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  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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10 avril 2016 7 10 /04 /avril /2016 17:17

 

Cela a la couleur du scandale du siècle, cela a l’odeur de la fraude, cela sonne faux, cela a un goût pourri et cela est brûlant comme du charbon ardent.

 

Cela s’appelle les « #Panama papers » et on ne sait pas trop bien ce que c’est sinon une liste de 11,5 millions de fichiers relatifs à des sociétés off shore obtenue, on ne sait trop comment, dans un cabinet d’avocats de Panama, Mossak Fonseca. Ces fichiers concernent la période entre 1977 et 2015. Il s’agit de la plus grosse fuite d’informations jamais exploitée par des médias. C’est dire que cela remonte loin.

 

 

Les derniers des Mohicans

 

 

Si on écoute une spécialiste comme Sabrina Scarna, avocate au barreau de Bruxelles et chargée de cours à Solvay Brussels School – la HEC de l’ULB – « Les gens qui fonctionnent dans des structures pareilles, je les appelle les derniers des Mohicans. » (Le « Soir » 9/10 avril 2016). Autrement dit, le système « off shore » est dépassé et a depuis longtemps été remplacé.

 

Cependant, tout cela n’a pas manqué de provoquer une réaction d’indignation dans le monde, mais cette réaction est-elle si spontanée ?

 

Que voilà, en effet, une indignation savamment orchestrée ! Une fois de plus, on invite le bon peuple à découvrir la Lune via des journaux comme le « Guardian », le « Monde », le « Soir », etc. ; en tout 109 rédactions dans 76 pays. Tous organes de presse assez proches du pouvoir.

 

De là à se poser des questions sur les objectifs réels de cette immense campagne de « révélations », il n’y a qu’un pas à franchir !

 

Paul Jorion qui n’est pas spécialement un « complotiste » se pose lui aussi des questions : « Comment se fait-il qu’on s’indigne à certains moments de choses connues depuis des années ? De gros livres existent sur les paradis fiscaux, tous les mécanismes y ont été décrits. Un des plus récents, Treasure islands : tax havens and the men who stole the world (Iles au trésor : les havres fiscaux et les personnes qui ont volé le monde) de Nicolas Shaxson, a été en 2011 un best-seller aux Etats-Unis. »

 

 

Paul Jorion se pose pas mal de questions sur les "Panama papers.

Paul Jorion se pose pas mal de questions sur les "Panama papers.

 

 

Et il ajoute : « … je ne pense pas que ces fuites surviennent par hasard. Le Monde et Süddeutche Zeitung ne sont pas des journaux révolutionnaires. En février 2010, Der Spiegel avait eu des fuites, qui révélaient que la Grèce avait trafiqué ses comptes pour entrer dans la zone euro. Quelle en était l’origine : Angela Merkel elle-même, ou Jens Weidmann, le président de la Banque centrale allemande ? Des choses sont sues dont personne ne s’indigne, puis l’indignation apparaît soudainement… »

 

Alors, pourquoi et comment ces fuites furent diffusées ? Et quelle en est l’origine ?

 

 

Un consortium financé par USAID

 

 

Les fuites ont été orchestrées par un consortium de presse regroupant des journalistes dits d’investigation de 76 pays qui a lancé cette alerte à un niveau mondial, le Consortium international des journalistes d’investigation qui se présente comme une Organisation non gouvernementale. L’acronyme anglais est ICIJ. Son siège est à Washington et il est financé par :

 

- La fondation Ford

- La fondation Carnegie

- La fondation de la famille Rockefeller

- La Fondation W K Kellogg

- La Fondation pour une société ouverte (du milliardaire Soros)

 

L’ICIJ fait partie du Projet de rapport sur le crime organisé et la corruption (OCCRP) qui est financé par le gouvernement américain à travers l’USAID (l’agence de coopération internationale du gouvernement US).

