affaires et ancien directeur du Figaro, donc un homme de droite qui n’est pas un de ces « excités ignares de gauche ». Il écrivait : « Aucun médecin ne fait jamais maigrir en quelques semaines un patient de 100 kilos dont le poids objectif est de 60 kilos, surtout après l’avoir laissé grossir pendant des années sous sa surveillance comme Monsieur Trichet et sa B.C.E. ont laissé les déséquilibres et les déficits prospérer. Un tel médecin tuerait son malade à moins que le médecin ne le tue avant... Les pauvres Grecs sont pour moi comme des cobayes dans un laboratoire qui subissent la médecine Trichet-Merkel à forte dose. J’espère que les politiques comprendront en voyant ces malheureux cobayes exploser ce qui se passerait s’ils imposaient cette médecine au Portugal, à l’Espagne, à l’Italie…. et pourquoi pas à la France.

 

Si les politiques voulaient sauver l’Euro - je doute pour ma part que ce soit une bonne solution car son échec est patent et seule la remise à niveau de la compétitivité par un niveau de dévaluation adéquat dans chaque pays me paraît fonctionner- il faudrait à tout le moins annoncer d’urgence l’abandon du pacte de stabilité. Madame Merkel veut le durcir ! Il faut, évidemment, faire l’inverse ! A l’instar de ce qui est demandé à la Réserve fédérale américaine, il faut fixer à la B.C.E. de nouveaux objectifs privilégiant la croissance sur la lutte contre l’inflation. Il faut accélérer les réformes structurelles, mais en se donnant 10 à 15 ans pour ramener les déficits des finances publiques à un niveau probablement un peu supérieurs à ceux de Maastricht. (…) Si l’Allemagne est européenne, il faut enfin qu’elle baisse très fortement ses impôts pour mettre son déficit au niveau moyen de la zone européenne. Alors seulement, on pourrait espérer un répit permettant peut-être de reconsidérer l’ensemble du projet européen, débouchant sur une zone intégrée politiquement et économiquement et qui aurait sa monnaie unique. Mais elle serait assurément fort différente de la zone euro actuelle tant dans son périmètre que dans son fonctionnement. »

 

Un scénario catastrophe

 

Il n’y a rien à ajouter à cette analyse exprimée il y a deux années et toujours pertinente, sinon que la Grèce a été mise sous tutelle, qu’il lui est impossible de faire les efforts qui lui sont imposés, ce qui, bien entendu, a eu pour conséquence un rejet majoritaire de cette politique par la population grecque.

 

Les élections ont signifié le rejet des deux grands partis qui dirigeaient alternativement la Grèce depuis la chute des colonels en 1974, les conservateurs et les sociaux-démocrates du PASOK, au profit de Syriza, une gauche radicale à la Mélenchon dirigée par un jeune leader très populaire, Alexis Tsipras, et malheureusement d’un parti nazi qui a obtenu 6,9 % des voix. Un accord de gouvernement entre les partis traditionnels et Syriza  n’a pas été possible et de nouvelles élections sont décidées. On prévoit un succès considérable pour Syriza.

 

 

 alexis-tsipras-grece.jpg

Alexis Tsipras de plus en plus populaire,

pourrait être incontournable. (Reuter)

 

 

Conséquence : des menaces de plus en plus claires sont exprimées à l’égard de la Grèce : si vous ne tenez pas vos engagements – ou plutôt si vous ne vous pliez pas à notre diktat – vous serez exclu de l’Euro, voire même de l’Union européenne ! Wolfgange Schäuble, le ministre allemand des finances, Jose Manuel Barroso, le président de la Commission européenne et même Luc Coene, le gouverneur de la Banque nationale de Belgique, évoquent clairement le retour de la Grèce à la drachme. Du jamais vu depuis la fondation de l’Europe en 1957 ! L’exclusion de la Grèce de la monnaie unique signifierait son expulsion de l’Union européenne sans compter le risque d’un effet domino avec le même problème pour l’Italie, l’Espagne et le Portugal ! En plus, le FMI déclenche la panique en bloquant son aide à la Grèce, sans compter l’agence de notation Fitch qui met son grain de sel en dégradant la note grecque Résultat : les citoyens grecs se précipitent dans les banques pour retirer leurs économies en Euros.

 

 

 Luc_Coene.jpg

Luc Coene (Banque nationale de Belgique) joue

dans la cour des grands et menace la Grèce.

 

 

En outre, un pacte budgétaire qui suit le mécanisme européen de stabilité doit être ratifié par les Etats de l’Eurozone. Ce pacte contraindrait les Etats-membres à résorber leurs déficits et à présenter à terme des budgets en boni. Une nouvelle donne politique s’ajoute avec l’élection de François Hollande à la présidence de la République française. Celui-ci cherche manifestement à calmer le jeu en renégociant le pacte budgétaire, son ministre de l’économie, Pierre Moscovici, a même menacé de ne pas ratifier le pacte si les négociations ne sont pas lancées.

 

Si ce scénario catastrophe se réalise, on risque d’assister à une division de l’Europe entre une zone Nord « riche » et une zone Sud « pauvre ». Et même dans la zone « Nord », il y aurait de plus riches que d’autres. Ainsi, les Pays Bas qui, pourtant, affichaient la plus grande sévérité à l’égard de la Grèce, pourraient avoir difficile à suivre le train conduit par les Allemands.

