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  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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17 juillet 2014 4 17 /07 /juillet /2014 22:46

« La vraie mesure d’un individu ne tient pas tellement aux convictions qu’il met en avant, mais à ce qu’il est prêt à faire pour les défendre. » déclara Edward Snowden à Hong Kong où il s’était réfugié, au journaliste Glenn Greenwald qu’il avait contacté pour lui révéler la plus énorme affaire d’espionnage qui n’ait jamais existé.

Edward Snowden, ancien agent secret US, révéla au monde via le journaliste Glenn Greenwald les méthodes d'espionnage mondial de la NSA.

Edward Snowden, ancien agent secret US, révéla au monde via le journaliste Glenn Greenwald les méthodes d'espionnage mondial de la NSA.

 

Glenn Greenwald est un journaliste « hors normes ».Etatsunien, il est né le 6 mars 1967. Il a d’abord travaillé comme avocat spécialisé en droit constitutionnel et droit civil avant de devenir contributeur (chroniqueur et blogueur) pour Salon.com, où il s'est concentré sur des sujets politiques et juridiques. Il a également travaillé pour plusieurs journaux et magazines d'actualité politique, comme le New York Times, le Los Angeles Times, The American Conservative, The National Interest, et In These Times. Observons que Greenwald travaillait aussi bien pour des journaux conservateurs que « libéraux » dans le sens américain du terme.

C'est grâce au courage de Glenn Greenwald que le Guardian publia les révélations d'Edward Snowden.

C'est grâce au courage de Glenn Greenwald que le Guardian publia les révélations d'Edward Snowden.

 

Il raconte dans le passionnant ouvrage intitulé « No Place to Hide » traduit en français « Nulle part où se cacher » (éd. Jean-Claude Lattès, Paris, 2014, ISBN 978-2-7096-4615-4) les péripéties du reportage par ailleurs involontaire au départ qui a changé son destin. La deuxième partie est consacrée au système de collectes de données de la NSA et aux informations que Snowden a données.

 

Première page de couverture de la traduction française de l'ouvrage de Glenn Greenwald

Première page de couverture de la traduction française de l'ouvrage de Glenn Greenwald

 

En dépit des superlatifs dont l’auteur use pour qualifier les révélations de Snowden, l’intérêt de cet ouvrage est non seulement la description du système de fonctionnement de surveillance électronique de la NSA, mais aussi celle du traitement de l’information par la presse de grande diffusion.

 

« Branche militaire du Pentagone, la NSA est la plus grande agence de renseignement au monde. Elle mène la majorité de son travail de surveillance dans le cadre de l’alliance Five Eyes. »

 

L’alliance Five Eyes est une catégorie de classification d’informations qui ne peuvent être communiquées qu’aux cinq pays du monde anglo-saxon : Grande Bretagne, Canada, Australie, Nouvelle-Zélande et, bien sûr, Etats-Unis.

 

Le constat de Greenwald après les révélations qu’Edward Snowden lui a faites, est terrifiant. Ce système de surveillance est sans doute la machine de renseignements la plus redoutable mise au point par l’homme.

 

Tout collecter.

 

Tout d’abord, il en montre l’objectif : la surveillance globale. Il faut « tout collecter »

 

« L'agence avait à sa tête le général quatre étoiles Keith B. Alexander, qui en dirigeait les opérations depuis neuf ans. Durant son mandat, il en avait élargi le périmètre et renforcé l'influence avec une remarquable agressivité.(…) La devise personnelle d'Alexander – « tout collecter » – traduit parfaitement l'objectif central de la NSA. Il commença par mettre cette philosophie en pratique en 2005 en Irak, où il organisa la collecte des signaux de renseignement (…).

 

Le général Keith B Alexander, le patron de la NSA de 2005 à 2014 qui mit au point le système PRISM.

Le général Keith B Alexander, le patron de la NSA de 2005 à 2014 qui mit au point le système PRISM.

