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  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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29 août 2015 6 29 /08 /août /2015 11:32

 

La saga Uber qui a commencé en Europe au début de l’année dernière et qui déclenche des polémiques de plus en plus violentes – de graves émeutes ont eu lieu à Paris le 25 juin dernier – met en évidence un phénomène économique, social, commercial et culturel inédit.

 

Donc, on sait que la société californienne Uber qui s’est installée à Bruxelles et à Paris en février 2014 organise le transport rémunéré de personnes au moyen de ce qu’on appelle les VTC (Voitures de Transport avec Chauffeur). On escompte qu’un transport rémunéré de personnes sur trois est assuré par un chauffeur lié à Uber. Cela représente évidemment une sévère concurrence au transport traditionnel par taxis.

 

En effet, il s’agit d’un système quasi clandestin. Les chauffeurs sont des particuliers qui utilisent leur propre véhicule et qui ne disposent pas de licence de transports de personnes. Le client appelle une voiture via son smartphone au moyen d’une application mise au point par la firme Uber. Le prix de la course est un forfait qui est bien moins cher qu’une course avec un taxi. Le chauffeur touche 70 % du forfait et remet le solde à Uber.

 

Bien entendu, il n’y a ni impôt, ni sécurité sociale, ni frais de licence, ni d’assurance pour cette activité. Donc, ni le chauffeur, ni son client ne sont couverts en cas d’accident. Il y a juste une convention entre Uber et ses chauffeurs « indépendants » via une société hollandaise du nom de Rasier. On nage donc en pleine illégalité.

 

En Belgique, deux ministres ont fait preuve en avril dernier une attitude ambiguë à l’égard de ce phénomène : le vice-premier ministre Alexander De Croo, figure de proue de l’Open VLD (parti libéral flamand très thatchérien) et le socialiste flamand Pascal Smet, ministre des transports de la Région bruxelloise, qui est connu pour céder aux sirènes de l’ultralibéralisme.

 

Les sirènes de l’ultralibéralisme

 

De Croo a déclaré triomphalement à New York lors d’une visite officielle qu’il pouvait assurer que Bruxelles « capitale de l’Europe » serait la première ville du Vieux continent à légaliser Uber. Pascal Smet a déposé un projet de décret et a fait à peu près la même déclaration : « Bruxelles sera la première ville européenne à légaliser entièrement l’alternative au service de taxi, Uber ». Puis, devant le tollé des chauffeurs de taxi, il a rectifié. Smet a précisé que son plan prévoit notamment « qu’un cadre légal soit prévu pour les services novateurs tels qu’Uber afin d’empêcher le dumping social, mais qu’en échange les garanties nécessaires sur le plan de la sécurité, des assurances et de la protection sociale des chauffeurs seront exigées. »

 

Alexander De Croo, le très libéral vice-premier ministre, s'est quelque peu emmêlé les pinceaux avec Uber.

Alexander De Croo, le très libéral vice-premier ministre, s'est quelque peu emmêlé les pinceaux avec Uber.

 

Donc, au lieu de faire un plan transports en concertation avec tous les acteurs, avec une vision politique de la mobilité à Bruxelles, l’intention est simplement de légaliser une entreprise – bien entendu « innovante », qui n’a pas hésité à frauder le fisc et la sécurité sociale, à précariser ses prestataires de services et à enfreindre ouvertement la loi sur le transport rémunéré des personnes pour s’imposer sur le marché à Bruxelles.

 

Un tribunal a cependant sévèrement condamné le 4 mai 2015 un chauffeur d’Uber pour infraction à la réglementation en question. Son véhicule a été confisqué. Une trentaine d’autres affaires similaires seraient en suspens. On peut comprendre ce jugement, mais pourquoi seul le chauffeur et non la société Uber a-t-il été poursuivi ?

 

Les chauffeurs de taxis commencent à réagir violemment. Ils ont piégé un chauffeur d’Uber en lui tendant un guet-apens, heureusement sans conséquences graves. Il est clair que la valse hésitation des politiques en la matière ne fait rien pour détendre l’atmosphère.