 

Si une autre orientation n’est pas prise, celle proposée depuis des mois par les néo-keynésiens comme Stiglitz, Krugman, Villin, De Grauwe, les « économistes atterrés » pour ne citer que ceux-là, ce sera tout simplement la fin de l’Europe qui aura perdu cette guerre économique sans merci au profit d’un système bancaire qui mettra le monde sous sa coupe.

 

 francois_hollande06.png

François Hollande représente un espoir réel.

 

 

L’espoir vient d’abord de François Hollande. On verra s’il parviendra à inverser la vapeur. Il semble en avoir la volonté, mais parviendra-t-il à disposer des moyens ? L’avenir nous le dira très vite. L’espoir vient aussi d’une gauche radicale et démocratique qui commence à s’étendre en Europe. Mélenchon en France et Tsipras en Grèce feront sans doute des émules. En tout cas, ils servent d’aiguillon pour vaincre la timidité d’une social-démocratie qui semble tout doucement retrouver la voie du social.

 

L’enjeu : c’est la démocratie, c’est l’égalité, c’est la solidarité, c’est la liberté. Cela vaut la peine, non ?

 

 

Pierre Verhas

Par pierre verhas
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Lundi 7 mai 2012 1 07 /05 /Mai /2012 22:54

La fête fut belle. Elle s’est achevée aux petites heures avec une gueule de bois : Hollande élu en fait avec 37 % des voix si on compte les abstentions et les votes blancs, suivi de peu par Sarkozy avec 35,5%. C’est une avancée, ce n’est pas une victoire ! La gauche n’a pas gagné en France et elle aura difficile à transformer cet essai aux législatives de juin. Fabius a déclaré lors de ces ennuyeux débats TV post-élections que le président élu a toujours réussi à disposer d’une majorité. En politique, il ne faut jamais dire « toujours » ! Cependant, reconnaissons que la gauche a des atouts qui feront sans doute pencher la balance en sa faveur.

 

 Bastille_6_mai.jpg

La fête fut belle.

 

 

La fête est gâchée par la Grèce : la montée de 0,5 % à 6,9 % des nazis aux élections législatives qui sont désormais en position d’arbitres pour la formation d’un gouvernement, avec heureusement le succès remarquable de Syriza (Synaspismós Rizospastikís Aristerás), la gauche radicale équivalente du front de gauche de Mélenchon qui devient la deuxième force politique du pays. Cette situation est incontestablement due à la mainmise de la troïka européenne et à l’arrogance du ministre des finances allemand Wolfgang Schaüble et de la chancelière Angela Merkel qui ont adressé le même avertissement à Athènes. «Le plan de sauvetage de la Grèce est non négociable. Tout gouvernement devra s’engager à l’appliquer intégralement. » Bref, les Grecs peuvent voter pour le parti qu’ils veulent, rien ne peut changer. Voilà où mènent les comportements anti-démocratiques des dirigeants conservateurs européens !

 

 

 le-leader-du-parti-d-extreme-droite-nikolaos_michaliakos.jpg

Le "führer" du parti nazi grec. Bravo la troïka !

 

 

En comptant en plus les élections municipales italiennes où la gauche fait une remontée spectaculaire qui peut mettre en difficulté le gouvernement technocrate de Mario Monti, la donne a changé en Europe. Et on attend également les résultats du referendum irlandais à la fin de ce mois.

 

D’un côté en France, François Hollande a plaidé fermement pour une renégociation du « pacte budgétaire » afin d’y ajouter un « pacte de croissance ». D’autre part, il s’est refusé à faire adopter la fameuse « règle d’or » en France, ce qui revient à … refuser le « pacte budgétaire ». Attendons-nous à un fameux sac de nœuds dans les négociations au Conseil européen qui est devenu grâce à « Merkozy » un Conseil intergouvernemental, en espérant que ne lui succède pas un « Merkhollande » !

 

François Hollande est resté extrêmement discret sur ses ambitions et ses projets internationaux durant la campagne. Seul l’avenir de l'Union européenne et sa politique économique, qui touchent intimement à la politique française, ont vraiment trouvé place dans le discours du candidat. C'est sur ces points qu'est revenu M. Hollande dans un entretien sur sa future politique étrangère publié par le site Slate, lundi 7 mai, et réalisé deux jours avant le second tour de la présidentielle.

 

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François Hollande semble bien décidé à tenir tête à Angela Merkel.

 

 

Le président élu souhaite pousser l'Allemagne à choisir entre deux solutions pour adoucir la politique de rigueur qu'elle promeut dans l'Union depuis 2008. Il s'agirait de « lever l'emprunt » au niveau européen en créant des obligations européennes, dites "eurobonds" ou "project-bonds", ou d'autoriser le refinancement direct des Etats par la Banque centrale européenne (BCE). « Ils ne peuvent pas poser deux verrous à la fois, un sur les 'eurobonds' et un autre sur le refinancement direct des dettes par la BCE. »

 

L'Allemagne a déjà fait savoir qu'elle ne souhaitait pas négocier sur les obligations européennes. Le gouvernement Merkel a rappelé, lundi, qu'il refusait toute renégociation du pacte budgétaire européen et toute initiative de « croissance par les déficits ». C’est bien parti !

