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  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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1 décembre 2015 2 01 /12 /décembre /2015 09:47

 

Merry Hermanus, ancien chef de cabinet de plusieurs ministres socialistes, ancien échevin de Jette – commune du Nord Ouest de Bruxelles – ancien secrétaire général du Ministère de la Communauté française, ancien député bruxellois, connu pour avoir fait en son temps la pluie et le beau temps à l’intérieur du PS, condamné dans les affaires INUSOP et Agusta, mais resté militant au sein de la mouvance de gauche de ce Parti, vient de publier sur son blog (https://hermanusinfo.wordpress.com/2015/11/28/lettre-ouverte-au-president-dups-et-au-membres-de-la-federation-bruxelloise/ ) une longue lettre ouverte au président du PS, l’ancien Premier ministre Elio Di Rupo.

 

 

On peut épiloguer sur le personnage qui est sans doute l’homme politique bruxellois qui détient le record d’ennemis mais qui conserve encore quelques solides amitiés. Cependant, force est de constater que son analyse sans complaisance est éclairante et qu’elle nous force à accepter la vérité telle quelle !

 

 

Merry Hermanus reste profondément attaché aux valeurs des Lumières qui sont aussi celles du Socialisme démocratique.

Merry Hermanus reste profondément attaché aux valeurs des Lumières qui sont aussi celles du Socialisme démocratique.

 

 

Cette lettre a été rédigée juste avant les attentats du 13 novembre et elle dénonce entre autres ce qu’il considère comme étant la dérive islamique de Philippe Moureaux, qui fut vice- président de ce Parti et président pendant une vingtaine d’années de la Fédération bruxelloise du PS et surtout bourgmestre de la commune bruxelloise de Molenbeek considérée comme étant par sa faute, à tort ou à raison, le fief djihadiste d’Europe occidentale.

 

 

Hermanus dénonce la lente descente aux enfers du principal parti de gauche à Bruxelles. Il y voit plusieurs raisons.

 

 

Il commence par analyser brièvement l’évolution démographique de la capitale de l’Europe. Il écrit que chacun sait que dans une quinzaine d’années, la majorité de la population bruxelloise sera de confession musulmane. Et Merry Hermanus ajoute – première pique à un leader socialiste bruxellois, Charles Picqué : « Ce qui se produit depuis dix ans à Bruxelles est une véritable explosion démographique, laquelle se poursuit encore aujourd’hui. Les conséquences sont multiples, souvent catastrophiques vu l’absence de perspectives et de prévisions. Or, beaucoup de ces désagréments étaient évitables. Mais force est de constater que malgré notre présence quasi permanente à la tête de la région depuis 1988, rien n’a été entrepris, rien n’a été anticipé ! Il est inutile d’accabler les individus mais il faut rappeler que Picqué, disposant d’un charisme exceptionnel et d’une présence au pouvoir d’une durée tout aussi exceptionnelle, n’a rigoureusement rien fait, se contentant de commander une multitude de plans aussi divers que variés…et coûteux ! Rudi [Vervoort, PS, l’actuel ministre-président de la Région], en six mois de présence, malgré un environnement insidieusement hostile à la tête de l’exécutif, sans tambours ni trompettes a été plus efficace que Picqué en vingt ans. »

 

 

Charles Picqué, ancien ministre-président de la Région de Bruxelles capitale et actuel président du Parlement bruxellois n'est pas épargné par Merry Hermanus.

Charles Picqué, ancien ministre-président de la Région de Bruxelles capitale et actuel président du Parlement bruxellois n'est pas épargné par Merry Hermanus.

 

 

Deuxième constat : la situation sociale à Bruxelles.