 

À voir ses sources de financement on peut légitimement – sans tomber dans un « antiaméricanisme » primaire – se poser des questions sur l’indépendance de l’ICIJ… et sur son caractère « non gouvernemental » !

 

 

Une sélection savamment orchestrée

 

 

Il ne s’agit pas d’accuser les journalistes eux-mêmes qui ont remarquablement fait leur boulot en aval, mais la « sélection » en amont des « leaks » (fuites) qui a été faite. On observe qu’aucune banque nord-américaine, aucun des « grands » de la finance US, aucun responsable politique étatsunien n’a été cité dans les #Panama papers. La vertu règnerait-elle en maître aux USA ? Sans doute, parce que ce système « off shore » est dépassé. De même, en Europe, des pays comme la Pologne, par exemple, ne sont pas cités non plus.

 

Toutes les personnalités citées en Russie sont des proches de Poutine. Or, l’oligarchie russe est divisée en deux clans, le clan pro-Poutine et les « antis ». Ces derniers semblent « oubliés » dans les « leaks ».

 

 

Vladimir Poutine est indirectement mouillé par l'affaire des #Panama papers.

Vladimir Poutine est indirectement mouillé par l'affaire des #Panama papers.

 

 

L’actuel président de l’Ukraine, le milliardaire Petro Poroshenko, est cité. Comme par hasard, après avoir été soutenu par les Occidentaux, aujourd’hui, il constitue par son comportement un obstacle à la politique de l’OTAN. L’entourage du président chinois Xi Jinping est dénoncé. On sait que la politique chinoise gêne considérablement les USA.

 

 

Il y a déjà 16 mois, Ken Silverstein a publié un reportage sur Vice à propos de Mossak Fonseca qui est le personnage clé des #Panama papers, le gros fournisseur de sociétés fictives du Panama (L’Intercept de Pierre Omidyar, pour lequel Silverstein travaillait alors, avait refusé de publier le reportage.). Vice est un mensuel canadien fondé en 1994 sous le nom de Voice of Montreal qui est devenu par après Vice. C’est une sorte de « Canard enchaîné » anglo-saxon qui a d’ailleurs une édition francophone. Ken Silverstein est un journaliste d’investigation étatsunien très efficace à qui on a reproché d’user de méthodes peu orthodoxes pour récolter des informations.

 

 

Yves Smith – un spécialiste de la finance dont le blog s’intitule « naked capitalism » - a publié plusieurs longs articles sur le business du blanchiment d’argent de Mossak Fonseca. Silverstein a également redit une chose bien connue, à savoir que Rami Makhlouf, un riche cousin du président syrien Assad, avait de l’argent caché dans des sociétés fictives de Mossak Fonseca. Il a écrit :

 

 

« Pour pouvoir fonctionner, les sociétés fictives comme Drex ont besoin d’un agent agréé, parfois un homme de loi, qui dépose les documents d’enregistrement nécessaires et dont le bureau sert habituellement d’adresse à la société fictive. Cela crée un intermédiaire entre la société fictive et son propriétaire, surtout si l’entreprise fictive est enregistrée dans un paradis fiscal où l’information sur la propriété est protégée par un mur impénétrable de lois et de règlements. Dans le cas de Makhlouf – et, comme je l’ai découvert, dans le cas aussi d’hommes d’affaires véreux et de gangsters du monde entier – l’organisation internationale qui a permis d’enregistrer sa compagnie fictive et de la protéger contre la surveillance internationale était un cabinet d’avocats appelé Mossack Fonseca, qui a fait office d’agent agréé de Drex du 4 juillet 2000 à la fin de 2011.

 

 

L’année dernière, quelqu’un a fourni des tonnes de données de Mossak Fonseca à un journal allemand, le Süddeutsche Zeitung. Le quotidien munichois est politiquement au centre droit et résolument pro-OTAN. Il coopère avec le Guardian, la BBC, Le Monde, le Consortium international des journalistes d’investigation et d’autres organes de presse qui sont tous des partisans avérés de l’Establishment. »

 

 

Le Suddeutsche affirme que les données « fuitées » concernent quelque 214 000 sociétés fictives et 14 000 clients de Mossak Fonseca. Mais il a traité ces données avant de les publier. Il ne s’agit donc pas des données « brutes » de départ. Un tri a été fait. Sur quels critères ? Et pour quelles raisons ?