 

 

Angela_merkel02.jpg

Angela Merkel ne veut rien entendre !

 

 

Tout en affirmant son attachement au « moteur franco-allemand » en Europe, François Hollande a estimé que cette collaboration, telle qu'incarnée par Nicolas Sarkozy et Angela Merkel, s'était excessivement renforcée durant la crise. « Le rapport franco-allemand a été exclusif. Les autorités européennes ont été négligées et certains pays, notamment les plus fragiles, ont eu la désagréable impression d'être en face d'un directoire. » Il y a donc là l’expression d’une claire volonté de changement de cap sur le plan économique et financier et sur le plan de l’organisation de l’Europe. Ce serait la fin de « l’intergouvernemental » au profit d’un processus plus fédéraliste. N’oublions pas que François Hollande a toujours affirmé sa conviction européenne, notamment en militant pour le « oui » au traité constitutionnel en 2005. Cependant, on verra si le nouveau Président français sera à même de faire plier Merkel et l’establishment allemand qui tire les rênes de l’Europe depuis des années.

 

Du côté grec, le ton est clairement donné : Alexis Tsipras, le chef de Syriza, chargé de la formation du gouvernement, a comme préalable, refusé toute participation à un gouvernement de coalition avec Nouvelle Démocratie. Entérinant le rejet des politiques d'austérité, M. Tsipras a motivé son choix : « Il ne peut pas y avoir un gouvernement de salut national avec la droite qui a signé des mesures de rigueur (...) que le peuple a rejetées. » Etant donné la pression de la troïka qui fera tout pour que Syriza soit écarté, ne risque-t-on pas de voir se constituer une majorité hybride où se retrouveraient les nazis ?

 

 

 alexis-tsipras-le-chef-de-la-gauche-radicale.jpg

Alexis Tsipras (à gauche comme il se doit) ne veut pas de la droite conservatrice.

 

 

Il est évident que la très nette attitude de François Hollande et la nouvelle donne en Grèce sont des éléments nouveaux essentiels qui pourraient enfin amener à un changement de politique. C’est une question de rapport de force. Il est plus que temps, mais on est loin de la coupe aux lèvres.

 

Dans cette guerre désormais déclarée entre les politiques ultralibérales d’austérité et le camp de la reprise, on peut se poser la question : va-t-on vers la fin de l’Euro ? Dans un éditorial de ce 7 mai au New York Times, Paul Krugman, le prix Nobel d’économie qui a fustigé les politiques d’austérité de l’Union européenne, va jusqu’à souhaiter de « casser » la monnaie unique européenne. «Une réponse – une réponse qui ferait sens mais que quasiment personne ne veut admettre en Europe – serait de casser l’euro. L’Europe ne serait pas dans cette tourmente si la Grèce avait encore la drachme, l’Espagne la peseta et l’Irlande sa livre, etc. : parce que la Grèce et l’Espagne auraient ce qui leur manque aujourd’hui : un moyen rapide de restaurer leur compétitivité et de soutenir leurs exportations, qui s’appelle dévaluation. » (source Mediapart). Il s’agirait donc de limiter l’Euro aux seuls pays de l’Europe industrielle du Nord-Ouest, c’est-à-dire de la zone économique centrée sur l’Allemagne.

 

Cela bouleverserait  le projet européen, voire même signifierait sa fin, avec toutes les conséquences qui s’en suivrait. Ce ne serait plus l’Europe à deux vitesses, comme elle existe depuis longtemps, on irait vers deux Europe : celle du Nord et celle du Sud. Le rêve se transformerait en cauchemar grâce aux apprentis-sorciers conservateurs qui dirigent le continent – la Grande Bretagne s’en étant exclu – depuis trop longtemps.

 

En plus des mesures de réformes de la BCE et de mutualisation de la dette prônées par la gauche européenne, il faudra élaborer un nouveau projet pour que s’installe une réelle solidarité européenne.

 

 

Pierre Verhas

Par pierre verhas
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Samedi 5 mai 2012 6 05 /05 /Mai /2012 21:55
Ce dimanche, il y a un autre scrutin en Union européenne, sans doute tout aussi important par son enjeu que l'élection présidentielle française : les élections législatives en Grèce. On s'en rend compte : l'avenir de la politique monétaire de l'Union, avec un risque de catastrophe politique majeur à savoir une Grèce ingouvernable et donc à la merci d'un coup d'Etat.
 
Ce scénario catastrophe n'est pas de la fiction. Voici un article de Yorgos Mitralias paru dans Mediapart, le site indépendant de gauche français, sur la montée de l'extrême-droite en Grèce qui pourrait constituer une force majeure dans le pays où la démocratie est née. Ainsi, on pourra dire "merci" à une gauche qui n'en est plus une et la folie ultralibérale qui ruine les peuples et les jette dans la misère et dans les griffes de la tyrannie.
 
Mais, chut ! C'est extrémiste d'écrire cela ! "Résistance" est le mot d'ordre du Front de gauche en France, mais la Résistance cela s'apprend. Cet article sur la gauche grecque face à l'extrême-droite est édifiant, à ce sujet.
 