 

 

« Les derniers chiffres du baromètre social bruxellois synthétisent parfaitement ces questions. On y découvre que près d’un tiers des Bruxellois vit sous le seuil de pauvreté, soit avec moins de 1085 euros par mois. La moyenne belge se situe entre 14 et 16 %. Donc à Bruxelles, c’est près de trois fois plus de gens qui se trouvent sous ce seuil fatidique. Or, ces statistiques prennent en compte : les revenus, le travail, l’instruction, la santé, le logement et la participation sociale. Si le PIB à Bruxelles est de 61.899 euros pour 26.183 en Wallonie et 35.922 en Flandre, ce n’est que parce que 50 % de emplois sont occupés par des navetteurs. Enfin, et cela n’étonnera personne, 23,50 % des Bruxellois perçoivent une allocation ou un revenu de remplacement ; ce chiffre est en progression de 1,6 % par rapport à 2013. Le pire est que cette chute vertigineuse des revenus bruxellois se poursuit sans discontinuer depuis les années septante. Jamais on n’a pu observer le moindre redressement. Une véritable descente aux enfers…Mais qui n’émeut personne. Les exécutifs se succèdent, les ministres se suivent tout sourire, les programmes électoraux s’effeuillent, les promesses se multiplient… s’envolent… mais la seule courbe de croissance est celle de la misère ! Une question doit se poser, cette région telle qu’elle est institutionnellement constituée est-elle gouvernable ? Est-elle viable ? La réponse, évidente pour tous, est clairement non ! »

 

 

Quant au chômage :

 

 

« Les chiffres du chômage, même flattés, ne laissent aucun doute, non seulement sur la paupérisation mais, et c’est beaucoup plus grave, sur sa perpétuation, sa constante augmentation. Le taux de chômage est le plus élevé à Bruxelles, pour ce qui concerne le chômage des jeunes il atteint l’effroyable record de 30 %, 40 s’il faut croire les chiffres du VOKA [le patronat flamand]. Ne soyons pas dupes, les baisses dont il est question récemment sont le fruit des dernière mesures gouvernementales, sur lesquelles je n’ai pas le cœur de m’appesantir… il « saignerait ! » Je n’évoque pas le chômage des femmes dans ces mêmes quartiers, il dépasse les 45 %. »

 

 

L’invraisemblable usine à gaz

 

 

Quelles sont les causes de cette situation catastrophique ? Merry Hermanus épingle d’abord les réformes institutionnelles qui ont considérablement affaibli Bruxelles. « L’invraisemblable usine à gaz mise au point par Dehaene et Moureaux ne pouvait fonctionner que sur base d’une loyauté régionale réciproque entre Néerlandophones et Francophones. Or, les ministres flamands ont dès le début été très clairs, leur loyauté était d’abord et avant tout flamande. Certains de ces ministres ont été d’une particulière franchise en ce domaine, franchise assez rare en politique pour être soulignée. A de très nombreuses reprises, Brigitte Grouwels, ministre CVP a lourdement insisté pour souligner son lien indéfectible à la Flandre et le fait que Bruxelles n’avait qu’à se soumettre ! Que dire alors de son attitude en conseil des ministres. D’autres, plus hypocrites, ont eu la même attitude. Comment dans ces conditions tenter la moindre gouvernance avec un exécutif composé de huit ministres, dont trois Néerlandophones dont chacun peut bloquer en totalité le fonctionnement d’une tuyauterie crachoteuse. »

 

 

Philippe Moureaux et Jean-Luc Dehaene sont les architectes du "modèle" fédéral belge qu'Hermanus appelle "l'invraisemblable usine à gaz".

Philippe Moureaux et Jean-Luc Dehaene sont les architectes du "modèle" fédéral belge qu'Hermanus appelle "l'invraisemblable usine à gaz".

 

 

Breveter le « Monopoly » bruxellois ?

 

 

Résultat de ces réformes, ce qu’Hermanus appelle l’invraisemblable « mille-feuilles » bruxellois : « A cela s’ajoutent les aléas du mille-feuilles institutionnel bruxellois. La région compte un peu plus d’un million cent cinquante mille habitants, elle se découpe en dix-neuf communes, dix-neuf CPAS, plusieurs dizaines de sociétés de logement sociaux, un parlement de quatre-vingt-neuf députés (…) une VGC, une COCOM, une COCOF, une multitude d’O.I.P économiques ou sociaux… et j’en oublie. La région pourrait gagner pas mal d’argent en faisant breveter son puzzle institutionnel, en le commercialisant comme ce fut le cas du Monopoly en 1930 ; certain qu’il y aurait là une niche à exploiter ! Tout observateur objectif ne peut que conclure que l’usine à gaz est bonne pour la casse, plus rien ne fonctionne correctement, tout le monde le sait, tout le monde le constate…mais nombreux sont ceux qui en vivent. »

 

 

Pour nettoyer les bureaux, il reste des Bruxellois !

