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  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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24 novembre 2014 1 24 /11 /novembre /2014 22:38

Propos d’un Sage : le Docteur Shehadeh

 

Le Docteur Shehadeh, médecin, directeur général de la clinique de la Société arabe de Réhabilitation de Bethléem dont il est question dans le quatrième volet de notre relation « Palestine : un Peuple vivant, un Etat virtuel » a évoqué lors d’une interview effectuée par un groupe de militants du Brabant wallon qui a effectué un voyage en Palestine occupée, l’histoire et la conception de son centre de revalidation et son analyse sur l’évolution de la situation en Palestine. Cet entretien date d’avril 2014 et reste toujours d’actualité.

Le Docteur Edmund Shehadeh, directeur général du BASR, une institution de soin et de réhabilitation dans tous les domaines à laquelle il consacre sa vie.

Le Docteur Edmund Shehadeh, directeur général du BASR, une institution de soin et de réhabilitation dans tous les domaines à laquelle il consacre sa vie.

« Depuis longtemps, je côtoie la souffrance de l’homme. Le handicap est une catastrophe pour la victime mais aussi pour ses proches. Ma philosophie : faire du handicap un moteur pour le développement ! Beaucoup d’associations aidaient les handicapés en Palestine – plus de 80 en 1980, mais aucune ne soignait le handicapé de plus 13 ans, et rien n’était prévu en matière de psychologie et de social. J’ai introduit des paramètres comme l’ergonomie et la psychiatrie. Notre hôpital est devenu un centre national. On y a développé les aires de jeux, qui profitent, c’est important, aux non-handicapés qui viennent aussi s’amuser. De même, on a mis en place des jardins d’enfants, des ludothèques, etc. On a déjà touché plus de 60.000 personnes. »

 

Le Mur ne sert pas à la lutte contre le terrorisme.

 

« Le Mur. Ces 750 km ne sont pas bâtis pour la sécurité des Israéliens contre le terrorisme ; il n’y a qu’à ouvrir la fenêtre ici et voir comment il court le long de l’hôpital, juste pour englober le plus de terres possible. Ce Mur confisque des terres agricoles reluqués depuis 1967 et il permet la purification ethnique des musulmans et des chrétiens en Palestine : ils ne peuvent pas nous expulser, alors ils nous étranglent dans des îlots pour qu’on parte.

Comparaison de deux murs de séparation : celui de Berlin à gauche et celui séparant Israêl de la Palestine. Cela ne nécessite pas de commentaires ! (source Bernard Gensane)

Comparaison de deux murs de séparation : celui de Berlin à gauche et celui séparant Israêl de la Palestine. Cela ne nécessite pas de commentaires ! (source Bernard Gensane)

Pour éviter le besoin d’aller se faire soigner à Jérusalem, ils nous dont dit après 2001 « ouvrez donc une unité de soins intensifs et de chirurgie ». Nous avons du succès car nous nous basons sur la qualité et aussi la dignité, nous traitons l’orthopédie mais aussi la neurochirurgie et l’oto-rhino-laryngologie. Si l’argent des subventions internationales était bien utilisé, les Palestiniens seraient millionnaires ! Il reste hélas ! beaucoup de corruption.

 

La catastrophe de Gaza

 

Gaza. Une vraie catastrophe. Pas une guerre, un massacre. Ca m’a bouleversé ; je n’avais jamais vu l’homme se montrer aussi sauvage. J’ai fait savoir que mon centre était ouvert aux blessés. Ils sont 5.000, dont de nombreux handicapés. On ne m’en a pas envoyé un seul ! Il y en a en Egypte, en Jordanie, en Arabie Saoudite, en Italie (et en Belgique, NDLR), pas chez nous, alors qu’on est palestinien et les meilleurs, c’est l’ONG Handicap International qui le dit. Pourquoi personne n’a-t-il fait pression sur Israël pour ouvrir (le point de passage de) Erez pour faire venir des enfants chez nous ?

 

Edmund Shehadeh a refusé le poste de ministre de la Santé du Hamas !