 

Par après, le 22 juin, l’Union Belge des Transports dépendant de la FGTB (syndicat socialiste belge) a déposé plainte. L’UBT constate que les chauffeurs travaillant pour Uber sont occupés via une convention de travail, et considère que ceux-ci doivent donc être considérés comme des travailleurs de la société. Dans sa plainte, l’UBT se réfère au non-respect de la législation sociale portant sur les travailleurs dans le secteur des services de taxi.

 

«Nous sommes d’avis que les chauffeurs d’Uber sont des travailleurs. Le tribunal de police de Bruxelles a également déjà jugé que les chauffeurs d’Uber offrent un service de taxi et qu’ils doivent donc respecter les règlements du secteur des taxis», a déclaré Frank Moreels, le secrétaire fédéral de la FGTB-Transport et logistique.

 

L’UBT dénonce aussi la poursuite des activités de la société Uber en Belgique malgré une condamnation par le tribunal de Commerce de Bruxelles.

 

Les chauffeurs concernés par la plainte ont signé une convention avec une entreprise néerlandaise, Rasier. Cette convention fait référence à plusieurs reprises au fait que l’entreprise Uber met ses clients en contact avec les chauffeurs (conventionnés) via son application. Pour l’UBT, cette convention doit être considérée dès lors comme un contrat de travail, « les chauffeurs recevant une indemnité sur une base hebdomadaire ».

 

« Il s’agit de travail au noir, parce qu’on ne paie pas de cotisations sociales. Dans les médias, des chauffeurs d’Uber ont déjà fait savoir qu’ils cesseront leurs activités s’ils doivent payer des cotisations de sécurité sociale et des impôts ».

 

Donc, on est en position d’attente. Smet va-t-il déposer son projet d’ordonnance pour légaliser Uber, alors qu’il a été contraint de déposer plainte lui aussi contre le transporteur américain ? Les chauffeurs de taxis traditionnels vont-ils réagir ? Bref, cela sent le pourrissement. On verra à la rentrée si les tribunaux vont traiter les dossiers déposés à l’instruction contre Uber.

 

Pascal Smet, ministre bruxellois de la mobilité est  un de ces socialistes sensibles aux sirènes de l'ultralibéralisme

Pascal Smet, ministre bruxellois de la mobilité est un de ces socialistes sensibles aux sirènes de l'ultralibéralisme

 

En France, l’affaire a pris une vilaine tournure avec les émeutes de ce jeudi 25 juin. On observe que le gouvernement français a été totalement désarmé devant ces troubles qui ont paralysé Paris toute la journée, sans compter les voitures renversées et incendiées. En outre, après avoir confisqué des voitures de chauffeurs « Uber » et fait prendre des arrêts préfectoraux interdisant les activités d’Uber à Paris, il lance un très mauvais signal : cassez tout et on vous aidera ! La faiblesse du politique en France comme en Belgique est un problème majeur.

L'affaire Uber a déclenché des émeutes à Paris. Le gouvernement de Manuel Valls a cédé sous la pression de la rue.

L'affaire Uber a déclenché des émeutes à Paris. Le gouvernement de Manuel Valls a cédé sous la pression de la rue.

 

Uber a donc été interdit et ses dirigeants arrêtés. Cela promet un fameux procès.

 

À Bruxelles, Uber a décidé de cesser provisoirement ses activités. On verra la suite.

 

L’uberisation

 

En plus de la faiblesse évidente des « autorités », Uber est la première manifestation d’un nouveau modèle économique qui mène à la précarisation des travailleurs. Un néologisme circule sur la toile pour qualifier ce phénomène : « l’uberisation ».

 

En effet, il n’y a pas que le secteur des transports de personnes qui est touché. Pratiquement tous les domaines des services risquent de subir l’ubérisation.

 

Que signifie donc ce néologisme barbare, dans tous les sens du terme ? C’est par l’intermédiaire de la révolution numérique, un formidable transfert du travail vers le capital. L’origine de ce mot est simplement due au caractère spectaculaire des pratiques de la transnationale californienne.

