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  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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31 mars 2015 2 31 /03 /mars /2015 08:55

 

J’ai failli me faire avoir sur le blog de Paul Jorion. Dans un billet invité intitulé Plaidoyer sarcastique mais néanmoins argumenté pour le remplacement de la Troïka par une autorité de curatelle, d’un certain Georges Lagarde, il est question d’instaurer au niveau de l’Union européenne une autorité de curatelle à la place de la Troïka qui aurait « pour fonction d’assurer, après décision d’une Cour Européenne des Tutelles, la protection de tout gouvernement national dont les décisions (1) ne seraient pas conformes aux Traités ou (2) iraient à l’encontre des décisions du Conseil ou de la Commission ou (3) feraient obstacle à l’action de la Banque Centrale Européenne. »

 

Vote toujours, tu m’intéresses !

 

Les gouvernements mis ainsi sous tutelle conserveraient leur souveraineté pleine et entière (merci pour eux !) à l’exception des budgets, des impôts, des privatisations qui seraient soumis à l’autorité de tutelle et – dans l’intérêt de l’Union européenne – devraient impérativement suivre les recommandations de l’Autorité de tutelle. « Depuis la déclaration de Jyrki Katainen vice-président de la Commission européenne : « We don’t change policies depending on elections», qui reprend sous une forme concise et limpide d’autres déclarations allant dans le même sens, il est devenu clair que, de quelques tendances qu’ils soient, les programmes politiques déraisonnables, populistes et extrémistes ne sont pas compatibles avec les règles de l’Union. Dans un ensemble qui compte pas loin d’une trentaine de membres, les revirements électoraux trop fréquents et les gouvernements instables auxquels ils conduisent n’ont plus leur place et ce d’autant plus que cette instabilité risque de mettre en péril la monnaie unique, résultat des efforts et des sacrifices de tous. »

 

En clair, vote toujours, tu m’intéresses !

 

Il est précisé en outre : « Seuls des programmes politiques conformes aux traités et tenant compte de manière réaliste du principe de suppléance comme du principe de subsidiarité peuvent permettre un fonctionnement harmonieux des institutions et assurer la stabilité indispensable à la cohérence d’un ensemble européen attaché à sa monnaie commune. »

 

En clair, pas question de changer quoi que ce soit : une décision européenne est souveraine et le peuple doit s’y soumettre.

 

L’Autorité de tutelle serait bien plus efficace que la Troïka et l’on ne s’enliserait pas dans des discussions sans fin.

 

En clair, Zum befehl !

 

Et pour finir : « Les membres de cette Cour Européenne des Tutelles, inamovibles comme ceux de la Cour Suprême, devraient être choisis par la Commission sur proposition du Conseil. Ainsi, libérés de toute contrainte électorale, ils seraient en mesure de protéger contre eux-mêmes les pays qui seraient confiés à l’ACT (Autorité de tutelle) afin de les guider sur la voie la plus efficace: la compétitivité, la croissance, l’équilibre financier et finalement le remboursement de la dette qui assurerait la pérennité de l’euro. »

 

Ce serait évidemment la fin de la démocratie si on ajoute cette nouvelle institution, bien que, en gros, c’est déjà le cas avec la Troïka qui s’appelle désormais « le groupe des experts de Bruxelles » qui « règne » sur la Grèce comme on sait, mais aussi sur l’Italie, l’Espagne, le Portugal et l’Irlande. La France est menacée. Mais la troïka n’est pas une institution. Ce que ce « papier » propose est tout simplement d’institutionnaliser celle-ci.

 

J’ai failli marcher, car cette proposition est un canular. Heureusement ! Mais, reconnaissez qu’il est vraisemblable puisque la doctrine actuelle de la Commission est de ne pas changer sa politique en dépit d’élections nationales. Et les gouvernements nationaux qui sont le plus soumis à l’exécutif européen font de même : en dépit des résultats électoraux, on ne change pas de cap ! Vous avez entendu Hollande et Valls après la raclée des élections départementales.

 

La Troïka est toujours là !

 

Quant à la Grèce, le « groupe d’experts » fait tout pour saboter le gouvernement Tsipras. Dans le même blog de Paul Jorion – et cette fois-ci, ce n’est pas une blague – François Leclerc écrit : « Les mêmes hauts fonctionnaires de la Troïka qui désormais constituent le « groupe des experts de Bruxelles » s’érigent en censeurs pointilleux des propositions de réforme du gouvernement grec. Celles-ci ne seraient pas assez détaillées et crédibles prétendent-ils, ayant poursuivi durant tout le week-end une séance marathon de négociation en annonçant par avance qu’elle n’allait pas aboutir.

 

Ils ont la mémoire sélective, ayant oublié la fantaisie de leurs propres prévisions, notamment en termes de recettes des privatisations ou d’excédent budgétaire primaire. Mais le prétexte est tout trouvé pour continuer à mettre les dirigeants grecs à court d’expédients financiers sur des charbons ardents et pour les faire davantage reculer. Des informations contradictoires circulent à propos de l’état des négociations en cours, qu’il faut prendre avec des pincettes. On croit savoir que les négociateurs grecs ont reculé sur le chapitre des privatisations et de la taxe d’habitation, qu’ils voulaient supprimer et qu’ils maintiendraient. Mais qu’ils restent ferme à propos des modifications de la loi du travail, des coupes dans les salaires et les pensions, de l’âge du départ à la retraite et de la réforme de la sécurité sociale. »

 

Yanis Varoufakis à la réunion de l'Eurozone le 9 mars. Le loup dans la bergerie ! (montage Huffington Post)

Yanis Varoufakis à la réunion de l'Eurozone le 9 mars. Le loup dans la bergerie ! (montage Huffington Post)

 

En outre, la « Libre Belgique » de ce 30 mars révèle que Varoufakis, afin de relancer l’économie, a décrété que les PME qui avaient des retards considérables de paiements fiscaux, pouvaient étaler les remboursements dans le temps. Pas question, pour la Troïka ! Autrement dit, l’objectif réel est d’étrangler la Grèce.

