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24 août 2014 7 24 /08 /août /2014 13:19

Gaza mon amour (suite)

 

Les deux articles « Gaza mon amour » postés sur « Uranopole » et qui tentaient de retracer les contextes historique et politique du conflit entre Israël et la Palestine et qui atteint son paroxysme à Gaza, la ville la plus dense du monde, ont suscité pas mal de réactions. Il fallait s’y attendre ! Cependant, aucune d’elle n’apporte une nouveauté. Selon le camp dont les correspondants se revendiquent, les commentaires ne font que ressasser des arguments archi-connus.

La guerre du Kippour ou du Ramadan fut la dernière grande bataille de chars de l'histoire.

La guerre du Kippour ou du Ramadan fut la dernière grande bataille de chars de l'histoire.

 

L’un d’entre, cependant, eux m’a reproché de ne pas parler de la guerre du Kippour qui a eu, d’après lui, une influence considérable sur les relations Israël-Palestine. La guerre dite du Yom Kippour, ou du Ramadan, selon le camp dans lequel on se trouve, eut lieu en octobre 1973. Elle vit une victoire relative d’Israël après une offensive inattendue des armées égyptienne syrienne. Elle fut la dernière guerre entre « Etats ». Suite à la visite d’Anouar El Sadate à Tel Aviv et à Jérusalem en 1977, des négociations eurent lieu entre le Premier ministre d’Israël de l’époque, le chef du Likoud, Menahem Begin et le Président égyptien Sadate. Ces négociations ont abouti, sous l’impulsion du Président US, Jimmy Carter, aux accords de Camp David qui virent la restitution du Sinaï à l’Egypte et la réouverture du canal de Suez en échange de la reconnaissance de l’Etat d’Israël.

 

Menahem Begin, Jimmy Carter, Anouar El Sadate lors des négociations de Camp David en 1978

Menahem Begin, Jimmy Carter, Anouar El Sadate lors des négociations de Camp David en 1978

Bien que Sadate ait réclamé une solution au problème des Palestiniens, leur sort ne changea guère suite à ces négociations.

 

Gaza mon amour (suite et toujours pas fin…)

 

Dans la Libre Belgique (quotidien catholique francophone belge) l’historien français Jean-Pierre Filiu, spécialiste de l’Islam, ancien membre du cabinet de Joxe et puis de Jospin, professeur des universités, explique les origines du Hamas (voir Gaza mon amour 2e partie) qui a été « fondé en 1987, mais durant les quinze années précédentes, il avait une réelle dimension sociale et religieuse en tant que branche des Frères musulmans à Gaza. Ces islamistes ont longtemps été encouragés par Israël, qui y voyait un rempart contre l’OLP. Ce n’est qu’en 1991 que le Hamas s’est doté d’une branche armée qui, pendant des années, n’a tué que des Palestiniens accusés de « collaboration » avec l’ennemi. » Cela confirme ce qui a été écrit ici.

 

Jean-Pierre Filiu universitaire spécialiste du Moyen-Orient est un homme qui n'hésite pas à se rendre sur le terrain. Il s'est rendu récemment en Syrie.

Jean-Pierre Filiu universitaire spécialiste du Moyen-Orient est un homme qui n'hésite pas à se rendre sur le terrain. Il s'est rendu récemment en Syrie.

 

En plus, Jean-Pierre Filiu avertit : « Si le Hamas est écrasé demain, qui occupera leur place sur le terrain si ce ne sont les jihadistes ? ».

 

L’historien critique aussi l’obstination d’Israël à voir les mouvements palestiniens – aujourd’hui le Hamas – comme des officines de pays étrangers. Le Hamas serait, selon Israël, le prolongement de la Syrie, de l’Iran et même du Qatar. S’il est évident que ces pays aident ou ont aidé le Hamas en lui fournissant des armes et de l’argent, derrière cette obsession de la droite israélienne, il y a le refus de reconnaître la réalité palestinienne. Selon Filiu, le Hamas est une réalité avant tout Palestinienne.

 

Quant à la situation sur le terrain, Jean-Pierre Filiu montre que le « blocus engendre la contrebande. Car ce que laisse entrer Israël n’est jamais suffisant pour répondre aux besoins de la population de Gaza. » Il ajoute que cette contrebande ne peut se faire que grâce aux tunnels où passent les marchandises. Cependant le coût de ces tunnels est tellement élevé qu’il faut rentabiliser leurs créations et leur entretien. « Ce n’est possible qu’avec des biens à forte valeur ajoutée, soit des armes et des explosifs. En clair, le blocus engendre l’armement de Gaza. » ! Et il ajoute : « Il faut regarder la réalité en face : si vous avez 1,8 millions d’habitants sur 360 km2 avec une pauvreté incroyable et un taux de chômage de plus de 50 % ; le principal employeur, ce sont les milices. » Et y travaillant depuis des années, ces hommes deviennent forcément des combattants redoutables.

 

Le blocus de Gaza entraîne la contrebande pour assurer les moyens de la population gazaouie via les tunnels qui sont financés par le trafic sur les armes.

Le blocus de Gaza entraîne la contrebande pour assurer les moyens de la population gazaouie via les tunnels qui sont financés par le trafic sur les armes.

 

Le professeur Filiu plaide pour la fin du blocus de Gaza. Le retrait unilatéral d’Israël de Gaza et de ses 8.000 colons en 2005 a entraîné progressivement le blocus de Gaza, la fermeture de ses frontières (avec la complicité de l’Egypte). C’est ce que Stéphane Hessel a appelé la « prison à ciel ouvert ».

 

Selon l’universitaire, le meilleur moyen pour Israël d’éviter les roquettes est de lever le blocus de Gaza qui alimente le Hamas. « Israël devrait opter pour un échange gagnant-gagnant en levant le blocus en échange d’une démilitarisation de Gaza. Israël n’obtiendra jamais la fin des attaques sans compensation. »

 

Le tir des roquettes ne cessera que si Israël met fin au blocus.

Le tir des roquettes ne cessera que si Israël met fin au blocus.

 

En plus, le retour à une vie normale pour les Gazaouis signifierait la fin du Hamas, car ils en ont assez de « sa gestion calamiteuse et de sa violence partisane » que cette formation ne peut poursuivre qu’avec le conflit actuel. Ainsi, le jusqu’au-boutisme de la droite israélienne aide objectivement les Islamistes du Hamas au détriment de l’Autorité palestinienne de Ramallah. Et cela est tellement évident qu’on peut se demander si ce n’est pas là le véritable objectif de la droite israélienne : perpétuer un ennemi afin de justifier une politique belliciste et impérialiste.

 

Or, la situation à Gaza serait bien plus facile à résoudre qu’en Cisjordanie, selon Jean-Pierre Filiu : « Il n’y a pas de colons, pas d’occupation terrestre, pas de problèmes de frontières, ni de sites religieux. »

 

Et la véritable question est : Israël acceptera-t-il « que des Palestiniens ne soient ni occupés, ni soumis » ?

 

L’avenir le dira, mais beaucoup peuvent forcer l’avenir.

 

Pierre Verhas

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Published by pierre verhas
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