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  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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20 décembre 2015 7 20 /12 /décembre /2015 12:38

 

Un architecte belge, Vincent Callebaut né en 1977, originaire du Borinage, invente des villes végétales répondant ainsi aux objectifs écologiques imposés par le dérèglement climatique.

 

Il est diplômé de l’Institut supérieur d’architecture de la Cambre à Bruxelles en 2000. Il obtient une bourse pour travailler à Paris. Très vite, son talent est distingué et il reçoit en 2001 le prix Napoléon Godecharle. Il s’intéresse à l’urbanisme écologique. Il élabore plusieurs projets d’urbanisme qu’il qualifie d’alternatif pour plusieurs villes de pays émergents (Hong Kong, la ville chinoise industrielle de Shenzhen, etc.). Il réalise plusieurs projets toujours dans l’optique du recyclage et des énergies dites alternatives en Belgique et en France.

 

 

Vincent Callebaut a travaillé sur de grands projets urbanistiques, notamment sur des musées et des équipements collectifs de dimension en Europe et dans les pays émergents. Ainsi, en 2007, l’Ecomic Tower, le Centre informatique métropolitain à Mexico City, la même année, le Childhood’s Greentower, soit le Berceau de la petite enfance à Paris, et le Neuronal Alien, l’Aménagement paysager de l’aéroport Vatnsmyri à Reykjavik, en 2006, le Red Baobab, la Librairie Nationale à Prague, aussi 2006, le Basalt Precipice, le Musée de la Préhistoire, Gyeonggi-do Jeongok en Corée du Sud. La même année, il élabora le Fields in Fields, le Complexe muséographique National d’Estonie, à Tartu.

 

Par après, Il s’orienta de plus en plus vers les projets écologiques. En 2008 il imagina un projet audacieux nommé Lilypad, c’est-à-dire une ville écologique flottante. En 2009, ce fut le projet 2009 : Dragonfly à New York, une ferme urbaine verticale auto-suffisante. En 2010, Callebaut conçut le projet Physalia, un jardin amphibie en vue de nettoyer les fleuves européens. Et en 2011, le Solar Drop, un complexe aquatique écologique à Abou Dhabi.

 

Mais venons-en à Paris. D’ici 2050, la ville de Paris compte réduire ses émissions polluantes de 75%. Un fameux défi qui nécessitera des changements fondamentaux dans la capitale.

 

Alors que les effets du changement climatique suscitent de plus en plus d'inquiétudes, la France s'est engagée depuis plusieurs années dans un plan visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre.

 

L'objet du plan annoncé est de réduire de 25% les émissions d'ici 2050. Mais la ville de Paris, elle, a décidé de nourrir un objectif encore plus ambitieux : celui de réduire ses émissions de 75% par rapport à 2004. Un défi qui va logiquement nécessite des changements importants. C’est de là qu’est né le projet Paris Smart City 2050.

 

 

Vue d'ensemble de la ville écologique Paris Smart City 2050

Vue d'ensemble de la ville écologique Paris Smart City 2050

 

 

Dans le cadre de la COP 21, Anne Hidalgo, maire de Paris, a organisé en 2014 un appel à candidatures pour le projet Paris Smart City 2050 qui devait répondre aux impératifs de lutte contre le réchauffement climatique. Le cabinet VCA (Vincent Callebaut Architecture) a été sélectionné. L’architecte urbaniste explique dans une interview : « L’idée au départ était de développer des prototypes d’immeuble de grande hauteur. Paris a une mauvaise expérience des tours. Montparnasse a un peu sonné le glas de la construction à la verticale. Mais la capitale française est aussi une des villes les plus denses au monde [22 000 habitants au kilomètre carré, contre 28 000 à New York]. Il n’y a plus de place pour des jardins au sol, la seule solution est la verticalité. »

 

 

Anne Hidalgo, la Maire de Paris, a incontestablement une vision d'avenir de sa ville. Elle voit au-delà de sa réélection. C'est rare !

Anne Hidalgo, la Maire de Paris, a incontestablement une vision d'avenir de sa ville. Elle voit au-delà de sa réélection. C'est rare !

