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  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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24 avril 2014 4 24 /04 /avril /2014 10:42

Pourquoi faut-il que le travail, cette activité humaine tant chantée par les philosophes, soit trop souvent associé à la tragédie ?

 

Il y a un an, s’effondrait à Rana Plaza dans la banlieue de Dacca, capitale du Bangladesh, un immeuble – atelier de confection. Il y eut 1.138 victimes, essentiellement des ouvrières travaillant dans des conditions proches de l’esclavage pour un salaire de misère, dans ce taudis loué à un prix exorbitant par un propriétaire sans scrupule.

 

Ces travailleuses étaient exploitées en sous-traitance pour le plus grand bénéfice des multinationales du textile aux marques bien connues comme le Suédois H & M, l’Américain Benetton, les grands distributeurs Carrefour, Walmart, Auchan, etc. Cette catastrophe a ému le monde entier. Pour une fois, le système médiatique a jeté à la figure de centaines de millions de téléspectateurs de par le monde, l’épouvantable réalité de cet esclavage moderne.

 

Ah ! Elles allaient réagir, nos multinationales. On allait changer ! En réalité – cela va de soi – rien n’a réellement été réformé. Le Nouvel Observateur, dans son édition électronique, constate : « Le suédois H&M a même annoncé le lancement d'une politique de "salaires équitables" pour les ouvriers du textile les plus mal payés, qui devrait s'appliquer ... d'ici 2018.

 

Mais en attendant, les conditions de production dans ces pays n'ont guère évolué : les salaires, bien qu'ayant été un peu augmentés, restent misérables, et le différentiel social sur les conditions de travail demeure très important. » Le plus cynique reste Walmart – le grand distributeur américain qui a une politique sociale telle qu’elle indigne même les conservateurs Etatsuniens : « Le numéro un de la grande distribution Walmart atteste d'une amélioration de "48% de la sécurité électrique" et de 30% sur la sécurité moyenne de ses usines de fabrication. » Eh oui ! La sécurité électrique est indispensable pour assurer une fabrication continue et donc rentable.

 

Le travail, grande valeur éthique ? Face à ce drame épouvantable, posons-nous la question !

Toute la tragédie de l'esclavage moderne dans le regard de cette jeune fille mutilée

Toute la tragédie de l'esclavage moderne dans le regard de cette jeune fille mutilée

Le travail rend libre !

 

Oui, j’ose intituler mon « papier » de cette formule abominable. Oui, elle figure en lettres d’acier sur le portail d’entrée du camp de concentration d’Auschwitz 1. Oui, elle symbolise le cynisme dans toute son aberration. Oui, sous ce « mot d’ordre », des millions d’êtres humains furent victimes de la pire barbarie du XXe siècle, celle de gens aptes à mettre en œuvre un système concentrationnaire avec les moyens que leur donnaient les techniques les plus affinées de leur époque.

 

Mais est une aliénation.

 

Pourtant, la liberté acquise par le travail est une réalité. Mais pas par n’importe quel travail. Durant la période de développement intensif de l’industrie en Europe et aux Etats-Unis, au milieu du XIXe siècle, Karl Marx considérait à juste titre que le travail était une aliénation. En effet, il était imposé à une classe qu’il appela le prolétariat issu essentiellement de la paysannerie pauvre et littéralement déporté vers les zones industrielles qui, essentiellement, extrayaient le charbon et produisaient de l’acier. Les conditions de travail étaient proches de l’esclavage. Le prolétaire était contraint à travailler pendant plus de dix heures quotidiennes pour un salaire de misère. Même les enfants sont astreints à descendre au fond des mines parce que leur petite taille et leur souplesse les rendent plus aptes à ramper dans les veines de charbon. En outre, ils sont fort utiles dans l’industrie textile.

 

Les luttes ouvrières qui ont commencé dès les débuts de la révolution industrielle ont progressivement mené à de meilleures conditions de travail. Le travail des enfants a été interdit, le temps de travail a été réduit, les conditions et la sécurité du travail ont été améliorées, les salaires ont été augmentés. Tout cela, au prix de combats parfois sanglants entre une bourgeoisie arrogante et cupide ne voulant rien céder et une classe ouvrière de mieux en mieux organisée.