 

Et à la tête de l’Union européenne, on ne se comprend plus. Ce n’est pas la faute des interprètes qui font des efforts considérables lors des « Sommets » européens, mais des différents « partenaires ». Non, c’est le résultat d’une volonté.

 

Une claire volonté de sévir

 

Le « Monde » du 29 mars publie un long reportage sur les négociations entre les institutions européennes, l’Allemagne et la Grèce. Ce « papier » ayant pour objet de démontrer la bonne volonté de « l’Europe » face à un gouvernement grec « d’extrême-gauche » décrit, si on le lit bien, la duplicité de la politique de l’Union européenne. On montre un Tsipras pusillanime et un Varoufakis arrogant, fantaisiste et incontrôlable. Or, la réalité est tout autre.

 

Dès l’arrivée au pouvoir de Syriza, tout avait déjà été fait pour l’empêcher de mettre en œuvre les réformes promises dans son programme électoral. La Grèce a dû débourser près de 6 milliards d’euros en mars, le 9 avril elle devra payer encore 450 millions et 1,4 milliard en en remboursements des bons du Trésor et puis 1 milliard le 17 avril. Ce rythme de remboursements imposé par la Troïka est impossible et n’a qu’un objectif : étouffer la Grèce pour coincer Tsipras.

 

Et n’oublions pas ce que l’on a appelé le « coup d’Etat financier » de l’ancien vice-président pour l’Europe de Goldman Sachs et aujourd’hui gouverneur de la BCE, Mario Draghi de bloquer les liquidités pour les banques grecques, enlevant ainsi une source de liquidités pour la Grèce.

 

Mario Draghi continue à asseoir le pouvoir absolu des banques sur l'Union européenne.

Mario Draghi continue à asseoir le pouvoir absolu des banques sur l'Union européenne.

 

Cela a eu pour conséquence une fuite des capitaux qui a accru les difficultés au pays des Hellènes.

 

Le leitmotiv des dirigeants européens, Hollande en tête, est d’exiger du gouvernement d’Athènes qu’il respecte les règles. Or, est-ce respecter ces fameuses règles que de prendre des mesures carrément hostiles à l’égard d’un Etat membre en grave difficulté ?

 

N’est-ce pas pour provoquer le « Grexit », c’est-à-dire l’exclusion de la Grèce de la zone euro ? Wolfgang Schlaube, le ministre des Finances de Merkel, l’envisage, s’il ne le souhaite. Il affirme que les marchés ont déjà intégré cette éventualité.

 

En clair, tout cela a été bien mis au point. Il est impératif que Syriza morde la poussière. Une éventuelle réussite ferait effet de boule de neige en Espagne d’abord avec Podemos qui se présente comme la troisième force politique en Espagne et avec la kyrielle de mouvements divers comme « Tout autre chose » en Belgique qui a réussi à rassembler 17.000 personnes dimanche 29 mars à Bruxelles, en dépit d’un temps épouvantable.

 

"Tout Autre Chose" a réussi à rassembler 17.000 personnes à Bruxelles le 29 mars, en dépit d'un temps apouvantable : une volonté de changer et un tour de force.

"Tout Autre Chose" a réussi à rassembler 17.000 personnes à Bruxelles le 29 mars, en dépit d'un temps apouvantable : une volonté de changer et un tour de force.

 

La rhétorique d’extrême-gauche

 

La manière dont le « Monde » décrit cet acharnement des institutions européennes contre Syriza est un monument de duplicité : « Le paradoxe de cette nouvelle crise grecque, c’est que les sommes en jeu sont minimes au regard des précédentes [que la Grèce a dû rembourser]. Un, deux, dix, vingt milliards d’euros tout au plus, pour éviter à Athènes de rater la marche. Mais pendant deux mois de psychodrames, la crise a pris un tour irrationnel. » Le psychodrame et le « tour irrationnel » sont l’affrontement entre deux conceptions du monde. Et on ne se comprend pas. Ainsi, le commissaire européen aux Finances, le français Pierre Moscovici, commente : « L’une des difficultés, c’est aussi la différence de culture politique. Moi je connais un peu la rhétorique d’extrême-gauche. Mais ce n’est pas le cas de tout le monde autour de la table. »

 

Pierre Moscovici, pur produit "hollandiste", n'aime pas la "rhétorique" de Yanis Varoufakis.

Pierre Moscovici, pur produit "hollandiste", n'aime pas la "rhétorique" de Yanis Varoufakis.

 

Varoufakis, économiste keynésien, professeur dans des universités américaines, d’extrême-gauche ? Non, un tempérament qui veut réellement changer les choses.

 

Et c’est ce que craignent les dirigeants européens, bien au-delà de la Grèce. Ambiance !

 

Pierre Verhas

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Published by pierre verhas
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