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3 juillet 2015 5 03 /07 /juillet /2015 16:11
Extrait du "Contrarien matin" du 3 juillet 2015

Extrait du "Contrarien matin" du 3 juillet 2015

 

La panique

 

L’enjeu est tellement énorme que c’est la panique. La panique provoque immanquablement une perte de contrôle de soi et certaines déclarations révèlent ainsi la vraie nature de quelqu’un. Ainsi, le président du Parlement européen, le social-démocrate allemand Martin Schultz qui, par ailleurs, milite pour que son Assemblée adopte le TTIP, a osé dire dans une interview au Handelsblatt : « De nouvelles élections seraient impératives, si le peuple grec vote pour le programme de réformes et donc en faveur du maintien dans la zone euro et que Tsipras, de façon logique, démissionne ». Il ajoute jubilatoire : « Ce serait la fin de Syriza » Et il souhaite à la place un gouvernement de technocrates « pour que nous puissions continuer à négocier. »

 

Martin Schultz, président du Parlement européen est-il l'homme de la Troïka ?

Martin Schultz, président du Parlement européen est-il l'homme de la Troïka ?

 

Autrement dit, au cas où le « oui » l’emporte, le gouvernement Tsipras est invité à dégager dès la proclamation des résultats. Il ne lui serait même plus permis d’organiser des élections. Evidemment, avec des technocrates, on se retrouve entre amis !

 

Il est vraiment difficile de rester socialiste avec un leader pareil.

 

La seconde déclaration vient du chef du gouvernement italien, Matteo Renzi : « Si chacun fait comme il entend, on ne va nulle part. » Il estime que le référendum pose « un choix surprenant et erroné » et « les amis grecs doivent respecter les règles. » On a vu le Premier italien mieux inspiré. L’objectif est clair : isoler Tsipras.

 

Le chantage à l’Euro

 

En outre, on joue sur la peur. La BCE a ainsi ouvertement fait du référendum un vote pour ou contre l'euro. Outre son action sur l'ELA, les déclarations mardi 30 juin au matin de Benoît Cœuré, membre français du directoire de la BCE, a mis fin par une simple reconnaissance de la possibilité du Grexit à l'irréversibilité officielle de l'euro. Dès lors, les électeurs grecs, favorables, selon les derniers sondages, à 81 % au maintien dans la zone euro sont prévenus. Le président de l'Eurogroupe Jeroen Dijsselbloem a abondé dans ce sens.

 

Finalement, cette stratégie de la panique avait déjà commencé avec l’expulsion de Varoufakis de l’Eurogroupe le 28 juin. Elle se poursuit par cette intox. Or, on sait qu’un « Grexit » ne peut se faire comme ça ! Le commissaire européen français Moscovici a eu l’honnêteté de déclarer qu’il n’était pas question que la Grèce quitte la zone Euro.

 

Le chantage est donc clair. Vous votez « non », vous perdez l’Euro. Cela peut jouer évidemment, notamment sur les PME et les petits commerces qui vivent du tourisme. Les sondages dont il faut bien évidemment se méfier, montrent une certaine hésitation des électeurs.

 

Sur le terrain, la Troïka a lancé sa formidable machine de propagande avec la droite grecque. Des campagnes d’affiches, des manifestations monstres, etc. Les partisans du « oui » étaient plus nombreux devant la Vouli – le Parlement grec – que ceux du « non ». Ce sont des signes, mais cela peut aussi ne rien signifier. Le vrai sondage se produira dimanche soir.

 

Juncker a été encore plus loin en déclarant que le « non » signifierait que la Grèce se séparerait de l’Europe, autrement dit de l’Union européenne.

 

En tout cas, tout cela prouve au moins une chose : la Troïka n’a pas d’argument, en dehors du chantage dans lequel elle est passée maître.

 

Des amis dans le monde

 

En tout cas, le gouvernement Tsipras bénéficie d’appuis internationaux. Ainsi, l’économiste américain Joseph Stiglitz a écrit dans le « Guardian » ce lundi 29 juin : « « En fait, les leaders européens ont commencé de révéler la vraie nature du litige autour de la dette (...) Celle-ci porte bien davantage sur des enjeux de pouvoir et de démocratie que sur la monnaie et l’économie. (…) Les dates butoirs sont destinées à forcer la Grèce à accepter l’inacceptable – pas seulement des mesures d’austérité mais de nouvelles politiques régressives et punitives. » Dans ces conditions, conclut l’économiste « un vote “oui”, le 5 juillet, signifierait la dépression quasiment sans fin (...) d’un pays qui a vendu l’ensemble de ses actifs et dont les plus brillants de ses jeunes ont dû émigrer. À l’inverse, un vote “non” laisserait au moins ouverte la possibilité que la Grèce puisse, avec ses fortes traditions démocratiques, reprendre sa destinée en main. Et même s’ils restent confrontés à d’immenses difficultés, les Grecs pourraient y gagner l’opportunité de construire un avenir bien plus riche d’espoir. »

 

Joseph Stiglitz, Prix Nobel de l'économie, néo-keynésien, se montre solidaire des Grecs.

Joseph Stiglitz, Prix Nobel de l'économie, néo-keynésien, se montre solidaire des Grecs.

 

D’autre part, le 30 juin, à Genève, deux experts des Nations Unies en matière de droits humains ont salué la tenue de référendum en Grèce pour décider démocratiquement de la voie à suivre pour résoudre la crise économique grecque sans détériorer davantage la situation des droits humains. Les experts indépendants pour la promotion d’un ordre international équitable et démocratique, Alfred de Zayas et pour les droits humains et la solidarité internationale, Virginia Dandan, ont souligné qu’il y a bien plus en jeu que les obligations de remboursement de la dette faisant écho à un précédent avertissement au cours du mois de juin de l’expert indépendant de l’ONU sur la dette externe et les droits humains, Juan Pablo Bohoslavsky.