 

Malgré tout, le travail par son système restait aliénant. Le travail créatif, « accomplissant », pour reprendre l’expression de Jacques Demorgon dans Révolution prolétarienne n’était réservé qu’à une petite élite instruite et issue de la bourgeoisie. Ce n’est qu’après l’introduction de l’instruction laïque et obligatoire que l’on vit s’étendre cette élite à des gens issus de la moyenne et de la petite bourgeoisie. Cependant, étant donné le coût exorbitant des études supérieures, l’Université n’était accessible qu’aux fils de la haute bourgeoisie (les filles ne pouvaient encore effectuer des études supérieures au début du XXe siècle).

 

Cependant, malgré le travail aliénant, les ouvriers y trouvaient des valeurs fondamentales qui leur permettaient de résister physiquement et moralement aux conditions épouvantables qu’un patronat sans scrupules leur imposait. Ainsi, les mineurs de fond comme aussi les sidérurgistes, face au danger, étaient par nécessité vitale profondément solidaires. Cela fut d’évidence à l’origine de la force du mouvement syndical.

 

La solidarité était vitale pour les mineurs de fond.

La solidarité était vitale pour les mineurs de fond.

Les illusoires « trente glorieuses »

 

La crise du charbon en Europe occidentale, le poids de plus en plus important du pétrole ont profondément modifié la structure industrielle et la nature du travail. Le chômage de masse a commencé à sévir à la fin des années soixante. Pendant quelques temps, il fut compensé par un développement considérable des secteurs de service et il n’y avait pas encore la concurrence des pays du Tiers-monde à peine décolonisés et ne disposant d’aucune industrie de transformation. C’étaient la période des illusoires « trente glorieuses ».

 

Le travail a fondamentalement changé suite à l’évolution technologique et à la mondialisation. L’automatisation et les ordinateurs rayent des millions d’emplois dans les secteurs industriels et des services. La mondialisation, elle, déplace les emplois vers des « paradis » économiques qui sont des « enfers » sociaux.

 

La grande transformation du travail

 

Dans sa chronique parue dans « le Monde » du 22 avril 2014, Paul Jorion analyse ce qu’il appelle « la grande transformation du travail » au regard de l’évolution technologique. Il part d’un constat très juste : « Il est demandé à chacun de se trouver un emploi et aux entreprises de créer les emplois que chacun occupera. » Cette recette élémentaire et mille fois répétée par tous les gouvernements européens ne tient pas la route.

 

Paul Jorion : un des meilleurs analystes contemporains

Paul Jorion : un des meilleurs analystes contemporains

C’est en réalité culpabiliser ce que ces gens osent appeler « pudiquement » des travailleurs « sans emploi ». Il faut prouver qu’on cherche un emploi qui n’existe pas. Bien des entreprises sont complices de ce petit jeu en lançant des annonces – subventionnées – pour des emplois déjà pourvus, voire fictifs. Jorion écrit : « Les travaux des champs, la transformation des matières premières, la manufacture de biens, le traitement de dossiers requéraient de la main-d’œuvre en quantité considérable. Cela a cessé d’être le cas. »

 

Si c’est incontestablement exact, c’est incomplet.

 

Les travailleurs « détachés » et les entreprises « délocalisées »

 

Paul Jorion ne tient pas compte dans son raisonnement de deux phénomènes qui sont devenus quotidiens : les délocalisations des entreprises et la « mobilité » des travailleurs.

 

Les entreprises industrielles de pratiquement tous les secteurs économiques installées en Europe occidentales délocalisent les unes après les autres. Où ? En Europe orientale, ou bien dans les pays du Tiers-monde, essentiellement ceux qu’on appelle « émergents ».

 

Que se passe-t-il en Europe ? Les délocalisations sont facilitées par la dérégulation de l’Union européenne au nom de la libre circulation des capitaux, des biens, des services et des personnes.

 

Or, de nombreuses entreprises, notamment automobiles, on installé des ateliers en Europe orientale, car elles disposent d’une main-d’œuvre à la fois qualifiée et à bas prix.

 

En outre, la question des « travailleurs détachés ». Il s’agit de travailleurs provenant de ces mêmes pays de l’Est et qui sont transférés en Europe occidentale, surtout dans le secteur du bâtiment et des travaux publics. Il s’agit de l’application de la fameuse « directive Bolkestein » révisée en 1996 après de nombreuses protestations, mais qui reprend les principes édictés par l’inventeur du « plombier polonais ». En principe, de sévères contrôles doivent avoir lieu, mais sur le terrain, la réalité est tout autre.

