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  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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2 juillet 2016 6 02 /07 /juillet /2016 20:35

 

 

 

Qui a voté « Leave » en Grande Bretagne ? Ce sont les principales victimes de la crise et des mesures de destruction de l’Etat providence britannique en vigueur depuis Margaret Thatcher en 1980. Ces gens habitent les régions fragilisées par les politiques d’austérité de la même Thatcher et de ses successeurs Taylor, Blair, Brown, Cameron.

 

 

 

 

 

David Cameron : le grand perdant du Brexit

David Cameron : le grand perdant du Brexit

 

 

Le choc du peuple face aux « élites »

 

 

Les bataillons du « Leave » se recrutent parmi les ouvriers, les chômeurs, les retraités, les moins diplômés, bref, chez ceux qui ont le plus besoin du Welfare state.

 

Les moins diplômés – ceux pour lesquels le sinistre Alain Minc, drapé de sa suffisance, affiche le plus total mépris en osant déclarer : « Ce référendum n’est pas la victoire du peuple sur les élites, mais des gens peu formés sur les gens éduqués. » - sont désarmés face à la révolution numérique, ne supportent plus cette Union européenne qui les enfonce dans la précarité.

 

 

 

Alain Minc, prototype de l'élite française aussi arrogante qu'inefficace, affiche son mépris du peuple du haut de sa suffisance.

Alain Minc, prototype de l'élite française aussi arrogante qu'inefficace, affiche son mépris du peuple du haut de sa suffisance.

 

 

Les ouvriers sont écrasés par la mondialisation, notamment dans le secteur de la sidérurgie, premières victimes du dumping chinois que Cameron lui-même encourage, contre l’avis de la Commission européenne, dans l’espoir de recevoir trente milliards de livres d’investissements promis par la Chine.

 

 

Les retraités sont précarisés par les fonds de pension et le système de santé qui, par la politique spéculative de la City, sont particulièrement volatils.

 

 

 

 

La carte des votes pour ou contre le Brexit dessine les clivages sociaux et nationaux qui divisent le Royaume "Uni".

La carte des votes pour ou contre le Brexit dessine les clivages sociaux et nationaux qui divisent le Royaume "Uni".

 

 

 

C’est aussi la sanction de l’establishment qui va de la classe politique, en passant par la presse et par les médias et même les syndicats qui se montrent systématiquement et dogmatiquement pro-européen. Cet establishment se montre incapable de répondre aux défis et aux menaces qui pèsent sur l’avenir de la société européenne. Dans un petit livre qui vient de paraître – 2017 : le chaos ou le sursaut ?, Fayard 2016 – l’économiste Pierre Larrouturou, fondateur avec feu Stéphane Hessel du Collectif Roosevelt et de Nouvelle donne, ami de feu Michel Rocard décédé aujourd’hui, écrit :

 

 

« Lorsque l’on mesure la gravité des crises que nous avons laissé pourrir depuis quarante ans ; lorsque l’on voit la défiance et le chacun-pour-soi qui montent partout, en France comme dans les pays voisins ; lorsque l’on connaît le poids des lobbies et que l’on constate à quel point notre classe politique est verrouillée, incapable de renouveler ses idées ou ses acteurs ; lorsque l’on voit que l’Europe est à deux doigts du chaos et que le FMI nous annonce que, à n’importe quel moment, peut éclater une nouvelle crise – pire que 2008 –, il n’est pas difficile d’envisager les scénarios d’un lent effondrement conduisant un jour au pire. »

 

 

 

Michel Rocard décédé ce 2 juillet 2016 et Pierre Larrouturou étaient très proches.

Michel Rocard décédé ce 2 juillet 2016 et Pierre Larrouturou étaient très proches.

 

 

 

On a voulu expliquer le « Brexit » par un réflexe raciste. Il y a incontestablement une part de vrai, mais, comme l’explique l’analyste britannique Nathanaël Uhl, la faute n’en incombe pas qu’aux seuls promoteurs de « Leave » :

 

 

« Le rejet de l’immigration a joué un rôle dans le Brexit. A observer la recrudescence des attaques xénophobes qui ont suivi l’annonce des résultats du référendum, on ne peut pas le nier. Chacun pouvait déjà s’en rendre compte lorsque le parti europhobe et « un brin » xénophobe UKIP (United Kingdom Independance Party) est devenu le premier parti du pays lors des élections européennes de 2014. Suite à cela, plutôt que de défendre une vision ouverte de l’immigration, les conservateurs ont commencé à évoquer les mouvements migratoires comme un problème, générateur de distorsion dans la répartition des richesses mais aussi de criminalité en hausse… Et le Labour a fini par embrayer le pas en inscrivant le contrôle de l’immigration dans son programme en vue des élections générales de mai 2015. Mais qualifier le vote en faveur du Brexit de xénophobe ou anti-immigrés me semble refléter le mépris de nos élites pour le peuple. »

 

 

Ainsi, les grands partis jouent la carte xénophobe en espérant ainsi récupérer les voix susceptibles de gonfler les votes des partis dits populistes. Cet odieux jeu d’apprentis sorciers ne leur a guère réussi, tout comme celui de la droite française avec le Front national !