 

 

 

Le diagnostic est sans appel : fuite des classes moyennes et les emplois sont occupés par les navetteurs provenant de Flandre et de Wallonie.

 

 

« La part bruxelloise dans le PIB national s’est effondrée. L’analyse des statistiques, quel que soit le domaine, démontre une paupérisation qui se lit à l’œil nu dans les différents quartiers de la région. Les Bruxellois sont de plus en plus pauvres, les problèmes sociaux s’accumulent, s’aggravant année après année, se multipliant sans cesse. Depuis la fin des années septante, la classe moyenne payant l’impôt a voté avec ses pieds, quittant la région. Elle a été remplacée par une population d’infra-salariés, d’assistés sociaux à l’avenir professionnel de plus en plus problématique. On objecte toujours à cela le taux de création d’emploi, le plus élevé du pays… ce qui est exact. Mais les Bruxellois n’en bénéficient pas ! Il y a près de sept cent cinquante mille emplois à Bruxelles, plus de deux cent mille sont occupés par des Flamands et plus de cent cinquante mille par des Wallons. Ces navetteurs génèrent des coûts considérables pour la région… mais payent leurs impôts dans la commune de leur domicile. Si on recourt à une analyse plus fine, il apparaît que les cadres supérieurs sont majoritairement des navetteurs. Pour nettoyer les bureaux, il reste des Bruxellois ! »

 

 

La seule courbe de la croissance est celle de la misère.

 

 

Conséquences de tout cela, la paupérisation !

 

 

Hermanus ajoute : « Les derniers chiffres du baromètre social bruxellois synthétisent parfaitement ces questions. On y découvre que près d’un tiers des Bruxellois vit sous le seuil de pauvreté, soit avec moins de 1085 euros par mois. La moyenne belge se situe entre 14 et 16 %. Donc à Bruxelles, c’est près de trois fois plus de gens qui se trouvent sous ce seuil fatidique. Or, ces statistiques prennent en compte : les revenus, le travail, l’instruction, la santé, le logement et la participation sociale. Si le PIB à Bruxelles est de 61.899 euros pour 26.183 en Wallonie et 35.922 en Flandre, ce n’est que parce que 50 % de emplois sont occupés par des navetteurs. Enfin, et cela n’étonnera personne, 23,50 % des Bruxellois perçoivent une allocation ou un revenu de remplacement ; ce chiffre est en progression de 1,6 % par rapport à 2013. Le pire est que cette chute vertigineuse des revenus bruxellois se poursuit sans discontinuer depuis les années septante. Jamais on n’a pu observer le moindre redressement. Une véritable descente aux enfers…Mais qui n’émeut personne. Les exécutifs se succèdent, les ministres se suivent tout sourire, les programmes électoraux s’effeuillent, les promesses se multiplient… s’envolent… mais la seule courbe de croissance est celle de la misère ! Une question doit se poser, cette région telle qu’elle est institutionnellement constituée est-elle gouvernable ? Est-elle viable ? La réponse, évidente pour tous, est clairement non ! »

 

 

Une administration d’occupation

 

 

Et cette charge constituée par les navetteurs devient insupportable pour Bruxelles qui n’a d’autonomie que le nom.

 

 

« La région est structurée, façonnée, dessinée, et cela se comprend, pour faire face à cette arrivée journalière de ce flot de Flamands et de Wallons ; charge considérable pour Bruxelles, sans commune mesure avec les contreparties chichement concédées à la région par le fédéral qui plus est, les oriente souvent sans tenir compte des intérêts bruxellois. Il n’est pas rare que des mandataires bruxellois s’entendent dire par des auteurs de projet désignés souverainement par le pouvoir fédéral : « il faut que vous bruxellois commenciez à vous adapter ! » Ah ! Bon s’adapter mais à quoi ! Oserai-je le penser…à une administration d’occupation ! »

 

 

Et le PS – principal parti à Bruxelles jusqu’à présent – dans tout cela ? Il est gravement malade également, si ce n’est à l’agonie.