 

Loin d'être un trait d'esprit superficiel, le mot d'ordre du « tout collecter »définit les aspirations de la NSA, et c'est un objectif que l'agence est de plus en plus près d'atteindre. La quantité d'appels téléphoniques, d'e-mails, de chats en ligne, d'activités sur le Net et de métadonnées téléphoniques qu'elle collecte en une journée est vertigineuse. En fait, fréquemment, comme le note un document de 2012, la NSA « collecte bien plus de contenu qu'il n'en faut généralement aux analystes ». A la mi-2012, l'agence traitait plus de 20 milliards de communications (tant téléphoniques que sur Internet) par jour, provenant de toute la planète (…).

 

Et c’est bien entendu le 11 septembre qui servit de prétexte à développer ce système de surveillance à une telle échelle.

 

L'ère de l'après 11-Septembre vit une énorme explosion des ressources consacrées à la surveillance (…). Alors que l'échelle et l'ambition de l'industrie de la surveillance n'ont cessé de grandir, il en est allé de même du profil de l'adversaire présumé. Dressant la liste des diverses menaces auxquelles les Etats-Unis sont censés être confrontés, la NSA – dans un document intitulé « Agence nationale de sécurité : présentation des grandes lignes » – inclut quelques termes prévisibles – « hackers », « éléments criminels » et « terroristes ». Toutefois, cette liste est bien plus large, puisqu'elle inclut parmi ces menaces une liste de technologies, et notamment Internet en tant que tel (…).

 

Le drame du 11 septembre 2001 servit de prétexte à de considérables abus qui portèrent atteinte aux libertés et à la vie privée non seulement des citoyens américains, mais aussi des citoyens dans le monde entier.

Le drame du 11 septembre 2001 servit de prétexte à de considérables abus qui portèrent atteinte aux libertés et à la vie privée non seulement des citoyens américains, mais aussi des citoyens dans le monde entier.

 

Ainsi, toute initiative individuelle devient potentiellement criminelle et doit donc faire l’objet de surveillance. C’est la présomption de culpabilité !

 

En fin de compte, au-delà des manipulations diplomatiques et des avantages économiques et industriels, un système d'espionnage omniprésent permet aux Etats-Unis de maintenir leur emprise sur le monde. Quand les Etats-Unis sont en mesure de savoir ce que chacun fait, dit, pense et projette de faire – leurs citoyens, leurs populations étrangères, leurs grandes entreprises internationales et les chefs d'autres gouvernements –, leur pouvoir en est maximisé. »

 

La vie privée, cela ne sert qu’aux gens qui ont quelque chose à cacher, disent les zélateurs de la surveillance. Quand la présidente de la Commission du renseignement au Sénat, Dianne Feinstein, affirmait avec insistance que la collecte de métadonnées par la NSA ne constitue pas une surveillance – parce qu'elle n'inclut le contenu d'aucune communication –, des contradicteurs protestèrent et exigèrent qu'elle traduise ces paroles en actes : la sénatrice voudrait-elle bien publier tous les mois la liste des gens auxquels elle avait envoyé des e-mails ou auxquels elle avait téléphoné, avec la durée de la conversation et leur localisation physique au moment de l'appel ? Il était inconcevable qu'elle accède à cette demande : les rendre publiques constituerait une véritable atteinte à sa vie privée. Et pourtant, c’est ce que « récolte » la NSA qu’elle défend avec tant d’ardeur.

 

L’emprise sur le monde

 

« Prises dans leur intégralité les archives de Snowden conduisaient à une réalité fort simple : le gouvernement américain s’était bâti un système qui s’était fixé pour tout objectif, à l’échelle planétaire, de toute vie privée électronique. » Or, on sait que tous les moyens de communication actuels sont électroniques !

 

Greenwald démontre : « Le Web constitue l'épicentre de notre monde, l'endroit où l'on fait tout, ou presque. C'est là qu'on se crée des amis, là qu'on choisit ses livres et ses films, où s'organise le militantisme politique, où se créent et se stockent les données les plus privées. C'est là que nous développons et exprimons le fond de notre personnalité et notre conscience individuelle.

