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  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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9 octobre 2015 5 09 /10 /octobre /2015 09:20

 

Ce 7 octobre, le Front commun syndical (FGTB – CSC – CGSLB), les trois syndicats traditionnels belges, a appelé à manifester contre les mesures d’austérité du gouvernement libéral – extrême-droite flamande de Charles Michel. Disons que ce fut un succès, mais sans plus. Sans doute 100.000 manifestants, mais on ne peut pas objectivement parler d’une mobilisation massive.

 

Le comble fut la présence des dirigeants du PS avec comme slogan « des solutions plus justes sont possibles » qui a été caricaturé par un facétieux : « La journée du cœur qui saigne. » Allusion à son président (à vie ?) Elio Di Rupo, ancien Premier ministre, qui a osé dire, il y a quelques mois, que son cœur saignait depuis que le gouvernement Michel a pris des mesures d’exclusion du chômage. Or, c’est sous son gouvernement que ces mesures ont été décidées et préparées ! Et il vient en plus de déclarer à une association patronale que la paix sociale garantit les investissements en Belgique !

 

Les Socialistes francophones belges manifestent avec le mot d'ordre ambigü : "Des solutions plus justes sont possibles."

Les Socialistes francophones belges manifestent avec le mot d'ordre ambigü : "Des solutions plus justes sont possibles."

Slogan piraté sur les réseaux sociaux par un facétieux qui rappelle "le coeur qui saigne" d'Elio Di Rupo.

Slogan piraté sur les réseaux sociaux par un facétieux qui rappelle "le coeur qui saigne" d'Elio Di Rupo.

 

Comment dès lors veut-il, en tant que chef de l’opposition, être crédible ? Le PS est en pleine déliquescence : il perd ses militants, les sondages successifs lui sont défavorables, il n’a pratiquement plus de base. Le grand parti des travailleurs se transforme inéluctablement en un petit lobby de technocrates.

 

Résultat : la gauche se trouve affaiblie par l’effondrement de sa principale force politique. Et ce n’est pas le succès incontestable du PTB qui changera fondamentalement la donne.

 

Quant aux organisations syndicales, – et particulièrement la FGTB – ont-elles raison de poursuivre cette stratégie de grands rassemblements « promenades » pour exprimer la colère des travailleurs face à l’austérité ? Non.

 

Ce moyen de pression, certes spectaculaire, est insuffisant. La mobilisation classique ne fonctionne plus. Dans les entreprises privées, les travailleurs sont tellement encadrés qu’ils n’osent plus faire grève. Seuls certains services publics, comme les transports publics et la Poste, parviennent à mobiliser. Et encore, les arrêts de travail n’ont pas été suivis par l’ensemble des travailleurs : le courrier a été distribué dans certains endroits, des bus, des trains et des trams roulaient. Et puis, qui manifeste ? Des délégués syndicaux, quelques agents des services publics, des militants politiques. Incontestablement, ce n’est pas la base qui descend dans la rue.

 

Et quand on écoute les discours des leaders syndicaux, c’est toujours la même rengaine : « Nous restons mobilisés ! Nous ferons céder le gouvernement ! ». Cela n’est pas crédible.

 

Le syndicalisme « classique » est menacé d’effondrement. Sa base est encore là par la force de l’habitude et par la peur du chômage. Mais elle ne se mobilise plus avec des mots d’ordre qui « viennent d’en haut ». Rappelons-nous : il y a quelques mois, ce furent les délégués d’entreprises qui s’opposèrent à un mot d’ordre de grève venant de l’état-major. C’était un premier avertissement qui n’a manifestement pas été entendu par la direction syndicale.

 

Pour réellement combattre les politiques ultralibérales, il faut d’urgence une autre stratégie. En premier lieu, il convient de redonner la voix à la base et ensuite, un réel mouvement n’aura d’effet que s’il dépasse les frontières. L’offensive ultralibérale est internationale. C’est internationalement – en commençant par l’Union européenne – qu’on a une chance de la stopper, sinon la freiner.

 

Et nous avons un exemple « près de chez nous » comme on dit : le conflit à Air France.

 

Ce 6 octobre, s’est tenu comité d’entreprise à la compagnie Air France où la direction a annoncé un nouveau plan social avec à la clé 2.900 emplois passant à la trappe. Les pilotes, de leur côté, refusent de faire « un effort ». Vieux classique, cherchant un bouc émissaire, la direction les rend responsables de la quasi faillite de l’entreprise. Mais les autres travailleurs ne sont pas dupes. Ils savent très bien que le gouvernement Valls cherche à vendre Air France. Aussi, en général, un plan social est toujours le bienvenu pour un éventuel repreneur – suivez mon regard vers les Emirats pétroliers – qui peut espérer acheter l’entreprise à un moindre coût.