 

 

Un PS familial et communautariste

 

 

Autrefois, parti populaire, composé de militants qui en formaient la base dynamique, il était relativement démocratique et organisait des pools pour constituer les listes électorales où il y avait de la tricherie, certes, mais où on ne pouvait pas tout se permettre. Aujourd’hui, c’est autre chose ! Plus de pools, plus de « comités de sages », mais un comité secret. Résultat : on impose des candidats issus des mosquées et des « fils et filles de » : «… il n’est plus question de comité des sages mais d’un comité secret, c’est là qu’on agite le shaker d’où sortira le breuvage qui sera servi aux électeurs. Les résultats sont connus d’avance, la bouillabaisse comprenant une dose massive de Belges issus de l’immigration, logique vu la démographie de la population et de filles ou de fils de…ainsi naît sur les navrants décombres d’une idéologie une nouvelle aristocratie, dont les fiefs sont constitués d’une masse d’électeurs d’origine étrangère, un cheptel sur lequel on règne sans vergogne. Moderne féodalité… totale rupture avec une idéologie à l’allure d’astre mort ! La presse avait relevé lors des dernières élections cette présence massive des fils et filles de, mais les journalistes ne les avaient pas tous repérés, certains liens de parenté étant plus discrets ou mieux dissimulés, dans certains cas le nom de la mère était connu mais pas celui du père, de plus il fallait en outre tenir compte des compagnons, compagnes, nièces ou neveux. Qui osera encore dire qu’à Bruxelles le PS n’aime pas la famille, étonnant que la présidente fédérale n’ait pas été invitée au dernier synode de Rome consacré à l’avenir des familles, cette parole experte a manqué ! »

 

 

Quant aux militants : pfuuuit, évaporés !

 

 

« Le départ des militants a conduit un grand changement dans les campagnes électorales, plus rien ne fonctionne sur base du bénévolat, tout se paye, tout se rémunère, les collages, les distributions toutes boîtes. Ce n’est pas anecdotique mais lourdement symbolique. Logique aussi dans de telles conditions que la rupture soit consommée entre les organisations de l’action commune, plus besoin de syndicat, de mutuelle, d’organisation de jeunesse…tout le monde suit seul son chemin ! »

 

 

Et le communautarisme ?

 

 

Hermanus fait là aussi un constat sans concession : « Il n’y a donc plus de classe intermédiaire entre l’électorat et les élus ; les forces vives du parti, ses militants, ont disparu, reste une caste d’élus, rejetons dynastiques et la masse de ceux qu’un chercheur de la KUL d’origine maghrébine appelait récemment dans « Le Soir » « le bétail à voix, » qu’il estimait sous-représenté… j’ose supposer que ce chercheur flamand ne songeait pas à Bruxelles ! La disparition des militants conduit à d’étonnantes surprises. Ainsi voit-on surgir sur les listes électorales de parfaits inconnus, quasi absents de leur section locale, à peine affiliés, et encore pas toujours, (on se rappellera du fasciste turc sur une liste communale du PS, ce cas n’était ni accidentel ni unique) totalement absents de la vie politique locale, n’ayant aucune présence sur le terrain, mais qui réussissent des scores de rêve et parfois sont élus dépassant une bonne partie des autres candidats sur la liste. Il suffit pour s’en convaincre de reprendre les listes fédérales ou régionales du PS à Bruxelles, de regarder les scores et de mettre ceux-ci en rapport avec le militantisme dans les sections. Victor Hugo disait : « il y a du champignon dans l’homme politique, il pousse en une nuit. » Cela n’a jamais été plus vrai qu’à Bruxelles. Dans de nombreux cas, personne au sein de la section locale ne connaît ce recordman ou cette recordwoman. La raison du succès est simple, ce candidat ou cette candidate a appuyé sur un bouton, un seul… le bouton miracle, le bouton communautaire. Pas besoin de faire beaucoup d’efforts, il suffit à l’électeur de déchiffrer le patronyme, imparable boussole électorale bruxelloise. Dans de telles conditions doit-on encore défendre la laïcité ? Peut-on encore imaginer résister aux exigences religieuses d’un autre âge ? »

 

 

Le vote communautaire a incontestablement permis au PS de remplacer un électorat populaire « belge » en voie de disparition par une masse d’électeurs issus de l’immigration. Ce fut le calcul de Philippe Moureaux qui fut président de la Fédération bruxelloise du PS et bourgmestre de Molenbeek pendant une vingtaine d’années.