Pierre Verhas
 
«Pour être à la hauteur des enjeux historiques de la guerre lancée par la bourgeoisie grecque et internationale contre elle et le monde du travail, la gauche grecque doit s’éloigner de sa routine et de ses habitudes, de son mode traditionnel de faire de la politique, de penser et d’agir.»
Par Yorgos Mitralias, membre du Comité pour l'annulation de la dette du tiers-monde (CADTM).

Dépourvue de traditions et de pratiques antifascistes, la gauche grecque, pratiquement toutes tendances confondues, assiste impuissante et désemparée à la répétition dans son pays du drame de la République de Weimar, non pas comme une farce mais très probablement comme une tragédie annonciatrice de grands malheurs européens. Les faits récents en témoignent : après avoir investi, pendant ces derniers mois, ses espoirs dans cette gauche se situant à la gauche de la social-démocratie néolibérale (Pasok), la petite bourgeoisie grecque ruinée et aux abois s’en détourne en un temps record et est maintenant en train de chercher à l’autre extrémité de l’échiquier politique les solutions radicales à ses problèmes historiques et cataclysmiques…
 
En effet, il a suffit que les formations de la gauche plus ou moins radicale (KKE, Syriza, Antarsya, Gauche Démocratique…) se montrent incapables d’exploiter le fait qu’elles monopolisaient de fait l’opposition au gouvernement dit d’Union nationale du banquier Loucas Papadimos, pour que des pans entiers de la société grecque leur tournent le dos en quelques semaines, et s’orientent vers des formations se situant aux antipodes de la gauche radicale, à l’extrême droite même néonazi ! Non seulement ces partis et coalitions à la gauche du Pasok voient se réduire plus que drastiquement ces 50% à 54% d'opinions favorables qu’elles recueillaient ensemble cet hiver, mais cette réduction se fait en partie au profit d’une extrême droite violente, raciste et pogromiste, qui veut en découdre avec tout ce qui est rouge ou même rose. Et tout ça en quelques semaines, pratiquement d’un jour à l’autre!...
 
En réalité, tout ce qui se passe depuis des mois en Grèce illustre d’une manière saisissante l’énorme poids de la petite et moyenne bourgeoisie dans la société grecque et l’influence déterminante qu’elle est appelée à exercer sur les événements à venir. Mais attention, il ne s’agit plus seulement de ça. L’extrême paupérisation de cette « société de boutiquiers » à laquelle a conduit l’application de plans d’austérité successifs radicalise à l’extrême cette petite et moyenne bourgeoisie grecque désormais en haillons, la pousse loin de ses représentants politiques traditionnels, la transforme en auditoire bienveillant de tous ceux qui professent des solutions radicales à sa déchéance sociale. En somme, déracinée et désespérée, ruinée et aux abois, cette petite bourgeoisie grecque en colère est désormais disponible pour soutenir activement tout projet politique qui lui semblerait offrir des solutions radicales à son problème existentiel. Et c’est pourquoi elle suit de plus en plus régulièrement un mouvement de pendule, se tournant d’un extrême politique à l’autre en des laps de temps de plus en plus courts…
 
Tout ca peut paraitre évident et même « élémentaire » mais pas en Grèce, car c’est, malheureusement, un fait que les classes moyennes grecques ont toujours été et restent totalement absentes en tant que telles des analyses, des projets et des pratiques de l’ensemble des formations politiques de gauche de ce pays ! Cependant, cette tare qui pourrait passer presque inaperçue en « temps normal », devient à cette heure de vérité qu’est l’actuel moment historique, un handicap colossal pouvant conduire au désastre non seulement le mouvement ouvrier mais aussi des générations entières de salariés et citoyens grecs.
 
Les conséquences de cette « spécificité » de la gauche grecque sont déjà visibles et dramatiques. Faisant coïncider le marais petit-bourgeois grec avec le « peuple » mythique et fourre-tout de ses origines (staliniennes) idéologiques, qui est –nécessairement– toujours du bon coté, la gauche grecque se découvre maintenant totalement démunie de moyens de compréhension de ce qui est en train d’arriver à la base de la société grecque. C’est ainsi qu’elle prend, depuis quelques mois, des vessies pour des lanternes en identifiant comme étant nécessairement de « gauche » les manifestations de la colère petite bourgeoise, dont la couleur politique n’est absolument pas donnée d’avance puisqu’elle est –par excellence– le plus critique des enjeux de l’affrontement entre le capital et le monde du travail.
Les résultats de cette « incompréhension » pavent déjà le chemin de cette inversion de tendance (aux dépens de la gauche et au profit de l’extrême droite) mentionnée au début de ce texte. Confondant par exemple toute critique virulente (ou même violente) du parlementarisme bourgeois avec une opposition radicale de gauche au régime bourgeois, la gauche grecque a abdiqué d’avance de son devoir historique de se battre jour après jour pour gagner à son projet politique ces couches petites bourgeoises, qui aiment promettre la potence aux 300 « traîtres » du Parlement grec. Et c’est ainsi qu’elle n’a ni reconnu ni vu venir des concurrents politiquement diamétralement opposés à elle qui, eux, se battent très consciemment et méthodiquement pour gagner à leur cause cette petite bourgeoisie aux abois…
 
