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  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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23 mai 2015 6 23 /05 /mai /2015 08:56

Réflexions sur un deuxième voyage en Palestine

 

Ce deuxième voyage a permis d’approfondir les acquis du premier et surtout de mieux appréhender les choses grâce à une parfaite organisation de S’Académie de la Fédération des Mutualités Socialistes du Brabant et grâce aux rencontres enrichissantes d’Israéliens, de Palestiniens et de nombreux contacts avec le peuple. Voici les réflexions que j’en ai tirées. Elles s’inscrivent dans la perspective historique, car il nous a été conseillé à plusieurs reprises de nous référer à l’histoire tragique de cette région et de ses peuples pour comprendre le temps présent et envisager les perspectives d’avenir. Ces réflexions complètent les premières, suite au premier voyage, qui ont paru en quatre épisodes sur le blog « Uranopole », l’année dernière.

 

http://uranopole.over-blog.com/2014/10/palestine-un-peuple-vivant-un-etat-virtuel.html

 

http://uranopole.over-blog.com/2014/10/palestine-un-peuple-vivant-un-etat-virtuel-2.html

 

http://uranopole.over-blog.com/2014/11/palestine-un-peuple-vivant-un-etat-virtuel-iii.html

 

http://uranopole.over-blog.com/2014/11/palestine-un-peuple-vivant-un-etat-virtuel-iv.html

 

Ces réflexions contiennent trois parties qui s’inscriront dans cette perspective historique que j’ai tenté d’appréhender.

 

La première traite du processus « constitutif » d’Eretz Israël dont la cheville ouvrière est la colonisation. On s’aperçoit que le débat sur les colonies date des débuts du sionisme et, déjà, le mouvement sioniste était divisé à ce sujet.

 

La seconde traitera du poids de la religion qui est en réalité instrumentalisée dans des objectifs géopolitiques qui dépassent le théâtre du conflit israélo-palestinien.

 

La troisième traitera de ses murs dressés entre deux peuples qui constituent, avec la colonisation, les obstacles majeurs à toute solution d’un conflit qui a déjà près de cent années d’existence et qui n’est pas prêt de s’éteindre.

 

Pierre Verhas

 

Première partie : « La frontière sera là où nous planterons notre dernier arbre. »

 

Feu Ariel Sharon n’était pas seulement un baroudeur, il fut aussi un stratège et il fut un des rares dirigeants israéliens à avoir une vue à long terme. D’ailleurs, David Ben Gourion, le fondateur d’Israël, le voyait comme son véritable successeur.

 

David Ben Gourion, le fondateur de l'Etat d'Israël, voyait Ariel Sharon comme son successeur.

David Ben Gourion, le fondateur de l'Etat d'Israël, voyait Ariel Sharon comme son successeur.

 

Dans un entretien accordé au supplément hebdomadaire du quotidien israélien Haaretz, le 13 avril 2001, Ariel Sharon livra le fond de sa pensée : « Aujourd’hui, les gens ne vibrent plus à l’idée d’“une acre et encore une acre”. Moi, cette idée m’excite toujours… La guerre d’indépendance n’est pas terminée. Peut-être durera-t-elle éternellement. Un peuple normal ne se pose pas de questions du genre “allons-nous toujours vivre avec l’épée ?” L’épée fait partie de la vie. »

Ariel Sharon - ici avec Moshe Dayan - n'était pas seulement un baroudeur.

Ariel Sharon - ici avec Moshe Dayan - n'était pas seulement un baroudeur.

 

Auparavant, dans un texte publié par le Yediot Aharonot en 1993, Ariel Sharon écrivait : « Nos grands-parents et nos parents ne sont pas venus ici [en Israël] pour bâtir une démocratie. Tant mieux si elle est préservée, mais ils sont venus ici pour créer un État juif. L’existence d’Israël n’est vraiment menacée que par ceux qui, parmi les Israéliens, ne jurent que par la démocratie et la paix, au risque de saper les fondements de notre État juif démocratique et d’ouvrir la voie à la dictature criminelle d’un État palestinien dirigé par l’OLP. (…) Le sionisme n’a jamais prôné la démocratie, mais la création en Palestine d’un État juif appartenant à tout le peuple juif et à lui seul. »

Ariel Sharon voyait à long terme.