 

 

Philippe Moureaux porte-t-il toute la responsabilité de ce cataclysme ?

Philippe Moureaux porte-t-il toute la responsabilité de ce cataclysme ?

 

 

Mais si le succès électoral était au rendez-vous, ce fut au prix d’un terrible renoncement aux valeurs de bases d’un Parti socialiste, comme la laïcité.

 

 

« Il n’y a plus que très peu de rapport entre les campagnes électorales faites par les candidats et les valeurs fondatrices du PS. Le tramway, ligne directe vers le mandat implique une filiation dynastique ou un lien communautaire, sans cela pas de mandat, c’est le cul-de-sac. Les « tuyaux » d’accès au pouvoir ont changé…et comment ! A Bruxelles, les campagnes ne sont plus que communautaires, le programme ne compte que pour la presse et les adversaires, un nombre considérable de candidats s’en fichent complètement. Alors que pendant des années tu as insisté pour que nous évitions le communautarisme, aujourd’hui, c’est la dominante principale. Les tracts en arabe, en turc en albanais sont légions, plus personne ne s’en offusque à la fédération bruxelloise. Les temps ont changé, les militants se sont évanouis, nos valeurs sont chaque jour écornées. L’un des élus phare de l’une des importantes communautés de la région, occupant des responsabilités politiques majeures, n’hésite plus à dire « toutes les campagnes doivent être communautaires, Laanan et Madrane n’ont rien compris s’ils ne le font pas. » Au-delà de la question fondamentale de la transmission et de l’adhésion à nos valeurs, se pose indéniablement la question de la sauvegarde des principes de laïcité pour lesquelles nos prédécesseurs ont lutté pendant tant d’années contre l’hégémonie religieuse. Qu’on n’oublie pas qu’il nous a fallu des dizaines et des dizaines d’années d’âpres combats pour laïciser notre vie publique, échapper à l’oppression cléricale. »

 

 

Philippe Moureaux, le maître d’œuvre de tout ce gâchis ?

 

 

Merry Hermanus s’attaque au leader incontesté du PS bruxellois des années 1990 – 2012, Philippe Moureaux.

 

 

Issu d’une famille bourgeoise libérale, son père fut ministre de l’Instruction publique en 1958 et maître d’œuvre de ce compromis boiteux – déjà ! – que fut le Pacte scolaire entre les laïques et les cléricaux, Philippe Moureaux s’imprégna de marxisme – « marxiste autoproclamé » écrit Hermanus – sans doute en réaction à sa condition sociale. Il décrocha brillamment un diplôme d’historien à l’ULB. Il fut pendant des années professeur de Critique historique à cette Université. Via l’ancien président du Parti socialiste, André Cools, il entra en politique par la grande porte. Chef de cabinet de plusieurs ministres socialistes, il devint ministre de l’Intérieur en 1980 sans avoir été élu et mit sur les fonts baptismaux la réforme de l’Etat d’août 1980. En 1981, comme ministre de la Justice, Moureaux parvint à imposer la loi réprimant les actes de racisme et de xénophobie. En 1982, toujours sous l’impulsion de Cools, il partit à la conquête du mayorat de Molenbeek qu’il décrocha en 1992 et qu’il garda vingt ans.

 

 

Merry Hermanus explique qu’à ses débuts à Molenbeek, Moureaux s’affichait comme plutôt hostile à l’immigration. « Débarquant à Molenbeek en 1982, il mène la campagne communale sur le thème du « stop à l’immigration. » De nombreux tracts ont été conservés, étonnantes et encombrantes archives. Il débat à la même époque sur La RTBF matinale, il y est opposé à Albert Faust, secrétaire général du SETCA de Bruxelles Halle Vilvorde et s’oppose obstinément au vote des étrangers aux élections communales alors qu’Albert Faust lutte avec la FGTB pour l’obtenir. La RTBF dispose toujours de la cassette, on peut la réécouter… un régal d’anachronisme, une grande leçon sur l’adaptabilité du monde politique aux dures réalités électorales. En 1986, écrivant dans un journal communal consacré à l’enseignement, il évoque la nécessaire assimilation des citoyens d’origines étrangères. Au cours de la même période, il évoque plusieurs fois ses regrets que l’on ait reconnu l’Islam en qualité de religion subsidiée. De nos jours, même le terme « intégration » est devenu un gros mot ! »