Cette situation déjà très inquiétante devient pourtant plus qu’alarmante alors que la force qui monte en flèche parmi ces « concurrents politiquement diamétralement opposés » est un ex-groupuscule ultra violent de tueurs néonazis, appelé « Aube Dorée » (Chryssi Avghi) ! Force est d’avouer que sauf rares exceptions héroïques à l’intérieur de Syriza et d’Antarsya, la gauche grecque semble totalement désarmée devant ce péril néonazi qui constitue une nouveauté absolue dans l’histoire de la Grèce moderne. En effet, tant dans le subconscient collectif que dans la tradition de la gauche grecque, le « fasciste » n’a rien à voir avec le membre de l’Aube Dorée. C’est plutôt l’éternel « mouchard du quartier » légué à l’histoire du pays par tant de dictatures militaires et autres régimes policiers de vainqueurs de guerres civiles.
Cependant, le flic ou le mouchard qui n’est en dernière analyse qu’un fonctionnaire d’Etat ne peut en aucune manière être assimilé ni à un fasciste ni à un néonazi. Et à plus forte raison à un mouvement et un parti néonazi. Alors, habituée comme elle est à appeler « fascistes » ceux qui n’étaient que des simples serviteurs subalternes des régimes forts, la gauche grecque semble maintenant totalement impréparée et sans défense devant un mouvement politique néonazi qui prétend avoir les mêmes ennemis qu’elle (les plans d’austérité, les gouvernements des partis néolibéraux, la Troïka, les bureaucrates de Bruxelles…) et qui en plus leur attribue souvent les mêmes noms (ploutocratie, impérialisme, capitalisme cosmopolite, traîtres à la patrie…). Le résultat de cette « impréparation » est déjà tragique. Cette gauche grecque semble incapable non seulement de contrecarrer mais même d’expliquer la montée en flèche de l’Aube dorée (en trois, quatre mois, elle est passée de 1% à 6,5% des préférences des Grecs) et tout laisse, malheureusement, présager son développement encore plus foudroyant dans les mois à venir.
 
Mais, encore plus alarmant que l’essor électoral, est le développement organisationnel et surtout l’extension de l’influence sociale et politique des néonazis grecs. Voici donc un événement récent qui en dit long sur cette « impréparation » de la gauche grecque et qui illustre parfaitement la dramaticité de la situation. Voulant répondre aux remous qu’avait provoqué le bon accueil réservé à une forte délégation de l’Aube Dorée par les ouvriers grévistes des Aciéries, qui mènent une lutte exemplaire depuis bientôt cinq mois sous la direction exclusive des syndicalistes du KKE, le BP de ce parti a sorti une déclaration fustigeant… « les pseudo-révolutionnaires de l’Aube Dorée et de Syriza » !
 
Comme on pouvait s’y attendre, cette déclaration a provoqué maintes protestations car, selon la vieille habitude du KKE, elle mettait dans le même panier les néonazis et les militants de la Coalition de la Gauche Radicale (Syriza). Mais, encore une fois est passé pratiquement inaperçu le fait que pour la direction du PC grec, les néonazis ne sont finalement que des… « pseudo-révolutionnaires » ! C’est-à-dire presque inoffensifs et non pas une bande armée et violente servant les intérêts a long terme du capital et ayant pour objectif principal d’atomiser la classe ouvrière en détruisant pour longtemps ses organisations syndicales ainsi que les partis politiques de gauche.
 
Une telle méconnaissance de la nature des organisations fascistes de la part de la gauche grecque est sûrement annonciatrice de grands malheurs à venir. Et le pire c’est que ces malheurs ne se limiteront au niveau électoral. En effet, après avoir fait des immigrés la cible prioritaire de leurs expéditions militaires meurtrières, et encouragés par l’impunité scandaleuse dont ils jouissent, les néonazis grecs étendent désormais leur « champ d’action » à tout ce qui bouge à gauche et même au-delà (Pasok inclus), sans faire de distinction entre radicaux et réformistes. Leur projet est clair : se poser en alternative jusqu’au-boutiste au « système » et terroriser les foules usant une violence inouïe. Et tout ca sans jamais cacher leurs références hitlériennes. Même s’il est provisoire, le bilan de leur stratégie crève les yeux : ça marche ! Ils attirent du monde et ils ont le vent en poupe…
 
Le pourquoi de ce succès cauchemardesque n’est pas dû seulement à la crise et au manque de traditions et de culture antifascistes dans la société et la gauche grecque. Ce succès est aussi explicable par le fait que l’extrême droite grecque profite des traditions racistes, chauvines, obscurantistes et réactionnaires cultivées et soigneusement entretenues depuis des décennies par l’idéologie et surtout la pratique « officielle », celle de l’Etat grec et de ses partis dominants. Ce n’est pas seulement que l’Etat grec est le seul en Europe (et au-delà) à ne pas être encore séparé de l’église (ultraconservatrice) ! C’est aussi que les SS grecs, du temps de l’occupation nazie, sont toujours reconnus comme… résistants et touchent régulièrement leur pension pour les services rendus à la patrie reconnaissante. C’est que des personnalités d’un parti de gauche proposent, sans provoquer de réactions, de résoudre la question de l’immigration en parquant les immigrés sans nourriture sur « des rochers de la mer Egée » ! Si on ajoute à tout cela que, voulant contrecarrer l’influence grandissante de l’extrême droite raciste, les gouvernants jouent de plus en plus aux apprentis sorciers, lançant quotidiennement des véritables pogroms contre les immigrés et parlant d’eux à la TV comme s’ils étaient moins que des bêtes sauvages à exterminer, on peut comprendre tant la banalisation en cours des néonazis que leur succès auprès des foules désorientées et ruinées à la recherche d’alternatives radicales et surtout vengeresses. 
   
