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  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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15 octobre 2014 3 15 /10 /octobre /2014 13:26

Après les 541 jours de crise qui ont suivi les élections de juin 2010, en 2011, Elio Di Rupo a dit qu’il gouvernerait au centre. Ce qu’il fit avec une forte orientation vers la droite.

 

Il y avait des symboles un peu ridicules. Le légendaire nœud papillon d’Elio – les journalistes avaient baptisé son gouvernement : « papillon » - n’était plus rouge. Il ne portait plus la rose, ni ne levait le poing lors du chant de l’Internationale à la clôture des congrès du PS dont il continuait à assurer la présidence malgré sa fonction de Premier ministre.

 

Ces symboles étaient des signes. Di Rupo prit comme vice-première ministre l’indécrochable Laurette Onkelinx avec comme compétences les affaires sociales et la santé publique. Elle représentait l’aile gauche du gouvernement et il faut noter qu’Onkelinx a réussi à « sauver les meubles » de la Sécu au prix cependant de quelques sacrifices.

 

Elio Di Rupo aimait porter un noeud pap' rouge. Une fois Premier ministre, le noeud changea de couleur.

Elio Di Rupo aimait porter un noeud pap' rouge. Une fois Premier ministre, le noeud changea de couleur.

 

Pour diriger le gouvernement fédéral, Di Rupo paya le prix fort. Il dut céder toutes les fonctions régaliennes et les finances à l’aile droite de son gouvernement. Le poste de Premier ministre mit les Socialistes en porte à faux. À l’exception des affaires sociales – donc de la Sécu – ils n’obtinrent aucune compétence importante.

 

Ce furent en réalité plusieurs ministres de droite qui marquèrent ce gouvernement, l’influence socialiste étant réduite à sa plus simple expression.

Maggie De Block fut mise en difficulté au Sénat suite à une interpellation d'une sénatrice Ecolo qui démonta sa politique anti-immigration.

Maggie De Block fut mise en difficulté au Sénat suite à une interpellation d'une sénatrice Ecolo qui démonta sa politique anti-immigration.

 

Ainsi, la personnalité droitière la plus en vue fut sans conteste Maggie De Block, secrétaire d’Etat chargée de l’asile et des migrations, qui mena une politique de « fermeture » et fit reprendre les expulsions. Certes, on a exagéré son influence, mais la définition de sa politique allait à l’encontre des principes fondamentaux défendus par toutes celles et tous ceux qui se réclament de l’ouverture à l’Autre. Mme De Block en a d’ailleurs tiré un fameux profit électoral, ce qui pose des questions fondamentales pour la gauche : existe-t-il encore au sein du peuple un esprit d’ouverture ? Peut-on combattre cette peur de l’Autre par des réponses adéquates à des situations difficiles, voire dramatiques ?

 

En second lieu, l’orientation franchement atlantiste du gouvernement fut assurée par le très droitier ministre des affaires étrangères, le libéral Reynders. Là aussi, on n’entendit que le silence de la part de l’aile gauche du gouvernement.

 

Didier Reynders fidèle à lui-même est le ministre des affaires étrangères le plus atlantiste.

Didier Reynders fidèle à lui-même est le ministre des affaires étrangères le plus atlantiste.

 

Le département des finances passé au CD&V (les chrétiens flamands) fut chahuté par le scandale de la banque ARCO sans qu’on ait vu le gouvernement prendre une décision ferme en la matière.

 

Le secrétaire d’Etat aux finances, le SPa (Socialiste flamand) John Crombez sauva l’honneur en menant pour la première fois depuis longtemps une lutte efficace contre la fraude fiscale.

John Combrez : un homme de la nouvelle génération politique courageux et plein d'avenir

John Combrez : un homme de la nouvelle génération politique courageux et plein d'avenir

Emberlificoté par les questions budgétaires, immobilisé par une coalition trop hétéroclite sans réelle ligne politique et en plus avec l’épée de Damoclès d’une prévisible montée des nationalistes flamands de la NV-A, ce gouvernement présidé par un Socialiste francophone, le premier depuis 1973, ne laissera pas une trace indélébile dans l’histoire.

 

Une mesure coûta d’ailleurs cher à l’aile socialiste du précédent gouvernement.

 

Face aux agressions injustes et dictées par la seule idéologie de l’exclusion des chômeurs, le gouvernement Di Rupo répondit par la dégressivité des allocations de chômage pour les chômeurs de longue durée, autrement dit à ceux qui se trouvent dans des zones où il n’y a quasi plus d’emplois ou à des femmes et des hommes trop âgés pour réintégrer le marché du travail. Ainsi leur est ouverte la porte à la précarisation, l’exclusion de la société. On crée ainsi une sous-citoyenneté de gens privés de l’accès à une vie décente permettant ainsi à la droite au pouvoir de vouloir restreindre les libertés aux chômeurs de longue durée en les obligeant à effectuer des travaux dits d’intérêt général où ils côtoieront sans doute des condamnés aux mêmes peines par la Justice.

