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5 septembre 2014 5 05 /09 /septembre /2014 15:18

Josy Dubié, ancien grand reporter de la RTBF, sénateur honoraire, vient de signer un article d’analyse de la question ukrainienne dans lequel il détricote la complexité de ce conflit en se reportant à l’histoire. Qu’il soit remercié ici d’avoir permis à « Uranopole » de diffuser son texte.

 

Dubié fait œuvre utile en dénonçant ici le nationalisme exacerbé des deux côtés qui est le principal facteur responsable de ce conflit sanglant aux portes de l’Europe.

Josy Dubié jette un regard lucide sur les menaces pour notre régime social et de liberté conquis de haute lutte.

Josy Dubié jette un regard lucide sur les menaces pour notre régime social et de liberté conquis de haute lutte.

 

Les nationalismes fleurissent un peu partout sur le Vieux Continent à l’Est comme à l’Ouest.

 

Dans les anciennes démocraties dites populaires, cette fièvre touche la Hongrie, la Roumanie, elle a déjà détruit la Yougoslavie et menace la Tchéquie et la Slovaquie. Notons au passage qu’il s’agit des anciennes « possessions » de l’empire austro-hongrois.

 

À l’Ouest, des poussées de nationalisme menacent la cohésion des Etats-nations membres de l’ancienne Communauté économique européenne devenue par après l’Union européenne. La Grande Bretagne est confrontée aux autonomistes écossais, la Catalogne s’éloigne de plus en plus de l’Espagne, la Ligue du Nord est très puissante à Turin comme à Milan. Et n’oublions pas la Belgique où le principal parti est la NV-A (Nouvelle Alliance Flamande) et domine la coalition la plus à droite que connaîtra sans doute ce pays.

 

Observons que ces nationalismes ne gênent en aucune manière le projet néolibéral qui dénature le projet européen depuis l’Acte unique de 1992. En effet, non seulement, ils contribuent à « balkaniser » le continent, mais surtout ils affaiblissent les Etats existants. Cela facilite grandement la mise en place d’une vaste zone de libre échange sans contrôle étatique et contribue au démantèlement du système social résultant de plus d’un siècle de luttes ouvrières.

 

Pierre Verhas

Les tambours de la guerre

 

Josy Dubié Sénateur Honoraire

 

 

Celui qui ne connait pas l’histoire est condamné à la revivre.

Karl Marx

 

Cette citation du grand philosophe allemand garde toute sa pertinence, qu’il s’agisse des crimes commis par certains en son nom, ou des circonstances qui ont amené à la boucherie de 14-18, dont on commémore partout, en ce moment, le sanglant souvenir.

 

Il y a, en effet, dans l’escalade guerrière actuelle dans l’est de l’Ukraine comme une réminiscence des postures nationalistes intransigeantes mutuelles qui, par étapes, à partir d’un évènement relativement mineur, ont débouché sur l’embrasement généralisé qui a fait des millions de morts et mis le monde entier à feu et à sang.

 

Il est donc plus que temps que, dans les deux camps qui s’affrontent, là bas, aux confins de l’Europe, on tente de comprendre la position de l’autre à la lumière de l’histoire complexe de cette région du monde dans laquelle chacun des deux protagonistes trouve matière à justifier son intransigeance qui débouche, aujourd’hui, sur la violence et la mort.

 

Les “pro-russes”, puisqu’il faut bien les qualifier, même improprement ainsi, rappellent, comme vient encore de le faire récemment Vladimir Poutine que “l’Ukraine” et en particulier la ville et la région de Kiev sont le berceau historique de la “Russ” ancienne qui déboucha sur la création de l’empire russe des grands tzars, Yvan le Terrible, Catherine et Pierre le Grand, dont Poutine se considère comme l’héritier. Il en conclut donc, de manière lapidaire, qu’en réalité les Ukrainiens sont en fait des Russes !

 

Pour Vladimir Poutine, l'Ukraine c'est la Russie !

Pour Vladimir Poutine, l'Ukraine c'est la Russie !

 

De leur côté les “nationalistes ukrainiens” soulignent que “l’Ukraine” a connu, au cours des siècles, une évolution propre, tournée vers l’occident, la Pologne, la Lituanie et l’Autriche qui l’ont, tour à tour dominée, et annexée en partie, notamment l’Ouest du pays.

 

Ces approches historiques différenciées sont aggravées par des différences linguistiques, la langue ukrainienne dominant largement à l’Ouest du pays, le russe à l’est, mais aussi religieuses. Uniates, (chrétiens de rite oriental mais reconnaissant l’autorité du pape, à l’Ouest), chrétiens orthodoxes plus tournés vers le patriarcat de Moscou à l’Est.

 

L’église uniate, surtout implantée à l’ouest, fut plus particulièrement et plus violemment persécutée par Staline que l’église orthodoxe.