 

 

Il y a un autre paradoxe au référendum sur le « Brexit » : les électeurs du « Leave » sont issus, comme nous venons de le voir, des classes populaires, alors que les têtes d’affiche de la campagne du « Leave » sont des conservateurs thatchériens qui reprochent à Bruxelles d’avoir des réglementations trop contraignantes en matière de droits sociaux et du travail ! Le cas de Nigel Farage, le leader de l’UKIP, est exemplaire : c’est un homme de droite dure prônant les thèses les plus ultralibérales.

 

 

 

Nigel Farage l'ultralibéral droitier savoure sa victoire... Ce qui ne l'empêche pas de rester député européen !

Nigel Farage l'ultralibéral droitier savoure sa victoire... Ce qui ne l'empêche pas de rester député européen !

 

 

 

En clair, les partis traditionnels militant pour le « Remain » reprennent à leur compte les arguments de rejet de l’Autre des extrémistes ! Mais le peuple, c’est connu, est un ramassis de vilains racistes… Ce ne sont pas de pareils raisonnements qui permettront d’en sortir. Ce n’est pas en jouant la Marie-Antoinette qui lorsque le peuple lui réclamait du pain, répondait avec mépris : « Donnez-leur de la brioche ! ».

 

 

De toute façon, tout le monde le reconnaît, le « Brexit » ne se fera pas tout seul. On n’efface pas ainsi 43 ans d’association. Des centaines d’accords commerciaux, de contrats divers, de réglementations devront être renégociés de part et d’autre.

 

 

D’ailleurs, ledit « Brexit » n’a pas lieu jusqu’à présent. Les seuls événements connus suite à ce fameux « Brexit » sont l’assassinat de la députée travailliste Jo Cox, le résultat d’un référendum consultatif et la démission au 2 septembre prochain du Premier ministre conservateur David Cameron et le refus de Boris Johnson de lui succéder.

 

 

La procédure de sortie de la Grand Bretagne prévue à l’article 50 du TFUE (le Traité de Fonctionnement de l’Union Européenne) n’a pas encore été lancée, donc, jusqu’à présent, il n’y a pas de « Brexit » et peut-être n’y aura-t-il pas non plus de perspectives de « Brexit »…

 

 

Quant à la volonté populaire, elle ne compte guère pour autant qu’elle n’ait jamais compté !

 

 

Les réactions ne manquent cependant pas en Europe continentale. Il y a manifestement un vent de panique au sein des « élites » européennes qui se montrent incapables de répondre à ce nouvel élément qu’elles n’attendaient manifestement pas. Pourtant, les sondages pré-référendum donnaient le « leave » et le « remain » au coude à coude… Même les promoteurs britanniques du « Brexit » ont été surpris par leur victoire !

 

 

Le choc de l’Europe des régions

 

 

L’événement le plus inattendu est la réaction de l’Ecosse, de l’Irlande du Nord et de Gibraltar qui ont voté massivement pour le « Remain ». Ils réclament de rester dans l’Union européenne quitte à se séparer de l’Angleterre.

 

 

 

Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, reçoit avec chaleur Nicola Sturgeon, Première ministre d'Ecosse. Un geste suicidaire ?

Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, reçoit avec chaleur Nicola Sturgeon, Première ministre d'Ecosse. Un geste suicidaire ?

 

 

 

La Première ministre écossaise, et leader des nationalistes de gauche écossais du Scottish National Party, a clairement indiqué que sa priorité est de sécuriser les liens entre l’Écosse et l’Union européenne. Nathanaël Uhl explique :

 

 

« Elle l’a rappelé devant le parlement écossais mardi 28 juin au matin dans une déclaration solennelle. Nicola Sturgeon fait actuellement le forcing, tout comme le maire de Londres, le travailliste Sadiq Khan, et le ministre en chef de Gibraltar, pour être présente à la table des négociations, quand le futur premier ministre se décidera à activer l’article 50 du Traité de Lisbonne, qui ouvre la voie aux négociations en vue du départ. Elle estime, au vu du précédent du Groenland et des îles Feroë (qui ont obtenu de ne pas être intégrées à l’Union européenne après le « oui » des Danois lors de leur référendum), que l’Écosse n’est pas forcément liée par le Brexit britannique. Ce mercredi 29 juin, la première ministre écossaise se rendait à Bruxelles pour discuter directement avec les membres de la Commission européenne et le président du Parlement européen, dans ce sens.