 

 

« Les journalistes ont réuni des listes des politiciens importants, de criminels internationaux, d’athlètes professionnels bien connus, etc. Le traitement numérique a permis de rechercher ensuite si des noms de ces listes figuraient dans les fuites. La liste « scandale des dons au parti » contenait 130 noms, et la liste des sanctions de l’ONU plus de 600. En quelques minutes, le puissant algorithme de recherche a comparé les listes avec les 11,5 millions de documents.

 

Pour chaque nom trouvé, un processus de recherche détaillé a été lancé au moyen des questions suivantes : quel est le rôle de cette personne dans le réseau des entreprises ? D’où vient l’argent ? Où va-t-il ? La structure est-elle légale ? »

 

 

En d’autres termes, le Suddeutsche a sélectionné des noms dans les listes de criminels célèbres, de personnalités et d’organisations connues et a vérifié s’ils étaient dans les données « fuitées ». Les résultats obtenus ont ensuite été évalués. Comme résultat, il y a le président russe Vladimir Poutine, qui n’est pas personnellement mentionné dans les données de Mossak Fonseca, mais son proche entourage. Il y a aussi des mentions concernant plusieurs dirigeants de la fédération de football FIFA, association où la tricherie règne en maître et qui n’est guère appréciée aux États-Unis, parce qu’elle ne permet pas au « socker » (le foot en américain) de s’imposer sur toute la planète.

 

 

 

Michel Platini va finir par croire qu'on le cherche !

Michel Platini va finir par croire qu'on le cherche !

 

 

Le rôle majeur de la City

 

 

On peut se poser aussi des questions sur les « omissions » dans cette sélection. Il n’y a aucune donnée concernant des citoyens américains, ni sur aucun politicien important d’un pays de l’OTAN, à l’exception de David Cameron, le Premier ministre britannique.

 

 

Concernant ce dernier, François Leclerc, le chroniqueur du blog de Paul Jorion écrit ceci :

 

 

« En novembre 2013, David Cameron est intervenu par courrier auprès du président du Conseil européen de l’époque, Herman Van Rompuy, afin d’empêcher que le mystère entourant les trusts, la grande spécialité de son pays, soit levé. La lettre est reproduite dans toute la presse britannique, alors que le Premier ministre se trouve sur la sellette, son père ayant échappé au fisc pendant trente ans en dirigeant un trust. Argument imparable employé dans ce courrier, que l’on retrouvait hier dans la piètre défense du cabinet Mossack et Fonseca, cela porterait atteinte à la vie privée ! L’anonymat garanti par les trusts jouerait également un rôle essentiel dans la bonne transmission des patrimoines par l’héritage, a fait valoir le Premier ministre, ce dont on ne peut pas douter. Sans surprise, David Cameron a eu gain de cause : la loi adoptée en 2015 par le Parlement européen a adopté une formulation ambiguë à propos des registres des propriétaires des trusts. » (blog de Paul Jorion – 6 avril 2016)

 

 

 

David Cameron est en mauvaise posture avec les #Panama papers. Aurait-il indisposé la City ?

David Cameron est en mauvaise posture avec les #Panama papers. Aurait-il indisposé la City ?

 

 

« Offshorer » entre amis !

 

 

Il y a donc une claire volonté de la part de la City de continuer à « offshorer » discrètement et entre amis… Et le « petit télégraphiste », David Cameron, n’a fait que transmettre les désirs de la City – qui sont des ordres – à l’Union européenne en cas de velléité de transparence…

 

Aujourd’hui, l’actuel locataire du 10 Downing street serait-il devenu encombrant pour qu’on lève le secret le concernant ?

