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  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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8 décembre 2014 1 08 /12 /décembre /2014 15:12

Un événement est passé quasi inaperçu vendredi dernier. Dans l’euphorie de consommation pour les fêtes de Noël un peu partout en Europe avec ouvertures « exceptionnelles » des magasins le dimanche, dans le deuil de la reine Fabiola en Belgique, dans les tergiversations des leaders socialistes français, on a « oublié » que l’agence de notation Standard & Poor’s avait dégradé la note de l’Italie à « BBB », la plus faible de la catégorie « investissements », c’est-à-dire celle des emprunteurs dits « fiables », la suivante étant la cote de la catégorie spéculative. Dès lors, l’Italie pourrait bien devenir un emprunteur à risques, ce qui aurait des conséquences bien plus sérieuses pour la zone Euro, que celles provoquées par la dette grecque en 2011.

 

Oh ! Ce n’est pas bien grave direz-vous. On les connaît ces agences de notation. Plus personne n’y prête attention. Détrompez-vous. Tous les signaux sont au rouge.

 

Tout d’abord, le fameux stress test des banques effectué il y a quelques semaines a donné des résultats catastrophiques. Les banques restent des colosses aux pieds d’argile de plus en plus fragiles avec une insuffisance chronique de fonds propres. Ce n’est pas pour rien que le gouvernement de droite belge veut vendre Belfius : l'ex banque de dépôt de Dexia n’a pas un sou vaillant ! Aussi, elle ne vaut pas tripette et il sera difficile pour la Belgique de s’en débarrasser.

 

On le voit : quasiment, rien n’a changé depuis 2008. Les banques restent sans fonds propres, elles sont de tailles bien trop importantes et on n’a toujours pas séparé les activités spéculatives des dépôts. Cela ne peut évidemment pas durer.

 

Pourtant, il existe deux obstacles à des mesures sérieuses : l’Allemagne de Merkel et Wall Street.

 

Merkel avec sa « grande coalition » s’obstine dans sa dogmatique « ordolibérale » : pas question de mutualiser les dettes souveraines, donc de la monétariser. La planche à billets est maudite pour les zélateurs de l’ordolibéralisme.

 

Quant aux Américains, si on lit le quotidien financier français en ligne « Le Contrarien », Charles Sannat écrit : « … désormais, l’euro, et en particulier le refus allemand de l’utilisation de la planche à billets, pose un véritable problème économique aux Américains et à la finance anglo-saxonne qui a désespérément besoin de fonds, de beaucoup de fonds pour survivre, et pour être presque viable, l’effort doit être partagé entre toutes les banques centrales. Si le Japon et même la Suisse jouent le jeu de l’impression monétaire à outrance, l’Europe, avec la BCE sous contrôle étroit allemand, joue le service minimum et encore.

 

La seule solution c’est donc de faire exploser l’euro et d’apporter le petit souffle nécessaire à l’effondrement du château de cartes européen. Autre élément, la vague reprise américaine ne tient que grâce à la fuite en avant aussi bien dans la dette de l’État fédéral américain que dans la création monétaire de la FED. Sans création de monnaie c’est la récession mondiale et la déflation qui prendra le dessus comme c’est le cas aujourd’hui en Europe. »

 

Pourquoi à Noël ?

 

« Il y a donc de très fortes chances que la finance anglo-saxonne attaque et massacre l’euro. En Europe, l’une des semaines de congés les plus prisées est bien évidemment celle entre Noël et le jour de l’an. Beaucoup de patrons comme d’intervenants et d’opérateurs sur les marchés sont tout simplement en train de ripailler en famille ou de skier à la montagne, c’est donc un moment de grande vulnérabilité. Si vous voulez prendre des vacances cette année, n’oubliez pas l’option annulation… cela pourrait servir !

 

Pour faire vaciller l’euro, une attaque contre l’Italie serait évidemment une bonne solution car elle nécessiterait moins de cash qu’une attaque contre la France qui n’est pas non plus à exclure, loin de là. »

 

Eh bien ! L’attaque semble être lancée avec la dégradation inattendue mais tout à fait normale de la note italienne par Standard & Poor’s qui intervient alors que rien de notable ne s’est produit qui impliquerait un affaiblissement de la capacité de Rome à rembourser sa dette.

 

Vers une crise d’insolvabilité généralisée

 

Cependant, Sannat ajoute : « Nous devons comprendre que l’analyse de Standard & Poor’s est fondamentalement économiquement parfaitement juste. Ce qui est étrange d’ailleurs, ce n’est pas tant que l’Italie soit dégradée mais le moment choisi pour le faire, sans oublier le fait que c’est l’ensemble des pays occidentaux qui devraient être dégradés tant la dérive des finances publiques, de l’endettement sont patents.

 

Nous allons vers une crise d’insolvabilité généralisée qui ne pourra se régler qu’à travers une immense crise monétaire. C’est une certitude.