 

 

Lors de sa déclaration devant le Parlement, Nicola Sturgeon a clairement exprimé que, oui, l’idée d’un deuxième référendum sur l’indépendance se situe dans la perspective du maintien de l’Écosse dans l’Union européenne. »

 

 

Le président de la Commission, Jean-Claude Juncker l’a reçu en grandes pompes. C’est le geste qu’il ne fallait certainement pas faire maintenant !

 

 

À quel jeu joue l’ancien Premier luxembourgeois et ancien Président de l’Eurogroupe ? La tradition des institutions européennes a toujours été de ne pas reconnaître les régions et de n’avoir que les Etats membres comme interlocuteurs. C’est un changement notable qui peut avoir de sérieuses conséquences. Certains hauts dirigeants de l’UE en viendraient-ils à envisager l’Europe des régions ?

 

 

Les dirigeants de l’Union européenne tiendraient-ils pour acquises l’indépendance de l’Ecosse et la réunification irlandaise ? Est-ce une forme de « vengeance » à l’égard de ces Anglais qui ont claqué dans les doigts des dirigeants européens ? Si les scénarios indépendantistes peuvent être considérés comme probables, en contribuant à accélérer ce mouvement de délitement du Royaume Uni, c’est jouer aux apprentis sorciers, car cela ravivera sans conteste les volontés d’indépendance de régions comme la Catalogne, la Flandre, la Corse. Cela pourrait aussi ranimer les conflits frontaliers entre les Etats membres issus de la chute de l’Empire austro-hongrois et les litiges non encore résolus en ex-Yougoslavie.

 

 

On est loin du Barroso qui, après le référendum sur les indépendances de la Catalogne et de l’Ecosse, avait déclaré qu’en prenant leur indépendance, ces régions s’excluaient d’elles-mêmes de l’Union européenne ! De plus, des changements frontaliers ne sont pas non plus acceptés par les traités européens.

 

 

Enfin, que deviendrait l’Union européenne dans de pareils scénarios que d’aucuns qualifieront de trop alarmistes, mais qui sont tout à fait plausibles ? Une construction européenne serait-elle possible en de telles circonstances ?

 

 

Et puis, on verrait deux ou trois Etats-membres dont certainement l’Allemagne et la Pologne garder leur unité et donc être dominant par rapport aux micro-états nés des indépendances régionales. Le scénario grec où l’on a vu l’Allemagne mener le jeu grâce à l’Euro qu’elle contrôle pourrait devenir courant : la première puissance et industrielle du continent mènerait le jeu sans aucune opposition possible.

 

 

Une division de l’Union européenne

 

 

Le « Brexit » provoquerait aussi une division de l’Union européenne. En effet, plusieurs pays n’ont aucun intérêt à voir le Royaume Uni prendre le large. Ces pays sont ceux qui ont de puissants liens commerciaux avec la Grande Bretagne comme l’Irlande, le Danemark, les Pays-Bas, la Suède, ainsi que plusieurs pays d’Europe centrale. On évoque même l’idée d’un référendum prônant le « leave » aux Pays-Bas. Les Bataves regarderaient-ils aussi vers le grand large ?

 

 

Cependant, l’Allemagne suivie de la France et de l’Italie souhaite que l’on enclenche le plus rapidement possible la procédure de l’article 50. On va même plus loin : les « brexiters » comme l’ineffable Boris Johnson souhaitaient que le Royaume Uni reste dans le marché unique. C’est un niet catégorique des dirigeants européens – c’est-à-dire d’Angela Merkel. L’accès au marché intérieur européen implique le respect des règles communautaires, impliquant ainsi de se soumettre à la Cour de Justice européenne pour le règlement des litiges et de contribuer au budget communautaire comme c’est le cas aujourd’hui. Autrement dit, Londres aurait un statut équivalent à celui de la Norvège, de l’Islande et du… Lichtenstein qui n’ont aucun droit de se prononcer sur les règles européennes !

 

 

C’est la punition du « mauvais élève » en quelque sorte ! Est-ce la meilleure réplique ? On peut en douter… Et il est certain que les Britanniques n’accepteront pas cette « solution ».