 

Transformer ce réseau en un système de surveillance de masse comporte des implications sans équivalent dans tous les programmes de surveillance étatique mis en œuvre à d'autres époques. Jusqu'à présent, les systèmes d'espionnage étaient nécessairement plus limités et il était plus facile d'y échapper. Permettre à cette surveillance de s'enraciner dans Internet reviendrait à soumettre pratiquement toutes les formes de relations humaines, toutes les formes de projet, jusqu'à la pensée proprement dite, à l'examen détaillé de l'Etat.

 

C'est ce qui rend les révélations de Snowden si sidérantes et d'une importance si capitale. En osant révéler les capacités de surveillance stupéfiantes de la NSA et ses ambitions encore plus atterrantes, il a clairement démontré que nous nous trouvons à un moment historique.

 

C’est sans doute la première fois dans l’histoire qu’une nation tient à elle seule un dispositif à même d’avoir non seulement une emprise sur le monde, mais aussi sur tous les individus peuplant la Terre. Jamais un tel pouvoir n’a été concentré entre si peu de mains.

 

En outre, Greenwald a posé la question suivante à Snowden. Dès sa prise de fonctions, Barack Obama promit de s'écarter des abus en matière de sécurité nationale que justifiait la guerre contre le terrorisme, pourquoi n’a-t-il pas agi à ce moment-là ? L’ancien agent de la NSA lui répondit :

 

« Mais, ensuite, il est devenu clair (…) qu'Obama ne se contentait pas de perpétuer ces abus, mais que dans bien des cas il en élargissait le champ. Je me suis alors rendu compte que je ne devais pas attendre qu'un dirigeant règle ces questions. Exercer le pouvoir, cela consiste à agir le premier et à servir de modèle aux autres, pas à attendre qu'ils agissent à votre place. »

Barack Obama a choisi de soutenir les services secrets.

Barack Obama a choisi de soutenir les services secrets.

On peut poser le problème autrement : Obama avait-il le pouvoir de changer les choses en la matière ? Non et sans doute s’en aperçut-il dès qu’il se retrouva à la Maison Blanche. Et, sans doute, l’usure du pouvoir aidant, il se montra particulièrement sévère à l’égard des « lanceurs d’alertes » qu’il avait prétendu admirer pendant sa première campagne électorale.

 

Où on retrouve l’Etat profond.

 

En effet, ce que Greenwald ne dit pas : qui sont les personnes ou les groupes de personnes qui exploitent cette immense banque de données ? Et pour quoi faire ? Et là, il faut une fois de plus se rapporter aux deux ouvrages de Peter Dale Scott qui ont été évoqués ici à plusieurs reprises sur Uranopole : La route vers le désordre mondial et La machine de guerre américaine.

 

L'ancien diplomate et universitaire canadien Peter Dale Scott a démonté le système de l'Etat profond.

L'ancien diplomate et universitaire canadien Peter Dale Scott a démonté le système de l'Etat profond.

 

Scott distingue l’Etat légal et l’Etat profond. L’Etat légal est constitué du gouvernement, du Sénat, du Congrès, de la Cour suprême et de tous les organes juridictionnels instaurés aux Etats-Unis. L’Etat profond, ce sont les services secrets qui prennent de plus en plus d’importance et qui sont en cheville avec les grandes sociétés multinationales, mais aussi qui couvrent de gigantesques opérations illégales dans le domaine du trafic de stupéfiants qui ont pour objet d’assurer le financement de coûteuses opérations destinées à assurer leur pouvoir.

 

L’Etat profond a ainsi monté les opérations d’intox qui ont mené à l’implication des USA dans la guerre au Vietnam en simulant une fausse attaque de bateaux de guerre américains dans le golfe du Tonkin. Un autre exemple : le mensonge des « armes de destruction massive » en Irak est aussi un acte de l’Etat profond qui a échoué, car il fallait le rendre public pour justifier l’offensive étatsunienne en Irak. L’Etat profond et l’Etat légal ne se mélangent pas ! Il n’empêche que la guerre a été déclenchée avec les conséquences que l’on connaît.