Ariel Sharon voyait à long terme.

 

Processus de « paix » ou « processus constitutif » ?

 

Autrement dit, le fameux « processus de paix » que nous rabâchent les médias à tout bout de champ est une pure fiction. Sharon a pensé et mis en œuvre la colonisation des « territoires occupés » par Israël depuis 1967, colonisation qui se poursuit et même s’accentue, en dépit des « protestations » internationales. La colonisation des territoires est un élément de la construction d’Israël, car, selon Sharon, « Israël ne doit pas fixer de frontières. » Il existe donc, à la place du « processus de paix », un « processus constitutif », car « La paix n’est pas à l’ordre du jour dans les cinquante ans à venir. » Et la frontière « sera là où nous planterons notre dernier arbre. »

 

Il s’agit donc de créer Eretz Israël, la terre de l’Israël biblique. Le directeur du Centre d’Information Alternative, Michel Warschawski dit que pour tout Juif, religieux ou laïque, ashkénaze ou sépharade, « la Bible est un cadastre ». En effet, c’est en vertu des textes bibliques qu’est déterminé le territoire d’Israël sans tenir aucun compte des frontières reconnues par les Nations Unies et de la volonté des habitants non juifs de cette terre. Il ajoute : « L’athée israélien ne croit pas en Dieu, mais il croit dur comme fer que Dieu lui a donné cette terre. » Il considère dès lors que la Bible est la base même de l’identité juive.

 

 

Michel Warschawski nous fait comprendre qu'il faut appréhender le conflit dans une perspective historique.

Michel Warschawski nous fait comprendre qu'il faut appréhender le conflit dans une perspective historique.

 

Pour Israël, il n’existe donc pas de droit historique : Israël, c’est là où on a « israélisé ». L’objectif est de créer l’Etat juif, c’est-à-dire une communauté la plus homogène possible. Netanyahou dit aujourd’hui « l’Etat des Juifs » laissant entendre que tout non-juif n’y a pas sa place.

 

La colonisation, partie intégrante du processus constitutif

 

Quid, dès lors, des Palestiniens ? Au départ, Sharon considérait que la dynastie des Hachémites dont le représentant était le roi Hussein, n’était pas le pouvoir légitime en Jordanie. Dès lors, il poussait les Palestiniens à partir et à renverser le souverain pour y installer leur Etat. Par après, voyant que les Palestiniens voulaient rester, il changea d’avis. Et c’est ainsi que commença la colonisation. La colonisation fait partie intégrante du « processus constitutif ».

 

Il y a longtemps que l’on se pose la question de la nature « colonialiste » de l’Etat d’Israël. Dans un célèbre numéro de la revue de Jean Paul Sartre « Les Temps modernes », paru en juin 1967, juste après la guerre des Six jours et consacré au conflit israélo-arabe, Maxime Rodinson demande : « Israël, fait colonial ? ».

 

Après avoir passé en revue les différentes analyses des organisations sionistes de gauche des années 1960 en Europe et particulièrement en France, où elles concluent que l’on ne peut pas comparer Israël avec le colonialisme européen – il n’y a pas de puissance colonisatrice, il n’y a pas de missionnaires, etc. – Rodinson se penche sur les origines du Sionisme.

 

Théodore Herzl, considéré comme le fondateur du Sionisme, qui fut en tout cas son concepteur, voyait l’émigration juive vers la Palestine sur la base d’un accord avec le souverain turc – on était à l’époque de l’empire ottoman qui occupait la Palestine – et l’Europe : « Si Sa Majesté le Sultan nous donnait la Palestine, nous pourrions nous faire forts de régler complètement les finances de la Turquie. Pour l’Europe, nous constituerions là-bas un morceau du rempart contre l’Asie, nous serions la sentinelle avancée de la civilisation contre la barbarie. Nous demeurions, comme Etat neutre, en rapports constants avec toute l’Europe qui devrait garantir notre existence. »

 

Théodor Herzl considéré comme le fondateur du Sionisme était un Juif laïque et avait la conception d'un Etat juif comme les autres Etats-nations de son temps et ne croyait pas à la colonisation.

