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  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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31 août 2016 3 31 /08 /août /2016 15:16

 

 

Les sanglants attentats de 2015 et 2016 n’ont fait qu’exacerber les tensions entre les populations musulmanes et non musulmanes en France et en Belgique, sans compter le contexte géopolitique dans lequel s’inscrivent ces tragédies.

 

 

Ces tensions se sont ces vacances-ci exprimées sur une futilité : le burkini – ce maillot qui recouvre tout le corps de la femme – sur les côtes de France. Les maires de droite et d’extrême-droite de Provence ont pris des arrêtés interdisant le port de cette tenue de plage au nom de la défense de la laïcité. Et la gauche de gouvernement a sauté dans le train en marche en approuvant ces mesures, notamment via les déclarations tonitruantes du Premier ministre Manuel Valls.

 

 

La laïcité défendue par des intégristes catholiques…

 

 

Savourons l’ironie : la laïcité est aujourd’hui défendue par des édiles connus pour leur sympathie militante à l’égard de l’intégrisme catholique !

 

 

Les choses prirent évidemment un tour grotesque au point que la France est devenue la risée de la presse internationale, jusqu’au jour où un incident provoqua un concert de protestaions. Des policiers niçois verbalisèrent une femme voilée étendue sur la plage et l’obligèrent à ôter son couvre-chef. La scène fut photographiée et fit le « buzz » dans les médias du monde entier.

 

 

 

Sur ces quatre clichés on voit en haut à gauche une femme voilée et tout habillée étendue sur une plage à Nice. En haut à droite, la femme est intepellée par trois policiers.  En bas à gauche, elle enlève un vêtement et en bas à droite un des policiers rédige le PV.e

Sur ces quatre clichés on voit en haut à gauche une femme voilée et tout habillée étendue sur une plage à Nice. En haut à droite, la femme est intepellée par trois policiers. En bas à gauche, elle enlève un vêtement et en bas à droite un des policiers rédige le PV.e

 

 

 

Que dire de cet épisode alliant le ridicule et l’odieux ? L’action des policiers est intolérable. La plage, lieu de paix et de liberté par excellence devient le champ clos d’une répression indigne et sans motif. Cependant, il y a quelques éléments troublants en l’occurrence. La dame concernée était voilée et ne portait pas de burkini, dès lors, elle n’était pas en infraction avec l’arrêté municipal. Aussi, pourquoi les forces de l’ordre sont-elles intervenues ? Ensuite, un photographe se trouvait opportunément sur place pour filmer la scène de l’interpellation. Enfin, la dame était étendue à même le sable, sans essuie et sans un nécessaire pour s'hydrater. Tout cela, en définitive, ressemble à de la provocation de part et d’autre.

 

 

En d’autres termes, cela s’appelle la stratégie de la tension. Voilà qu’une controverse de plage devient tout à coup une question politique majeure où le plus haut niveau du gouvernement se sent forcé d’intervenir. Et, contrairement à ce que l’on pourrait penser en première analyse, derrière cette rocambolesque affaire de maillots de bain se profile un débat fondamental : celui de la société dans laquelle nous serons amenés à vivre.

 

 

Le Conseil d’Etat français saisi de cette affaire de burkini par la Ligue des Droits de l’Homme et un Collectif contre l’islamophobie a tenté de siffler la fin de la récréation.

 

 

Il a prononcé un arrêt qui n’évoque nullement l’aspect soi-disant religieux du burkini. Il rappelle quels sont les pouvoirs d’un maire en l’occurrence.

 

 

En préambule de l’arrêt, les magistrats rappellent les limites du pouvoir de police administrative des élus municipaux. « Si le maire est chargé du maintien de l’ordre dans la commune, il doit concilier l’accomplissement de sa mission avec le respect des libertés garanties par les lois », et ils précisent que les mesures de police se doivent, par conséquent, d’être « adaptées, nécessaires et proportionnées au regard des seules nécessités de l’ordre public, telles qu’elles découlent des circonstances de temps et de lieu, et compte tenu des exigences qu’impliquent le bon accès au rivage, la sécurité de la baignade ainsi que l’hygiène et la décence sur la plage ».