 

 

Le Belge Paul De Grauwe qui est professeur à la London School of Economics n’est pas défavorable au Brexit et il le dit : « … je pense qu’il vaut mieux que le Royaume-Uni sorte de l’UE. On aura moins d’ennuis. Les Britanniques vont continuer à tout bloquer en Europe et encore aller plus loin avec cette nouvelle pression des partisans du Brexit. Qu’on reste de bons amis. La Grande-Bretagne peut être florissante en dehors de l’UE : regardez la Suisse ou la Norvège. »

 

 

 

Le professeur belge Paul De Grauwe est favorable au Brexit.

Le professeur belge Paul De Grauwe est favorable au Brexit.

 

 

 

Il explique en plus : « Si le Brexit l’emporte, la Grande-Bretagne devra trouver des accords économiques avec l’UE. Ce ne sera pas facile et il faudra plusieurs années avant d’aboutir à un accord, qui est souhaitable autant pour la Grande-Bretagne que pour l’UE. Les Britanniques devront aussi accepter une série de règles… qu’ils détestent aujourd’hui. »

 

 

Et ils devraient contribuer. Or, payer sans n’avoir rien à dire, ce n’est pas tout à fait conforme à l’esprit British !

 

 

Le choc de la fracture sociale

 

 

Il y en a qui se font des illusions ! Dans l’hebdomadaire belge « le Vif » du 1er juillet, un haut fonctionnaire du SPF Emploi déclare :

 

 

« Depuis que je travaille sur les matières sociales, ce sont les Britanniques qui ont toujours freiné". Et il cite la directive européenne sur les règles minimales concernant le temps de travail, dont Londres a obtenu une série de dérogations. Autre exemple récent : les Britanniques ont refusé que l'Union européenne émette une déclaration pointant les discriminations affectant les hôtesses de l'air de Qatar Airways. "Quand Londres disait non, on adaptait tout en fonction de leurs desiderata. Ce sont eux qui ont exigé qu'au début de chaque déclaration de l'Union européenne, on ajoute ''et ses Etats membres'' parce qu'ils refusaient de considérer l'UE comme une entité au-dessus des gouvernements". Le Brexit va-t-il changer la donne ? "L'Europe sociale ne va pas redémarrer d'un coup, tempère le fonctionnaire. Nous vivons dans un système ultralibéral, que la majorité au pouvoir en Belgique ne cherche pas à combattre." Pas plus que les pays d'Europe centrale et orientale, "dont les élites ont été formées à Londres", et qui pourraient prendre le relais des positions britanniques de l'autre côté du continent. »

 

 

Donc, c’est clair, le Brexit ne changera rien. L’ultralibéralisme a de beaux jours devant lui dans une Union européenne à 27. D’ailleurs, la « loi travail » en France, le projet Peeters en Belgique et le « Job Act » italien s’inscrivent dans cette logique du démantèlement des droits sociaux prônée depuis longtemps par la Commission européenne.

 

 

Vers un nouveau modèle européen ?

 

 

Le Royaume Uni avait réussi à imposer le libre échange à l’Union européenne. Jean Quatremer qui, reconnaissons-le, en dépit de son européisme échevelé, connaît à fond ses dossiers, écrit :

 

 

« Sans le Royaume-Uni, l’Union ne serait pas ce continent libre-échangiste qu’elle est devenu au fil des ans : la France, et dans une moindre mesure l’Allemagne, y aurait veillé. Londres a trouvé dans la Commission, mais aussi dans les pays nordiques et ceux de l’Est européen, de fidèles alliés afin de défendre l’ouverture des frontières européennes la plus large possible.

 

 

De ce point de vue, on peut dire qu’il a réussi à faire adhérer l’Union à l’Association européenne de libre-échange, cette organisation que Londres a initiée en 1960 pour faire place au trop protectionniste marché commun (avant de le rejoindre en 1973). Si le Royaume-Uni partait, nul doute que le libre-échangisme érigé en alpha et oméga de l’action européenne en prendrait un sacré coup, comme le montre la contestation de plus en plus grande qu’il suscite sur le continent.

 

 

De même, le Royaume-Uni a été le plus fervent défenseur de l’élargissement aux pays de l’Est : sans lui, il n’aurait sans doute pas eu lieu en 2004 et les adhésions se seraient faites au compte-gouttes. Ce n’est pas un hasard si tous les pays des Balkans qui veulent rejoindre l’Union, mais aussi la Turquie, sont en faveur de son maintien dans l’UE. Bref, sans Londres et son amour du grand large, l’Europe prendrait le risque de se refermer sur elle-même. »

 

 

Se refermer sur elle-même ?