 

 

En plus de Cameron, la « victime » la plus politique est le Premier ministre d’Islande, Sigmundur David Gunnlaugsson, qui, possédait avec sa femme, une des sociétés fictives et qui a été forcé à la démission. Il est évident que la politique de redressement bancaire de Gunnlaugsson gênait considérablement l’establishment financier occidental et nord-américain en particulier.

 

 

Sigmundur David Gunnlaugsson qui avait bouleversé le système bancaire islandais a été rattrapé par les #Panama papers et a dû démissionner. Il gênait pas mal de monde. Mais il est tombé dans le piège.

Sigmundur David Gunnlaugsson qui avait bouleversé le système bancaire islandais a été rattrapé par les #Panama papers et a dû démissionner. Il gênait pas mal de monde. Mais il est tombé dans le piège.

 

 

Mais il n’y a pas que les personnalités. Il y a aussi les banques. Depuis les révélations sur les #Panama papers, deux banques sont dans le collimateur – et pas n’importe lesquelles ! – Dexia et la Société générale, toutes deux ayant été mouillées dans des scandales de grande ampleur et ayant bénéficié des garanties d’Etat pour éviter la faillite.

 

 

Et revoilà Dexia et la Société générale

 

 

Dexia apparaît plus de 30.000 fois dans les Panama Papers. Une de ses filiales basée au Luxembourg, Experta, a commandé le plus de sociétés offshore auprès de Mossack Fonseca. Au total, 1.659 sociétés exotiques ont été créées par Experta depuis les années 90, avec un pic en 2004-2005. Principalement au Panama. Et Experta faisait partie du Groupe Dexia entre 2002 et 2011. Depuis lors, Experta a été acheté par les Qataris !

 

 

La Belgique eut beau avoir débloqué trois milliards d’argent public pour sauver le Groupe Dexia de la noyade, la filiale Experta cherchait toujours à séduire de nouveaux clients belges, français ou allemands en leur proposant des sociétés offshore sur mesure. Et ce jusqu’en 2011, année de la seconde crise, qui conduira à la dissolution du groupe et à la création de Belfius.

 

 

Pendant qu’on injectait l’argent du contribuable dans le Groupe Dexia, une filiale de ce même Groupe poussait donc certains Belges à faire de l’optimisation fiscale, au grand dam de la trésorerie du Royaume. Et tout ça sous le regard de Jean-Luc Dehaene, Jacques Rogge, ou du baron Narmon, qui siégeaient tous au sein du conseil d’administration de la maison mère d’Experta.

 

 

Il est dès lors aberrant de constater que les gouvernements successifs en France et en Belgique se sont montrés incapables de voir ce qu’il se passait réellement dans ces deux institutions financières. Comment se fait-il que ces gouvernements n’aient pas exigé d’y disposer de leurs propres contrôles ? Il y a là un laxisme coupable s’il n’est complice. L’Etat belge est toujours engagé par une garantie importante à l’égard de Dexia. Pourquoi ne l’a-t-il levé ? Pourquoi, alors qu’il est impossible de cacher les pratiques frauduleuses de cette banque, n’en profite-t-il pas pour se débarrasser de cette garantie, véritable épée de Damoclès sur les finances publiques belges ?

 

 

En France, la Société générale qui s’est fait connaître par la fameuse affaire Kerviel a immatriculé 979 sociétés par le biais du cabinet Mossack Fonseca. Le gouvernement Valls feint l’indignation.

 

 

Devant le Sénat, les dirigeants de la Société générale ont affirmé avoir fermé ses implantations figurant sur la liste grise des paradis fiscaux établie par l’OCDE et le G20. Un Sénateur posa la question concernant le Luxembourg, la Suisse et Singapour. Frédéric Oudéa, le PDG de la Société générale, avait affirmé sous serment qu’il ne s’agissait pas de paradis fiscaux ! Or, on sait aujourd’hui que c’est via sa filiale luxembourgeoise que la Société générale a créé ses 979 sociétés « off shore »… De plus, la Société générale réalise 11 % de ses bénéfices au Luxembourg !

