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  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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18 juillet 2016 1 18 /07 /juillet /2016 21:46

 

 

 

Le prétendu coup d’Etat de la nuit du vendredi 15 au samedi 16 juillet destiné à renverser le président turc a eu pour effet de renforcer considérablement un pouvoir qui était ébranlé par la guerre en Syrie, le conflit interne avec les Kurdes et son incapacité à imposer une réforme constitutionnelle qui aurait transformé la Turquie en une théocratie islamique.

 

 

De là à prétendre que ce coup d’Etat fut un coup monté, c’est le pas que franchit Djordje Kuzmanovic sur son blog hébergé par le journal en ligne « Mediapart » :

 

 

« Après observation des événements survenus en Turquie hier soir 15 juillet et les avoir recoupés avec des informations glanées ici et là je vous soumets quelques éléments d’analyse à chaud et une conclusion qui en découle :

 

 

Le coup d’Etat a été très court – factuellement moins de 6 heures.

 

 

Durant le coup d’Etat, aucun responsable politique du régime d’Erdogan ni aucun chef de la police n’a été arrêté par les putschistes. Seul a été arrêté le commandant en chef de l’armée.

 

 

Un seul coup (missile lancé d’un avion) a été tiré sur le lieu supposé où se serait trouvé Erdogan.

 

 

Les chars n’étaient pas appuyés par une infanterie conséquente et de facto ne représentent presque aucune menace en ville.

 

 

Les militaires ont peu de pertes (2 morts apparemment de leur côté – 47 du côté des forces spéciales). Ils ont globalement très peu combattu et se sont rendus très vite.

 

 

La « population » est descendue dans la rue spontanément en pleine nuit pour défendre le régime.

 

 

Depuis trois jours, les ambassades de France, des Etats-Unis, du Royaume Uni sont fermées ou au ralenti. Sans que cela ait été justifié.

 

 

Déjà dans la nuit, la police – fidèle au régime – arrêtait des militaires (près de 3000 pour le moment). 5 généraux d’importance et 29 officiers supérieurs qui comptent ont également été arrêtés.

 

 

A 15 h aujourd’hui, les divers responsables des partis politiques de Turquie passeront les uns à la suite des autres pour dénoncer le coup d’Etat et appuyer Erdogan et la « démocratie ». Toute contestation ou formulation de doute à ce moment sera bien entendu très dangereuse (Erdogan a plusieurs dois été près de lever l’immunité parlementaire des députés, en particulier ceux du HDP).

 

 

Bref, pour un coup d’Etat, en particulier de la très sérieuse armée turque, il ni fait ni à faire. Pour le moins, c’est un coup d’Etat mal préparé et frappé d’amateurisme. »

 

 

En effet, il est assez curieux que les chefs des insurgés aient agi avec autant de légèreté. Aucun dirigeant important du régime n’a été arrêté, aucun bâtiment stratégique n’a été occupé avant la descente des chars dans la rue. Il est pour le moins bizarre que les grandes ambassades aient été fermées trois jours avant le soi-disant putsch.

 

 

 

Facetime au service du pouvoir d'Erdogan

Facetime au service du pouvoir d'Erdogan

 

 

 

On peut s’étonner que l’appel d’Erdogan diffusé par smartphones via Facetime en pleine nuit ait eu pour effet de faire descendre dans les rues d’Ankara et d’Istanbul des milliers de Turcs s’opposant aux putschistes. En réalité, ces civils étaient des militants de l’AKP, le parti d’Erdogan, déjà parfaitement organisés.

 

 

Le « Courrier international » rapporte de son côté les analyses de plusieurs organes de presse, notamment celle du quotidien libanais « l’Orient – le jour » qui titre : « La théorie du complot s’est propagée lorsque le coup d’Etat a commencé à battre de l’aile. ». Le journal libanais rapporte le questionnement d’une citoyenne turque :

 

 

« Pourquoi n'ont-ils (les militaires) pas arrêté des membres du gouvernement plutôt que de s'emparer des chaînes de télévision ? Pourquoi bombarder l'hôtel d'Erdogan seulement après son départ pour Istanbul ? Pourquoi ont-ils tenté un coup avec si peu d'effectifs, alors que c'était évident que cela ne mènerait nulle part ? Pourquoi certains militaires déclarent-ils qu'ils n'ont réalisé qu'ils faisaient un coup d'État que lorsque des gens révoltés sont montés sur les tanks ? » s’interroge Asli, une citoyenne turque de 30 ans. »

 

 

Et le reporter de « l’Orient – le jour » qui se trouvait à Istanbul ajoute :

 

 

« Il faut dire qu'il est normal que cette tentative de coup d'État ait suscité de nombreuses interrogations, tant les circonstances de cette soirée du 15 juillet semblaient absurdes : affrontements entre policiers et soldats ; des citoyens qui, suite à l'appel d'Erdogan sur l'application Facetime, se rendaient dans les rues pour manifester leur soutien envers le président au même moment que le Parlement d'Ankara était bombardé, etc. Plus tard dans la nuit, des avions survolaient le centre-ville à toute allure, franchissant parfois le mur du son et terrorisant les habitants près de la place Taksim.