 

 

L’élargissement à marche forcée imposé par Londres et par Washington a affaibli l’Union européenne aussi bien sur le plan politique qu’économique et l’a enfermée dans une nasse. Le seul bénéficiaire en a été l’Allemagne. Il a eu comme conséquences un dumping social majeur et n’a guère contribué au développement de l’Europe centrale qui se trouve totalement dépendante de Berlin sur le plan économique et de Londres et de Washington via l’OTAN sur les questions géopolitiques.

 

 

Par conséquent, il va certainement y avoir de sérieuses pressions de la part des pays de l’Est européen pour maintenir un lien privilégié entre l’UE et la Grande Bretagne.

 

 

Une autre vision de la construction européenne est indispensable. Il est désormais impossible de continuer comme avant, « Brexit » ou non. Mais, on ne peut plus rien demander à cette élite repliée sur elle-même, faisant fi des aspirations populaires et totalement dépendante des lobbies et autres intérêts financiers qui ne cherchent qu’à profiter d’un espace européen dérégulé qui transforme le vieux continent en un désert économique, social, culturel et éthique. Il y a autre chose à faire !

 

 

Vers la souveraineté partagée ?

 

 

Nous terminerons par l’analyse de l’économiste français Pierre Sarton du Jonchay proche de Paul Jorion et qui prône un nouveau souverainisme. Voici :

 

 

« Le modèle commun au deux empires britanniques et unioniste européen est celui du gouvernement par les nombres et du pilotage supranational des consciences individuelles par des administrations financières. De fait et au-delà de toute théorisation par la religion féroce du néo-libéralisme, l’unité européenne s’est construite au moins depuis 1972 (date d’entrée de la GB dans la CEE) par les intérêts financiers privés gérés de la City et juridicisés par la coopération entre les juristes anglo-saxons et les fonctionnaires de Bruxelles, Francfort et Paris. « Public » à Londres comme à Bruxelles signifie aujourd’hui que le prix de la propriété privée est publié sur un marché nominalement ouvert, nominalement accessible à tous. Dans l’espace européen de la religion féroce, « public » ne peut plus signifier : conforme à l’intérêt général des sociétés humaines quel que soit le capital financier détenu par les individus composant les sociétés.

 

 

Autrement dit, l’Europe est monétariste, matérialiste libérale, des deux cotés de la Manche. La délibération des réalités productibles derrières les actifs financiers cotés sur les marchés contre monnaie est le monopole d’une oligarchie initiée. S’il existe une réalité autonome des cerveaux et des intérêts financiers, elle ne peut plus et ne doit pas contenir de politique. L’utilité de ce qui est produit ou doit être produit n’est pas objectivement discutable, ni délibérable entre tous les citoyens. C’est donc à la représentation libérale du monde et aux réalités européennes qu’elle induit, que les sujets de sa gracieuse majesté ont dit « non ». 374 ans après « the English civil war » qui fonda la monarchie parlementaire, les peuples britanniques font leur 1792 : ils s’invitent dans la politique en refusant des institutions, en l’occurrence européennes, où ils ne sont pas explicitement représentés et défendus.

 

 

Le problème que la religion libérale féroce s’évertue à escamoter est posé par la révolte légaliste des peuples britanniques : quelles sont les finalités humainement acceptables de l’ordre économique britannique, européen et mondial ? Question subsidiaire dérivée : quelle organisation politique britannique, européenne et mondiale permet le gouvernement de l’économie humaine au bénéfice de tous ? Pour se donner la possibilité de trouver des réponses à ces questions, il faut impérativement sortir du cadre néo-platonicien libéral féroce et revenir à l’étymologie de la souveraineté, de la nation et de l’État. »

 

 

Le souverainisme tant décrié revient en force depuis le « Brexit ». Un colloque du « Comité Orwell » consacré à la « Souveraineté et à la Mondialisation » s’est déroulé à Paris le 18 juin 2016. Il a débouché sur une déclaration appelant au rétablissement de la souveraineté, de la prospérité et de l’indépendance stratégique en Europe. Cette déclaration est signée par vingt intellectuels, la plupart de droite comme Natacha Polony, mais aussi quelques-uns se réclamant de la gauche ou du centre comme Jean-Pierre Chevènement, Michel Onfray, Paul Jorion et Jacques Sapir.

 

 

Je pense que c’est une grave erreur d’en revenir au souverainisme et à l’Etat nation. La souveraineté est certes essentielles pour rétablir la démocratie, c’est-à-dire redonner la parole au peuple, mais dans le monde actuel, elle ne peut qu’être partagée. C’est un point essentiel sur lequel il convient de revenir.

 

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

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