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  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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11 novembre 2014 2 11 /11 /novembre /2014 15:14

Deux gouttes d’eau dans la mer

 

C’est souvent dans l’oppression que quelques-uns éprouvent le besoin de changer les rapports sociaux, de construire quelque-chose de nouveau.

 

Voici deux initiatives parmi bien d’autres qui, si elles sont infimes au regard des enjeux du conflit, amènent l’espoir. L’occupant l’a d’ailleurs bien compris, car il fait tout pour les entraver.

 

Croire en l’homme.

 

La première est un centre de revalidation pour handicapés à Bethléem, la Bethlehem Arab Society for Rehabilitation (BASR) dont le directeur général est le Docteur Edmund Shehadeh qui est un Palestinien chrétien.

 

La Palestine, comme tout pays touché par la guerre, compte beaucoup d’handicapés aussi bien moteur que psychiques. Le centre est ouvert à toute personne quelle que soit sa religion et est constitué en une association sans but lucratif. Tout le monde y est soigné. Chacun paye selon ses moyens et ceux qui en sont incapables sont soignés comme les autres. Le BASR se finance par les dons et les aides qu’il perçoit de pays étrangers, d’associations, de la solidarité, ainsi que la vente d’artisanats palestiniens. Et cela fonctionne !

 

En dépit des évidents sabotages des autorités israéliennes – ainsi des équipements ultramodernes fournis par la Belgique, restent bloqués depuis deux ans au port d’Haïfa pour d’obscures raisons de dédouanement – le centre maintient un bâtiment avec un personnel compétent et dévoué et un équipement ultramoderne. Le docteur Shehadeh nous a dit : « Avant tout, je crois en l’homme ! » et c’est pour cela qu’il se bat.

Le Docteur Edmund Shehadeh, directeur général du BASR, une institution de soin et de réhabilitation dans tous les domaines à laquelle il consacre sa vie.

Le Docteur Edmund Shehadeh, directeur général du BASR, une institution de soin et de réhabilitation dans tous les domaines à laquelle il consacre sa vie.

Le BASR fonctionne sur la base de la méthode holistique, c’est-à-dire en traitant un traumatisme dans sa totalité par la prise en compte de l’ensemble (la situation sociale et familiale du patient, son état général de santé physique et psychologique, etc.). Ainsi, le patient est pris en charge dans un système pluridisciplinaire qui permet la spécialisation dans le traitement de son traumatisme. Le Docteur Shehadeh donne son credo : « Nous pensons que pour que chaque personne puisse vivre pleinement sa vie, nous devons tout faire pour l’aider et l’encourager à exploiter elle-même tout son potentiel. »

 

Il faut tenir compte que la présence d’une personne handicapée est incontestablement un facteur de déstabilisation pour son milieu familial et pour la société. C’est donc non seulement sur le plan médical et hospitalier qu’il faut aborder le problème, mais aussi sur le plan social. La personne handicapée doit être réintégrée dans la société – surtout dans une société éprouvée par un conflit interminable – pour pouvoir revivre le plus normalement possible.

Des formations sont effectuées au sein du BASR dans tous les domaines relatifs à la réhabilitation des handicapés. Ici pour leur redonner le sens de la responsabilité sociale.

Des formations sont effectuées au sein du BASR dans tous les domaines relatifs à la réhabilitation des handicapés. Ici pour leur redonner le sens de la responsabilité sociale.

En dépit du terrible contexte dans lequel vit la Palestine, cette démarche est exemplaire. Certes, cette institution, le BASR, a cinquante années d’expérience. Cinquante années au cours desquelles ses dirigeants et ses équipes ont réussi à franchir tous les obstacles de la guerre, de l’occupation, de l’oppression pour apporter à des milliers d’handicapés de toute la Palestine les soins appropriés dans tous les domaines comprenant la réhabilitation médicale, psychologique, et aussi l’éducation et les loisirs, afin de permettre la meilleure réinsertion possible dans la société.

 

Mais les Israéliens voient cette institution d’un mauvais œil. Ainsi, le blocage de matériel médical fourni par la Belgique et destiné au BASR depuis deux ans à la douane du port de Haïfa.

 

De la musique avant toute chose

 

A Ramallah, capitale administrative et politique de la Palestine où se trouve la tombe de Yasser Arafat, existe dans la Vieille ville, une école de musique. Quelle peut être donc l’utilité d’une telle école dans un pareil contexte, demanderont les esprits chagrins.

Tombe de Yasser Arafat à Ramallah à l'endroit où il a été encerclé par les forces armées israéliennes.

Tombe de Yasser Arafat à Ramallah à l'endroit où il a été encerclé par les forces armées israéliennes.

Un musée a été construit pour entretenir la mémoire de l'action d'Arafat.

Un musée a été construit pour entretenir la mémoire de l'action d'Arafat.