 

On a appris par après que cette mesure injuste de dégressivité faisait partie du « deal » dans l’accord politique qui a suivi la crise des 541 jours.

 

Cependant, un gouvernement, avec à sa tête un Socialiste, aurait dû faire preuve d’initiative face au dramatique problème du chômage. Ne fallait-il voir avec tous les acteurs politiques et sociaux – régions, Forem, organisations syndicales, associations de chômeurs, services sociaux – toutes les possibilités pour améliorer matériellement et qualitativement la vie des chômeurs ? Car, dans certaines régions, il n’y a tout simplement plus d’emplois à pourvoir. Plusieurs économistes l’affirment haut et fort dont un qui est assez proche de la social-démocratie, Paul Jorion.

 

Paul Jorion : un économiste qui a des idées. C'est assez rare !

Paul Jorion : un économiste qui a des idées. C'est assez rare !

On ne demande pas à un gouvernement avec participation socialiste de faire le Grand soir, mais d’avoir un minimum d’imagination pour faire bouger les choses. Or, l’imagination n’était guère au pouvoir sous le gouvernement d’Elio Di Rupo. C’est un des principaux reproches que l’on peut faire à l’égard de sa composante progressiste à tous les niveaux : fédéral, régionaux et communautaires.

 

Les élections marquèrent l’échec de la gauche.

 

Après cela, on pouvait tout craindre des élections du 25 mai dernier. Ce ne fut pas la catastrophe annoncée, mais la gauche s’en sort affaiblie bien qu’elle ait limité les dégâts.

 

Les rapports de force ont relativement peu changé en Wallonie et à Bruxelles entre libéraux et les Socialistes : les Socialistes ont perdu 3 sièges sur 26 et les Libéraux du MR en ont gagné 2 sur les 18 dont ils disposaient. La dégelée Ecolo fut compensée par l’arrivée de l’extrême-gauche avec le PTB qui a raflé 2 sièges.

 

Par contre en Flandre, la droitisation s’est fortement accentuée. La NV-A, déjà premier parti de Flandre et de Belgique, avec 27 sièges à la Chambre, fut le grand vainqueur en gagnant 6 sièges supplémentaires. Le grand perdant fut le parti néo-nazi Vlaams Belang. On a assisté à un transfert massif des voix de ce parti vers les nationalistes « démocrates » de la NV-A. Ce ne sera pas sans conséquences. Tous les partis « traditionnels » flamands perdirent des plumes. Seuls, les écologistes de Groen gagnèrent. Il est vrai qu’ils sont bien plus cohérents que leurs homologues francophones.

 

Et qu’a fait le Parti socialiste ? Il s’est replié sur les régions bruxelloise et wallonne et sur la communauté française Wallonie-Bruxelles. Il a donc volontairement renoncé au fédéral et laisser un boulevard à la droite. Pour la laisser faire le sale boulot ?

 

Et le plus grave : le PS ne trouve rien de mieux, pour arriver à l’équilibre budgétaire de ne pas remplacer 4 fonctionnaires régionaux wallons et communautaires sur 5 admis à la pension.

 

Pareille mesure affaiblit considérablement la puissance publique, va désorganiser les services et a un effet pervers : l’opinion publique attisée par certains médias pense donc que 4 fonctionnaires sur 5 sont donc inutiles !

 

Tout est fait, on le sait, pour dégraisser l’Etat. C’est exactement ce que souhaitent les néolibéraux. Et ce sont des Socialistes qui prennent de telles dispositions !

 

L’œuvre principale du gouvernement Di Rupo fut la 6e réforme de l’Etat qui sera mise en application par son successeur. Cette réforme a un vice à peine caché : Elle instaure de fait l’austérité. En effet, les compétences transférées du gouvernement fédéral vers les régions et les communautés ne sont accompagnées que de 90 % des moyens pour les mettre en œuvre. Autrement dit, il faudra réduire d’au moins 10 % les crédits de ces compétences en plus de l’obligation d’équilibre budgétaire. Comment veut-on que la puissance publique fonctionne dans ces conditions ?

 

L’Europe

 

Il ne faut pas imputer systématiquement cette abominable politique à « l’Europe » et particulièrement à la Commission qui est sensée porter tous les péchés ultralibéraux de l’Union européenne.