 

 

VCA a imaginé le Paris de demain sur la base de plusieurs contraintes, dont le manque de place et le dérèglement climatique.

 

Les huit objectifs du projet sont :

 

1) La diminution de l’empreinte écologique valorisant la consommation locale par son autonomie alimentaire et par la réduction des moyens de transport.

 

2) La réintégration d’emplois locaux dans les secteurs primaire et secondaire coproduisant des produits frais biologiques.

 

3) Le recyclage en boucle courte et fermée des déchets organiques par compostage anaérobie, piles à combustible à hydrogène et lagune de phyto-épuration.

 

4) L’économie du territoire rural réduisant la déforestation, la désertification, la pollution des nappes phréatiques.

 

5) L’oxygénation des centres-villes pollués dont la qualité de l’air est saturée en particules de plomb.

 

6) La limitation du recours systématique aux pesticides, insecticides, herbicides et engrais chimiques.

 

7) L’économie des ressources en eau par le recyclage des eaux urbaines.

 

8) La protection des cycles écosystémiques au cœur de la cité. C’est un projet de pierres vivantes BEPOS réintégrant la biodiversité.

 

Comme on le voit, certains objectifs sont intéressants, mais l’ensemble pose plusieurs problèmes fondamentaux.

 

VCA a conçu deux projets pour chacun des quatre contextes urbains décrits ci-après :

 

• Paris historique : quartiers à forte dominante patrimoniale largement composés d’immeubles datant de la période 1850-1920

 

• Paris périphérique : immeubles construits de 1920 à 1940, des HBM aux immeubles modernes essentiellement situés sur le pourtour de Paris

 

• Paris moderne : immeubles datant des années 70 représentatifs de l’architecture nouvelle avec les premières tours et l’urbanisme sur dalle

 

• Paris futur : nouveau quartier sans identité propre à définir.

 

Avec ce leitmotiv biomimétique, VCA invente un Paris post carbone, post nucléaire, post fossile qui sera capable de réduire de 75% ses gaz à effet de serre d’ici 2050 par la construction de bâtiments à énergie positive qui misent sur la solidarité énergétique entre le tissu ancien de Paris et les nouvelles constructions.

 

L’énergie excédentaire produite par 8 prototypes de tours serait ainsi redistribuée en temps réel par un « internet » de l’énergie aux bâtiments anciens qui sont – pour la plupart – de véritables passoires thermiques et compliqués à isoler.

 

 

La construction à la verticale ne doit plus rester un tabou.

 

 

Ces 8 prototypes seront capables de produire leurs propres énergies (électrique, calorifique et même alimentaire), mais aussi de recycler leurs propres déchets en les transformant in situ en ressources naturelles comme peut le faire un écosystème mature telle qu’une forêt tropicale par exemple.

 

Vincent Callebaut explique par ailleurs : « La construction à la verticale ne doit plus rester, toujours selon moi, un tabou si on veut répondre à la crise chronique du logement dans la capitale sinon vouée à la gentrification et à la muséification. Il faut sortir du traumatisme urbain qu’on subit les citadins dans les années 70. Mon atelier propose tente donc de réconcilier les parisiens avec de nouvelles typologies de tours mixtes à énergie positive qui leur offriront les clés d’un avenir éco-responsable économisant le territoire, dés-asphyxiant le centre-ville et rapatriant une nature non pas cosmétique mais nourricière en son cœur.

 

La nature ? Cinq mètres carré d’espace vert à Paris par habitant contre quarante mètres carré à Berlin. Faute de place, les jardins parisiens ne seront plus construits au pied des bâtiments mais les bâtiments se transformeront eux-mêmes en jardins suspendus. Cette végétalisation par des balcons potagers et des vergers communautaires sera de plus très efficace pour lutter contre l’effet d’îlot de chaleur urbain et donc pour bio-climatiser notre ville aujourd’hui trop minérale et imperméable et dont le climat va augmenter de 2 degrés d’ici les trente-cinq prochaines années. »

 

Les tours envisagées par le cabinet Callebaut prétendent rapatrier la nature au cœur de la ville et intégrer de par leur conception, les règles du bioclimatisme et des énergies renouvelables et réutilisables en une courte boucle utilisant des systèmes innovants. Concrètement, le cabinet a ainsi développé des bâtiments à énergie positive qui seraient capables de redistribuer le surplus d'énergie autour d'eux.

