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  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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2 juillet 2015 4 02 /07 /juillet /2015 20:35

 

Les négociations ont échoué. Tsipras a tranché. Il maintient le référendum et il appelle à voter « non ». Varoufakis n’a pas payé la tranche de juin 2015 au FMI. Les négociations sont bloquées jusqu’à dimanche.

 

Pour autant, les « créanciers » n’ont pas dit leur dernier mot. Ils ont changé d’orientation. Ils attaquent sur les plans juridique et politique. Et ils sonnent l’hallali ! Ils pensent sans doute faire une bouchée du gibier grec. Il leur faudra attendre !

 

Le référendum : illégal ?

 

Première offensive : la légalité du référendum. Le Conseil de l’Europe.

 

Il s’agit d’une organisation intergouvernementale instituée le 5 mai 1949 par le traité de Londres. Par le biais des normes juridiques dans les domaines de la protection des droits de l'homme, du renforcement de la démocratie et de la prééminence du droit en Europe, c’est une organisation internationale dotée d’une personnalité juridique reconnue en droit international public et qui rassemble 800 millions de ressortissants de 47 États membres.

 

Cette organisation s’est penchée sur ce scrutin et estime qu’il n’est pas régulier. Le délai de huit jours est trop court. Il n’est pas possible d’envoyer des observateurs internationaux. Bref, le référendum risque d’être entaché d’irrégularités. De là à prétendre qu’il est illégal, il n’y aura qu’un pas qui sera aussitôt franchi, si c’est le « non » qui l’emporte. Par contre, il y a fort à parier que s’il y a une majorité de « oui », les « Européens » se réjouiront de la « maturité » du peuple grec…

 

Didier Reynders déguisé en noblion à l'Ommegang ce 30 juin, la grande parade des aristos belges célébrant Charles Quint. Tout un programme !

Didier Reynders déguisé en noblion à l'Ommegang ce 30 juin, la grande parade des aristos belges célébrant Charles Quint. Tout un programme !

 

Cela n’empêche pas le très néolibéral ministre belge des affaires étrangères, Didier Reynders, le beau figurant à la fête bruxelloise des noblions, de déclarer : « Tout cela ne correspond pas du tout aux critères du Conseil de l’Europe (…) il est difficilement compréhensible qu’un gouvernement organise un référendum pour demander à sa population de dire non. »

 

Et voilà tous les médias qui se mobilisent pour dire que les Grecs ne comprennent pas la question posée à ce référendum – à savoir la proposition du 25 juin dont les amendements proposés le 26 n’ont pas été acceptés par le FMI. Cela pour répondre à M. Quatremer…

 

Oublie-t-on que l’enjeu est tel que le gouvernement grec, pour empêcher la fuite des capitaux, a dû fermer les banques jusqu’à la tenue du référendum. Nul ne pose la question de mesurer quelles seraient les conséquences d’une fermeture plus longue pour l’économie grecque qui n’est déjà pas au beau fixe.

Le Grexit ?

 

Deuxième offensive : si le « non » l’emporte, cela signifie le « Grexit », la sortie de la Grèce de la zone Euro. C’est faux ! Les traités sont très clairs à ce sujet : un Etat-membre de l’Eurozone ne peut pas sortir ou être exclu. Il s’agit donc d’un mensonge pour faire peur aux électeurs grecs.

 

L'économiste Thomas Piketty ne mache pas ses mots.

L'économiste Thomas Piketty ne mache pas ses mots.

 

D’ailleurs, comme le dit l’économiste Thomas Piketty dans une interview au « Soir » du 2 juillet : « Ceux qui pensent que l’expulsion d’un pays permettrait de discipliner et de stabiliser la zone Euro sont des apprentis sorciers. En vérité, la sortie d’un pays fragiliserait l’ensemble de la zone. Ce serait sans doute le début de la fin… »

 

On se demande qui sont les « apprentis sorciers ». Les Grecs ou les gens de « Bruxelles » ?

 

La presse aux ordres

 

L’attitude de la presse a déjà été évoquée ici. Que des organes de presse ne soient pas d’accord avec Tsipras, c’est bien entendu leur droit, mais qu’ils fassent preuve de mauvaise foi en chœur, cela est inquiétant. Cela pose la question de la liberté de la presse, une des libertés fondamentales, ne l’oublions pas. La tendance est à la financiarisation des organes de presse, ce qui fait de leur indépendance une fiction.

 

Le « Monde » n’est d’ailleurs pas en reste avec son chroniqueur Arnaud Leparmentier ce jeudi 2 juillet, qui dépasse Jean Quatremer dans la technique d’ahurissement. Se référant à Giscard, il proclame que « Tsipras n’a pas le monopole de la démocratie ». Oui, et alors ? Il accuse Syriza d’imposer ses vues à toute l’Europe. Rien que ça ! Et puis, notre bel Arnaud fustige Varoufakis qui menace de saisir la Cour de Justice européenne si l’Eurogroupe veut expulser la Grèce de la zone Euro. Autrement dit, tu as des dettes et tu fermes ta gueule !

 

Et puis, avec sa courtoisie habituelle, notre gâchis Leparmentier s’en prend à Tsipras qui a déclaré qu’il n’est pas « premier ministre pour l’éternité ». Il réplique : « Plus l’éternité sera courte, mieux ce sera. »

 

Cela s’appelle l’objectivité, prétend-on.

 

L’avis d’une banque

 

Pour conclure, voici l’avis de la banque hollando-belge ING impliquée dans la crise grecque envoyé à ses clients les « zinvestisseurs » :

 

« Le dossier grec crée de la nervosité sur les marchés. Ces derniers vont devoir composer avec un mouvement de fuite vers la qualité si aucune issue positive n’était trouvée dans les prochains jours. Ce sont donc les actifs à risque ainsi que les emprunts d’Etat des pays de la périphérie qui pourraient souffrir de l’anticipation par les marchés d’un éventuel Grexit. Nous ne pouvons, toutefois, comparer les effets d’un défaut de paiement de la Grèce et de son éventuelle sortie de la zone Euro à ceux que l’on a connu lors de la faillite de Lehman Brothers en 2008. La dette grecque étant majoritairement détenue par les gouvernements européens et la Banque Centrale Européenne (BCE), et non plus par les banques privées, il est peu probable que l’on assiste à un écroulement du système bancaire continental.

 

Enfin, nous pouvons compter sur les mesures de la BCE. Ces dernières permettent, en effet, d’atténuer les répercussions néfastes sur les autres pays de la périphérie et de contrecarrer le risque de contagion. »

 

Bref, on rassure. Mais on oublie de dire que la dette grecque a été transférée des banques vers le secteur public. Cela a dû échapper au rédacteur de cette note…

 

Plus que trois jours avant la vérité.

 

 

Pierre Verhas

 

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Published by pierre verhas
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