 

 

Pour Sinem, citoyenne de 31 ans, la réaction d'Erdogan est dénuée de sens : « Quel président invite ses citoyens à descendre dans les rues en envoyant des messages sur leurs téléphones et en demandant aux imams, tel un appel à la prière, d'encourager la population à défendre la démocratie au lieu d'ordonner à son peuple de rester à la maison et de laisser la police et les militaires régler ça entre eux. Car après tout, tout ceci a fini avec des terribles images de Turcs qui attaquent, frappent et tuent des soldats. »

 

 

 

Des "barbus" lynchent de jeunes soldats sur le pont du Bosphore à Istanbul.

Des "barbus" lynchent de jeunes soldats sur le pont du Bosphore à Istanbul.

 

 

 

Pour le site tunisien « Kapitalis », cette tentative de putsch pourrait bien être en réalité une « mise en scène soigneusement orchestrée ». Il n’est « pas saugrenu » de penser que « le désordre a été organisé » par le président « pour conforter son pouvoir absolu ». Une stratégie « dans la droite ligne de l’enseignement du Prince » de Machiavel, philosophe italien qui a théorisé l’art de gouverner et qui « conseille la simulation, y compris du complot, pour se débarrasser de ses ennemis ». Machiavel préconise même, si nécessaire, d’utiliser la répression, mais de le faire d’un seul coup, pour ne pas avoir à recommencer, ajoute Kapitalis. Avant de conclure : « Au creux des apparences d’aujourd’hui, le secret du visible [s’offre] à nos yeux. »

 

 

En tout cas, voilà un beau sujet d’études pour les spécialistes de la théorie du complot !

 

 

D’autres analystes s’opposent à cette thèse, ainsi le chercheur français Jean-François Pérouse qui se trouvait à Istanbul lors des événements. Dans une interview à « Mediapart », il conteste la thèse du complot monté par Erdogan. Il conteste la thèse du faux putsch organisé par Erdogan lui-même :

 

 

« Je ne pense pas que l’on puisse aller jusque-là : il y a quand même eu de nombreux morts, l’affaire aurait pu déraper, ce n’était pas contrôlé dès le début. Il y a eu un basculement autour de vendredi minuit. Mais jusque-là, il y avait beaucoup d’incertitudes. Si le chef de la première armée a mis au courant assez tôt Erdogan, celui-ci n’a pas maîtrisé le cours des événements. Ce qui n’exclut pas qu’après minuit, l’affaire a pu être grossie et mise en scène pour reconstruire l’image de sauveur et de martyr de la démocratie d’Erdogan. »

 

 

 

La foule des "barbus" turcs descend "spontanément" dans la rue...

La foule des "barbus" turcs descend "spontanément" dans la rue...

 

 

 

On le voit : Pérouse laisse planer un doute ! Il ajoute :

 

 

« Cela ressemble quand même à une opération suicide, qui a dérapé très vite. Ces militaires sont complètement coupés des évolutions de la société turque, qui ont pensé que l’armée allait réagir en bloc et les suivre. Il y a une erreur d’analyse considérable, qui a conduit ensuite à des opérations quasi désespérées. À partir du moment où le chef de la première armée ne suivait pas, pas plus que l’armée de terre, c’était voué à l’échec. Il y a eu un aveuglement initial que le groupe a payé très cher, et qui peut expliquer cette dérive suicidaire. »

 

 

Reconnaissons que ce raisonnement prête à caution : on voit mal une partie de l’armée se désolidariser de son chef et se lancer ainsi à l’aventure.

 

 

 

Un char des putschistes "conquis" par la foule

Un char des putschistes "conquis" par la foule

 

 

 

Aussi, au-delà de ces considérations, les conséquences de ce faux coup d’Etat ou de ce coup d’Etat manqué sont énormes.

 

 

Il a été suivi d’une immense purge dans l’armée et aussi dans la magistrature. Plus d’un cinquième du corps de la magistrature est aujourd’hui en garde à vue ! D’autre part, des abominables lynchages ont été perpétré par des « barbus » : de jeunes soldats ont été précipités du haut du pont du Bosphore à Istanbul, d’autres ont été piétinés, on parle même de décapitations.