 

 

Vincent Callebaut, l'architecte urbaniste belge, à la tête du projet VCA Paris Smart City 2050

Vincent Callebaut, l'architecte urbaniste belge, à la tête du projet VCA Paris Smart City 2050

 

 

Les architectes ont imaginé installer sur les toits des bâtiments de la célèbre rue de Rivoli des « montagnes solaires, hydrodynamiques » et aux balcons agrémentés de verdure, capables de fournir de l'électricité et de l'eau chaude utilisable. Comment ? Grâce à des panneaux solaires et un système de purification de l'eau de pluie.

 

 

Un corridor écologique dans Paris

 

 

Vincent Callebaut et ses collègues veulent installer un corridor de 23 kilomètres en utilisant la ligne aujourd'hui abandonnée de la Petite Ceinture. Le tracé ferroviaire serait ainsi « renaturalisé en poumon vert par l’intégration de jardins maraîchers » et « de tours dépolluantes photocatalytiques ».

 

 

 

 

Le couloir ou corridor écologique reprend le tracé du chemin de fer de la Petite Ceinture abandonné en 1934.

Le couloir ou corridor écologique reprend le tracé du chemin de fer de la Petite Ceinture abandonné en 1934.

 

 

Un concept inspiré du catastrophisme ambiant

 

 

Dans une interview à Libération du 18 décembre, Vincent Callebaut explique : « Une ville intelligente doit être autonome en énergie et, contrairement à ce qui se passait avant, les déchets doivent devenir des ressources. Nous pourrions, par exemple, recycler les déchets des fermes verticales dans des façades aquariums avec des bioréacteurs à base d’algues vertes - celles que nous trouvons sur les plages normandes et bretonnes - qui transforment tous les déchets organiques en biofioul. En bas de la tour, des lagunes de phyto-épuration assureraient le recyclage de toutes les eaux usées du bâtiment, avec des bassins agrémentés de poissons et de plantes. La pisciculture permet de fournir des poissons mais aussi de retraiter tous les nutriments qu’ils rejettent en engrais naturel pour les végétaux des jardins suspendus. Il s’agit avant tout d’une économie circulaire où tout est transformé à l’infini. »

 

 

La génération 2.0

 

 

Depuis qu’il est tout jeune et provenant du Borinage, une région sinistrée désindustrialiée et polluée, Vincent Callebaut a en plus été sensibilisé par la polémique sur le réchauffement climatique. Aussi, estime-t-il, dès qu’il a décroché son diplôme d’architecte, qu’il a un rôle à jouer pour que les choses changent.

 

De quoi est-il parti ? Vincent Callebaut explique dans la même interview : « A 20 ans, nous étions déjà condamnés à attendre la fin du monde en triant nos ordures et en éteignant la veilleuse de notre télévision. Mais j’appartiens aussi à la génération 2.0., celle qui croise les savoirs. Entre nouvelles technologies de communication et nouvelles technologies de végétalisation des villes, on peut créer des projets hybrides, en rapatriant la campagne dans les villes. Les architectes de mon âge veulent tous construire des bâtiments à énergie positive, déconnectés des réseaux d’énergies traditionnelles, et donc des énergies fossiles. Mon métier d’architecte m’a permis de faire des propositions pour sortir de cette logique de crise imposée. »

 

Et il ajoute : « Le carrefour de contraintes dans lequel nous vivons est aussi propice aux renouvellements. Je n’ai donc pas hésité à travailler sur des projets «manifestes» qui peuvent sembler utopiques mais qui sont tous réalisables, techniquement et économiquement. Dragonfly, par exemple, une ferme verticale à New York le long de l’East River. Pour ce prototype de ferme urbaine exploitée par ses propres habitants, nous avons collaboré avec le MIT [le Massachusetts Institute of Technology] qui était déjà très avancé sur l’agriculture étagée. Nous avons aussi établi des projets d’îles flottantes pour les réfugiés climatiques : Lilypad. »

