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12 août 2014 2 12 /08 /août /2014 21:28

 

IIe partie : Réponse à Bernard Gensane

 

Avant d’aborder la problématique de la social-démocratie en Belgique (ce qui sera fait en troisième partie), je voudrais répliquer sur deux points à l’article de Bernard Gensane :

 

En premier lieu, lorsqu’il écrit : « La social-démocratie européenne (à l’exception de celle des pays nordiques) ne fut tournée vers le progrès que lorsqu’elle fit campagne et gouverna avec les communistes. Souvenons-nous du Front populaire, ou du Frente Popular (alliance de neuf partis) en Espagne. Mais la tendance lourde était bien de gouverner sans ou contre les communistes. Avant Laurent Fabius en 1983, on avait vu le socialiste italien Pietro Nenni s’allier aux communistes dans les années trente, puis gouverner avec la démocratie chrétienne après la guerre. », c’est en partie exact.

 

Les sociaux-démocrates, cependant, ne se sont pas toujours opposés aux communistes. Caballero premier ministre socialiste pendant la guerre d’Espagne, gouvernait loyalement avec les communistes qui se sont d’ailleurs montrés plus staliniens que « marxistes léninistes ». Caballero a tenté en vain d’empêcher les attaques contre le POUM et les anarchistes à Barcelone (voir George Orwell – Hommage à la Catalogne).

 

En Belgique, le président du Parti Ouvrier Belge, Emile Vandervelde, s’est intéressé à la révolution russe, mais il en a très vite dénoncé la dérive totalitaire qu’il considérait incompatible avec le socialisme. Et il avait raison. Rappelons-nous Kronstadt !

 

Certes, et ce fut le cas en France uniquement, la social-démocratie a contribué au progrès social lorsqu’elle a gouverné à deux reprises avec les communistes : lors du Front populaire en 1936 et après la victoire de Mitterrand de 1981 à 1983.

 

Le programme social le plus élaboré en France fut celui du Conseil national de la Résistance qui résulta d’un accord entre les communistes et les socialistes, mais il ne faut pas oublier les gaullistes – sans lesquels sa réalisation eût été impossible – et les démocrates chrétiens. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que les néolibéraux avec la complicité de personnages comme Hollande, Valls et Fabius sont en train de le démanteler.

 

Tout cela pour dire que les sociaux-démocrates français n’étaient pas jusque dans les années 1950 des libéraux honteux ou des atlantistes déclarés comme ils le sont devenus depuis Guy Mollet. Ensuite, il ne faut pas oublier non plus le rôle éminent, quoique trop bref, de Pierre Mendès-France qui était radical, mais qui a joué un rôle fondamental au sein de la gauche française.

 

En Belgique, ce fut différent. Tout d’abord, s’il existait un Parti communiste, son influence était très limitée, par rapport au Parti Ouvrier Belge (ancêtre de l’actuel PS belge). On peut s’en étonner puisque la situation de la classe ouvrière belge était similaire à celle de France. Il y a une explication : le syndicat socialiste était très puissant et il n’y avait pas de syndicat « communiste ». D’ailleurs, le POB est né en 1885 du mouvement mutuelliste qui comprenait aussi des syndicalistes (les syndicats étaient interdits par la loi Le Chapelier qui s’appliquait en Belgique en 1885), d’intellectuels engagés et de fractions qu’on appellerait aujourd’hui anarcho-syndicalistes. C’est donc par le biais du POB que les commissions syndicales, puis la CGTB (Centrale Générale des Travailleurs de Belgique) qui est devenue après la guerre 40-45 la FGTB (Fédération Générale des Travailleurs de Belgique).

 

D’autre part, la Sécurité sociale est née aussi d’accords pris dans la clandestinité sous l’occupation entre des représentants du grand patronat et des syndicalistes. Des négociations de ce genre eurent lieu également à Londres, sous la houlette du gouvernement belge exilé. Elles aboutirent à un compromis : la sécurité sociale forte en échange d’une liberté du capital, c’est-à-dire au renoncement à des réformes de structures. D’ailleurs, une des premières mesures du gouvernement belge fut l’arrêté loi de décembre 1944 instaurant la Sécurité sociale, soit à peine un mois et demi après la Libération. Il est vrai qu’il était revenu dans les fourgons des anglo-américains et qu’il craignait par-dessus tout d’éventuels soulèvements de la classe ouvrière.

 

La deuxième critique porte sur la question de l’eurocommunisme. Bernard Gensane écrit : « On a vu des partis communistes disparaître. Comme l’italien à force d’« eurocommunisme » et de « compromis historique ». Ce parti s’est dissout en 1991 au profit du Parti démocrate de la gauche (L’Olivier), qui s’est lui-même dissout en 1998 au profit des Démocrates de gauche (le Chêne social-démocrate). Le Chêne s'est à son tour dissout pour former avec les centristes de gauche La Marguerite. En attendant les Pissenlits par la racine (en anglais, quand on est mort, on « pousse les marguerites vers le haut »). »

 

Je ne pense pas qu’il faille considérer l’eurocommunisme et le compromis historique comme des dérives vers une révision néolibérale. L’eurocommunisme se voulait être une synthèse entre le communisme et la démocratie dans le respect des Libertés fondamentales. En définitive, c’était l’idéal socialiste pour lequel George Orwell a combattu pendant la guerre d’Espagne. Berlinguer a essayé avec le démocrate chrétien Aldo Moro. On sait ce qu’il en est advenu. Aldo Moro a été enlevé et assassiné par les Brigades Rouges. Son corps a été volontairement jeté à mi-chemin entre les locaux de la démocratie chrétienne et du Parti communiste italien. On sait depuis que c’est la CIA qui manipulait les « brigadistes ».

 

Pierre Verhas

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Published by pierre verhas
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