 
 
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Une gauche grecque désarmée face à l'extrême-droite. Seulement la grecque ?
Alors, doit-on conclure que la Grèce est condamnée d’avance à devenir la proie facile de l’extrême droite et à subir la « normalisation » de sa société encore rebelle aux diktats de la Troïka ? La réponse est Non.
     
Rien, absolument rien n’est décidé d’avance, tout reste encore possible et aucun fatalisme n’est permis. Mais, à deux conditions fondamentales: que la gauche grecque a) dépasse rapidement sa fragmentation et son sectarisme viscéral et apprenne d’urgence à unir ses forces devant l’ennemi de classe commun, et b) forme un front unique de lutte antifasciste avant qu’il ne soit trop tard.
Cependant, le temps presse désespérément, la société grecque –et la classe ouvrière– se désagrège rapidement et c’est archi-faux de penser que l’approfondissement de la crise conduira fatalement à l’effondrement du régime et peut être du système lui-même. D’ailleurs, tant que l’actuelle situation clairement prérévolutionnaire ne se transforme pas en situation révolutionnaire (par les soins de la gauche radicale) alors oui, c’est presque fatal qu’elle vire à la contre-révolution, qu’elle devienne contre-révolutionnaire ! Et les signes de ces dernières semaines sont inquiétants : les deux grands partis gouvernementaux et néolibéraux voient leur chute libre arrêtée et reprennent confiance, tandis qu’à droite apparaissent de nouvelles formations politiques qui disputent aux partis de gauche le monopole de l’opposition aux mesures d’austérité. C’est vrai que pour l’instant, on n’est qu’au début de cette inversion de tendance et que la gauche grecque dispose encore d’un certain capital de confiance populaire. Cependant, attention : on assiste déjà en Grèce à une accélération exceptionnelle du cours de l’histoire et les renversements de situations se font désormais en l’espace de quelques semaines. Ceux qui ne comprennent pas cette caractéristique fondamentale des périodes « anormales » de l’histoire, comme celle qu’on traverse actuellement en Grèce, sont condamnées non seulement à ne pas comprendre ce qui se passe aux tréfonds de la société mais aussi à être pris en permanence au dépourvu par les événements sociaux et politiques « imprévus ». En somme, à être défaits avant même de livrer bataille…
Nous voici donc devant une autre grande faiblesse de la gauche grecque : pour elle, le temps politique et social reste toujours le même, inchangé et immobile, c’est un temps plat ou tout accélération de l’histoire est inconcevable et exclue d’avance ! C’est alors, parce que le moment historique actuel ne diffère pas de n’importe quel autre, que la direction du KKE (comme d’ailleurs celle trop réformiste de la Gauche Démocratique) présente comme unique solution à la crise le renforcement graduel de ce parti, feignant ainsi d’ignorer que tout (y inclus le sort du KKE lui-même) se joue non pas dans un futur indéfini mais aujourd’hui, dans les mois à venir. De même, la coalition d’extrême gauche Antarsya, bien que moins aveugle et sectaire que le KKE, ne voit pas comment elle pourrait s’allier maintenant à d’autres formations de gauche car trop faible pour l’instant pour faire le poids face par exemple à Syriza. Elle conseille donc… la patience, feignant d’ignorer que l’histoire ne fait pas patience et nous promet des lendemains désastreux si on remet pour demain ce qu’on doit faire aujourd’hui. Enfin, la Coalition de la Gauche Radicale (Syriza), bien que la plus unitaire de tous, se contente avec ses successives propositions d’alliances électorales, plutôt de mettre au pied du mur les autres formations de gauche que d’œuvrer concrètement pour la création d’un front unique de gauche qui regroupe, organise et coordonne, en vue de les rendre efficaces, les résistances partout à la base de la société grecque, dont on a tant besoin aujourd’hui et pas demain…
 
Le fait est donc que remettre pour demain les décisions et les choix que l’urgence sociale et politique nous impose de prendre et de faire aujourd’hui c’est faire preuve d’une irresponsabilité criminelle envers la gauche grecque et internationale, les travailleurs grecs et européens. Car c’est maintenant et pas « plus tard », dans les combats d’aujourd’hui et pas d’un demain qui peut être n’existera plus, que va se jouer le sort pas seulement de nous-mêmes mais des générations à venir. Pas seulement de telle ou telle conquête des salariés mais de l’existence même des organisations du monde du travail dans son ensemble, de l’existence de la classe ouvrière en tant que telle ! Ne pas comprendre tout ca, les vrais enjeux de l’affrontement en cours, c’est alors ne pas avoir une idée claire, ne pas comprendre la profondeur et l’intensité exceptionnelle, les dimensions véritablement historiques de l’actuelle offensive du capital contre les travailleurs et les travailleuses, contre l’immense majorité de « ceux d’en bas » de nos sociétés. En somme, ne pas comprendre que c’est parfaitement concevable et réaliste la perspective d’un demain qui verrait notre sort déjà réglé, d’un demain qui ne nous laisserait plus aucune chance de nous battre pour les décennies à venir…
 