 

 

 

 

 

Dragonfly est le projet d'une ferme verticale à New York

Dragonfly est le projet d'une ferme verticale à New York

Lilypad : projet d'île flottante destinée à recevoir les réfugiés climatiques

Lilypad : projet d'île flottante destinée à recevoir les réfugiés climatiques

 

 

Une autre société

 

 

C’est une autre société, une autre conception de l’homme qui, sans que ce soit explicite, préside intentionnellement ou non, un projet comme celui de VCA. Et pourtant, l’architecte voit dans la verticalité une nouvelle forme de vie sociale. Il l’explique dans son interview à Libération. Il veut accrocher la banlieue à la ville, il veut promouvoir la mixité sociale, il envisage une autre conception de l’éclairage public : « Des agriculteurs citadins, c’est un moyen de rediversifier des villes qui sont devenues entièrement tertiaires. De la biodiversité humaine et professionnelle et plus de mixité sociale. Ces villages verticalisés sont une nouvelle façon de créer du lien social. Ce qui nous tue, aujourd’hui, c’est la monofonctionnalité. Des banlieues-dortoirs ; au centre, des quartiers historiques muséifiés ; et enfin des quartiers d’affaires ou de bureaux…

 

La mixité sociale est aussi indispensable que la biodiversité. Nous pourrions aussi cicatriser le périphérique avec de grands jardins nourriciers et retisser des liens entre Paris et sa banlieue. De même, les espaces de circulations intérieures des immeubles ne doivent plus être plongés dans le noir et éclairés artificiellement mais éclairés et ventilés naturellement. Cela aussi facilite le lien. Sans parler des espaces glauques de parking, qui seront beaucoup moins nombreux et à l’air libre. »

 

 

 

 

Framscapers towers à la Porte d'Aubervilliers. Une ferme dans une tour...

Framscapers towers à la Porte d'Aubervilliers. Une ferme dans une tour...

 

Donc, l’espace au sol est remplacé par l’espace vertical, malgré l’échec patent de la tour Montparnasse. Notons que cette idée est étudiée dans d’autres grandes villes, comme à Bruxelles où le gouvernement régional actuel envisage d’en revenir aux immeubles – tours.

 

Mais ce Paris Smart City 2050 n’est-il pas totalitaire, parce qu’il se conçoit sur un critère unidimensionnel qui est aussi un postulat : la verticalité permettra un autre mode de vie plus conforme à la nature. On peut dire, au regard des expériences passées, que cela reste à prouver. Notre architecte évitera-t-il les effets catastrophiques des barres et des immeubles tours de la précédente génération ? Certes, l’idée des échanges énergétiques et celle du recyclage des déchets sont des plus intéressantes. Elle rappelle les chauffages urbains des cités ouvrières d’antan et peut constituer une solution aux problèmes énergétiques urbains et aussi à la pollution des sols provoquée par l’accumulation des déchets.

 

Il reste cependant le problème l’énergie consommée par les transports publics et privés, même si le projet envisage une forte réduction de ceux-ci, celle utilisée par l’industrie urbaine, etc.

 

Si on prend les huit points du projet, ne risque-t-on pas de créer une ville isolée de son arrière-pays vivant dans une sorte d’autarcie alimentaire ? C’est inquiétant ! Peut-on à la fois « désasphyxier » (il y a pas mal de néologismes dans le discours des urbanistes !), densifier et renaturaliser (néologisme pour mettre de la verdure sur les immeubles) l’espace urbain ? C’est fort ambitieux !

