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  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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21 juillet 2015 2 21 /07 /juillet /2015 17:09

 

Tout est relatif.

 

Nos brillants politiques, économistes et chroniqueurs néolibéraux n’arrêtent pas de nous bassiner les oreilles sur l’importance de la dette grecque par rapport au PIB de ce pays. C’est vrai, c’est énorme. Mais, comme toujours, on fait dire aux chiffres ce qu’on a envie qu’ils disent.

 

Et on s’aperçoit que Yanis Varoufakis a raison : la dette est impayable et la Grèce est insolvable. Mais, elle n’est pas la seule !

Il a souvent vu juste, Yanis Varoufakis. Ils n'aiment pas ça au Berlaymont et à la BCE... (Ici à la Vouli pour signifier son nom à l'accord du 13 juillet)

Il a souvent vu juste, Yanis Varoufakis. Ils n'aiment pas ça au Berlaymont et à la BCE... (Ici à la Vouli pour signifier son nom à l'accord du 13 juillet)

 

Aussi, voyons les chiffres d’une autre manière. Voici des données issues d’un site intitulé « Compteur de la dette publique mondiale et par pays »

 

(http://science-economique.com/concepts-economiques/finance/deficit-dette/compteur-de-la-dette-publique-mondiale-et-par-pays-692 ).

 

Prenons à ce jour la dette de quelques pays de l’Eurozone. Commençons par la Grèce :

 

Dette publique totale : 249. 643.169.399 dollars

Dette publique par habitant : 22.689, 69 dollars

Population : 11.350.928 habitants

Dette publique / PIB : 148,9 %

 

Ensuite, l’Allemagne :

 

Dette publique totale : 2.793.062.841.530 dollars

Dette publique par habitant : 34.202, 08 dollars

Population : 81.776.393 habitants

Dette publique / PIB : 85,3 %

 

La France :

 

Dette publique totale : 2.490.614.754.098 dollars

Dette publique par habitant : 38.652, 30 dollars

Population : 64.389.398 habitants

Dette publique / PIB : 100 %

 

La Belgique :

 

Dette publique totale : 484.354.644.809 dollars

Dette publique par habitant : 45.377, 51 dollars

Population : 10.852.786 habitants

Dette publique / PIB : 109,02 %

 

L’Italie :

 

Dette publique totale : 2.350.024.043.716 dollars

Dette publique par habitant : 38.260, 36 dollars

Population : 61.534.754 habitants

Dette publique / PIB : 122,3 %

 

L’Espagne :

 

 

Dette publique totale : 1.110.256.830.601 dollars

Dette publique par habitant : 23.751, 02 dollars

Population : 46.732.896 habitants

Dette publique / PIB : 88,3 %

 

Le Portugal :

 

Dette publique totale : 288.772.677.596 dollars

Dette publique par habitant : 27.032, 10 dollars

Population : 10.827.322 habitants

Dette publique / PIB : 153.6 %

 

La Slovaquie :

 

Dette publique totale : 52.212.589.306 dollars

Dette publique par habitant : 9700, 85 dollars

Population : 5.294.322 habitants

Dette publique / PIB : 49,4 %

 

A la lecture de ces chiffres, on observe que la dette par habitant de la Grèce est inférieure à celle de tous les autres pays à l’exception de la Slovaquie qui est le seul Etat membre de la zone Euro à répondre aux critères des traités et qui est aussi un des plus pauvres du continent.

 

Pour la dette publique par rapport au PIB, paramètre qui est le plus souvent utilisé, le Portugal (153,6 %) « dépasse » la Grèce (148,9 %). Chaque habitant du Portugal a une dette de 27.032, 10 dollars pour 22.689, 69 dollars par habitant de la Grèce. On peut se demander dès lors pourquoi les Etats membres de l’Union économique et monétaire (UEM) s’acharnent sur la Grèce et ne semblent guère se soucier du Portugal.

 

La France et la Belgique ont toutes deux une dette / PIB supérieure à 100 % et par habitant bien supérieure à celle de la Grèce.