 

C’est sur ce terreau historique, linguistique et religieux, où existent, incontestablement, des différences entre l’Est et l’Ouest de l’Ukraine, que sont venues se greffer les blessures tragiques de l’histoire récentes, au 20ème siècle, liées à la décomposition de l’Empire tsariste à partir de 1917, à la cruelle guerre civile qui l’a suivi et aux crimes de Staline dont l’Ukraine a été l’une des principales victimes.

 

En effet, la chute du régime tsariste a entrainé le résurgence de toute une série d’affirmations nationalistes dans ce qui fut l’Empire russe, comme, notamment en Géorgie en Ukraine ou dans les pays baltes, où des entités qui s’était proclamées indépendantes, étaient soutenues militairement par les alliés vainqueurs de la guerre 14-18, alliés (français et brittaniques essentiellement) qui voulaient ainsi s’opposer à la menace que représentait, à leurs yeux, la Russie bolchevique.

 

La longue guerre civile, terrible et sanglante, entre les “rouges” et les “blancs” a finalement débouché sur la victoire des bolcheviques et l’écrasement de toutes ces tentatives nationalistes d’établissement d’états indépendants sur les ruines de la Russie tsariste. (A l’exception, jusqu’en 1939, des trois pays baltes, annexé alors par l’URSS, dans le cadre du pacte germano soviétique)

 

Joseph Djougachvili, dit “Staline”, lui même géorgien, est devenu “commissaire” (ministre) aux nationalités, de l”URSS, (Union des Républiques Socialistes Soviétiques), qui rassemblait toutes les parties disparates de l’ex empire russe, (dont l’Ukraine).

 

Joseph Staline, l'homme d'acier qui ensanglanta l'URSS et l'Ukraine en particulier.

Joseph Staline, l'homme d'acier qui ensanglanta l'URSS et l'Ukraine en particulier.

 

Sous sa poigne d’acier (Staline signifie acier en russe !) le “petit père des peuples” (sic), réprima sans pitié toutes véléités nationalistes dans son empire dont il devint le maitre absolu.

 

Cette répression “anti nationaliste” culmina avec la collectivisation, décidée par Staline, des terres agricoles de toute l’URSS, en particulier celles de la riche province ukrainienne, considérée, à juste titre, comme le grenier de l’Europe.

 

Sous prétexte de lutte contre les “koulaks” (moyens et riches propriétaires terriens) Staline imposa à l’Ukraine, entièrement bouclée et cadenassée, une famine épouvantable qui fit de 3 à 6 millions de morts, certaines sources parlant même de 10 millions de victimes !

 

Le 7 août 1932 le gouvernement soviétique promulgue, ainsi, la “loi des épis” qui puni de déportation ou même de mort, tout qui, en Ukraine, dérobe quelques épis de blé !

 

On ne peut pas comprendre ce qui se passe aujourd’hui en Ukraine si on ignore l’impact que “l’Holodomor” (le génocide par la faim en ukrainien), a encore sur la mémoire collective de nombreux ukrainiens.

 

Herman Van Rompuy qui était alors Président de la Chambre des représentants de Belgique inaugura avec Josy Dubié le monument à la mémoire des vicitimes de l'Holodomor.

Herman Van Rompuy qui était alors Président de la Chambre des représentants de Belgique inaugura avec Josy Dubié le monument à la mémoire des vicitimes de l'Holodomor.

 

J’en ai été personnellement le témoin, comme sénateur, il y a quelques années, avec Herman Van Rompuy, (alors président de la chambre des représentants), à Kiev lors d’une cérémonie à l’occasion de l’inauguration d’un monument à la mémoire des victimes de cette tragédie.

 

A l’opposé, on ne peut pas comprendre la haine de certains dans le camp des “pro russes” si l’on ignore les crimes abominables commis par certains nationalistes ukrainiens dans la foulée de l’invasion nazie de l’URSS à partir de juillet 1941.

 

En effet, encore traumatisée par les répressions staliniennes des années trente, une partie importante de la population ukrainienne a accueilli les envahisseurs nazis en libérateurs.

 

Des Ukrainiens, enrôlés dans la SS, ont participé à la répression anticommuniste et leur police supplétive a collaboré activement à l’extermination de centaines de milliers de juifs massacrés impitoyablement dans ce qu’on a appellé la “shoah par balle”.

 

Le personnage emblématique et controversé de cette collaboration avec les nazis fut Stepan Bandera, fondateur de l’OUN (Organisation des Nationalistes Ukrainiens).

 

Stephan Bandera qui fut un chef SS, qui participa aux "Einzatzgruppen" qui massacraient les Juifs en Ukraine, est encore honoré par les nationalistes ukrainiens qui firnt la "révolution" de Maidan. Qu'en pense BHL ?

Stephan Bandera qui fut un chef SS, qui participa aux "Einzatzgruppen" qui massacraient les Juifs en Ukraine, est encore honoré par les nationalistes ukrainiens qui firnt la "révolution" de Maidan. Qu'en pense BHL ?