 

 

Qu’on ne vienne pas dire que tout cela fut spontané ! Il est évident qu’en moins de deux jours, l’armée et la magistrature qui sont les deux corps qui peuvent gêner Erdogan n’ont pu être épurés aussi massivement. Tout cela nécessite une organisation qui ne se met pas en place en une journée ! Et Pérouse ose affirmer que « c’est un phénomène massif, qui est possible de manière conjoncturelle vu la nature de la trahison d’une partie de l’armée contre l’État. »

 

 

Il va même jusqu’penser que tout cela pourra être bénéfique :

 

 

« Et le meilleur exemple de cela sera le dossier kurde. Il y a une fenêtre qui s’ouvre, une nouvelle donne possible, car les militaires qui ont participé au putsch étaient en pointe dans le durcissement face aux populations kurdes. Depuis samedi, ils sont complètement discrédités, et leur politique avec, ce qui crée un vide complet à l’est, que n’exploitent pas les partisans du PKK (guérilla kurde). Cette réserve ouvre la possibilité du processus de paix.

 

 

On se dirige donc peut-être vers un référendum, qui donnera le droit à Erdogan de modifier la Constitution et d’instaurer un régime présidentiel. Mais jusqu’où ira-t-il ? Il est donc trop tôt pour dire ce qu’il adviendra de cette tentative ratée de coup d’État : nouveau tournant autoritaire, ou possibilité d’une détente. »

 

 

Il est assez surprenant qu’un intellectuel de ce niveau puisse manifester un tel optimisme quand on voit quelles furent les dérives de Recep Tayyip Erdogan depuis sa prise de pouvoir en 2003.

 

 

 

Pour l'opinion publique internationale, Erdogan a le soutien massif de la population.

Pour l'opinion publique internationale, Erdogan a le soutien massif de la population.

 

 

 

De son côté, Djordje Kuzmanovic conclut :

 

 

« Que s’est-il passé hier soir ? Beaucoup de journalistes et de commentateurs envisagent la possibilité d’un faux coup d’État, orchestré par Erdogan pour obtenir les pleins pouvoirs. D’autres disent que la menace d'un putsch n'était pas si sérieuse.

 

 

Moi, je me fous des hypothèses. Tout ce que je vois, c’est que plus de 200 personnes sont mortes. C’est que ceux que l’AKP a appelé à envahir les rues ont décapité de jeunes soldats, jeté leur tête du pont Bosporus et sauté sur leur corps inerte. Ceux qui, chaque jour, tuent, violent, harcèlent, agressent, terrorisent, ont aujourd’hui le statut de "héros".

 

 

Les autorités turques ont annoncé avoir renvoyé 2.745 juges après la tentative de coup d'État. Une dizaine de membres du Conseil d’État sont détenus, 38 autres sont recherchés et 2.800 membres des forces armées turques ont été arrêtés. Le département de Police d’Istanbul a donné l’ordre de "tirer à vue" sur tout soldat en uniforme qui ne se trouverait pas sur son lieu de travail.

 

 

Erdogan avance vers le pouvoir absolu. Ses partisans armés ont pris la rue. Nous sommes les prochains. La prochaine fois que vous entendrez parler de la Turquie, ce sera pour des décapitations de gauchistes, de Kurdes, d’Alévis, d’homosexuels, de femmes ou étudiants... Chacun d'entre nous est menacé. »

 

 

Bref, c’est la nuit des longs couteaux de Recep Tayyip Erdogan !

 

 

Et le pire fut la réaction des pays occidentaux. Réunis en Mongolie, les Européens ont salué le « maintien de la démocratie » en Turquie. Par après, il leur fallut quelque peu déchanter lorsqu’on s’aperçut de la violence de la répression. Didier Reynders, le ministre belge des Affaire étrangères, parla de garantir « l’état de droit » et Jean-Marc Ayrault son collègue français invoqua lui aussi le maintien de ce fameux « état de droit », d’une manière un peu plus ferme, certes.

 

 

Cela traduit la constante peur et pusillanimité des « Occidentaux ». Que va faire Erdogan qui n’a jamais eu les mains aussi libres ? Comment va-t-il concilier sa politique de conquête avec la participation de son pays à l'OTAN ? Que fera-t-il dans la coalition soi-disant anti-Daesh ? La Turquie sera-t-elle toujours candidate à une adhésion à l'Union européenne ? Nous le saurons bientôt.

 

 

On peut cependant douter que le dictateur d’Ankara soit impressionné par ces déclarations… Comme le dit le journaliste belge de la RTBF, Eddy Caeckelberghs :

 

 

« La grande purge commence sous l'œil complice des états OTAN et UE qui lui passent tout. Il aura son présidentialisme à vie. Tout ne fait que commencer. Et nous sommes DÉJÀ allés à Munich. »

 

 

Tout est dit en ces quelques mots.

 

 

 

Pierre Verhas

 

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Published by pierre verhas
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commentaires

mehdi mountather 31/03/2017 13:11

L'application de la charia islamique ordre d'ALLAH au président Tayyip Erdogan et aux pays musulmans d'appliquer la charia islamique avant Avril 2017 pour éviter l'extermination des pays musulmans et non musulmans par ces punitions d'ALLAH les inondations les forts séismes tsunami volcan les tornades les foudres tempête de sable de neige grêlon engloutissent glissement de terrain grondement les météorites les boules de feu astéroïdes et les virus Daech des criminels pas des musulmans.