 

On pourrait extrapoler autant qu’on voudra. Que conclure à ce stade ?

 

1) La dette en valeur absolue représente un montant énorme pour chaque pays de l’UEM, pas seulement pour la Grèce ;

2) La dette par habitant est largement supérieure dans les pays « riches » de l’Eurozone.

 

Il est clair que la question de la dette se pose pour l’ensemble de l’UEM et qu’il est non seulement odieux mais aussi contreproductif de se focaliser sur un seul pays. L’UEM sera menacée tant qu’elle ne règlera pas globalement la question de la dette en envisageant une mutualisation de celle-ci.

 

Mais le lobby bancaire le voudra-t-il ?

 

Rectification

 

A la demande de mon ami Alan, un paragraphe de son intervention a été rajouté à l’article précédent sur « Uranopole » daté du 17 juillet : « Grèce : l’accord du 13 juillet et l’avenir de l’Europe » Il tient à insister sur l’indispensable réveil du caractère social de l’Union européenne.

 

http://uranopole.over-blog.com/2015/07/grece-l-accord-du-13-juillet-et-l-avenir-de-l-europe.html

 

Romano Prodi

 

L’ancien président de la Commission européenne (1999 – 2004), l’Italien Romano Prodi a accordé une interview au « Monde » daté du 21 juillet où il analyse la crise de l’Union européenne après le 13 juillet. Tout d’abord, il constate : « elles [les conditions imposées à la Grèce] ont été imposées de la pire manière qui soit. On a transformé un petit problème en un énorme problème. Si on avait fait preuve de bonne volonté dans un contexte de solidarité qui prévalait autrefois, tout aurait été plus facile. La confiance qui doit être à la base des relations entre les pays européens a été anéantie. Nous avons évité le pire, mais nous avons créé le mal. » Je dirais plutôt que c’est le mal qui a créé le pire…

 

Romano Prodi, président de la Commission européenne de 1999 à 2004, a une position critique nuancée.

Romano Prodi, président de la Commission européenne de 1999 à 2004, a une position critique nuancée.

 

Ensuite, il rejoint l’analyse de Varoufakis : « Tout le monde sait depuis longtemps que la Grèce ne pourra pas rembourser la totalité de sa dette. Réduction forte, abaissement des taux d’intérêt ou allongement des durées de prêt ? Au fond, cela ne fait pas une grande différence pratique. Mais quand un malade est dans un état grave, il faut mieux agir de façon chirurgicale. » On se demande vraiment pourquoi on a jeté l’ancien ministre grec des finances comme un malpropre…

 

L’ancien président avertit ensuite : « Quand nous avons décidé de lancer l’euro, puis d’aller de l’avant avec la Constitution, rejetée par les Français et les Hollandais [en 2005], nous étions tous d’accord pour dire que cette construction reposait sur deux piliers : le pilier monétaire et le pilier économique et fiscal. Malheureusement, seul le premier pilier a été érigé. Donc, l’Europe est un pain à moitié cuit. Le pain mal cuit est difficile à mastiquer, à avaler… Les citoyens européens ne peuvent pas se sentir protégés dans une Europe à moitié achevée. Restent deux solutions : ou bien nous finissons la cuisson, c’est-à-dire que l’Europe se dote d’une politique économique et fiscale, ou bien d’autres crises surgiront. Elles peuvent venir aussi bien de l’Allemagne que de la France, de l’Italie ou de l’Espagne. »

 

On sait très bien que le pilier fiscal – remarquez que Prodi « oublie » le pilier social – est inacceptable pour les néolibéraux qui font la pluie et le beau temps dans les institutions européennes.