 

Mais des négociations avec un directeur général dénommé Alexandre de Jougnac placé là par Sarkozy et maintenu par Hollande, connu pour être proche de l’extrême-droite, qui en plus souhaite rétablir le travail des enfants, ne peuvent qu’être compromises.

 

Alexandre de Jougnac, PDG d'Air France, souhaite rétablir le travail des enfants !

Alexandre de Jougnac, PDG d'Air France, souhaite rétablir le travail des enfants !

 

Et évidemment, cela s’est mal terminé : deux cadres supérieurs ont été molestés à la sortie du comité d’entreprise par des travailleurs en colère. Enfin, les dégâts sont mineurs : quelques vêtements déchirés, sans plus et un DRH obligé de sauter une clôture torse nu, sa chemise lui ayant été arrachée. Mais – et c’est cela qui est impardonnable – ils ont subi une humiliation dont ils auront difficile à se remettre.

 

Le DRH d'Air France malmené, a perdu sa chemise !

Le DRH d'Air France malmené, a perdu sa chemise !

 

Du coup, Manuel Valls, le Premier ministre « socialiste » de Hollande a traité ces travailleurs de « voyous » et il a appelé à prendre les plus sévères sanctions judiciaires pour ces « violences ». Le président français lui-même a dénoncé lesdites « violences ».

 

Violences ? Bien sûr, déchirer les vêtements d’un quidam n’est pas de première douceur. Mais la violence réelle n’est-elle pas de jeter près de 3.000 personnes dans la misère ? En plus, ces dirigeants affichent leur total mépris à l’égard de cette « valetaille » taillable et corvéable à merci.

 

En l’occurrence, la Justice est rapide : les travailleurs filmés lors de l’échauffourée ont été reconnus et seront incessamment convoqués. Cette vélocité est à mettre en parallèle avec la lenteur du pouvoir judiciaire dans la résolution des affaires financières.

 

Et, pire, des responsables politiques qui se réclament de l’héritage de Jean Jaurès rampent devant un patronat arrogant, méprisant, incapable de faire son boulot, à la totale merci de la finance. L’indécence est devenue la règle en ce bas monde !

 

Cette double pensée engendre la révolte et il est d’ailleurs étonnant qu’elle n’ait pas été plus violente.

 

Il faut considérer ces incidents comme un sérieux avertissement. Ces plans sociaux successifs, ces restructurations, la fameuse flexibilité, les mesures antisociales de la loi Macron sont autant de coups portés à la classe des travailleurs.

 

La révolte, si elle peut se comprendre, n’est cependant pas une stratégie.

 

Lisons la réaction du Wall Street Journal aux incidents d’Air France, rapportée par le Courrier international.

 

« Les syndicats ont une large part de responsabilité dans cette situation : ils défendent une réglementation contraire à la croissance, qui limite les heures de travail hebdomadaires, oblige les sociétés qui licencient à verser de lourdes indemnités, dissuade les investissements à l’étranger et ne sauvegarde pas l’emploi.

 

Ceux qui sont réfractaires aux réformes, en particulier à gauche, pensent pouvoir préserver le statu quo par des règles qui entravent les licenciements et contrecarrent la concurrence. Or, le véritable enjeu réside dans la capacité des économies à rebondir face aux changements inévitables et créer des nouveaux débouchés pour les salariés qui restent sur le carreau… »

 

Ce texte a le mérite de la clarté. Décortiquons-le.

 

Les responsables des faillites des entreprises : les syndicats, donc les travailleurs.

 

La réglementation « contraire à la croissance », c’est le fameux code du travail tant décrié qui contient la traduction juridique de toutes les conquêtes sociales depuis les débuts du mouvement ouvrier. En clair, c’est cela que l’on veut démanteler pour en revenir à un quasi servage, mais high tech, celui-là.

 

Quant aux « débouchés pour les salariés qui restent sur le carreau », suivez mon regard vers Uber…

 

Il est clair que l’échauffourée à Air France est surmédiatisée dans l’objectif de dénigrer les organisations de travailleurs. A eux de ne pas se laisser piéger !

 

La dignité vaut plus que mille chemises !

 

 

Pierre Verhas

 

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Published by pierre verhas
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