 

Peter Dale Scott développe le concept de « Parapolitique » comme grille d'analyse des opérations clandestines, du trafic de drogue international, des assassinats de certaines personnalités politiques (comme Kennedy ou Orlando Letelier) ainsi que des événements ayant précipité ou facilité les interventions militaires des États-Unis. Il définit la Parapolitique comme « un système ou une pratique de la politique où la transparence est consciemment atténuée. Plus généralement, elle désigne les activités politiques clandestines, la conduite des affaires publiques non pas par le débat rationnel et la prise de décision responsable mais par les diversions, les collusions et le mensonge. »

 

L'utilisation politique d'agences ou de para-structures insuffisamment contrôlées, comme les agences de renseignements est systématique. La doctrine Nixon représentait une application de la Parapolitique à une échelle jamais observée jusqu'alors. Scott a ensuite fait évoluer la Parapolitique vers ce qu'il appelle la « Politique profonde » (Deep politics), qu'il définit comme « l’ensemble des pratiques et des dispositions politiques, intentionnelles ou non, qui sont habituellement critiquées ou passées sous silence dans le discours public plus qu’elles ne sont reconnues. »

 

Si on analyse l’organisation, le travail, le comportement de la NSA, on se trouve en effet dans un cas de « politique profonde ». Si Snowden n’avait pas révélé la réalité du travail de renseignements de la NSA, il se serait poursuivi comme il a été conçu : dans la clandestinité.

 

Le journalisme obséquieux

 

L’espionnage et le journalisme – pourtant tous deux destinés à collecter et à diffuser des informations – ne font pas bon ménage !

 

En effet, Greenwald rencontra bien des difficultés à faire publier les révélations de Snowden par le Guardian, pourtant considéré comme un organe de presse les plus indépendants du monde anglo-saxon, montrant ainsi combien la liberté de la presse tant chantée par la propagande officielle est dérisoire. Quel organe de presse choisir pour que ces révélations soient diffusées dans le monde entier ? Les grands journaux américains comme le New-York Times ou le Washington Post ?

 

Le siège du Washington Post jusqu'en 2013

Le siège du Washington Post jusqu'en 2013

 

Il n’en était pas question ! Snowden savait que le New-York Times et le Washington Post avaient différé la diffusion d’informations inquiétantes à la demande du gouvernement US.

 

Pour Greenwald, le Washington Post est le « » la machine médiatique qui gravite autour des cercles du pouvoir. » Il révèle une chose ahurissante : « Le Washington Post respecte scrupuleusement les règles protectrices non écrites régissant la manière dont les médias de l’establishment rendent compte de secrets gouvernementaux. Selon ces règles, qui permettent au pouvoir exécutif de contrôler les révélations et d’en minimiser ou même d’en neutraliser l’impact, la hiérarchie des rédactions commencera par soumettre ce qu’elle compte publier à l’aval des responsables situés au plus haut niveau de l’Etat. » Il est loin le temps du Watergate !

 

Les dirigeants des services secrets déterminent les informations qu’ils estiment pouvoir porter atteinte à la sécurité nationale. Greenwald donne l’exemple du Washington Post – encore lui ! – qui révéla l’existence des « sites noirs », ces prisons de la CIA situées dans plusieurs pays où elle fait torturer les prisonniers qualifiés de « terroristes ». Mais le nom de ces pays n’est pas divulgué, ce qui revient à perpétuer cette abomination en toute impunité.

 

D’ailleurs, Greenwald observe que tous ces médias de l’establishment manifestent un grand respect à l’égard du gouvernement et sont très nuancés dans leurs critiques. C’est ce qu’il appelle « le journalisme obséquieux ».

 

En outre, il affirme que les fuites alimentent les grands organes de presse étatsuniens comme le Washington Post sont savamment orchestrées par les services du gouvernement US. Les informations classifiées ne sont diffusées par les journalistes que dans la mesure où elles ne gênent pas le gouvernement. Ce sont ses agents qui les apportent complaisamment aux journalistes des quotidiens de l’establishment pour qu’ils les diffusent comme étant des « scoops », tentant ainsi de préserver leur aura d’organes de presse « indépendants » ou dits de « référence ».