 

Le professeur Prodi veut démontrer : « Dans un entretien au Monde [en octobre 2002], j’avais déclaré que le pacte de stabilité était stupide. Parce qu’il y a des années où il faut avoir des budgets excédentaires et d’autres où il faut faire du déficit. Treize ans plus tard, c’est encore plus évident : il est stupide, car il n’est qu’une norme arithmétique. A partir du moment où l’on a empêché la Commission de gérer le pacte de stabilité et où l’on a choisi la voie des égoïsmes nationaux, on a ouvert la voie à la crise grecque et à mille autres problèmes dans l’avenir. » On peut douter que la Commission aurait été plus efficace. Une gestion technocratique ne fait qu’empirer les choses, mais il est évident que l’ordolibéralisme allemand et l’intergouvernementalité – ou plutôt la non-Europe – sont les causes premières de cette crise.

 

Appel pour une Europe fédérale

 

Justement, les fédéralistes européens fustigent cette « non-Europe » et lancent un appel pour la construction d’une Europe fédérale.

 

Sur le fond, ils ont raison. Ils le font depuis 1945 ! Mais, on doute que la classe dirigeante les écoute. Ils recevront tout juste un baiser de ce gentil Jean-Claude Juncker…

 

Les établissements scientifiques fédéraux belges menacés

 

J’ai lancé sur mon compte Facebook un appel pour les institutions scientifiques fédérales (les musées royaux, la bibliothèque royale, l’observatoire, l’institut météorologique, l’institut des sciences naturelles, etc.) qui font l’objet de coupes budgétaires drastiques par le gouvernement libéral – extrême-droite de Charles Michel. Par deux fois, le conclave budgétaire s’attaque par haine de la recherche scientifique publique et par nationalisme flamand à ces établissements de réputation internationale.

 

Observatoire royal de Belgique et Institut royal météorologique, deux établissements scientifiques fédéraux menacés par l'extrême-droite flamande

Observatoire royal de Belgique et Institut royal météorologique, deux établissements scientifiques fédéraux menacés par l'extrême-droite flamande

 

Certes, cet appel est insuffisant. Il faut une mobilisation de masse. En espérant qu’il y aura une prise de conscience. Nous nous y attellerons à la rentrée.

 

Lorsqu’on attaque la science, les ténèbres s’abattent sur le monde.

 

Menaces sur les établissements scientifiques fédéraux

 

Les établissements scientifiques fédéraux (ils sont 11 dont les musées royaux, la bibliothèque royale, l’institut des sciences naturelles, l’observatoire, l’IRM, l’Institut d’aéronomie spatiale, etc.) qui ont déjà subi en 2014 des coupes budgétaires drastiques, sont à nouveau visés par le conclave budgétaire du gouvernement Michel qui se déroule maintenant.

 

Par ces nouvelles économies, ces institutions qui font la réputation scientifique et culturelle de la Belgique au niveau mondial, sont menacées dans leur existence.

 

En novembre 2014, 1600 chercheurs belges et étrangers, dont des professeurs de Princeton, Harvard, Oxford et d'autres universités réputées d'Europe et des États-Unis, ont exprimé dans une pétition adressée à la secrétaire d'État à la Politique scientifique, Elke Sleurs (N-VA), leur préoccupation au sujet des coupes budgétaires annoncées pour les établissements scientifiques fédéraux. Ils avaient déjà attiré l’attention des autorités « belges » sur les risques pour leur existence même que font prendre ces graves restrictions budgétaires.

 

En juillet 2015, le gouvernement en remet une couche. Cette deuxième offensive contre ces institutions qui ont le tort de rester fédérales peut leur être fatale.

 

Au nom des idéaux de progrès et de développement, une mobilisation est indispensable sur le plan politique, l’appel des chercheurs n’ayant rien donné.

 

Pierre Verhas

Auteur de l’histoire de l’Observatoire royal de Belgique (Académie royale de Belgique, 2014)

 

« Uranopole » prend quelques congés.

 

Pas de posts sur « Uranopole » avant la semaine prochaine. Quelque congé bien mérité ! Enfin, c’est nous qui le disons.

 

 

Pierre Verhas

 

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Published by pierre verhas
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commentaires

lombet 22/07/2015 10:29

Très bon congé Pierre.