Notre conclusion est donc catégorique : pour être à la hauteur des enjeux historiques de la guerre lancée par la bourgeoisie grecque et internationale contre elle et le monde du travail, la gauche grecque doit s’éloigner de sa routine et de ses habitudes, de son mode traditionnel de faire de la politique, de penser et d’agir. En conséquence, elle doit tout d’abord prendre conscience que l’affrontement actuel n’est pas une simple répétition des précédents, mais quelque chose de nouveau qualitativement différent, qu’il est ici pour rester, qu’il aura une grande durée, et surtout qu’il est un combat global s’étendant sur toute la sphère des activités humaines. Si elle prend conscience de tout ça, de cette réalité absolument nouvelle, alors elle saura rendre son combat non seulement unitaire et radical au maximum mais aussi enraciné aux profondeurs de la société dans un mouvement organisé de longue haleine et autour d’un projet alternatif pour une Europe des peuples et des travailleurs qui reste toujours à inventer.
 
Mais attention : le temps presse et ce qui est encore possible aujourd’hui ne le sera probablement pas demain…
Par pierre verhas
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Jeudi 26 avril 2012 4 26 /04 /Avr /2012 23:47

Il y a quelques semaines, j’avais rédigé un « papier » sur ce blog intitulé : « Je n’y crois pas ! » (À la victoire de François Hollande aux élections présidentielles). Je me suis trompé sur deux points : Sarkozy n’a pas réussi à éliminer l’extrême-droite, ni même à la marginaliser. Bien au contraire, elle fait un score jamais atteint depuis qu’elle se présente aux élections. En second lieu, j’y ai dénoncé le flou du discours de centre-gauche du PS, parti qui cache mal ses divisions internes et une certaine incohérence. Cependant, il ne s’agit pas à ce premier tour, d’une victoire de la gauche, mais d’une défaite de Sarkozy.

 

François Hollande qui s’est lui-même qualifié de « candidat normal », que Mélenchon appelait « le capitaine de pédalo dans une tempête », que même sa rivale, que Martine Aubry, considérait comme trop « mou », a au contraire montré une forte personnalité et a réussi à durcir son discours et surtout à le rendre cohérent.

 

 

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François Hollande a réussi à prononcer un discours cohérent.

 

 

Ces deux éléments ont donné le résultat que l’on connaît. Pourtant, il est loin d’être réjouissant. À ce premier tour des élections présidentielles, aucun des candidats  n’a obtenu l’adhésion d’un tiers de l’électorat. C’est fort peu pour un futur Président de la République. De plus, Hollande arrivé en tête, ne dispose pas d’une réserve de voix suffisante pour être certain de battre le « candidat sortant » au deuxième tour. Chacun des deux « challengers » aura  besoin des voix d’extrême-droite pour l’emporter. Hollande lui-même ne s’en cache pas : dans « Libération » (24/04), il le proclame : « A moi de convaincre les électeurs du Front national ! ». Or, pour Hollande, chasser ces voix équivaudrait à renier les principes essentiels de son combat. L’électeur ne comprendrait pas. Ainsi, il est assez surprenant, par exemple, qu’il soit intervenu en soutien à ce policier inculpé d’homicide volontaire pour avoir abattu un truand en cavale.

 

Qu’est devenu le « peuple de gauche » ?

 

C’est un terrible aveu ! Le centre gauche est contraint à la pêche aux voix dans le camp antirépublicain. Cela signifie que la gauche n’est pas assez forte pour s’imposer elle-même, comme ce fut le cas en 1981 – rappelez-vous le « peuple de gauche »…  Aujourd’hui on en est à glaner les voix du pire ennemi. C’est la preuve que le socialisme « gouvernemental » n’est plus populaire. Et c’est là sa première faiblesse.

 

Lorsque le think-tank Terra Nova prôna le « boboïsation » de la « clientèle » du PS, il a jeté le masque : l’élite socialiste se détourne des classes populaires, laissant ainsi le terrain à Jean-Luc Mélenchon. Malheureusement, le candidat du Front de gauche n’a pas atteint son objectif : marginaliser l’extrême-droite pour renforcer la gauche. Il déplore d’avoir été bien seul dans ce combat. Mélenchon n’a pas tort et les Socialistes le payeront très cher dans un proche avenir. Soit dit en passant, Jean-Luc Mélenchon a réussi à renforcer le courant à gauche du PS. En effet, il surnageait à quelque 5 %. Il a atteint plus de 11 %. C’est, malgré tout, un franc succès. Il faut cependant le constater : les classes populaires et les classes moyennes sont abandonnées par les partis « gouvernementaux ». Cela explique leur déconfiture.