 

Selon Ludovic Lamant, correspondant de « Mediapart » auprès des institutions européennes : « Environ 1,2 million de travailleurs étaient considérés comme « détachés » en 2011 sur le continent – c'est-à-dire envoyés dans un autre État membre par leur entreprise, au nom de la « libre prestation des services » prévue par les traités. À l'origine, le texte, entré en vigueur en 1999, encadrait surtout l'arrivée de travailleurs grecs ou portugais dans les pays d'Europe du Nord. Mais l'élargissement à l'Est à partir de 2004 a changé la donne, et accéléré le phénomène.

 

Dans les principaux pays d'accueil (l'Allemagne, la France, la Belgique et les Pays-Bas), des entreprises ont recours à ces travailleurs « low cost », sans toujours respecter la durée maximale du temps de travail, ou encore les règles salariales en vigueur. Une forme de concurrence déloyale pour les travailleurs « locaux » des États membres en question, alors que les taux de chômage enregistrent des pics, sous l'effet de la crise. La situation est particulièrement sensible dans le secteur du BTP, qui emploie au moins le quart des « détachés ». C'est pour répondre à ces abus que la commission a proposé de « toiletter » sa directive de 1996. Pour le commissaire européen chargé des affaires sociales, M. László Andor, il s’agit d’un « signal clair : l’Europe n’accepte pas la fraude ou l’abus des règles applicables au détriment des travailleurs détachés ».

 

Incontestablement, cela relève du vœu pieux !

 

Margaret Thatcher a gagné !

 

Ajoutons qu’on nous « enfume » avec la soi-disant « Union » européenne. Comment considérer que 28 pays sont « unis » alors que chacun d’entre eux a des régimes sociaux et fiscaux différents, alors que le traité de Lisbonne interdit d’harmoniser ces régimes. Certes, des institutions existent, mais elles n’œuvrent en rien à la construction d’une Europe des peuples démocratique. Au contraire, l’élargissement à marche forcée depuis 2004 a permis de créer une vaste zone de libre échange qui va de l’Irlande à la frontière ukrainienne, mais sans aucune destinée commune. C’est la porte ouverte à tous les abus du capital contre l’humain.

 

Margaret Thatcher a gagné !

Margaret Thatcher a construit l'Europe ultralibérale !

Margaret Thatcher a construit l'Europe ultralibérale !

L’homme et la machine

 

S’il faut se rendre compte que dans bien des domaines, la main-d’œuvre est remplacée par des machines qu'elle-même a perfectionné, si, de ce fait, l’exploitation est devenue de plus en plus dure par les délocalisations, par le régime intolérable des travailleuses et des travailleurs dans le Tiers-monde, il faut admettre qu’il n’y aura sans doute jamais de « relocalisation ».

 

L’espoir réside dans la résistance des travailleurs. Des signes avant-coureurs se montrent en Chine, notamment. Le pouvoir en Chine qui n’a retenu du communisme que son système totalitaire tout en pratiquant le néolibéralisme le plus absolu. Il représente actuellement l’alliance abjecte de l’oppression et du capital. Et pourtant, cette résistance des travailleurs commence à donner ses effets. Le pouvoir est contraint de lâcher du lest, certes, très peu encore. Mais, c’est sans doute le début d’une véritable révolution. Ces gens cupides et dénués de scrupules apprendront qu’on ne détruit pas impunément une civilisation plurimillénaire.

 

Paul Jorion pense à juste titre que l’homme a cherché depuis son origine à remplacer le travail lourd, abrutissant, répétitif et dangereux auquel il est astreint, par la machine. « Le robot nous remplace dans les tâches manuelles et le logiciel nous remplace dans les tâches intellectuelles. » Il donne un exemple où l’on se rend compte de la volonté des détenteurs de capitaux d’éradiquer les travailleurs par définition trop coûteux : « En décembre 2013, alors que le président Barack Obama plaidait pour un relèvement du salaire minimum, la chaîne de restauration rapide Applebee’s faisait savoir que les commandes seraient désormais passées sur des tablettes intégrées dans les tables à l’aide desquelles se ferait aussi le règlement par carte de crédit. »

 

L’humain coûte trop cher et il faut introduire partout la dépendance aux banques par la généralisation du système de cartes de crédit.

 

En clair, la machine qui était destinée à libérer l’homme, est devenue un instrument d’oppression.

 

La fin de l’emploi ?