 

Enfin, le projet énergétique est lui aussi ambitieux par sa globalité : « Trois types d’énergie renouvelable sont embarqués dans chaque tour : Durant la journée, deux grands boucliers solaires photovoltaïques et thermiques bio-inspirés par la structure finement ciselée des ailes de libellule, produiront de l’électricité et de l’eau chaude sanitaire. Durant la nuit, une station hydroélectrique réversible de pompage-turbinage fera s’écouler une cascade urbaine sur toute la hauteur de la tour entre deux bassins de rétention d’eaux pluviales situés aux points haut et bas , évitant d’avoir recours à des batteries pour stocker l’électricité produite par les ailes de libellule solaires. »

 

 

Vincent Callebaut précise : « Les voitures seront devenues inutiles car tout serait produit sur place. Il faut d’ailleurs récupérer également l’énergie pédestre des piétons. La gare du Nord est la troisième gare mondiale en termes de trafic. Il y a plus de 750 000 voyageurs par jour qui empruntent les 32 quais de la gare. On pourrait recouvrir tout le hall et les quais de dalles piézoélectriques, transformant les pas de ces voyageurs en énergie. La gare serait un bâtiment à énergie positive. Les transports en commun auraient la part belle. »

 

 

Une réponse à la manipulation des esprits

 

 

Cette vision a un mérite majeur : au lieu d’économiser le moindre petit watt de puissance pour « sauver la planète » alors que cela ne sert à rien quand on sait que les entreprises transnationales extraient chaque année quelque 15 Gt (milliards de tonnes) de roche, qu’elles procèdent au pompage annuel de quelques 14 milliards de barils de pétrole, produisent annuellement plus de 70 millions de véhicules fonctionnant à l’énergie fossile, sans compter le développement de la déforestation, des OGM, des cultures intensives et des élevages en batterie, l’émission annuelle dans l’atmosphère de près de 55 Gt de CO2 eq (équivalent dioxyde de carbone), le déversement annuel dans les mers et les océans d’au moins 300 Mt (millions de tonnes) de produits toxiques !

 

(Blog de Paul Jorion, Philippe Soubeyrand, COP21 : un petit coup de marteau pour l’homme, un grand coup de masse sur l’Humanité… La grande parade des ONG est terminée ! http://www.pauljorion.com/blog/2015/12/16/cop21-un-petit-coup-de-marteau-pour-lhomme-un-grand-coup-de-masse-sur-lhumanite-des-lobbies-en-liesse-la-grande-parade-des-ong-est-terminee-par-philippe-soubeyrand/ 

 

Ce genre de mot d’ordre s’inscrit bien dans la manipulation des esprits à accepter l’austérité ambiante. Nos jeunes auteurs de projet imaginent eux de produire l’énergie dont ils ont besoin sur place et sans polluer. Ils n’ont nul besoin des hydrocarbures, de produits toxiques et d’autres saloperies, ils ont une ambition et cela est la meilleure réponse au stérile discours austéritaire qui veut nous imposer un style de vie conforme aux intérêts des transnationales.

 

Ainsi, tout cela part des meilleures intentions du monde exprimées par ailleurs avec une grande intelligence, mais peut-on, par exemple, parler de mixité sociale dans le projet de logements en alvéoles de la Porte des Lilas ? Il s’agit d’une « ruche » de logements alvéolaires énergétiquement solidaires. Très bien ! Mais qui va loger dans ces alvéoles ? Ce serait destiné à des étudiants et à des bénéficiaires du RSA, autrement dit des SDF. De quel espace disposera chacun de ses habitants : 9 m2. C’est 1,5 fois la surface minimum prévue pour une cellule de détenu !

 

 

 

 

"Ruche" de logements prévue Porte des Lilas pour des étudiants et des SDF

"Ruche" de logements prévue Porte des Lilas pour des étudiants et des SDF

 

 

Certes, un étudiant n’a pas besoin de beaucoup d’espace, encore qu’il est en l’occurrence fort à l’étroit. Mais, en quoi assurera-t-on la réinsertion sociale d’un SDF qui ne pourra que se retrouver seul dans son alvéole, tout aussi confortable soit-elle ? Et voit-on les étudiants et les « bénéficiaires » du RSA vivre en convivialité ?

 

 

N’imagine-t-on pas un enfer vert ?