Théodor Herzl considéré comme le fondateur du Sionisme était un Juif laïque et avait la conception d'un Etat juif comme les autres Etats-nations de son temps et ne croyait pas à la colonisation.

 

Cela n’est évidemment pas cela qui s’est passé. L’Empire ottoman s’est effondré lors de la Première guerre mondiale, la Palestine est passée sous mandat britannique et une double promesse a été faite par la Grande Bretagne : un « foyer juif » en Palestine et la constitution d’une nation arabe. Celle-ci a existé sous la forme de la Transjordanie dont le premier souverain fut Abdallah Ier, prince hachémite.

 

Mais, aujourd’hui, dans la stratégie américaine, Israël est bien considéré comme ce rempart contre la « barbarie » appelée aujourd’hui « l’axe du mal ».

 

Quant à la constitution de l’Etat juif, lisons l’analyse de Herzl par Rodinson : « Les colonies agricoles dispersées paraissent à Herzl inefficaces. Elles se fondent sur « le faux principe de l’infiltration successive ». Or, « l’infiltration doit toujours mal finir, car, régulièrement, le moment arrive où le gouvernement, sur l’instance des populations qui se sentent menacées, arrête l’affluence ultérieure des Juifs. Par conséquent, l’émigration n’a vraiment de raison d’être que si elle a pour base notre souveraineté assurée. »

 

Au congrès sioniste de Bâle en 1897, tout le monde était d’accord pour avoir l’appui des grandes puissances de l’époque et faire pression sur le Sultan. Il y avait un précédent : l’autonomie du Liban chrétien. « On était à l’époque où les territoires allogènes au sein de l’Empire ottoman obtenaient les uns après les autres leur indépendance. » Il n’y avait dès lors aucune raison pour que le futur territoire juif fasse exception.

 

La résolution du congrès de Bâle comporte quatre points qui forment un compromis entre la méthode diplomatique de Herzl et la volonté de coloniser la Palestine.

 

« Développement de la colonisation agricole et artisanale en Palestine, effort d’organisation des Juifs dispersés, effort pour renforcer la conscience nationale de ceux-ci, enfin, last not least, démarches préliminaires pour obtenir les accords gouvernementaux nécessaires. »

 

Là aussi, les choses ne se sont pas déroulées comme le fondateur du mouvement sioniste l’aurait souhaité. C’est justement par l’émigration des Juifs entre les deux guerres mondiales suite aux persécutions en Europe centrale puis en Allemagne et la Shoah que s’est constitué le peuple israélien. Ce sont précisément les colonies agricoles – les kibboutzim et les moshavim – qui ont construit la géographie de l’Etat fondé en 1948.

 

Mais, cela s’est fait dans la guerre, ce que craignait Théodore Herzl, alors qu’il préférait la voie diplomatique en jouant sur les grandes puissances, jeu un peu hypocrite. Maxime Rodinson le décrit : « Dans toutes ces éventualités, la perspectives était située dans le cadre de l’assaut européen sur l’Empire ottoman « homme malade » dont le dépècement total était reculé par la rivalité des puissances, mais en attendant soumis à toutes les interventions, les pressions, les menaces. »

 

Il y eut assaut britannique et français suite à l’alliance du Sultan avec l’Allemagne. Le destin de tout le Moyen Orient et en particulier en Palestine, en fut bouleversé.