 

Selon une étude de l’Université d’Oxford citée par Jorion, 47 % de la force de travail occupée par un emploi sera remplacée par des ordinateurs. Paul Jorion pense que ce taux est trop optimiste. Il ajoute que des tâches complexes sont remplacées par des algorithmes de plus en plus sophistiqués inscrits dans des logiciels. Il prend comme exemple le remplacement des traders en Bourse ! On a vu ce qu’il en était lors de la crise financière…

 

Paul Jorion participe en outre à une étude avec l’économiste ultralibéral Bruno Colmant où ils constatent en gros une augmentation de la « quantité de travail accumulé sous forme de capital » au détriment de « la quantité de travail effectif à consentir comme avance dans la production et la distribution ». En clair, le travail capitalisé – c’est-à-dire sous forme d’investissements dans des machines automatiques – surpasse le travail provenant de la force de travail humaine. Ou, schématiquement, l’homme est progressivement remplacé par la machine.

 

Est-ce la fin de l’emploi ? Dans une certaine mesure, oui. Le constat ci-dessus est incontestable. Cependant, une partie du travail a été délocalisé dans les pays du Tiers-monde, une autre est effectuée par une main-d’œuvre étrangère non plus immigrée, mais « détachée ».

 

Il reste également le travail « artisan », c’est-à-dire les services aux personnes comme la plomberie, l’entretien des immeubles, etc. En outre, il y a le travail dit « non marchand » de services aux personnes comme les infirmières aussi bien dans les hôpitaux qu’à domicile, les assistantes sociales, etc. Ajoutons aussi le secteur culturel. D’autre part, on ne compte pas le secteur primaire, c’est-à-dire agricole, qui reste, qu’on le veuille ou non, un important pourvoyeur de main-d’œuvre.

 

Cela dit, le plein emploi est une illusion et ceux qui prétendent œuvrer pour le rétablir sont des démagogues.

Nulle machine ne pourra remplacer une infirmière !

Nulle machine ne pourra remplacer une infirmière !

L’humain coûte trop cher.

 

Dans sa démonstration, Jorion évoque le fameux « coût du travail » tant décrié par la classe dirigeante. « Les salaires qu’obtiennent ceux dont les avances sont en travail plutôt qu’en capital (…) sont comptabilisés en tant que coût. » Le travail grève donc la marge bénéficiaire !

 

« Les salaires qu’obtiennent ceux dont les avances sont en travail plutôt qu’en capital ou en gestion sont comptabilisés en tant que coûts, c’est-à-dire envisagés comme grevant le profit dont les seuls bénéficiaires légitimes sont les investisseurs et les dirigeants de l’entreprise. » En clair – et cela explique les revenus exorbitants des « patrons » des grandes entreprises – l’investissement en travail représente un coût insupportable et la mission desdits « patrons » revient à réduire ce coût. S’il y parvient, il en est récompensé, même si l’entreprise n’a pas réalisé de profits substantiels. Le « socialiste » Pascal Lamy lorsqu’il était patron de l’OMC a exigé une plus value de 32 % de ses émoluments. Et il préconise que les jeunes qui auront la « chance » de pénétrer dans le marché du travail soient payés moins que le SMIC !

 

Qui proteste ?

Le "socialiste" Pascal Lamy estime avoir droit à sa juste récompense au détriment du plus grand nombre.

Le "socialiste" Pascal Lamy estime avoir droit à sa juste récompense au détriment du plus grand nombre.

Le programme d’une génération

 

Une nouvelle division du travail doit être l’objectif fondamental des forces de progrès. Rien ne sera plus comme avant. Les entreprises « exilées » dans les pays à bas coût de main-d’œuvre ne reviendront plus. Un des objectifs prioritaires sera de combattre les dumpings social et fiscal au niveau de l’Union européenne. Un autre objectif sera de soutenir le combat des travailleurs des pays du Tiers-monde dans leur lutte pour la dignité.

 

En clair, c’est le programme d’une génération si l’on veut un monde juste.

 

Jorion rappelle : « Jean-Charles Léonard Simonde de Sismondi (1779-1842) proposait que le travailleur remplacé par la machine obtienne une rente perçue sur la richesse que celle-ci créerait ensuite. »

 

Aujourd’hui, suggère Paul Jorion, une taxe sur les gains de productivité et son bénéfice devrait être redistribué prioritairement aux travailleurs victimes de ce qu’il appelle « l’ordinisation ». Un peu illusoire !

 

Bien sûr, il ne sera plus possible de distribuer des emplois à tous ceux et toutes celles qui seront aptes à entrer dans le marché du travail. Jorion a raison en préconisant un nouveau système de redistribution des richesses qui sera indispensable pour l’humanité entière.