 

Conseil européen du 22 mai 2013. Elio Di Rupo (cinquième au deuxième rang à partir de la gauche) ne pesa pas lourd.

Conseil européen du 22 mai 2013. Elio Di Rupo (cinquième au deuxième rang à partir de la gauche) ne pesa pas lourd.

 

Qui a imposé le Pacte budgétaire qui contraint tous les Etats membres à la politique d’austérité ? Pire : qui empêche une procédure démocratique au sein des Institutions européennes ? C’est le Conseil européen.

 

Et le Conseil européen est composé des chefs d’Etat et de gouvernement de tous les Etats-membres. C’est là et seulement là que les décisions fondamentales se prennent. La Commission est là pour exécuter ces décisions – ce qu’elle fait avec zèle, certes – et c’est tout.

 

Alors, les sociaux démocrates européens ne pouvaient-ils rien faire au Conseil pour empêcher ou à tout le moins freiner cette politique ? Ne pouvaient-ils proposer des procédures démocratiques à la place de l’adoption de traités qui figent une seule et même politique pendant des années ? Il fallait avoir le courage d’user du veto.

 

Non, on ne veut pas de vagues ! On préfère se laisser imposer une politique contraire à sa raison d’exister plutôt que de se lever pour défendre les principes fondamentaux. Et on est allé même jusqu’à menacer les quelques parlementaires socialistes qui s’opposaient à la ratification de ce traité.

Sfia Bouarfa qui était députée bruxelloise PS subit des pressions et essuya des insultes parce qu'elle s'opposait au Traité budgétaire.

Sfia Bouarfa qui était députée bruxelloise PS subit des pressions et essuya des insultes parce qu'elle s'opposait au Traité budgétaire.

 

Aurait-ce été une régression de l’Europe ? Bien au contraire, le veto ou la chaise vide auraient provoqué une crise. Et on dit, à juste titre, que ce sont les crises qui font avancer l’Europe. Et cette crise aurait permis d’entamer un changement d’orientation.

 

Aujourd’hui, on est prisonnier de ce qu’il faut bien appeler une lâcheté sinon une trahison.

 

L’imagination n’est pas à l’opposition…

 

Voilà donc l’opposition, et pour longtemps. Il n’y a aucune raison objective pour que cette coalition ne tienne pas. Elle a une confortable majorité en Flandre et le MR s’accrochera sachant que s’il provoque la crise, il y perdrait beaucoup.

 

D’autre part, l’opposition n’est pas confortable non plus. Pour une raison politique et communautaire évidente. Si on fait le compte de la représentation des partis d’opposition, on s’aperçoit que l’opposition est essentiellement francophone : elle dispose – tous partis d’opposition confondus – de 43 sièges dans le groupe linguistique français et de 22 sièges dans le groupe linguistique flamand. Au niveau des partis dits démocratiques, elle est de 19 sièges du côté flamand et de 42 sièges du côté français.

 

Cela signifie qu’une large majorité des représentants francophones (42 sièges sur 63) et une faible minorité des députés flamands (19 sièges sur 87) constituent l’opposition à la « Suédoise ».

 

Aussi, les nationalistes flamands auront beau jeu de dire que l’opposition est anti-flamande et que dès lors, des accords politiques entre francophones et flamands sont impossibles. La séance à la Chambre de mardi 14 octobre qui a plus relevé du pugilat que du débat démocratique l’a bien montré.

 

L’opposition progressiste doit absolument adopter une stratégie si elle veut avoir une chance de réorienter les choses. Nous l’évoquerons dans un prochain article.

 

Laurette Onkelinx, cheffe de l'opposition socialiste, s'est déchaînée à la Chambre. Est-ce la bonne stratégie ?

Laurette Onkelinx, cheffe de l'opposition socialiste, s'est déchaînée à la Chambre. Est-ce la bonne stratégie ?

Le tapage ne sert à rien. Bien au contraire, il est contreproductif.

 

Deux exemples : La pension à 67 ans proposée par le gouvernement Michel – Jambon fait pousser de grands cris d’orfraie. Pourtant l’idée avait été émise il y a quatre ans par un ancien ministre des Pensions, aujourd’hui décédé, le Socialiste Michel Daerden, sans que cela ne soulevât un tel tollé dans les chaumières socialistes.

 

Les néonazis au pouvoir

 

Les déclarations du vice-premier ministre Jambon sur la collaboration et la fête d’anniversaire du crypto-nazi Bob Maes à laquelle assistait le secrétaire d’Etat NV-A Francken qui en plus, envoyait des e-mails racistes et homophobes ont provoqué l’indignation dans tous les milieux démocratiques. C’est sain et normal. Mais, regardons le passé.