 

Et on connaît la suite. On peut observer que l’Etat d’Israël depuis 1948 a toujours joué avec les grandes puissances. En 1947, les Sionistes avaient l’appui de l’Union Soviétique et de la France. La Haganah – milice issue du mouvement sioniste de gauche de David Ben Gourion, ancêtre de l’actuelle Tsahal – s’armait en Tchécoslovaquie alors sous giron soviétique. L’appui des USA ne fut acquis que grâce à la pression des Juifs étatsuniens. C’est ainsi que jouant ce double jeu diplomatique, l’Etat d’Israël de 1948, sur la base du plan de partage de 1947 rejeté par les Arabes, obtint la reconnaissance des Nations Unies, aucun membre du Conseil de sécurité n’ayant mis son veto.

 

La désastreuse offensive arabe de 1948 dite « guerre d’indépendance » par les Israéliens eut une double conséquence : les Israéliens conquirent l’ensemble des territoires destinés aux Arabes dans le plan de partage et il y eut un arrêt de la colonisation agricole, les Arabes ayant empêché les Israéliens de conquérir la partie orientale de Jérusalem et ayant détruit les quelques colonies juives de Cisjordanie. Si quelques colonies furent installées dans le Neguev – notamment le kibboutz Sde Boker où a habité Ben Gourion, situé près de Dimona, la ville du centre du désert où se trouve la grande centrale nucléaire israélienne – il n’y a pas eu de nouvelles colonies.

 

Ce n’est donc qu’après la guerre des Six jours de juin 1967 que la colonisation reprit.

 

Le sort des Palestiniens : la nabka (la catastrophe en arabe)

 

La propagande israélienne a fait accroire que les Juifs se sont installés en Palestine avant la Deuxième guerre mondiale, dans des domaines abandonnés par leurs propriétaires turcs ou syriens et qu’ils ont racheté les petites propriétés agricoles appartenant à des Arabes palestiniens. D’autre part, s’il y a eu le 9 avril 1948, le massacre de Deir Yassine qui est l’œuvre de l’Irgoun de Menahem Begin et du Lehi d’Itzhak Shamir – tous deux furent plus tard Premier ministre d’Israël – massacres contestés aujourd’hui par des polémistes de droite israéliens, 500.000 Palestiniens quittèrent leurs foyers sous l’impulsion des Etats arabes voisins et non sous l’injonction des Israéliens.

 

Expulsion d'une famille palestinienne de Haifa par des éléments de la Haganah en 1947

Expulsion d'une famille palestinienne de Haifa par des éléments de la Haganah en 1947

 

Ces affirmations sont fortement controversées. Bien entendu, les historiens arabes contestent cette version. Mais, depuis la décennie 1980 – 90, plusieurs historiens israéliens contestèrent la version officielle et parlèrent d’un plan d’expulsion élaboré par les chefs de la Haganah sous les ordres de David Ben Gourion lui-même.

 

Dans un article paru dans le « Monde diplomatique » en décembre 1997, Dominique Vidal, historien français spécialiste de la Shoah et d’Israël, ami de Michel Warschawski, explique : « Entre le plan de partage de la Palestine adopté par l’Assemblée générale des Nations unies le 29 novembre 1947 et les armistices de 1949 consécutifs à la première guerre israélo-arabe déclenchée par l’invasion du 15 mai 1948, plusieurs centaines de milliers de Palestiniens qui vivaient sur les territoires finalement occupés par Israël ont quitté leurs foyers.

 

Pour les historiens palestiniens et arabes, il s’agit bel et bien - ils l’ont toujours affirmé - d’une expulsion. L’immense majorité des réfugiés (évalués entre 700 000 et 900 000) ont été, expliquaient-ils, contraints au départ au cours des affrontements israélo-palestiniens, puis de la guerre israélo-arabe, dans le cadre d’un plan politico-militaire d’expulsion jalonné de nombreux massacres. C’est notamment la thèse défendue, dès 1961, par Walid Khalidi, dans son essai intitulé « Plan Dalet : Master Plan for the Conquest of Palestine », et plus récemment par Elias Sanbar, dans Palestine 1948. L’expulsion.