 

 

En réalité – et là, je pense qu’Hermanus a tort – ce fut une stratégie de Philippe Moureaux. Il devait absolument étant fraîchement débarqué à Molenbeek et provenant d’une commune bourgeoise, gagner la confiance d’une population hostile aux immigrés. A cette époque, ces derniers n’avaient pas le droit de vote. Et attaquer l’immigration ne pouvait que lui rapporter des voix. Or, je sais personnellement, l’ayant connu avant, que Philippe Moureaux était particulièrement soucieux du sort des étrangers en Belgique. D’ailleurs, peu après 1982, il fit tout en tant que parlementaire et comme ministre pour que les étrangers non européens aient le droit de vote et d’éligibilité et pour leur faciliter la naturalisation.

 

 

Toutes ces réformes, comme la loi contre le racisme, le droit de vote, le changement du code de la nationalité, la reconnaissance de l’Islam portent incontestablement la marque de Philippe Moureaux. La droite le lui a suffisamment reproché !

 

 

Cela dit, Moureaux a été trop loin. Son militantisme pour la cause des immigrés l’a progressivement amené à renoncer aux valeurs de base comme la laïcité et à accepter les règles issues de la société confessionnelle musulmane au détriment de nos propres lois.

 

 

On a appelé cela les « accommodements raisonnables ». Certes, on pouvait et, je dirais, on devait admettre le port du voile, par exemple et non en faire un cheval de bataille par ailleurs perdue d’une laïcité bornée.

 

 

Par contre, il ne peut être question de renoncer à la mixité dans les écoles et dans les piscines. On ne peut en aucun cas renoncer à un principe fondamental : l’égalité hommes –femmes.

 

 

« Ainsi la fédération s’est de plus en plus appuyée sur les mosquées et donc forcément sur les milieux musulmans les plus rétrogrades. Cela explique la disparition d’un certain nombre d’élues féminines d’origine maghrébine, ces femmes les premières élues de ce milieu, étaient toutes des femmes libérées des contraintes religieuses, ayant un langage direct, ferme à l’égard du poids du religieux. Aujourd’hui, elles sont remplacées par des élues beaucoup plus « lisses, soumises » On sait qu’elles ne causeront aucun problème avec leur communauté ou avec ceux qui s’y arrogent le rôle de représentant desdites communautés. »

 

 

Et cela a parfois des conséquences cocasses :

 

 

« Il est de bon ton dans les instances dirigeantes du PS bruxellois d’estimer que toutes les cultures se valent, que ce serait faire preuve de racisme que de réagir à certaines pratiques. Ainsi la présidente fédérale monte-t-elle tout de suite aux barricades criant haut et fort qu’elle n’a jamais condamné les pratiques barbares liées à la nourriture Halal, la presse ayant osé émettre quelques doutes. Elle est nettement moins réactive quand un élu refuse de reconnaître le génocide arménien, à peine audible, d’une voix fluette, entre deux portes, pour une fois le sourire tarifé en berne, elle précise que l’intéressé devra se présenter devant une commission. »

 

 

 

Laurette Onkelinx, actuelle présidente de la Fédération bruxelloise du PS, est de plus en plus isolée avec sa politique clanique.

Laurette Onkelinx, actuelle présidente de la Fédération bruxelloise du PS, est de plus en plus isolée avec sa politique clanique.

 

L’encéphalogramme de la gauche et de la social-démocratie est plat.

 

 

Le constat d’Hermanus est clair : « Cela fait déjà pas mal de temps que l’encéphalogramme de la gauche et de la social-démocratie est plat. Le vide idéologique est abyssal. Tout souffle a disparu. Il règne dans le mouvement socialiste comme une odeur de décomposition, fût-elle institutionnelle, elle agresse nos narines. Mais a-t-on encore besoin d’idéologie ? Pathétique de constater que Moureaux n’hésite pas à se raccrocher au philosophe français Badiou, dernier maoïste n’hésitant pas à envisager un monde sans démocratie ! Cela en dit long sur une certaine dérive idéologique ou le rouge se mâtine de brun ! Pourtant Badiou n’est pas barbu ! »

 

 

Il y a d’abord l’Europe où l’auteur constate la déliquescence de la gauche.

