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22 octobre 2015 4 22 /10 /octobre /2015 10:29

 

Bernard Gensane

22 octobre 2015

 

Décidément, notre ami Bernard Gensane est en forme ! Après avoir publié qur son blog (http://bernard-gensane.over-blog.com) un billet sur Peter Sutherland, voici qu’il livre aujourd’hui une analyse sur le mot « ouvrier » qui disparaît (volontairement ?) du vocabulaire courant. On le remplace, entre autres, par « collaborateur ». Autant « ouvrier » est chargé de dignité, autant « collaborateur » rappelle les pires souvenirs et est mensonger : un collaborateur est l’égal du « collaborant ». Ce qui n’est évidemment pas le cas dans une entreprise où le patron est le seul maître après le dieu Banque. Et puis, il y aussi l'expression «collaboration de classe» qui a aussi une connotation péjorative, celle de trahison.

 

Bernard est linguiste et donc, il étudie l’étymologie de ce beau mot et fait une analyse comparée de son sens dans les autres langues.

 

Bien sûr, cette petite étude vaut pour la France, mais on peut être convaincu qu’elle est valable pour la Belgique. Ici, on distingue les ouvriers et les employés comme « travailleurs manuels et intellectuels ».

 

Le régime social des deux catégories n’est pas identique, mais ces différences ont tendance à s’estomper. Ainsi, le patronat a obtenu d’aligner les préavis de licenciement des employés sur ceux moins avantageux des ouvriers. Mais l’essentiel n’est pas là.

 

La fermeture de nombreuses industries en Europe, la mécanisation de l’agriculture, les « nouvelles technologies » font disparaître de nombreux métiers. C’est toute une culture qui meurt. Et cette culture est avant tout portée par les ouvriers, par la classe ouvrière.

 

La « classe ouvrière » ! Quelle expression ringarde ! C’est de l’archéo-marxisme doublé de stalinisme, n’est-ce pas ? Pourtant, c’est cette classe ouvrière qui a marqué l’histoire du XXe siècle en Europe et aux Etats-Unis et qui marquera sans doute celle du XXIe siècle dans l’ensemble du Tiers-monde. Nous évoquerons bientôt l’épouvantable condition ouvrière dans les usines chinoises fabriquant des composants électroniques pour les grandes transnationales du secteur (Apple, Microsoft, Nokia, Sony, Amazon, etc.).

 

L’ouvrier n’est pas mort. Et, comme l’écrivaient il y a plus d’un siècle les philosophes socialistes, l’ouvrier est porteur d’avenir. Il détient l’avenir du monde, car il possède, lui seul, les moyens de lutter contre les nouvelles et terribles entreprises d’exploitation de l’homme par l’homme qui utilisent comme armes les nouvelles technologies.

 

L’outil a changé. L’objectif reste identique.

 

 

Pierre Verhas

 

N'oublions pas le rôle essentiel des femmes dans la lutte pour une condition ouvrière digne de ce nom.

N'oublions pas le rôle essentiel des femmes dans la lutte pour une condition ouvrière digne de ce nom.

 

Depuis combien d’années n’ai-je pas entendu quelqu’un me dire : « je suis ouvrier », « nous, les ouvriers », « la classe ouvrière », « en tant que fils d’ouvrier » ? En revanche, les « assistants », les « collaborateurs », les « techniciens » (surtout « techniciennes ») de surface, les « agents » pullulent.

 

Le mot « ouvrier » vient du latin operarius, celui qui fait, qui travaille avec ses mains. Dès le XIIe siècle, le mot possède la valeur qu’il a aujourd’hui et qu’il conservera pendant des siècles : « personne louant ses services moyennant un salaire et effectuant un travail manuel ». En anglais, le mot work vient d’un vocable de l’indo-européen puis du proto-germanique signifiant « œuvre, travail ». En allemand, arbeit (le travail, arbeiter = travailleur) vient du proto germanique arbaidiz signifiant « labeur » ou « souffrance ». Au moyen âge, la société connaît trois ordres : ceux qui prient (les oratores), ceux qui se battent (les bellatores) et ceux qui travaillent (les laboratores). Le verbe latin laborare signifie à la fois labourer et travailler. Pour 90% de la population active, le labeur se confond avec le labour. Jusqu’au XVIIIe siècle, ouvrier est synonyme d’artisan, voire d’artiste. Avec la Révolution industrielle apparaissent ouvrier agricole, ouvrier d’usine. L’expression jour ouvrier (XVe siècle) deviendra jour ouvré (XVIIe siècle). Ouvrier peut être utilisé comme adjectif, comme dans l’expression cheville ouvrière (articulation centrale, par extension élément clé d’un ensemble). On connaît également les abeilles ouvrières, et bien sûr la classe ouvrière, dénommée également prolétariat.

 

La définition aujourd’hui la plus communément admise du mot « ouvrier » est « une personne qui loue ses services dans le cadre d’un travail artisanal, industriel ou agricole en échange d’un salaire. Cette définition restreint le statut du salariat au travail manuel. Elle exclut donc les employés de bureau et, semble-t-il, les caissières de supermarché. En France, l’effectif ouvrier a atteint son maximum vers 1970 (40% des emplois), époque de forte mobilisation quand le duo infernal Pompidou/Marcellin avait fort à faire. Nous en sommes aujourd’hui à environ 24%.

 

On peut se demander si ne pas se qualifier d’ouvrier signifie intérioriser une construction sociale des professions. Être un ouvrier revient-il à se dévaloriser ? En particulier dans une société où les divers modes d’expression de la classe ouvrière, les syndicats en particulier, deviennent de moins en moins audibles, quand ils ne jouent pas carrément le jeu de la collaboration de classe.

 

La reproduction sociale, repérée dès le début des années soixante, est de plus en plus forte, ce qui pousse de nombreux jeunes issus de la classe ouvrière à opter pour une autre représentation d’eux-mêmes. Dans ce cas, ces jeunes sont, comme disait Bourdieu, vus par « les yeux des autres ».

 

La puissance du parti communiste étant devenu dérisoire, la parole ouvrière autonome est devenue inaudible. Pour ce qui est du journal L’Humanité, la mention du lien avec le parti a été supprimée en 1999. Le quotidien est soutenu financièrement par TF1 et Lagardère.

 

Depuis quarante ans, l’Assemblée nationale compte entre zéro et deux ouvriers dans ses rangs.

 

25% des ouvriers ont moins de trente ans. Un ouvrier sur deux travaille dans le secteur tertiaire. Les gros bataillons des grandes entreprises industrielles ont disparu. Le mirage de l’appartenance aux « classes moyennes » (concept anglo-saxon) est de plus en plus tentant. Mais rêver d’échapper au prolétariat parce qu’on est titulaire d’un Bac Pro et enfiler les petits bouleaux et les CDD nourrit une forme durable de schizophrénie.

 

 

Bernard Gensane

 

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Published by pierre verhas
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commentaires

lombet 25/10/2015 10:03

.....enfiler les petits bouleaux ?il s'agit sans doute d'enfiler les petits boulots. Bonne journée.