Elle est née dans la tête d’un jeune résistant Palestinien, Ramzi Aburedwan qui est devenu un violoniste. Il a eu la possibilité d’être formé à Angers. Ramzi, enfant, lançait des pierres sur les soldats israéliens. Il raconte qu’un jour, il cala un caillou vers un groupe de soldats. L’un d’eux pointa son arme dans sa direction. Ramzi le défia : « Dépose ton arme et viens me chercher si tu es un homme ! » Piqué au vif, le soldat déposa son fusil et s’avança vers le jeune Palestinien qui redoubla d’ardeur, balançant pierres sur pierres vers les militaires. Ils n’osèrent riposter de peur d’atteindre le soldat désarmé qui s’avançait vers lui !

L'école Al Kamandjati dans la Vieille ville de Ramallah

L'école Al Kamandjati dans la Vieille ville de Ramallah

Ramzi habitait le camp de réfugiés Al Amari à Ramallah. Il fonda l’école appelée Al Kamandjati (le violoniste) qui a pour objet de soutenir l’éducation et la scolarisation des enfants palestiniens en leur permettant d’apprendre et de jouer de la musique. Afin de rendre celle-ci accessible au plus grand nombre, ils vont jouer dans des camps de réfugiés, dans les villages dans toute la Palestine et au Liban.

 

L’intifada culturel

 

Grâce à la solidarité, à l’aide internationale, au partenariat avec d’autres institutions culturelles, à la vente de CD et de DVD, à la recette des concerts que les jeunes musiciens d’Al Kamandjati donnent un peu partout et même en Europe, l’école parvient à assurer son financement et même à donner des bourses d’études.

Ramzi Aburedwan (à l'avant-plan) en concert

Ramzi Aburedwan (à l'avant-plan) en concert

Un des effets les plus pervers de l’occupation israélienne est l’atteinte au patrimoine culturel des Palestiniens. C’est une des manières les plus efficaces d’affaiblir un peuple. C’est donc un acte de résistance d’éduquer les enfants à un des aspects fondamentaux de la culture, la musique. C’est donc l’intifada par la culture. C’est cela le projet de Ramzi Aburedwan.

 

En plus, Al Kamandjati emmène des groupes d’enfants jouer près des check points et même à Jérusalem devant la porte de Damas, une des principales entrées dans la Vieille ville qui est interdite aux Palestiniens. C’est ainsi que la culture devient une arme redoutable.

Ramsi Aburedwan et les élèves d'Al Kamandjati jouant un concert devant la porte de Damas à l'entrée de la Vieille ville de Jérusalem

Ramsi Aburedwan et les élèves d'Al Kamandjati jouant un concert devant la porte de Damas à l'entrée de la Vieille ville de Jérusalem

Les Israéliens l’ont d’ailleurs bien compris : ils mettent des entraves au fonctionnement de cette école, par exemple, en n’accordant pas de visas à des professeurs étrangers invités, ou en ne dédouanant pas des instruments et du matériel de musique nécessaires à l’enseignement et aux concerts.

 

Cela n’empêche pas l’extension de Al Kamandjati. Ainsi, un centre a été ouvert dans le principal camp de réfugiés de la Palestine, dans la vieille ville de Jenine, située au nord de la Cisjordanie, avec entre autres l’appui de la fondation hollandaise du Prince Claus, du Fonds arabe pour les arts et la culture et bien d’autres associations.

 

Cette aventure est loin d’être terminée. Le Peuple palestinien connaît toutes les armes pour se libérer. Et l’une d’elles est incontestablement la musique.

 

Une chanson intitulée « Oh this World ! » évoque la violence que connaissent les enfants palestiniens aussi bien dans leurs écoles qu’à l’extérieur par la chape de plomb de l’occupation. La violence est un des principaux problèmes de la jeunesse palestinienne. Et son origine se trouve dans l’occupation.

 

Ramzi qui lançait des pierres pendant son adolescence, aujourd’hui, a choisi la voie de l’éducation par la musique pour préserver et épanouir la culture du peuple palestinien et aussi user de l’art comme arme de résistance.

 

Cette chanson a été composée par Ivad Staiti et chantée par les élèves d’Al Kamandjati à Jénine.

 

Voici la traduction anglaise de cette chanson entonnée par les enfants qui est à la fois un message de résistance, de paix et d’espoir.

 

When a child of my country speaks

When he laughs, when he cries

 

It means he has a message and he wants

It to be received, this is how a child complains

 

Oh world… I have the right

For the world to hear my words

 

Oh my teacher (male) oh my teacher (female)

We don’t understand ideas with a stick

 

Don’t turn my school into a prison

It’s nice for the school to be a family

 

Oh world… I have the right

For the world to hear my words

 

Al Rosana… Al Rosana

Children speak in songs

 

With violence they can silence our tongues

But our eyes will sing

 

I have the right to carry my dreams

And not be stopped by violence or checkpoint

 

My dream in my bag should not be searched

And my dream should not be tied and disabled

 

Ala Al Daloona… Ala Al Daloona

Children light up the darkness of the world

 

Let us dream and play

Let us keep hiding us in a warm embrace

 

Hala Laha Laya… Hala Laha Laya

Come on, take my hand

 

Don’t leave me alone

The life is difficult for me

 

Oh world… I have the right

For the world to hear my words

 

C’est dans cet état d’esprit que des Palestiniens éclairés forment les jeunes à la fois dans la résistance non violente, dans la liberté et dans l’ouverture sur le monde.