 

 

« L’éclatement de la gauche, son évaporation dans l’Europe pose un problème général, une dimension nouvelle, car cette gauche, si malmenée, reste malgré tous ses défauts, le seul, l’ultime rempart contre le capitalisme fou, contre la financiarisation de la société, contre l’asservissement total des peuples au culte de Mammon. »

 

Et cette évidence qui a pourtant maintes et maintes fois répétée.

 

 

« La gauche refuse de voir le réel, c’est une constante, s’il ne cadre pas avec ses fantasmes, prisonnière d’un humanisme généreux mais impuissant, isolant le réel de l’imaginaire, elle croit éviter les drames en ignorant les faits… l’insécurité n’existait pas, seuls les petits vieux éprouvaient un sentiment d’insécurité…tout autre chose n’est-ce pas ? En ignorant les faits, elle sera considérée comme complice des faillites de l’autorité publique. On le lui reprochera avec raison pendant longtemps. »

 

 

Il faut absolument éradiquer un danger mortel : le renoncement à nos valeurs.

 

 

« Mais le pire serait la trahison de nos valeurs, l’abandon progressif, hypocrite de ce qui fût notre apport essentiel à notre culture, à notre mode de vie. Je ne vois que des avantages à la présence dans notre région de cultures multiples, c’est une richesse indéniable mais je ne vois que des dangers si l’une de ces cultures veut imposer ses normes, revenir sur nos acquis sociétaux ou politiques, imposer ses normes alimentaires, revenir sur l’absolue égalité homme-femme, revenir sur l’impact du religieux dans la sphère politique etc. En d’autres termes, pourquoi pas le remplacement d’une part de notre population ! Substitution de nos droits, de nos valeurs non ! Jamais ! A Bruxelles, c’est ce qui est en train de se jouer. C’est cela l’enjeu essentiel. »

 

 

Bruxelles a cependant un avenir, même si de nombreuses menaces assombrissent le ciel. Tout d’abord, les émigrés. « Pourtant, ils existent les habitants de notre région. Pour les évoquer, il me paraît essentiel de d’abord rendre hommage aux émigrés. Ceux qui les vouent aux gémonies feraient bien de se demander ce que serait leur attitude dans un pays étranger dont ils savent qu’ils n’y sont pas les bienvenus, dont ils ne connaissent pas la langue, dont les mœurs administratifs sont aux antipodes de ce qu’ils ont connu, dont l’accès à l’emploi est complexe et de plus en plus aléatoire. Et malgré tous ces obstacles, malgré les discriminations, le racisme, certaines réussites sont splendides, exemplaires. Réussites qui ne sont pas suffisamment mises en évidence. Quand Lévi-Strauss évoque l’universalité des hommes et leurs différences, c’est d’abord l’universalité qui m’importe ! C’est cela qu’il faut avoir à l’esprit quand on évoque la problématique liée aux émigrés ou leurs descendants. »

 

 

Mais il reste le facteur religieux que la gauche néglige, voire dont elle se sert.

 

 

« L’époque où le curé en chaire les jours d’élections expliquait à ses ouailles comment et pour qui voter appartenait au folklore électoral. Tout le monde sait à Bruxelles que les imams eux perpétuent cette sainte tradition. Pire, ce sont des élus PS qui supplient ou flattent les responsables des mosquées pour obtenir les mots d’ordre que nous avons reprochés aux curés pendant plus d’un siècle !

 

Le monde des émigrés et les Belges musulmans nous démontrent qu’ignorer, comme la gauche a tenté de le faire, le facteur religieux fut une lourde faute… le retour vers le passé nous saute à la gorge… avec notre complicité électoralement intéressée. »

 

 

Face à ce champ miné quasi infranchissable, Merry Hermanus esquisse quelques solutions : changer le système électoral des voix de préférence. Obliger les adhérents au PS à signer une déclaration s’engageant à respecter les valeurs de base.

 

 

Enfin, et c’est le plus important, il préconise la mixité sociale et ethnique aussi bien sur le plan de l’enseignement que sur le plan du logement, afin d’éviter les ghettos.