 

Dans le cas d’Uber, selon l’économiste Evariste Lefeuvre, « Le capital détenu par la personne dont le revenu (et non le salaire) dépend de sa capacité à exploiter le réseau offert par les grandes entreprises présente un coup de portage, d’assurance et d’amortissement qu’il doit lui-même assumer – même en cas de baisse d’activité ». En clair, le chauffeur partenaire d’Uber doit investir sa voiture, son amortissement et son assurance. Ajoutons cependant que dans la situation actuelle, le chauffeur « Uber » ne peut être assuré puisqu’il ne répond pas aux critères légaux pour le transport rémunéré de personnes.

 

Mais, on voit ici la méthode : tous les investissements et les risques sont sous la responsabilité du chauffeur, Uber ne mettant à disposition que son réseau et prenant 30 % de la rémunération du chauffeur. Donc, il y a à la fois transfert du travail vers le capital et précarisation du travailleur.

 

L’exploitation et l’arnaque

 

Cependant, Uber n’est pas la seule société à user de cette technique. Le même Evariste Lefeuvre ajoute : « La forte chute du prix des nouvelles technologies a entrainé une polarisation du marché du travail avec une disparition des quelques taches automatisables qui avaient échappé aux délocalisations. Il existe bien sûr de très nombreux emplois exempts du risque de remplacement par les robots, mais la vague technologique actuelle est sans nul doute un enjeu majeur pour le salariat « classique ».

 

A cela s’ajoute l’économie du partage, une notion fourre-tout qui regroupe tout un ensemble d’activités parallèles, rendues possibles grâce aux technologies digitales de l’information, mais qui ne reposent pas toutes sur le même socle ou modèle économique. On peut en effet difficilement comparer VRBO/Airbnb - sites d’échanges de maisons ou appartements qui donne à la résidence principale un rendement effectif (location temporaire) quand ce dernier était pour l’essentiel implicite (économie de loyer, plus-value potentielle à la revente) – à UBER par exemple, qui introduit un nouvel acteur dans un métier soumis à forte protection règlementaire. » (AGEFI – juin 2015)

 

Cela a pour effet de concurrencer des métiers fortement réglementés comme le transport par taxis et l’hôtellerie, mettant d’ailleurs ces secteurs en danger.

 

Une autre caractéristique notée par Lefeuvre, c’est « l’absence de capital physique - usine, infrastructures, immobilisations en tout genre - détenu à leur actif. » En effet, Uber considère ses chauffeurs comme des contractants individuels qui prennent à leur charge le financement des véhicules et les assurances. Airbnb ne s’occupe pas du risque d’exploitation et de dégradation du loueur d’appartement.

 

Cela ne s’appelle pas du partage. Cela porte un autre nom : l’exploitation, ou l’arnaque, comme on voudra. Si cela est « innovant », Monsieur Smet…

 

Cependant, face à la contestation, même aux Etats-Unis, dans l’Etat de Californie, Uber pose problème et des procès sont en cours. La direction de la transnationale qui ne voulait rien entendre, a reculé et va elle-même demander que l’on procède à une régulation du marché des transports rémunérés de personnes !

 

Reculer pour mieux sauter ?

 

Tout le monde est touché.

 

Le vaste domaine des services est quasi partout touché par l’uberisation. C’est le cas entre autres du secteur du livre. En effet, un autre géant transnational s’impose sur ce marché : Amazon.

 

Amazon pratique la globalisation de ce secteur très segmenté. Au niveau du livre, il pratique l’édition, l’impression et la distribution d’un même produit. Ainsi, sont menacés les éditeurs, les imprimeurs et les libraires. De plus, Amazon prend en main l’édition numérique à des prix ridiculement bas.

 

Un auteur rédige un manuscrit. Il paye à Amazon quelques dizaines d’Euros pour qu’Amazon en fasse une édition numérique, c’est-à-dire un « e-book ». Amazon en assure la diffusion. Les internautes intéressés achètent l’e-book en question et Amazon paye à l’auteur un pourcentage sur la vente. Si le même auteur souhaite imprimer son manuscrit, Amazon en publie très peu d’exemplaires aux frais de l’auteur (cinq, en général) et en assure la vente. L’auteur touche un pourcentage sur ladite vente et commande un nouveau lot, et ainsi de suite.