 

Les réticences du Guardian

 

Glenn Greenwald avec sa consœur Laura Poitras qui avaient rencontré Edward Snowden ensemble, décidèrent de publier ses révélations et ses documents au journal britannique réputé pour son indépendance, le Guardian, pour lequel, d’ailleurs, ils travaillaient.

 

Mais il y eut tout de suite un blocage. Les rédacteurs en chef du Guardian avaient préalablement consulté des avocats qui leur ont signalé que la publication de documents classifiés pouvait constituer une infraction à l’Espionnage Act de 1917 ! Il y avait, selon ces juristes, risque de poursuites pénales, non seulement à l’égard de Snowden, mais aussi à l’encontre des journalistes responsables de la publication !

 

Ce fut alors un chassé-croisé entre Hong Kong, New York et Londres. Les responsables du Guardian tergiversaient. Greenwald a envisagé de faire publier ses articles entre autres par The Nation, le journal new yorkais de gauche. Il a monté un site web où il aurait mis en ligne lesdits articles. Snowden approuvait, tout en faisant remarquer que c’était risqué.

 

Furieux, Greenwald déclara carrément à ses chefs : « Le gouvernement ne devrait jamais être le partenaire éditorial des journaux et collaborer au choix de ce qui doit être publié. » En passant, il fustige aussi l’attitude de ses confrères américains qui se montrent parfois plus patriotes que le gouvernement étatsunien !

 

Le quatrième pouvoir

 

« Quand Wikileaks avait entamé ses publications de documents classifiés relatifs à la guerre en Irak ou en Afghanistan, et en particulier les télégrammes diplomatiques, ce sont les journalistes américains qui avaient lancé des appels à des poursuites envers les acteurs de ces fuites, un comportement en soi stupéfiant. C’était le quatrième pouvoir, censé se consacrer à traduire la transparence dans les actions des puissants, qui non seulement dénonçait mais tentait de transformer en délit l’une des tentatives de transparence les plus importantes jamais lancée depuis des années. » On sait ce qu’il en est advenu !

 

Pour finir, le Guardian a publié les articles de Greenwald et de son côté, le Washington Post a diffusé des informations sur le fameux programme PRISM de la NSA.

 

Observons que la plupart des recensions du livre de Greenwald ne font pas état de ces difficultés.

 

Il n'y a donc pas de réel quatrième pouvoir, ses principaux piliers étant soumis au premier des pouvoirs. En outre - Greenwald n'en parle pas - les grands groupes financiers sont désormais propriétaires des plus grands organes de presse.

 

Il reste cependant Internet et la blogosphère. Chaque blog représente un samizdat dans la toile mondiale et nulle NSA ne pourra empêcher leur développement. En dépit de nombreuses tentatives de placer Internet sous contrôle, il reste le moyen de communications libres par excellence. Et c’est sans doute de là que viendra l’espoir. Rappelons-nous le rôle majeur des réseaux sociaux dans la révolution tunisienne.

 

Mais, ne rêvons pas. Aucune loi, aucune disposition normative nationale ou supranationale ne pourront mettre à mal cet état de surveillance. Depuis Internet qui permet d’échanger et de communiquer instantanément dans le monde entier, la vie privée n’existe plus.

 

Discréditer l’ennemi.

 

Assange, Manning et Snowden sont décrits comme des personnes déséquilibrées. En ce qui concerne ce dernier, Greenwald est convaincu que c’est inexact. Au contraire, Edward Snowden fait preuve d’un calme et d’une lucidité hors du commun. Jamais il ne s’exalte. Il reste toujours froid et déterminé. Ce qui fait écrire à Greenwald : « Attribuer la dissidence à des troubles de la personnalité n’est pas une invention américaine. »

 

Mais elle est bien utilisée par les sbires de l’Etat profond.

 

L’auteur ajoute : « En d’autres termes : il y a en somme deux choix : l’obéissance à l’autorité instituée ou la dissidence radicale. La première ne constitue un choix sain et valide que si la seconde est à la fois entachée de folie et d’illégitimité. »

 

Il faut sauver le lanceur d’alerte Snowden !