 

 

L’idée de base de vivre « à la verticale » interdit toute convivialité contrairement à ce qu’affirment les architectes de VCA. Ne risque-t-on pas de faire une ville morte le soir où chacun restera calfeutré chez soi, au détriment de toute vie culturelle et sociale ?

 

Pourquoi tout concentrer dans les villes ? Quid de la banlieue, éternelle laissée pour compte de notre monde high tech. Ce n’est évidemment pas le fait du projet VCA puisque son rôle consistait à proposer une solution à la question bioclimatique à Paris intramuros. Certes, Vincent Callebaut est conscient de la dichotomie centre ville, banlieue. Mais la réalité de son projet est de ne concevoir que la ville et non la ville et son hinterland.

 

D’autre part, l’auteur de projet part du postulat de la densification de Paris. Si, aujourd’hui, c’est une réalité, pourquoi en complément au projet urbain de VCA qui, comme nous l’avons vu, ne manque pas de qualités et d’originalité, ne pas avoir un projet pour les banlieues et l’espace rural, nos campagnes ?

 

Au lieu de densifier nos villes et de désertifier nos campagnes, ne peut-on envisager l’inverse ? Repeupler l’espace rural et donner de l’air aux villes qui permettrait d’éviter la verticalité. Et aussi, l’idée d’échange qui préside au projet VCA ne concerne que la ville. Il est parfaitement possible de l’étendre à la banlieue et à la campagne.

 

 

 

Bridge Towers : pont habité doté d'éoliennes et d'hydroliennes sous l'eau de la Seine, reliant le XVIe au XIIe arrondissement.

Bridge Towers : pont habité doté d'éoliennes et d'hydroliennes sous l'eau de la Seine, reliant le XVIe au XIIe arrondissement.

 

 

Sinon, la ville sera une concentration de population si le projet est réalisé tel quel avec des individus isolés dans leur tour, sans espace de rencontres comme les parcs, les jardins, les places. La vieille ville de Paris sera recouverte de ces logements verts et étouffera. Ces rues de Paris qui ont traversé l’histoire tout en préservant leur caractère seraient dès lors écrasées sous le poids de cette verdure urbanisée. Le prolétariat sera les jardiniers des maga-tours de VCA. Où vivra-t-il ? Dans les alvéoles ? En banlieue ? Paris deviendra-t-il définitivement une cité « duale » ? Quel rêve pour les transnationales, quel cauchemar pour le peuple de Paris.

 

 

La Gare du Nord. Des quais photosensibles sur des dalles piezo électriques récupérant l'énergie dégagée par les pas des voyageurs. On ne pourra plus parler de "salle des pas perdus"...

La Gare du Nord. Des quais photosensibles sur des dalles piezo électriques récupérant l'énergie dégagée par les pas des voyageurs. On ne pourra plus parler de "salle des pas perdus"...

 

 

C’est l’enfer vert qui s’abattra sur Paname.

 

Non, Vincent Callebaut, laissez-nous la rue Vieille du Temple, la rue Pavée, l’impasse du Bon Secours et tant d’autres dont les noms évoquent la vie de Paris.

Ancienne maison au 127 rue Vieille du Temple dans le IVe arrondissement de Paris.

Ancienne maison au 127 rue Vieille du Temple dans le IVe arrondissement de Paris.

 

 

 

Revoyez votre copie, car vos ambitions – notamment en matière d’énergie, de culture urbaine et de recyclage des déchets – peuvent s’adapter à une vision allant au-delà de Paris, alors il y aura de la place pour une vie commune « au sol ». Vous pourrez ainsi nous donner un projet tenant compte des impératifs de mixité sociale qui vous sont chers, mais allant au-delà du carcan urbain pour que toutes et tous puissent en bénéficier.

 

 

 

Pierre Verhas

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commentaires

lombet 21/12/2015 19:26

Bonsoir,
Article sortant de l'ordinaire. Personnellement, j'aurai préféré un article sur les élections espagnoles et la percée de Podémos. Ce n'est sans doute que partie remise..
Bonne soirée.

Gensane 20/12/2015 18:01

Très intéressant !