 

 

Quant aux réactions politiques, si on lit Mediapart du 7 avril 2016, l’ancien ministre français des Finances devenu Commissaire européen, Pierre Moscovici, a tout fait pour favoriser le système bancaire.

 

 

Pierre Moscovici feiunt l'indignation au sujet des #Panama papers. Il ne dupe personne !

Pierre Moscovici feiunt l'indignation au sujet des #Panama papers. Il ne dupe personne !

 

 

« Pierre Moscovici (…) a été un orfèvre en la matière. Alors que l’Union européenne était prête, sous la houlette de la commission Liikanen, à instituer une séparation bancaire entre les activités de détail et les activités de marché, celui-ci s’est dépêché, sous l’active pression du lobby bancaire, de tuer toutes les velléités de réforme bancaire européenne, en proposant sa réforme minuscule. De même, à la stupéfaction de tous les autres pays, c’est lui qui a tué le projet européen sur la taxation des transactions financières. Un projet que la France défendait pourtant depuis près de dix ans.

 

 

Aujourd’hui, le même Pierre Moscovici, promu commissaire européen aux affaires économiques, plaide pour une nouvelle liste noire des paradis fiscaux. Le ministre des finances, Michel Sapin, promet de vouer Panama aux gémonies et de le réinscrire sur la liste noire des paradis fiscaux. Mais avant Panama Papers, c’est le même gouvernement qui s’est opposé au début de l’année à un vote des députés réclamant la transparence pour toutes les multinationales, en les obligeant comme les banques à publier la liste de toutes leurs filiales à l’étranger, avec leur chiffre d’affaires, le résultat et le nombre de salariés. Le gouvernement s’apprête à adopter avec la même célérité la directive européenne qui doit être votée la semaine prochaine sur le secret des affaires. Un texte qui permettra de bloquer tous les futurs Panama Papers ! »

 

 

Que dire de tout cela ?

 

 

Soyons clairs. Toutes les personnalités évoquées et/ou leur entourage direct sont coupables de faits extrêmement graves. La question de la légalité de ces sociétés off shore n’a en définitive guère d’importance, c’est la pratique qui est préjudiciable à l’ensemble de l’humanité. Le système « off shore » s’est servi de la faiblesse de la puissance publique pour s’installer. Il est nuisible et illégitime. Cela doit suffire pour le combattre.

 

Une autre question tout aussi grave : ces personnages sont-ils aptes à exercer leurs fonctions dirigeantes alors qu’ils pourraient être victimes de chantage à tout moment et que dès lors, ils ne disposent plus d’aucune autonomie de décision ?

 

 

L’éthique la plus élémentaire

 

 

La question de l’éthique la plus élémentaire se pose également : comment des dirigeants politiques, des chefs d’entreprises, des artistes, des sportifs qui se donnent l’apparence de l’honorabilité peuvent côtoyer dans ces paradis fiscaux, sans se poser la moindre question, les caïds du grand banditisme, les empoisonneurs de la drogue et les chefs des assassins terroristes ?

 

 

Joan Condijts, le rédacteur en chef du journal financier belge « l’Echo » écrit ce 9 avril :

 

 

« Des millions d’Européens acquittent leurs impôts via les prélèvements sur le travail. Soit de manière automatique. Sans latitude aucune quant à cette fameuse "voie la moins taxée" que le législateur a consacrée et que d’aucuns, libertaires, défendent avec véhémence. Une liberté fiscale dont seule une minorité profite désormais. Cette iniquité manifeste participe au déséquilibre social, à la perte de confiance en l’institution politique, voire plus globalement en la chose publique. De surcroît, selon les Nations unies, une centaine de milliards de dollars d’impôts théoriques échapperaient annuellement aux Etats dits "développés" par le biais des paradis fiscaux.