 

Ces experts font partie de ce qui est connu comme Procédures spéciales du Conseil des droits de l’homme. Le nom Procédures Spéciales désigne le Conseil indépendant de recherche et surveillance en charge des situations spécifiques à des pays ou des questions thématiques globales. Il s’agit du plus vaste organe d’experts (et d’expertes) indépendant€s du système des Nations Unies. Ils ne sont pas membres du personnel de l’ONU mais travaillent de manière volontaire et non rémunérée. Ils sont indépendants de tout gouvernement ou organisation et sont reconnus pour leur grande valeur.

 

« Toutes les institutions et mécanismes de protection des droits humains devraient saluer le référendum grec en tant qu’expression éloquente de l’auto-détermination du peuple grec conformément aux articles 1 et 25 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques. En effet, un ordre international démocratique et équitable requiert la participation de toutes les parties au processus de décision et le respect dudit processus qui peut être atteint au travers de la solidarité internationale et de l’approche des droits humains comme solution à tous les problèmes y compris les crises financières.

 

Il est décevant que le FMI et l’Union européenne refusent d’accepter une solution qui n’implique pas des mesures régressives supplémentaires. Certains dirigeants ont exprimé leur mécontentement à l’annonce de la tenue d’un référendum en Grèce. Pourquoi ? Les référendums sont pourtant la quintessence d’une gouvernance démocratique.

 

Personne ne peut attendre du Premier ministre grec qu’il renonce aux engagements donné à son peuple qui l’a élu avec un mandat clair de négocier une solution juste qui ne porte pas davantage préjudice à la démocratie grecque et qui entraîne l’accroissement du chômage et de la misère sociale. La capitulation face à un ultimatum qui impose encore davantage d’austérité réduirait à néant la confiance démocratique de l’électorat dans son Premier ministre. Chaque État a le devoir de protéger le bien-être de la population qui se trouve sous sa juridiction. Les acteurs extérieurs, qu’ils soient des États, des organisations internationales ou des créanciers ne peuvent intervenir dans ce qui est du ressort de la souveraineté fiscale et budgétaire et de la régulation territoriale d’un État.

 

L’article 103 de la Charte des Nations Unies stipule que les dispositions de la Charte prévalent sur n’importe quel autre Traité, d’où il découle qu’aucun traité ou accord de prêt ne peut nier la souveraineté de l’État. Tout accord entraînant une telle violation des droits humains et du droit international coutumier est contra bonos mores (allant à l’encontre de la morale) et donc considéré comme nul et non avenu suivant l’article 53 de la Convention de Vienne sur le droit des Traités.

 

Un ordre international démocratique et équitable requiert un régime commercial et financier qui permette la réalisation de tous les droits humains. Les organisations intergouvernementales doivent favoriser et en aucun cas faire obstacle à la pleine réalisation des droits humains.

 

La dette externe n’est nullement une excuse pour déroger aux droits humains ou pour provoquer une régression sociale violant les articles 2 et 5 du Pacte international sur les droits économiques, sociaux et culturels.

 

Le moment est venu pour la communauté internationale de démontrer sa solidarité avec le peuple grec, pour respecter sa volonté démocratique exprimée dans un référendum, pour l’aider activement à surmonter la crise financière qui trouve son origine dans l’effondrement financier de 2007-2008 dans lequel la Grèce n’a aucune responsabilité.

 

La démocratie implique en effet l’auto-détermination des peuple, auto-détermination qui appelle souvent à des référendums comme c’est également le cas en Grèce ».

 

Enfin, nous laisserons la conclusion au caustique économiste français Charles Sannat qui tient sur le toile une chronique quotidienne intitulée « Le Contrarien » :

 

« La crise financière grecque est insignifiante. Économiquement parlant, cela n’est pas un problème.

 

Le véritable sujet est politique car lorsque les choses tournent mal, et elles tournent mal, alors au bout du compte tout n’est plus que politique et c’est la primauté de la politique sur l’économique qui devient une évidence.

 

Nous sommes dans un conflit ou plusieurs « raisons d’États » s’affrontent et dans ce combat, pour le moment, pour notre pays c’est la débâcle et l’esprit de Munich.

 

N’imaginez pas un seul instant que notre destin est différent de celui des Grecs. Si nous laissons gagner la visions ultralibérale des europtahes, si nous laissons l’Europe diriger nos nations et nous asservir par la dette, si nous acceptons de nous coucher face aux diktats allemands pour éviter la guerre économique alors, je vous le dis sans détours, nous serons demain les Grecs des Allemands, et la presse allemande et les europathes expliqueront à quel point ces Français se sont gavés avec tous leurs déficits et toutes leurs dettes et qu’ils méritent de souffrir et de payer jusqu’au dernier centime…

 

Lorsque l’on est en faillite, on est en faillite. On ne peut pas tondre un œuf. Vouloir le faire, c’est donc vouloir asservir.

 

Ne vous y trompez pas mes amis, la lutte pour notre liberté et contre notre asservissement a pris une tournure beaucoup plus concrète depuis quelques jours. »

 

Plus que deux jours avant la vérité.

 

Pierre Verhas

 

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Published by pierre verhas
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commentaires

Lombet 04/07/2015 18:17

Bonjour.
L'heure est ,en effet, grave.