 

S&P insiste dans son communiqué sur l’état dramatique de l’Italie. Pas de croissance, et le fait que l’Italie pourrait devenir un emprunteur à risque, euphémisme à peine poli masquant si peu le fait que l’Italie est déjà un emprunteur à risque. Là encore c’est une certitude que l’appel éclusé aux réformes ne peut même plus cacher. Il n’y aura pas de réforme et quand bien même il y aurait des réformes que les conséquences des réformes seraient presque identiques aux conséquences de la faillite. »

 

C’est donc l’impasse ! Et si l’Italie est le maillon faible de la zone Euro pour le moment, d’autres pays comme la France, la Belgique et même l’Allemagne se trouvent dans une situation qui est à peine plus enviable.

 

L’union bancaire : une menace intolérable pour les spéculateurs

 

En plus, les Américains craignent comme la peste le projet européen d’union bancaire : « S’il y avait une véritable union bancaire, politique et fiscale, la BCE pourrait directement décider de la restructuration d’une banque, elle pourrait briser la relation incestueuse entre les États endettés et le système bancaire, qui est la véritable raison de la stagnation économique continue dans la zone euro, et pourrait enfin faire la chasse aux fonds spéculatifs. »

 

Que faire ?

 

Alors, que faire ? Sans doute le scénario imaginé par Charles Sannat ne se déroulera pas comme il le décrit. Mais, son analyse est pertinente. Et l’immobilisme dans lequel l’Europe s’est plongée avec notamment le TSCG (le Traité budgétaire) et la politique monétaire dominante de l’Allemagne qui a comme conséquence de paralyser les économies nationales avec tous les dégâts sociaux collatéraux, ne pourra pas durer. On sent bien qu’il va se passer quelque-chose ! Donc, le crash de Noël est tout à fait plausible. Il y a d’ailleurs un autre indice : la spéculation sur l’or a repris. C’est le signe d’une future instabilité économique et monétaire.

 

Insolvabilité volontaire et unification européenne

 

La solution la plus appropriée a été proposée par Paul Jorion dans son dernier ouvrage d’entretien avec l’économiste libéral, le Belge Bruno Colmant, « Penser l’économie autrement » (Fayard, Paris, 2014). Il est partisan d’un défaut généralisé du paiement des dettes souveraines, autrement dit, d’une insolvabilité volontaire ! Pour quelles raisons ? « Les pays s’épuisent en ce moment dans le service de leur dette. La pente est tout simplement impossible à remonter. »

 

Jorion envisage le scénario suivant : « Cela se ferait inévitablement au cours d’un week-end, quand les marchés financiers sont fermés. Mais cela demanderait une longue préparation. Et, parallèlement à cette décision de défaut généralisé, il faudrait simultanément unifier le système budgétaire et fiscal européen et mutualiser la dette pour en faire une dette européenne unifiée. Les dettes nationales auraient cessé d’exister, il n’y aurait plus qu’une seule dette : la dette globale de la zone euro. »

 

Ajoutons à cela qu’ainsi la zone euro se protégerait des spéculateurs, car s’ils ont les moyens d’injecter de spéculer sur la dette d’un seul Etat, ils sont dans l’incapacité de le faire à un tel niveau supranational. D’autre part, on objecte au défaut le danger de ne plus avoir la confiance des emprunteurs. Or, ceux-ci ne pourraient éviter de prêter à une zone euro unifiée.

 

Mais, on peut douter qu’Angela soit d’accord avec une telle proposition !

 

Pierre Verhas

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Published by pierre verhas
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commentaires

BM 10/12/2014 13:09

Merci de cette analyse qui nous change du discours ambiant, tout en se fondant sur des faits.

Je suppose que Mme Merkel, forcément très bien informée de par sa fonction, est au courant de tout cela, et a parfaitement conscience des conséquences qui s'ensuivront.

La conclusion logique et rationnelle, c'est que les plus hautes autorités allemandes ont décidé d'en finir avec non seulement l'Euro, mais également avec l'Union Européenne elle-même. Sans doute pour la recréer sous une forme beaucoup plus restreinte, à savoir un "club" d'Europe du Nord limité à quelques pays soigneusement choisis (Finlande, Pays-Bas, peut-être l'Autriche).

Pourquoi ? Je ne suis pas dans le "secret des dieux", mais mon interprétation personnelle (qui vaut ce qu'elle vaut), c'est que Berlin éprouve sans doute beaucoup de doute sur sa capacité à maintenir à long terme sa position dominante sur un ensemble politique comprenant près de 30 pays extrêmement hétérogène.

De plus, n'oublions pas que toutes les prévisions démographiques convergent sur le fait que la France sera bientôt (dans deux ou trois décennies) le pays le plus peuplé d'Europe occidentale, probablement pour longtemps. On a préféré passer cette information en France, car elle contredit violemment le discours "décliniste" officiel qui justifie toutes les régressions. Mais à l'étranger, on en a pris bonne note, et Berlin agit en conséquence, préférant, si l'on ose dire, "prévenir que guérir".

Daniel Fuld 08/12/2014 16:59

En général, les agences de notations endossent des situations existantes...donc cela rend l'hypothèse plausible. En synthèse, soit l'Allemagne accepte la mutualisation des dettes européennes, soit l'Euro ne survivra pas...Merkel devra choisir ! ! !