Le nouveau secrétaire d'Etat à la migration (!) Théo Francken au 90e anniversaire de l'ancien leader néo-nazi flamand Bob Maes

Le nouveau secrétaire d'Etat à la migration (!) Théo Francken au 90e anniversaire de l'ancien leader néo-nazi flamand Bob Maes

 

Ledit Bob Maes était sénateur Volksunie (le parti nationaliste flamand qui a précédé l’actuelle NV-A) en 1977 au moment où ce parti était au gouvernement avec le PS. Il avait été en outre le dirigeant de la milice VMO qui provoqua de graves troubles dans les villages des Fourons et qui se livrait en outre à des violences racistes. Pourtant, personne n’a rien dit à l’époque. Ce n’est qu’en 2001 qu’un ministre Volksunie aujourd’hui NV-A, Johan Sauwens, dut démissionner du gouvernement flamand pour sa participation à des manifestations de l’association des anciens SS flamands, le Sint Maartensfonds.

 

Si la presse a fait état depuis des semaines de la même participation de Jan Jambon aux manifestations de cette association nazie, cela n’a pas empêché Charles Michel d’en faire son premier Vice-premier ministre et ministre de l’Intérieur de surcroît ! On aurait pu empêcher sa nomination, car nul n’ignorait qu’il serait le chef de file des ministres de la NV-A – principal parti du gouvernement Michel – si les démocrates et les progressistes avaient mené une campagne intelligente en faisant éventuellement appel aux instances internationales.

 

Jan Jambon prononçant un discours au Sint Maartensfonds, l'amicale des SS flamands

Jan Jambon prononçant un discours au Sint Maartensfonds, l'amicale des SS flamands

 

Le chef de groupe social-démocrate du Parlement européen s’est inquiété de la nomination de Jan Jambon comme ministre du gouvernement belge. N’est-ce pas un peu tard ? Les pressions auraient dû venir auparavant. Et posons la question : l’Union européenne pourrait-elle interférer dans la composition du gouvernement d’un Etat-membre ? Ce serait un précédent incontestablement dangereux.

 

Bref, on est coincé. Ici aussi, l’imagination n’a pas été à l’opposition…

 

Un avertissement

 

Lisons l’avertissement lancé sur son blog par l’Ecologiste Jean-Claude Englebert, échevin à Forest :

 

L'échevin écologiste Jean-Claude Englebert sait comment organiser une opposition efficace.

L'échevin écologiste Jean-Claude Englebert sait comment organiser une opposition efficace.

« Avec près de 70 % de députés et 6 partis francophones dans l'opposition, on va se bousculer au portillon pour exister. Les efforts à fournir pour se positionner comme plus social, plus compréhensif, moins brutal ou excluant que le gouvernement seront, disons, très modérés. Bref, tout le monde aura l'air gentil, modeste, cool, compréhensif.

 

Le pire est que le corps social va souffrir et que demande un corps qui souffre sinon l'espoir que la souffrance cessera le plus rapidement possible ?

 

Écrire et relire l'histoire du mandat de François Hollande serait ici salutaire. Il n'est pas devenu « mauvais », simplement, il s'est facilement imposé comme le chemin le plus court pour se débarrasser de Nicolas Sarkozy. C'est exactement le même danger qui nous pend au nez. S'il est bien un point dans lequel l'efficacité de la gauche n'est pas à démontrer, c'est dans l'ampleur des conséquences des déceptions qu'elle suscite : ravageuses quant aux possibilités de penser et d'espérer. »

 

Ainsi, contrairement à ce que chante le poète, il faut bien admettre qu’à gauche, c’est le fond qui manque le plus.

 

 

Pierre Verhas

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commentaires

Englebert 17/10/2014 09:57

Merci pour cet article qui est une véritable "somme". Gentil également de m'avoir cité.
Comme je l'ai dit sur Facebook, il faudra continuer à produire du contenu, donc des textes, sur Internet.
Mais il faut également commencer à se rencontrer en chair et en os.
Je suis dispo à l'adresse mail englebert.jeanclaude AT gmail.com.
Amicalement

Francis Bismans 15/10/2014 22:59

Il y a beaucoup de vrai dans cette contribution. J'attendrai cependant la suite promise avant de réagir plus longuement.

discalcius 15/10/2014 16:56

Je viens de lire d'une traite "Liberté chérie" et voudrais te demander la permission de le commenter sur FB tant il serait important que ceux qui parlent des "raisons de la collaboration" soient rappelés à l'ordre par la description des horreurs nazies...