 

En 2006, le Hamas a voulu me faire ministre de la Santé ! J’ai gagné, en somme, car cela veut dire qu’ils me respectent, malgré ma laïcité ; mais j’ai refusé, je suis un serviteur du peuple. Pourquoi ont-ils gagné les élections ? Pas parce que les Palestiniens seraient contre la paix. Mais Oslo n’a abouti à rien. C’est même la régression : je ne puis plus aller à Jérusalem, à quelques kilomètres d’ici, des terres sont confisquées, des maisons détruites et la police palestinienne est vue comme le serviteur d’Israël. L’Autorité palestinienne, phagocytée par le Fatah, n’a pas travaillé avec la société civile, et elle s’est engluée dans la corruption. Pendant ce temps, le Hamas travaillait dans le social. Et la gauche n’a pas réussi à constituer une alternative crédible. Le Hamas ne veut pas la destruction d’Israël, il accepte les frontières de 1967. Mais le gouvernement Hamas a été boycotté par la communauté internationale. Pourquoi ne fait-elle pas de même, alors, avec ce nouveau gouvernement israélien plus fanatique que nos islamistes ?

 

Ariel Sharon a gagné.

 

Ariel Sharon était le plus intelligent. Il a réussi à embrigader le monde dans sa guerre globale contre le terrorisme. Je suis évidemment pour la non-violence. Tout le monde perd à la guerre. Mais nous sommes encerclés, prisonniers. « Ils » n’évacueront pas les territoires occupés. Nous sommes un marché captif trop profitable. Ils nous vendent même notre propre eau ! L’injustice nourrit le fanatisme. Je dirais d’Israël qu’il agit en Etat terroriste. Du terrorisme organisé. Il faut venir voir et parler de ce qui se passe ici. Ayez le courage de dire la vérité chez vous, ne vous laissez pas impressionner par le chantage israélien sur la Shoah. Parlez aussi aux juifs européens, dites-leur de venir, mobilisez-les ! Il y a trois ans, j’avais invité ici un juif sioniste américain, il a vu ce qui se passait, juste ici à la fenêtre. Soudain, il s’est mis à pleurer : « Ca fait trente ans que je croyais avoir raison, tu m’as ouvert les yeux », m’a-t-il dit.

 

Reconnaître la Palestine, maintenant.

 

Chacun sait qu’un Etat palestinien n’est pas viable dans les circonstances actuelles. Mais les choses bougent. La Suède a reconnu l’Etat palestinien. Suite à différentes pressions, la question est posée maintenant au niveau du Parlement européen. Elie Barnavi, ancien ambassadeur d’Israël, écrivain et chroniqueur, a accordé une interview au journal français « L’Humanité ».

Elie Barnavi milite pour la reconnaissance de l'Etat palestinien avec 660 autres personnalités israéliennes.

Elie Barnavi milite pour la reconnaissance de l'Etat palestinien avec 660 autres personnalités israéliennes.

Avec 660 autres figures publiques israéliennes, Elie Barnavi a adressé une lettre aux parlementaires européens appelés à se prononcer sur la reconnaissance de l’État palestinien. Il explique : « C’est une démarche indispensable. Bien entendu, je ne crois pas qu’un État palestinien puisse naître des seules résolutions de parlements européens. Mais cette pression politique, morale, exprimerait l’opinion générale du public en Europe, face à des gouvernements timorés, incapables de s’unir sur une position commune, et toujours à la traîne des États-Unis. Nous exerçons ou avons exercé des responsabilités en Israël, nous sommes considérés comme des patriotes… Nous voulons encourager ces parlementaires à adopter une position claire. Sans État palestinien à nos côtés, c’est l’avenir même d’Israël qui est compromis. »

 

Le Parlement belge aussi ?

 

Le Parlement belge à l’initiative de l’ONG CNCD (Centre National pour la Coopération et le Développement) bouge également. Début novembre, une délégation de parlementaires belges s’est rendue en Palestine et en Israël à l’initiative du CNCD. Ils étaient accompagnés notamment par Henri Wajnblum, rédacteur en chef de Points Critiques, qui représentait l’UPJB (Union des Progressistes Juifs de Belgique).

 

Voici la carte blanche collective qu’ils ont publiée sur le site de la RTBF.