 

Assassiné par le KGB après la guerre, il fut réhabilité et déclaré “Héros de l’Ukraine”(sic) le 22 janvier 2010 par l’ex président ukrainien pro occidental, héros de la révolution orange, Viktor Yushchenko, décision condamnée par le parlement européen, et annulée par le président suivant, pro russe, Ianoukovtich.

Les dirigeants démocrates occidentaux ont la mémoire sélective en prenant la défense de l'ancien prészident ukrainien Victor Yushchenko qui n'hésita pas à réhabiliter un criminel contre l'humanité. Heureusement que le Parlement européen a sauvé l'honneur !

Les dirigeants démocrates occidentaux ont la mémoire sélective en prenant la défense de l'ancien prészident ukrainien Victor Yushchenko qui n'hésita pas à réhabiliter un criminel contre l'humanité. Heureusement que le Parlement européen a sauvé l'honneur !

 

Cet épisode explique, en partie, les accusations de “fascistes” proférées par les pro russes à l’encontre des autorités nationalistes ukrainiennes actuelles, même si les partis politiques ukrainiens ouvertement fascisants ont fait des scores insignifiants aux dernières élections ukrainiennes. Cependant des militants, violents, de ces partis ultranationalistes et fascisants comme “Svoboda” ou “Pravi sektor” constituaient le fer de lance des nombreux manifestants, pro européens, lors de l’occupation de la place Maidan. Un grand nombre de ces militants, après la chute du régime Ianoukovitch, ont rejoint des milices armées qui combattent toujours à l’est les milices “pro russes” à côté de l’armée régulière ukrainienne.

 

On en est là aujourd’hui et l’on comprend combien le conflit actuel plonge ses racines dans l’histoire ancienne et récente de cette région du monde.

 

Si l’on y ajoute que l’une des toutes premières mesures prises par le gouvernement issu du renversement par la révolution de “Maidan “ du président élu Ianoukovitch a été d’annuler les mesures protégeant les minorités non ukrainiennes et en particuliers le statut officiel de la langue russe parlée par la majorité des populations de l’est du pays, on comprend mieux le soulèvement d’une partie de ces habitants contre le pouvoir central de Kiev.

 

La confusion de Maidan

La confusion de Maidan

 

La mesure concernant la langue russe a été, depuis reportée, mais le mal a été fait.

 

Il en découle que toute solution à ce conflit qui a déja fait plus de deux mille morts, pour être efficace et surtout durable, doit tenir compte des différences exacerbées par le conflit qui opposent les deux parties de l’Ukraine, ce qui dans un pays comme la Belgique n’étonnera personne.

 

Comme dans chaque guerre civile, des violences atroces, y compris contre des civils ne partageant pas l’avis des différentes milices fanatisées, et des crimes de guerre ont eu lieu dans les deux camps.

 

La réponse à cette crise n’est pas et ne sera pas militaire, l’OTAN et la Russie armant chacune des parties, la guerre ne pourrait que s’amplifier et sans doute déraper vers un conflit d’envergure dont les conséquences sont, potentiellement, tragiques et meurtrières.

 

Les sanctions et les contre-sanctions économiques punissent et pénalisent autant, si pas plus, ceux qui les mettent en œuvre que ceux qui les subissent.

 

Le siège de l'OTAN à Evere (Bruxelles) : une organisation nuisible à dissoudre.

Le siège de l'OTAN à Evere (Bruxelles) : une organisation nuisible à dissoudre.

 

Il est donc urgentissime d’arrêter l’escalade et la musculation militaire, de part et d’autre, OTAN compris, d’établir un cessez le feu, et de discuter entre les parties d’une solution politique, de type fédéraliste.

 

Elle seule permettra la cohabitation la plus pacifique possible afin de guérir les profondes blessures qu’a entrainé l’affrontement absurde de ces nationalismes imbéciles.

 

Il n’est pas inutile de rappeler, ici, ce que le président français François Mitterrand disait, dans son dernier discours, prémonitoire, devant le Conseil de l’Europe à Strasbourg …

 

“ le nationalisme c’est la guerre”.

 

Merci “Tonton”, sur ce point là au moins tu avais raison !

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Published by pierre verhas
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Michel william 16/11/2014 18:23

A un moment ou les leaders europeens refusent de constater la nocivite du projet de l'UE de neoliberaliser l'economie du vieux continent avec pour consequence l'enrichissement des multinationales et l'appauvrissement des peuples de chaque nation europeenne, , cet article vient a point nomme pour rappeler a tous que la confrontation Occident /Russie par petits pays interposes est contre productive et qu'une politique de recherche des equilibres au profit de tous les peuples est la voie noble a prendre lar l'Europe.Poutine a le merite d'avoir rappele a tous les dangers d'une politique de sanctions reciproques.Tout le monde doit rechercher une solution politique et non un encirclement de la Russie par l'Otan pour l'etrangler.Mon voeu est que la guerre que souhaitent les americains et pour laquelle ils n'ont pas ls moyens n'eclate pa en Europe.