 

Selon l’historiographie israélienne traditionnelle, au contraire, les réfugiés (500 000 tout au plus) se sont pour la plupart enfuis volontairement, répondant aux appels de dirigeants qui leur promettaient un retour rapide après la victoire. Non seulement les responsables de l’Agence juive, puis ceux du gouvernement israélien, n’avaient pas planifié d’éviction, mais les rares massacres à déplorer - en premier lieu celui de Deir Yassin, le 9 avril 1948 - furent le fait des troupes extrémistes affiliées à l’Irgoun de Menahem Begin et au Lehi d’Itzhak Shamir.

 

Dès les années 50, toutefois, quelques personnalités israéliennes liées au mouvement communiste, voire à certains cercles de la gauche sioniste (notamment le Mapam), contestaient cette version. Depuis la seconde moitié des années 80, elles ont été rejointes dans leur critique par un certain nombre de chercheurs, qui se définissent eux-mêmes comme« nouveaux historiens » : Simha Flapan, Tom Segev, Avi Schlaïm, Ilan Pappé et Benny Morris - c’est ce dernier, avec The Birth of the Palestinian Refugee Problem, qui a donné le signal du scandale. Car, par-delà leurs différences d’objet, de méthode et d’opinion, ce qui unit ces chercheurs, c’est qu’ils s’en prennent aux mythes de l’histoire d’Israël et révisent en particulier celle de la première guerre israélo-arabe, contribuant à rétablir la vérité sur l’exode des Palestiniens - au moins partiellement, on le verra. Assez, en tout cas, pour s’attirer l’ire d’historiens orthodoxes. »

 

Dominique Vidal, historien de la Shoah et du conflit israélo-palestinien

Dominique Vidal, historien de la Shoah et du conflit israélo-palestinien

 

Les « nouveaux historiens » israéliens

 

Les conclusions des travaux de ce qu’on a appelé « les nouveaux historiens » ont jeté le doute sur l’historiographie officielle et. Le plus célèbre d’entre eux est Ilan Pappé qui est abondamment cité par les opposants à la politique du gouvernement israélien depuis l’assassinat d’Itzhak Rabin le 4 novembre 1995.

 

Dominique Vidal écrit : « Pour l’historien [Ilan Pappé], le combat actuel pour les droits des Palestiniens s’enracine dans la connaissance de l’injustice dont ils ont été victimes dans le passé. À commencer par l’expulsion de 1948, sur laquelle son dernier livre, The Ethnic Cleansing of Palestine traduit en français et édité en 2008 chez Fayard Le nettoyage ethnique de la Palestine, jette un éclairage radicalement nouveau. « Ce livre est le résultat de ce que j’avais peu à peu tracé dans les précédents, à savoir qu’en Palestine, avant, pendant et après 1948, on a mis en œuvre un plan bien précis, destiné à purifier ethniquement le territoire où a surgi l’État d’Israël. Des documents et des témoignages, soixante ans quasiment après ces journées, le disent avec une extrême clarté. » Et pourtant, l’auteur se dit persuadé qu’« Israël, de toutes façons, n’admettra jamais ses responsabilités sur la question des réfugiés, le gouvernement actuel et les prochains feront tout leur possible pour laisser dans les camps pour réfugiés toutes ces personnes [800 000 en 1948, qui sont environ quatre millions aujourd’hui] qui réclament leurs droits. Je ne crois pas cependant que les pays arabes seront disposés à se plier à l’exigence d’Israël d’oublier l’existence des réfugiés et de modifier l’initiative de paix arabe de 2002 [relancée au printemps 2007] ».

 

Ilan Pappé, historien israélien et militant communiste, a dû renoncer à enseigner à l'Université de Haifa. Il a même été accusé de négationnisme, car il avait comparé la nabka à la Shoah. Il enseigne aujourd'hui à l'université britannique d'Exeter.

Ilan Pappé, historien israélien et militant communiste, a dû renoncer à enseigner à l'Université de Haifa. Il a même été accusé de négationnisme, car il avait comparé la nabka à la Shoah. Il enseigne aujourd'hui à l'université britannique d'Exeter.