 

En notre qualité de parlementaires, nous avons participé début novembre à une mission en Palestine et en Israël organisée par le CNCD-11.11.11. Nous avons pu mesurer toute l’étendue des conséquences de l’occupation et de la colonisation des Territoires palestiniens par Israël. En tant qu’élus et citoyens, cette situation n’a pu que heurter notre conscience, soucieuse du respect des droits de la personne et du droit international. A travers nos visites sur le terrain ou nos échanges avec des interlocuteurs tant palestiniens qu’israéliens, le constat que nous faisons est catégorique et identique pour chacune et chacun d’entre nous. Sans une action rapide et forte de la communauté internationale, la perspective d’une paix entre Palestiniens et Israéliens et la coexistence de leur Etat respectif deviendront bientôt une chimère.

 

Chaque jour qui passe voit le territoire palestinien, appelé à former l’assise d’un Etat viable, se réduire comme peau de chagrin. Le temps joue en faveur d’un gouvernement israélien en quête d’expansion territoriale et passé maître dans l’art du "fait accompli". Nous avons notamment pu constater les effets sur le terrain de la poursuite de la construction du Mur, aujourd’hui long de 720 kilomètres, qui s’enfonce profondément en Palestine pour affecter de manière sévère le quotidien de la population palestinienne. Dès 2004, la Cour internationale de Justice (CIJ) avait jugé ce mur contraire au droit international, au motif qu’il visait à rattacher à Israël les centaines de colonies et risquait dès lors de concrétiser une annexion rampante. La Cour soulignait également l’illégalité de la colonisation menée par Israël. Mais faute d’engagement ferme de la communauté internationale, la construction du Mur et l’entreprise de colonisation se sont poursuivies, sans relâche.

 

Une fois ce constat dressé sur place, se pose à nous la question des moyens à mettre en œuvre pour préserver une chance de paix au Moyen-Orient. Malgré la paralysie du Conseil de sécurité sous l’effet du veto américain, l’Union européenne et ses Etats membres disposent de certaines marges de manœuvre. Celle qui nous semble aujourd’hui primordiale est la reconnaissance de l’Etat palestinien. Depuis le Plan de partage des Nations Unies adopté en 1947, il manque un Etat au Moyen-Orient : l’Etat de Palestine. En 1948, Israël n’a demandé aucune autorisation pour proclamer unilatéralement son indépendance et son admission comme Etat membre des Nations Unies s’est faite rapidement, dès 1949. Pourquoi n’en est-il toujours pas de même pour la Palestine ? L’Etat de Palestine a déjà été reconnu par plus d’une centaine de pays dans le monde, en Asie, en Amérique latine et en Afrique. Pourquoi les Etats occidentaux refusent-ils pour la plupart de faire de même, alors qu’ils approuvent pourtant le droit du peuple palestinien à l’autodétermination ? L’accomplissement de ce droit ne doit pas dépendre du bon vouloir israélien ou de l’issue d’hypothétiques négociations. Un Etat de Palestine reconnu doit au contraire constituer le point de départ de toutes négociations, qui n’ont vocation à porter que sur les modalités de la fin de l’occupation et sur les arrangements à établir entre les deux Etats souverains, concernant notamment les frontières, Jérusalem, les réfugiés, le partage des ressources naturelles, la sécurité,…

 

La reconnaissance de la Palestine ne constitue certainement pas une solution miracle, mais elle permettrait d’adresser un message d’une portée politique et symbolique forte en faveur de la solution de deux Etats. Federica Mogherini, la nouvelle Haute Représentante de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, en visite récemment en Israël et Palestine, semble avoir pris toute la mesure de la situation en exprimant à plusieurs reprises la nécessité de la reconnaissance et de l’établissement d’un Etat palestinien effectif. Au sein de l’UE, la Suède a la première franchi le pas en adoptant un décret de reconnaissance le 30 octobre. Déjà le 13 octobre le Parlement britannique avait adopté une résolution votée à une écrasante majorité pour que son gouvernement prenne une décision identique. Et la question sera bientôt à l’ordre du jour des parlements espagnol et français.

