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24 juin 2016 5 24 /06 /juin /2016 14:41

 

Cet article est dédié à la mémoire de Jo Cox assassinée parce qu’elle était humaniste.

Jo Cox membre de la Chambre des communes britannique, députée travailliste, humaniste, assassinée par un fasciste fanatique

Jo Cox membre de la Chambre des communes britannique, députée travailliste, humaniste, assassinée par un fasciste fanatique

 

 

Haro sur les médias aux ordres. Depuis une semaine, ils ont tenté de « rassurer » l’opinion – ou de réconforter des « élites » déboussolées – en affirmant que le « Brexit » ne pouvait être qu’une option impossible ! Le « populisme » ne pouvait l’emporter devant le merveilleux projet d’une Union européenne ultralibérale… par ailleurs largement inspirée par la « City ».

 

Eh bien ! Le « populisme » a gagné !

 

Haro sur ces nationalistes assassins de la députée travailliste Jo Cox bien oubliée en ce vendredi « noir ». Jo Cox qui luttait pour un monde solidaire face aux individualistes du tout marché, Jo Cox qui savait ce que signifie l’humanitaire, Jo Cox qui ne voulait pas du « Brexit » car elle considérait qu’en dépit des critiques majeures justifiées à l’égard d’une Union européenne qui n’est devenue que la somme des égoïsmes des plus puissants, un repli sur soi serait la pire des réponses.

 

Eh bien ! L’égoïsme a gagné !

 

Haro sur David Cameron, ce dandy de la gentry, qui a placé ses bas calculs politiciens au-dessus de l’histoire dont il est incapable de mesurer les conséquences. Voici la Grande Bretagne confrontée en moins de vingt-quatre heures à la menace de sa propre division : l’Ecosse, partisane du « Remain », souhaite revoir son association avec Londres ; l’Irlande du Nord, elle aussi hostile au « Brexit », envisage la réunification de l’Irlande qui, elle, reste dans l’Union européenne.

 

Eh bien ! Cameron n’a obtenu que la division de son pays !

 

Haro sur l’Union européenne qui est partie du rêve de fédérer les Etats-nations qui la composent et qui a, suite entre autres aux pressions britannique et étatsunienne, fondé une vaste zone de libre-échange sous la protection de l’OTAN et sur la base d’un système de décision intergouvernemental où le pays le plus puissant mène la danse, en l’occurrence l’Allemagne. Cette fédération n’est rien d’autre qu’un asservissement.

 

Il y a aussi des abominations comme la domination, via les institutions européennes et la pression britannique, des entreprises transnationales qui ont conquis l’économie européenne et, par ce biais, démoli le modèle social. La lutte contre la « loi travail » en France et la « loi Peeters » en Belgique en sont des exemples.

 

Eh bien ! Le rêve s’est mué en cauchemar !

 

Jean Quatremer, le correspondant à Bruxelles de « Libération » - grand défenseur de l’Europe libérale – a été bien inspiré d’écrire aujourd’hui dans son billet sur le « Brexit » : «… nous n’avons pas eu la chance de connaître Margaret Thatcher et nous sommes restés, globalement, attachés à l’État providence, à l’interventionnisme étatique, au marché régulé, toutes choses qui vous font horreur. Aussi, nous avons dû accepter d’affadir le projet des pères fondateurs et pratiquer une politique du moyen terme qui, au final, déplait à tout le monde: l’Europe a réussi l’exploit d’inventer l’ultralibéralisme réglementaire ! »

 

Faut-il pour autant renoncer à cet objectif fondamental d’unifier les peuples dans la solidarité ? Non. Il est vital, en mettant en avant le colossal échec de l’Union européenne, répondre par un projet fédérateur.

 

Faut-il pour autant renoncer aux conquêtes sociales de nos ascendants ? Non ! Mais comment maintenir l’Etat providence, alors que l’Etat a été détruit par l’ultralibéralisme de l’Union européenne ? En cela, nous manquons dramatiquement d’imagination et ce n’est pas pour rien qu’un Varoufakis dénonce « l’échec historique de la gauche ».

 

Le politologue français Philippe Marlière écrit justement de son côté : " Ces ouvriers au chômage ou dans des situations précaires ont raison de s'opposer à l'orientation politique actuelle de l'Union européenne. Une chose est d’analyser les forces qui animent le Brexit (ultralibérales et xénophobes), une autre est de considérer les laissés-pour-compte de la mondialisation. Mais si l’Europe est néolibérale c’est parce que les gouvernements l’ont voulu. S’il faut s’acharner sur les forces qui nous ont conduit là, il faut davantage s’en prendre à Angela Merkel ou François Hollande. La classe ouvrière est effectivement la grande perdante et la gauche qui s’oppose au Brexit devra s’en occuper. "

 

Ajoutons que ce n’est pas sur les ruines du plus grand fiasco historique que l’on bâtira par miracle un monde nouveau.

 

Il faut partir de ce qui est. Il existe des institutions qui – ne l’oublions pas – ne sont que des outils. Il y a des acquis comme les accords de Schengen, par exemple, et même l’Euro qui a le mérite d’être une monnaie utilisée par dix-neuf Etats qui ne supporteraient pas un retour en arrière. La monnaie dite unique ne pourra fonctionner que si elle est gérée par un pouvoir politique.

 

Et ce pouvoir politique ne peut pas se contenter d’être, comme d’aucuns l’ont préconisé, un simple « gouvernement économique ». Il doit s’agir d’un pouvoir démocratique responsable devant les peuples.

 

Nul progrès n’est issu des ruines, nulle liberté ne fut acquise sur des cadavres.

 

Le fiasco du Brexit doit nous faire réfléchir à une tout autre approche politique. Nous devons mener les luttes de manière solidaires au-delà des frontières. C’est ainsi et seulement ainsi que nous construirons notre Europe.

 

Mais, pour ce faire, la social-démocratie comme la gauche radicale en sont incapables. De nouvelles forces doivent voir le jour. Et elles viendront, tout simplement parce que c’est indispensable !

 

Souvenez-vous d'un certain Stéphane Hessel qui nous a tout simplement demander de nous indigner.

 

 

Pierre Verhas

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Published by pierre verhas
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