 

D’autant, précise Pappé, que, six décennies plus tard, dans certaines zones, une politique de purification ethnique « avance lentement. Dans la région du ‘‘Grand Jérusalem’’ par exemple. La construction du mur, l’expansion des colonies, la confiscation des terres, les bouclages et les restrictions des mouvements des gens contraignant des milliers de Palestiniens à s’en aller en abandonnant leurs maisons. La même chose arrive entre Jérusalem et Bethléem, et le long de la route qui va jusqu’à Jéricho. Au moins 40 000 Palestiniens ont dû faire leurs bagages et déménager à l’intérieur de la Cisjordanie. Sans parler de la vieille ville de Hébron, où l’agressivité des colons hébreux et des soldats a transformé en quartier fantôme la partie la plus caractéristique de cette cité ».

 

La guerre d’indépendance continue.

 

Ici on rejoint les propos d’Ariel Sharon et l’analyse de Michel Warschawski. Il est clair que la guerre d’indépendance continue. L’objectif est de créer un Etat aussi homogène que possible sur le plan ethnique. Il faut donc un grand territoire où il n’y aurait que très peu d’Arabes, selon Michel Warschawski. La colonisation, aujourd’hui comme en 1948, est un élément clé de la stratégie d’expansion d’Eretz Israël. Le cas exemplaire est celui de la colonie de Migron dans la partie de la Cisjordanie sise au Nord de Jérusalem non loin de Ramallah, la capitale de l’Autorité palestinienne.

 

Vue aérienne de Migron. Cette photo a été prise par des militants du mouvement "Shalom Archav" (la Paix maintenant) qui ont survolé la Cisjordanie afin d'y détecter les colonies dites "sauvages".

Vue aérienne de Migron. Cette photo a été prise par des militants du mouvement "Shalom Archav" (la Paix maintenant) qui ont survolé la Cisjordanie afin d'y détecter les colonies dites "sauvages".

 

Cette colonie a été fondée en 2001 sur des terres privées appartenant à des Palestiniens. Cependant, comme il n’existe pas de cadastre en Cisjordanie, les propriétaires ne possédaient aucun document pouvant être assimilé à un acte de propriété. Néanmoins, ils s’associèrent et déposèrent plainte devant les tribunaux israéliens. De péripéties en péripéties, ils aboutirent en 2012 à la Cour suprême israélienne qui trancha en leur faveur. Elle ordonna l’évacuation de la colonie de Migron. Le gouvernement israélien hésita pendant quelques mois. Finalement, en septembre 2012, les colons sont évacués sans trop de violences et, en réalité, transférés dans une autre colonie un peu plus loin. L’affaire n’est pas terminée pour autant, car il est probable que Tsahal expropriera l’ancienne colonie de Migron pour des raisons « stratégiques » et finira par la restituer à terme aux colons.

 

Une jeune Palestinienne regarde les graffitis  en hébreu laissés par les colons israéliens. Il est écrit : "Mort aux Arabes"...

Une jeune Palestinienne regarde les graffitis en hébreu laissés par les colons israéliens. Il est écrit : "Mort aux Arabes"...

Michel Warschawski expliquant le système des colonisations sous l'oeil attentif de trois participants dont Jef Baeck, Président de la Fédération des Mutualités socialistes du Brabant et son épouse.

Michel Warschawski expliquant le système des colonisations sous l'oeil attentif de trois participants dont Jef Baeck, Président de la Fédération des Mutualités socialistes du Brabant et son épouse.

 

Le principe de la colonisation est de créer une continuité géographique de la présence juive en cassant la continuité arabe. La colonisation ne se fait pas dans une logique démographique, mais dans une logique spatiale. Peu importe le nombre de colons si la continuité entre les colonies est assurée. Les colons viendront plus tard. Et c’est là toute la signification de la sentence d’Ariel Sharon : « La frontière sera là où nous planterons notre dernier arbre. »

 

Pierre Verhas

 

(A suivre)

 

IIe partie : Dieu n’est ni le maître, ni le même pour tous.

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