Video de la chanson "On this world" chantée par les élèves d'Al Kamandjati à Jenine

Que conclure ?

 

Voilà donc, tel que j’ai pu le décrire, ce court – trop court – parcours en Palestine merveilleusement organisé par S’Académie, « coaché » de main de maître par Rebecca Lejeune et bénéficiant de l’accueil et de l’hospitalité de tous les Palestiniens et les Israéliens que nous avons eus le privilège de rencontrer.

 

Ce conflit déchirant deux peuples que l’histoire contraint à vivre côte à côte, est devenu le terreau de fanatismes plongeant leurs racines dans d’antiques et incertaines légendes qui ne cherchent qu’à séparer les hommes dans la violence et dans le sang.

 

« Je crois en l’homme » proclame le Docteur Shehadeh. Le conflit oppose-t-il Juifs et Arabes ? Non, il oppose des fanatismes, des intolérances qui se nourrissent l’une et l’autre du sang de leurs victimes.

 

Etre « pro Israélien » ou « anti Israélien », être « pro Palestinien » ou « anti Palestinien » n’ont aucun sens. Le véritable engagement est de combattre pour la Justice, valeur universelle sans tenir compte des identités coupables de combien de meurtres.

 

Il est indéniable – et c’est l’argument utilisé par le lobby sioniste en Europe – que des antisémites européens tirent parti du conflit pour stigmatiser la communauté juive en général. Mais, à y réfléchir, ces gens là font partie du lot des fanatiques et des intolérants qui s’abreuvent de cette guerre.

 

La Justice signifie donner à chaque peuple sa dignité, c’est-à-dire une nation où il pourra disposer de lui-même sans entraves. La Justice implique de donner à chacun un Etat qui lui assure protection, liberté et ouverture sur le monde. La Justice exige que la solidarité s’exerce partout où c’est nécessaire.

 

Pierre Verhas

 

Signalons qu’Al Kamandjati organise un concert à Bruxelles le jeudi 15 janvier 2015.

 

Ramzi Abduredwan, le violoniste qui nous a fait découvrir son école Al Kamandjati à Ramallah, sera à Bruxelles pour un concert !

 

Celui-ci se tiendra le jeudi 15 janvier 2015 à 20h30 à l'espace Senghor (18, av du Maelbeek à Etterbeek).

 

La place en prévente coûte 14€. Et la procédure pour réserver votre place est la suivante :

Paiement par virement bancaire minimum 3 jours ouvrables avant l'événement sur notre compte n° BE22 000-0193659-47 (Communication: votre nom, la date, heure, infos du concert et le nombre de places)

NB : les tickets ne sont pas envoyés pour éviter les imprévus. Le jour du spectacle, votre nom sera repris sur une liste, les places ne sont ni nominatives et ni numérotées.

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Published by pierre verhas
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commentaires

Le pédagogue 16/09/2015 15:49

Le pédagogue :


Parmi les individus désignés comme « dirigeants pour la libération de la Palestine », beaucoup baignent dans la puanteur de la trahison (comme leurs alter ego des pays dit arabo-musulmans) se partagent « les aides » qui leur sont jetées par les ennemis de la Palestine afin de les rendre encore plus veules, plus serviles, des « dirigeants » qui pleurnichent pour que ces « aides » soient augmentées pour leur permettre de mieux servir le plus offrant, des « dirigeants » qui s’adonnent au pillage de tout ce qu’ils peuvent, placent le produit de leurs rapines dans tout ce qui peut leur rapporter encore plus d’argent sale, font des acquisitions partout dans le monde, pendant que les enfants de Filistiine affrontent, avec des pierres, les armes de destruction massive, utilisées par la colonisation sioniste, le système colonialo-impérialo-sioniste, employeur de ces « dirigeants pour la libération de la Palestine », et de leurs alter ego.

Berthès colette 22/11/2014 17:04

Cher monsieur

je lis souvent vos articles et m'y retrouve toujours donc merci. Deux remarques mineures pour vous et qui ne changent rien à vos écrits et analyses: il me semble bien que la rue Shuhada à hébron se nommait déjà ainsi (j'en suis presque sure) bien avant le massacre de la mosquée d'Ibrahim qui ne se trouve pas sur la rue Shuhada d'ailleurs et j'avais déjà entendu ce nom bien avant (je vais à hébron depuis 1976 et on m'avait dit que c'était en l'honneur d'une quarantaine ou plus de martyrs décapités je ne sais plus quand???)..sinon juste pour info: Intifafa en arabe est du féminin donc une Intifada culturelle...bonne continuation à vous bravo!

colette