 

Par ce biais des écrivains ont pu publier des ouvrages à succès, cela bien entendu au détriment du circuit classique de l’édition à la vente en librairie. On devine aisément les graves préjudices provoqués par Amazon.

 

D’autre part, Amazon assure la vente par commande numérique de tous les ouvrages édités dans le monde. La transnationale pratique des prix plus bas que les librairies classiques. La menace est telle que la Fnac a décidé de diversifier ses ventes en s’ouvrant au secteur de… l’électroménager ! Mais on voit difficilement un libraire exposer à la vente des lessiveuses à côté de ses rayons de livres…

 

Cela dit, en plus du risque de fermetures de nombreuses maisons d’édition, d’imprimeries, de librairies avec des milliers de pertes d’emplois, Amazon est connu pour pratiquer une politique de « ressources humaines » particulièrement agressive. Plusieurs témoignages ont montré que les conditions de travail des travailleurs d’Amazon peuvent être assimilées à de l’esclavage.

 

L’uberisation concerne tous les secteurs. Ainsi, le marché du droit.

 

La mise en place de solutions numériques, disponibles à tout moment et à moindre coût, va permettre de rendre le droit plus accessible. Concrètement, les innovations qui incarnent ce processus « d’uberisation » sont de trois ordres : de nouvelles solutions logicielles basées sur des algorithmes de génération documentaire, des outils sémantiques permettant de proposer des solutions juridiques directement à partir des requêtes web des utilisateurs, et toutes les innovations liées au « big data » et appliquées au droit.

 

Dans tous les cas, l’utilisateur est placé au centre. En réalité, comme pour les taxis Uber, l’utilisateur fait tout lui-même. Il effectue par la voie numérique de manière sécurisée, un certain nombre de démarches juridiques et administratives. Par exemple : la création d’entreprise, le recrutement de salariés, le recouvrement de factures impayées, la protection des marques, etc.

 

La migration vers des solutions mobiles, la généralisation de la signature électronique, et la numérisation des procédures administratives et judiciaires vont accentuer cette tendance. Il est aujourd’hui tout à fait possible d’envisager une automatisation et une numérisation de la grande majorité des démarches juridiques et administratives simples concernant les petites entreprises et les particuliers.

 

Un autre secteur est celui des banques.

 

Deux spécialistes de la finance ont écrit dans « Le Monde » du 29 avril dernier : « On peut imaginer les GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) et autre fintech [contraction de sociétés financières et technologiques] prendre position sur des évolutions du business model bancaire et financier, en séduisant l’opinion par une approche nouvelle. Google peut offrir – c’est-à-dire rendre gratuits – de nombreux services bancaires puisqu’elle vendra les informations consommateurs recueillies. »

 

La tendance est déjà là : les paiements bancaires via Internet, les distributeurs automatiques de billets (avant qu’ils ne disparaissent pour laisser totalement la place à la monnaie électronique), les consultations de conseillers financiers via e-mails, etc.

 

La fin du salariat

 

Comme le déclare le publicitaire Maurice Lévy dans le Financial Times : « Tout le monde commence à craindre de se faire uberiser. C’est l’idée qu’on se réveille soudainement en découvrant que son activité historique a disparu. »

 

Nous vivons une vraie révolution : la disparition du salariat. Depuis des années, le secteur secondaire perd des millions d’emplois. Le secteur tertiaire, par l’uberisation, ou la généralisation du numérique, va connaître une saignée de dizaines de millions d’emplois dans les années à venir.

 

Nous assistons à une déstructuration sociale par la disparition de plusieurs professions au profit d’algorithmes. D’après une étude effectuée par deux chercheurs de l’Université d’Oxford, Carl Benedikt Frey et Michel A. Osborne intitulée The Future of Employment parue en 2013, 47 % des emplois américains auront disparu d’ici 2030. Cela va du démarcheur téléphonique aux arbitres sportifs, en passant par les boulangers, les conducteurs de bus, les ouvriers du bâtiment, les serveurs et barmen, les marins et j’en passe.