 

Nous estimons qu’il est temps que la Belgique emboîte le pas à la Suède. Une telle décision de reconnaissance bilatérale ne serait que la conséquence logique de la position adoptée par notre pays en faveur de l’accession de la Palestine au statut d’Etat observateur aux Nations Unies en 2012 et de son admission comme Etat membre de l’UNESCO, un an auparavant. Cette reconnaissance ne saurait toutefois être posée comme une fin en soi mais bien comme une étape et un moyen en vue de favoriser d’indispensables négociations. La colonisation israélienne constitue aujourd’hui le principal obstacle à la paix entre Palestiniens et Israéliens. Sans l’adoption de mesures effectives cherchant à obtenir son arrêt et son démantèlement, toute solution durable au conflit demeurera illusoire. En ce sens, nous soutenons et appuyons également les propositions de la campagne " Made in Illegality ", coordonnée par le CNCD-11.11.11, son homologue flamand et la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH), visant la fin des relations économiques, financières et commerciales entre la Belgique et la colonisation israélienne illégale.

 

La Belgique se grandirait à jouer un rôle précurseur au sein de l’Union européenne en reconnaissant dès maintenant l’Etat de Palestine et apporter ainsi une pierre à l’édifice de la paix entre Palestiniens et Israéliens.

 

Signataires et membres de la délégation qui s’est rendue en Palestine et en Israël

 

Marie Arena, députée européenne, PS, Hervé Doyen, député bruxellois, bourgmestre de Jette, cdH, Zoé Genot, députée bruxelloise, Ecolo, Gwenaëlle Grovonius, députée fédérale, PS, Benoit Hellings, député fédéral, Ecolo, Anne Lambelin, députée wallonne, sénatrice, PS, Hélène Ryckmans, députée wallonne, sénatrice, Ecolo, Tine Soens, députée flamande, Sp.a, Güler Turan, députée flamande, sénatrice, Sp.a, Julien Uyttendaele, député bruxellois, PS, Marco Van Hees, député fédéral, PTB

 

Le sombre avenir de l’Europe

 

Jean-Luc Mélenchon, fondateur du Parti de gauche, a estimé dimanche 23 novembre que "l'Europe va mourir et peut-être même entrer en guerre à l'intérieur d'elle-même" si elle ne change pas radicalement de politique.

Jean-Luc Mélenchon ne brandit pas le livre rouge de Mao ! Il met en garde sur l'évolution suicidaire de l'Europe.

Jean-Luc Mélenchon ne brandit pas le livre rouge de Mao ! Il met en garde sur l'évolution suicidaire de l'Europe.

Invité de "Tous politiques" France Inter/Le Parisien Aujourd'hui en France, il a lancé : "Notez-le tous dans vos calepins, Mélenchon vous dit: jamais la dette ne sera payée. Ce que je redoute, c'est que l'on finisse avec les méthodes que l'Histoire a montrées en ce type de circonstances: la banqueroute qui est la catastrophe totale, ou bien la guerre, ou bien l'hyper-inflation".

 

"Si nous nous retrouvions dans une situation hors contrôle, c'est-à-dire où les Allemands s'exaspéreraient de vouloir faire payer aux Français leurs retraites et où les Français s'exaspéreraient de céder aux Allemands des choses qui sont demandées sur un ton qu'ils ne tolèrent pas, et bien oui, les tensions naîtraient entre Français et Allemands", a-t-il dit.

Selon Jean-Luc Mélenchon, "ce qui est en train de se passer en Ukraine est d'une nature comparable à ce qu'on a connu au moment de la première guerre mondiale, c'est-à-dire qu'étant dans la main d'irresponsables, tout d'un coup, de fil en aiguille des coalitions se mettent en mouvement et se frappent les unes avec les autres. Voilà un des mécanismes qui peut conduire à la guerre".

 

"L'Europe va mourir et peut-être même entrer en guerre à l'intérieur d'elle-même si on continue cette politique qui dévaste tous nos pays", a-t-il prévenu. Pour lui, "il faut que la Banque centrale rachète toutes les dettes souveraines de tous les Etats de l'Union européenne. Cela provoquera une inflation d'à peine cinq ou six points, mais qui nous permettra, par cette inflation, de dévaloriser le capital dû et à tous les pays de retrouver de la respiration". En faisant tourner la planche à billets ? "Evidemment. C'est ce que fait la banque nord-américaine. Tourner la planche à billets, c'est une image..."

 

Ce constat est partagé par bon nombre d’analystes lucides.

 

 

Pierre Verhas

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Published by pierre verhas
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