 

 

Organiser une riposte légale à l’évasion fiscale se révèle une urgence politique. Afin de recréer un équilibre entre cette masse salariée qui n’a guère le choix et une minorité, aussi infime soit-elle, qui se soustrait légalement à ses obligations sociales. Nier cette inégalité de traitement nourrit les fantasmes. Nul ne peut s’exonérer de ses responsabilités sociales. Ni le nanti qui pense ne rien devoir à la société parce que ses moyens lui donnent l’illusion de ne pas en dépendre, oubliant toutes les infrastructures collectives dont il profite. Ni le défavorisé qui estime que la société lui doit tout sans avoir le droit de lui demander des comptes. L’équilibre social est à ce prix. Le législateur en est le gardien et ne peut accepter que, peu à peu, s’installe cette conviction populiste que l’impôt ne serait que pour les pauvres… »

 

 

 

Joan Condijts, rédacteur en chef de "l'Echo" souhaite mettre l'éthique dans les affaires.

Joan Condijts, rédacteur en chef de "l'Echo" souhaite mettre l'éthique dans les affaires.

 

 

Laissons la conclusion à deux grands connaisseurs du système financier mondial, Paul Jorion bien connu des lecteurs d’Uranopole et Pierre Sarton du Jonchay, consultant en économie de la décision et en organisation financière depuis novembre 2008. Par les circonstances, il s’est spécialisé en analyse des crises financières et a une vision originale et hétérodoxe de la question.

 

 

Pour Paul Jorion : « Il faut savoir que le réseau des paradis fiscaux est en fait extrêmement bien surveillé, parce qu’il correspond à l’ancien Empire britannique. La City de Londres continue d’opérer une surveillance de bon niveau sur l’ensemble du réseau. En fait, les Etats ont besoin de cette surveillance parce qu’ils veulent contrôler de façon semi-permissive le blanchiment d’argent sale qui provient du trafic de la drogue, de la prostitution, du trafic d’armes. Le 17 septembre 2008, jour où le système s’est effondré, beaucoup d’argent sale a été injecté par le biais des paradis fiscaux si l’on en croit Antonio Mario Costa, qui était alors directeur de l’Office des Nations-Unies contre la drogue et le crime. Il est évident que la raison d’Etat a besoin de ces paradis. »

 

 

Il y a donc une alliance de fait entre les Etats légaux et le monde du grand banditisme et du terrorisme. Le tout est de savoir lequel des deux l’emportera.

 

 

Pour Pierre Sarton du Jonchay : « Le scandale des #Panama papers n’est donc pas un dysfonctionnement ponctuel du système de la finance mondiale libre et sans frontières, mais la manifestation naturelle concrète étendue de la logique matérialiste financière libérale. Le juridisme désincarné et le titre monétaire détachable de la loi des États sont pensés et délibérément instaurés pour la corruption libre des pouvoirs politiques. La compétition des seigneurs financiers concrètement placés au-dessus de toute réalité humaine personnelle, sociale et politique est illimitée sans entrave.

 

 

Si l’humanité veut réémerger de son anéantissement financier libéral, il lui suffit de réécrire son existence incarnée et ses droits dans le signe monétaire. Il lui suffit de ré-autoriser la responsabilité réelle des sociétés politiques par des espaces de droit exclusif où le trust soit inconsistant donc non monétisable. Les dettes comptabilisées dans les banques ne doivent pas être détachables des lois sociales politiques. La liquidité monétaire ne doit pas exister dissociable d’une souveraineté politique ni d’une responsabilité gouvernementale et judiciaire unifiée. Un paiement en monnaie ne doit pas se convertir d’une société à l’autre sans l’interposition fiscale d’un État représentatif de la loi commune entre des sociétés distinctes. »

 

 

Si ce n’est pas une révolution qui est proposée ici, cela y ressemble furieusement.

 

 

Elle est donc nécessaire.

 

 

 

 

Pierre Verhas

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