 

Le lanceur d’alerte a couru d’énormes risques. Il a fini par se réfugier à Moscou où Poutine lui a accordé un asile provisoire. Mais sa situation est loin d’être réglée. Plusieurs pays lui accordent l’asile politique, dont l’Equateur, mais y parviendra-t-il ? On se souvient du rocambolesque détournement à Vienne de l’avion, en provenance de Moscou, du Président bolivien, Evo Morales, qui était soupçonné par les Français de transporter Edward Snowden. Hollande a montré là qu’il est un chef d’Etat « obséquieux » à l’égard de « l’allié » US.

 

Sir Tim Berners Lee veut que l'on protège Edward Snowden.

Sir Tim Berners Lee veut que l'on protège Edward Snowden.

 

Snowden a bénéficié d’un soutien moral de poids, celui de Sir Tim Berners Lee, l’inventeur du Web (avec le Belge Robert Caillau). Il a déclaré en octobre de l’année dernière, à l’occasion du congrès « Abu Dhabi Media Summit » : « Clairement, nous avons tous besoin de protéger notre vie privée quand nous sommes sur le net, même s’il faut aussi équilibrer ce besoin avec celui de notre protection en tant que citoyen. Mais les services secrets américains sont allés bien trop loin, en oubliant que les citoyens ont aussi des droits. Il faudrait que, sauf circonstances absolument exceptionnelles, les utilisateurs d’internet aient le droit de communiquer, sans qu’un organisme puisse intercepter leurs communications. »

 

Il ajouta concernant Snowden et les lanceurs d’alertes : « Quand nous avons affaire à un lanceur d’alerte, qui a d’abord tenté de changer les choses de l’intérieur et qui pense agir dans l’intérêt de tous les humains, qui agit de façon responsable, qui fait attention dans les documents qu’il communique à la presse, qui tente de faire le moins de mal possible et de respecter un équilibre, alors je crois qu’il faut lui fournir une protection parce que nous ne pouvons faire aucune confiance aveugle à aucun système établi. Nous devons protéger les lanceurs d’alerte. »

 

Sa situation est cependant précaire. A Moscou, son permis de séjour expire fin août. Une pétition a circulé en France pour qu’elle accorde l’asile à Snowden Elle est intitulée : «François Hollande, accordez l'asile politique à Edward Snowden», la pétition a reçu le soutien de plus de 165.000 signataires, parmi lesquels figurent Daniel Cohn Bendit, Pierre Bergé, Luc Ferry, Jack Lang, Bernard Kouchner, Edgar Morin, Alain Touraine ou encore Michel Rocard. «Les révélations d'Edward Snowden ont montré que les collectes massives d'informations par la NSA, concernant des citoyens du monde entier, dépassaient le cadre de la lutte nécessaire contre le terrorisme ou contre les autres risques géopolitiques», écrivent les initiateurs.

 

Pour Christian Paul, un des députés socialistes « frondeur », le combat de Snowden soulève « la façon dont on doit encadrer et contrôler l'activité de surveillance des États sur les réseaux numériques ». Selon lui, le groupe peut « mobiliser quelques dizaines de parlementaires ». La socialiste Laurence Dumont, l'une des vice-présidentes de l'Assemblée nationale, compte interpeller l'exécutif sur le sujet lors de prochaines questions au gouvernement.

 

Mais, elle a peu de chances d’aboutir, Manuel Valls a déjà déclaré qu’il n’approuverait pas l’éventuelle demande d’asile du lanceur d’alerte. Le contraire eût été étonnant.

 

En attendant, si on veut être concret. Il faut trouver tous les moyens pour sauver le lanceur d’alerte Snowden. Une mobilisation est urgente et indispensable.

 

Pierre Verhas

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Published by pierre verhas
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commentaires

Anonyme 18/07/2014 13:11

En France aussi, on prend la meêm direction : http://www.nextinpact.com/news/88771-l-antiterrorisme-cheval-troie-pouvoirs-preventifs-l-administration.htm