 

L’allocation universelle

 

Une idée a été lancée déjà au XVIIIe siècle, il s’agit de l’allocation universelle ou comme on dit aujourd’hui le revenu de base.

 

L’idée d’attribuer une allocation à tous de la naissance – ou de l’entrée à l’âge adulte – jusqu’à la mort, non liée au travail et sans aucune condition, est assez ancienne. Elle fut pour la première fois émise par Thomas More (1478 – 1535) dans son Utopie. Elle fut reprise lors de la Révolution française par Thomas Paine et Condorcet. Leur proposition était une dotation forfaitaire à chaque adulte, justifiée par une redistribution égale de la valeur de la terre (« Justice agraire »), la terre étant la propriété commune de l’humanité. Karl Marx reprit aussi cette idée dans la perspective d’une réappropriation des conditions sociales de la production « où le revenu distribué cesse d’être fonction de la quantité de travail fournie, pour devenir fonction de la quantité de richesse que la société décide de produire. ».

 

L’idée d’allocation universelle, ou revenu de base, ou encore revenu minimum renaît lors de chaque période de crise. Ainsi, en 1921, Bertrand Russell propose un « revenu de citoyenneté ». Après la Seconde guerre mondiale, l’idée du revenu de base est relancée et défendue par des économistes comme Tinbergen, Meade et Tobin. L’allocation universelle revient à l’ordre du jour depuis une trentaine d’années, en gros depuis les débuts de ce que l’historien et homme de lettres français et actuel directeur du Collège de France, Pierre Rosanvallon a appelé dans un ouvrage célèbre paru en 1981, La crise de l’Etat providence.

 

Néanmoins, l’idée de l’allocation universelle fait l’objet de nombreuses critiques.

 

Ainsi, le 6 janvier 2013, Paul Jorion écrivait sur son blog : « Si on pose le fait que le travail disparaît, du moins le travail salarié (au profit du non-travail du capital ?), on en vient à ‘justifier’ la persistance du revenu sous forme de revenu ‘socialisé’, afin de permettre aux plus-du-tout-salariés (ou moins-salariés) de toujours pouvoir continuer à consommer avec ces revenus – même socialisés – les biens et les services proposés par l’économie. »

 

Jorion ajoute : « Pour autant, il me semble que ce biais (cognitif me semble-t-il) n’est pas obligatoire : la question de la socialisation des revenus se pose en apparence parce que le travail disparaît mais aussi parce qu’on lie revenus et accès. En réalité, ce dont ont besoin les futurs moins-salariés (ou plus-du-tout-salariés), ce ne sont pas des revenus, qui continueront d’alimenter d’une part la consommation (avec le risque de surproduction là encore) mais aussi les inégalités de richesses, mais surtout d’un accès aux biens et services définis comme socialement utiles pour chacun et de la garantie de cet accès. »

 

Sur un plan philosophique, on ne peut donner tort à Paul Jorion. En effet, l’allocation universelle alimentera la consommation, pourrait accentuer les inégalités, mais il est impossible, dans l’état actuel des choses de répondre efficacement et dans l’urgence à la proposition d’accès garanti aux biens et aux services socialement utiles. On le voit, par exemple, avec le logement.

 

Une autre critique consiste à voir, une fois cette allocation instituée, un désintérêt des pouvoirs publics au problème du chômage. L’allocation universelle ne peut en aucun cas être considérée comme une solution globale mettant de côté les problèmes d’emplois et la question des pensions.

 

Cela dit, l’instauration de l’allocation universelle au niveau de l’Union européenne pourrait être une solution concrète à court terme pour diminuer la pauvreté. Cela dit également, pour qu’elle soit efficace, l’allocation universelle (ou revenu d’existence) doit

 

- être un moyen de lutter contre la misère, voire de l’éradiquer ;

- être un moyen de rééquilibrer les ressources entre le capital et le travail ;

- développer une économie alternative et solidaire. L’allocation universelle doit reposer sur les trois principes suivants :

 

  - l’inconditionnalité de son attribution ;

  - la cohérence de son montant avec le coût de la vie autrement dit son indexation, de sorte à être suffisante pour vivre ;

  - la garantie inscrite dans un traité européen.

 

Mais, est-elle un projet de société où la solidarité basée sur le progrès de l’humanité reste une des valeurs majeures ? La réponse est non. Cependant, elle est un moyen révolutionnaire.

 

Car, notre société a besoin d’une révolution.

 

Pierre Verhas

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Published by pierre verhas
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