 

 

En conclusion, Hermanus déplore – à juste titre ! – l’abandon par la gauche de ses deux piliers essentiels : la notion de progrès et des perspectives d’avenir.

 

 

« J’ai déjà évoqué le trouble profond de la social-démocratie dans le monde, les élections qui se succèdent confirment l’effroyable ressac de notre représentation, quasi disparition du Pasok en Grèce, Hongrie, effondrement et division en Grande-Bretagne, phénomène identique en Pologne… dans l’attente de l’inévitable drame qui se profile en France. Lisant l’historienne française Mona Ozouf, je suis impressionné quand elle constate que si la gauche recule partout c’est notamment parce qu’elle a abandonné deux de ses piliers essentiels, les concepts d’avenir et de progrès. Ces notions sont les socles ontologiques sur lesquels se sont construits les idéaux socialistes. Il est donc permis à Régis Debray, tout en se revendiquant de gauche, d’écrire que pour la première fois, il n’y a plus d’après ni au ciel ni sur la terre. Incroyablement actuelle la définition du progrès par Michelet « Le progrès n’est pas du tout une ligne droite et suivie, c’est une ligne en spirale qui a des courbes, des retours énormes sur elle-même, des interruptions si fortes qu’il ne recommence qu’avec peine et lentement. »

 

 

Sans concession, mais parfois exagéré

 

 

Voilà ! Cette longue missive a le mérite de mettre le doigt sur les plaies de la gauche socialiste bruxelloise. Merry Hermanus a le courage de ne rien éluder. Cependant, sans doute dans sa terrible déception qui n’est pas découragement, certains propos, notamment à l’égard de Moureaux, sont exagérés.

 

 

La déliquescence de la gauche à Bruxelles n’est pas à mon sens le fait d’un seul homme qui fait l’objet de l’opprobre général suite aux attentats de Paris. Si Philippe Moureaux a commis de graves erreurs, s’il a mené la fédération bruxelloise du PS d’une poigne de fer en la cadenassant, cela a certes contribué à son déclin, mais c’est loin d’être la seule cause.

 

 

Il est vrai qu’il a laissé s’installer voire encouragé une « élite népotique » au sein de la Fédération au détriment de la base militante, « élite » qu’il pouvait aisément contrôler en distribuant, tel un seigneur féodal, avantages et prébendes aux plus dévoués et jetant dans les oubliettes celles et ceux qui, même timidement, exprimaient la moindre critique.

 

 

Il est vrai qu’il s’est basé sur les mosquées par calcul électoral, éliminant ainsi les candidats allochtones laïques et au prix de l’abandon de nos valeurs essentielles. Ce fut sans doute là sa plus grande erreur.

 

Malgré tout, il faut lui laisser une chose primordiale : grâce à son ouverture à l’égard des populations allochtones et particulièrement des musulmans, il a permis de mettre sur pied un Bruxelles multiculturel, ce que d’aucuns lui reprochent, qui a mené à une cohabitation relativement harmonieuse. Si Bruxelles a connu quelques émeutes, elles n’ont rien de comparables avec celles de Paris en 2005. Mais Hermanus a raison en évoquant les dangers de délitement qui guettent Bruxelles.

 

 

Les tensions au Moyen Orient et surtout les attentats de Paris servent de prétexte à ceux qui souhaitent la fin du modèle multiculturel bruxellois incarné par Moureaux.

 

 

Cela serait un recul considérable, car dans notre monde, si les valeurs contenues dans le triptyque « liberté, égalité, fraternité » sont universelles et sans dérogation, nous vivons aujourd’hui et pour longtemps dans un environnement multipolaire et donc multiculturel. Le nier ou le combattre serait une erreur fatale.

 

 

En tout cas, merci Hermanus !

 

 

 

Pierre Verhas

 

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Michel VH 01/12/2015 18:17

je voulais dire: curieux texte que la lettre ouverte, mais excellents commentaires!

Michel VH 01/12/2015 18:15

Un peu l'hôpital qui se f.... de la charité non? De la part d'AMH c'est assez gonflé, il était en plein dedans et le voilà qui jette un regard aussi désabusé qu'extérieur....curieux texte

lombet 01/12/2015 15:26

Excellent examen de conscience mais peut-être un peu trop tardif?
Bonne soirée.