 

Colmater une fuite d’eau dans une maison qui va subir un tsunami

 

Jacques Attali ne manques jamais d'avertir d'une catastrophe qu'il considère comme pouvant générer un progrès.

Jacques Attali ne manques jamais d'avertir d'une catastrophe qu'il considère comme pouvant générer un progrès.

 

 

Lisons en conclusion cet extrait d’une interview de Jacques Attali au Journal du dimanche du 28 juin 2015 :

 

Les taxis sont-ils l'activité la plus touchée par ce que l'on appelle l' « ubérisation » de l'économie ?

 

Les taxis ne sont que l'avant-garde. À moyen terme, toute l'industrie automobile va être touchée par l'autoguidage permanent. On le voit déjà aux États-Unis et bientôt en Chine. Demain, nos voitures circuleront en permanence sans pilote. L' ubérisation » est une anecdote dans la robotisation. On essaie de colmater une fuite d'eau dans une maison qui va subir un tsunami. La logique derrière ces systèmes, c'est de satisfaire avant tout le consommateur, et comme 100% des électeurs sont des consommateurs, ils sont favorisés face aux travailleurs qui pèsent beaucoup moins politiquement.

 

Quels autres secteurs sont promis à une telle évolution?

 

L'éducation, la santé, la surveillance, le tourisme – voyez Airbnb – les conseils juridiques, les librairies… une foultitude d'activités. Même les services publics, même la police sera, est déjà, concernée. La mise en commun des services, des espaces et des savoirs est irréversible.

 

L'«ubérisation» crée du pouvoir d'achat mais détruit des emplois.

 

Elle libère surtout du temps. Au lieu de conduire vous pourrez lire, regarder des émissions ou travailler dans une voiture qui ne sera plus votre propriété. On produira beaucoup moins de voitures, puisqu'elles rouleront sans cesse en partage, ce qui réglera, au passage, le problème de leur impact sur le climat. Cela libérera à terme 1.000 milliards d'euros de pouvoir d'achat, pour consommer d'autres services, gratuits ou payants. Essentiellement des services de connaissance et de santé, prédictifs dans les deux cas.

 

Quels types d'emplois? De l'auto-entrepreneuriat, du chacun pour soi ?

 

Le statut d'intermittent du spectacle va devenir la norme. Pour éviter que cela soit la jungle, il faudra une bonne régulation fondée sur une bonne éthique. Dans moins d'un siècle, le salariat ne sera plus la forme dominante de l'emploi. Nous serons tous employeurs de nous-même. Tous en situation de choisir notre vie si le droit nous protège, ou de redevenir esclaves précaires si le non-droit reste la règle.

 

Cette révolution technologique qui attaque toutes les citadelles économiques n'est-elle pas plus puissante qu'un 1789 ?

 

C'est plutôt un 1455, aussi fort que l'invention de l'imprimerie. À l'époque, on pensait qu'elle allait imposer le pouvoir de l'Église romaine et de l'Empire germanique, du catholicisme et du latin. En réalité, elle a contribué au développement de l'esprit critique et sonné le glas du latin. Il se peut que la révolution que nous vivons conduise à la fin de l'anglais et à une économie beaucoup plus bariolée, si nous sommes capables, nous Européens, d'éviter de nous faire voler notre substance créative par les grandes bases de données américaines et chinoises.

 

Laissons à Jacques Attali cette qualité : il sait nous avertir ! A nous d’apporter la réponse… Le débat ne fait que commencer.

 

 

 

Pierre Verhas

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Published by pierre verhas
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commentaires

Lombet 02/09/2015 18:09

Pourquoi ne pas avoir donné pour titre à ton article celui-ci: "Orbi urbi et uber".?
Je trouve que cela aurait été plus accrocheur.

Jean Hubar 30/08/2015 05:39

C'est une forme moderne de revolution contre les regles oppressantes, les taxes ecrasantes etc. En un mot, contre le systeme qui engraisse nos politiciens plthoriques.