 

L’ultralibéralisme affaibli mais encore très fort

 

Le camp de la droite néolibérale est quant à lui considérablement affaibli. Sarkozy qui a eu très peur du FN et de Marine Le Pen paye sa politique de droite « dure » aussi bien sur le plan économique, notamment en ne luttant pas contre la désindustrialisation accélérée de la France, en favorisant systématiquement les plus riches au détriment de la classe moyenne et des plus pauvres ; que sur le plan politique par l’odieux discours de Grenoble, le sinistre débat sur l’identité nationale et ensuite par les mesures discriminatoires de son ministre de l’Intérieur, le très réactionnaire Guéant. Tout cela constitue les causes évidentes de son échec – encore relatif – au premier tour de l’élection présidentielle, sans compter ses promesses non tenues en matière d’emplois.

 

 

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Nicolas Sarkozy a "pétainisé" son discours.

 

 

Depuis, Nicolas Sarkozy a « pétainisé » son discours. Il a réintroduit de vieilles notions comme le « vrai travail », ses diatribes contre les « corps intermédiaires » - entendez les syndicats – fleurent nauséabond le maréchalisme ! Sa stratégie de courir après la frange la plus réactionnaire de la population française risque de lui coûter très cher le 6 mai prochain, mais cela peut aussi payer, étant donné l’absence de Marine Le Pen. C’est un quitte ou double.

 

François Hollande devrait au contraire dénoncer cette stratégie qui peut avoir de graves conséquences pour la France, au lieu d’en vain courir après les voix du FN. Il devrait se démarquer de manière ferme de cette dérive qui prend des allures d’un mouvement de masse. Redevenez vous-même, citoyen Hollande ! Allez vers le peuple, au lieu de flatter son désarroi ! C’est seulement ainsi que vous aurez une réelle chance de l’emporter.

 

L’Europe pour Hollande ?

 

Il y a un élément important qui joue en faveur de François Hollande : les dirigeants européens parient sur Hollande au deuxième tour. Il faut dire que la politique d’austérité et le pacte budgétaire ont du plomb dans l’aile. L’Espagne de Rajoy espère freiner le rythme des économies budgétaires. Le gouvernement hollandais est menacé par la défection du parti xénophobe de Geert Wilders qui ne souhaite pas soutenir sa politique d’austérité. Le Guardian en tire les conclusions : «  Tandis qu'Angela Merkel est engagée dans une course contre la montre pour faire ratifier ses mesures d'austérité en Europe (...), la politique intérieure de plusieurs Etats membres clés en Europe est en train de prendre la direction opposée. » Or, Hollande a eu la bonne idée d’annoncer dans son programme la renégociation du pacte budgétaire. Tout le microcosme hurlait. Pourtant, depuis que sa victoire se profile, il y a un profond changement en Europe. Mario Draghi, le président de la BCE, plaide pour un pacte de croissance en parallèle avec le pacte budgétaire. Mario Monti vient aussi avec la croissance. Enfin, le Premier ministre belge Elio Di Rupo n’a cessé de parler de croissance depuis son arrivée au pouvoir. Conséquences : Hollande, non encore élu, est déjà renforcé au niveau européen et Merkel est de plus en plus isolée.

 

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Angela Merkel isolée n'a pas dit son dernier mot : elle refuse de renégocier le pacte.

 

 

Cependant, il ne faut pas se réjouir trop vite. Pour les Draghi, Monti et Barroso, il faut certes se tourner résolument vers la croissance. Mais quelle croissance ? Elle s’orienterait vers l’économie verte qui pourrait générer vingt millions d’emplois ! Mais, cela se ferait avec plus de flexibilité, avec une diminution de la fiscalité sur le travail (entendez les charges sociales des employeurs), une libre circulation des travailleurs (autrement dit, rétablir une sorte de directive Bolkestein), le SMIC à géométrie variable. Le seul point positif est l’adoption d’un contrat de travail type avec la suppression des contrats dits « atypiques ». Cela se réaliserait dans la concertation sociale. On sent que cette proposition politique résulte d’un débat au sein  de la Commission entre le Commissaire socialiste aux affaires sociales, le Hongrois Lazlo Andor et ses membres les plus ultralibéraux. Donc, la vigilance reste de toute façon de plus en plus de mise !

 

Enfin, le rôle de la BCE pourrait être redéfini pour enfin se consacrer à la solution sur les dettes souveraines.

 

Un  réel espoir, mais sans illusions

 

Tout cela dénote la perspective d’un vrai changement au sein de l’Union européenne. Il nécessitera, ne nous faisons pas d’illusions, un combat long et difficile. Les ultralibéraux et l’establishment économique allemand sont loin d’avoir dit leur dernier mot.

 

C’est incontestablement une victoire avant la lettre pour François Hollande. Il a un autre atout : l’appui sans réserve de Mélenchon. Mais Sarkozy a encore beaucoup de cartes dans son jeu. S’il parvient à se rallier le « marais » de la droite française, la mouvance la plus réactionnaire et xénophobe, il a encore pas mal de chances de « rempiler » le 6 mai.

 

Tout est donc possible. C’est pourquoi j’y crois un tout petit peu et j’espère beaucoup.

 

 

Pierre Verhas

Par pierre verhas
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