 

 

La haute juridiction administrative rappelle que pour prendre ces mesures d’interdiction, le maire ne peut s’appuyer que sur « les exigences qu’impliquent le bon accès au rivage, la sécurité de la baignade ainsi que l’hygiène et la décence sur la plage ». « Il n’appartient pas au maire de se fonder sur d’autres considérations », soulignent les juges, sous-entendant que le principe de laïcité n'a rien à faire là.

 

 

C’est un précieux rappel des règles fondamentales, mais, manifestement, cela n’est pas suffisant. Les maires concernés maintiennent leur arrêté malgré l’injonction du Conseil d’Etat et se mettent ainsi en infraction grave. Et la droite – Sarkozy en tête – se déchaîne. Le climat est délétère. Et, à partir du moment où un officier chargé de faire respecter la loi ne se conforme pas aux injonctions d’une juridiction qui lui est supérieure, la démocratie est en danger.

 

 

Voilà donc le cocktail explosif servi aux Français : un pouvoir aux abois, une droite revancharde, une opinion écorchée par les attentats, des relations intercommunautaires qui se tendent dangereusement, des fonctionnaires désobéissants. Et même les intellos s’y mettent !

 

 

La nation gardienne d’une seule culture ?

 

 

Dans le Figaro du 29 août 2016, la philosophe Béatrice Levet écrit au sujet de cette affaire : « La résistance que les peuples opposent à la dislocation de leur nation par l’introduction de mœurs qui leur sont étrangères s’explique par la volonté de se maintenir dans leur identité propre. »

 

 

Voilà que nous sommes à nouveau confrontés au débat sur la nation !

 

 

Dans l’esprit de Madame Levet, la nation se doit obligatoirement héberger une société homogène.

 

 

« Les mœurs sont l’âme d’une nation, comme sa langue, comme son histoire, comme sa littérature. Elles sont un ciment, une sorte de loi non écrite à laquelle chacun implicitement souscrit (…) une manière particulière d’habiter le monde, de se déplacer et notamment de se vêtir. »

 

 

Donc, si on suit ce raisonnement, des personnes qui s’habilleraient différemment, qui ne se sentiraient pas concernée par l’histoire de France ne pourraient donc pas avoir la nationalité française…

 

 

Or, cette dame semble oublier que les mœurs évoluent. Il y a une ou deux générations, les femmes françaises allaient voilées à la messe et se promenaient en général avec un foulard sur la tête sans que cela soit une obligation. Il n’y a pas si longtemps, l’homosexualité était un délit. Il y a peu, envisager un mariage entre personnes du même sexe relevait de l’utopie. Et encore aujourd’hui, des manifestations homophobes se déroulent un peu partout. Et encore aujourd’hui, des intégristes religieux tentent de faire abroger les lois permettant l’avortement.

 

 

Béatrice Levet va encore plus loin : « Cette affaire est tout à fait révélatrice du fossé qui se creuse entre une élite politique, culturelle, médiatique qui avait programmé l’obsolescence des nations, de l’identité nationale, des frontières, de la souveraineté des peuples, qui font de nouveau droit à ces besoins fondamentaux de l’être humain, lesquels ont été non seulement méprisés mais disqualifiés, diabolisés par l’idéologie progressiste depuis quatre décennies et continuent de l’être. »

 

 

Elle a en partie raison : le fossé entre les élites et le peuple est une réalité. La « souveraineté des peuples » a été confisquée. C’est tout à fait exact. Alors que le rêve européen était de transférer la souveraineté de la nation vers un Etat fédéral, nous assistons à une dilution de cette souveraineté, à un renforcement des pouvoirs répressifs des Etats nations et à la domination absolue d’un pouvoir supranational dirigé par de puissants lobbies économiques et financiers qui détiennent tous les leviers.

 

 

Par contre, Madame Levet se trompe en prônant une résurgence de la nation. L’Etat nation est dépassé. Il suffit de voir la déliquescence des pouvoirs nationaux dans la plupart des pays européens. Elle s’en prend même à Jean-Pierre Chevènement, champion du souverainisme « de gauche ».

 

 

« Nos politiques, nos journalistes, bon nombre de nos intellectuels (…) pensent et s’orientent selon des catégories postnationales : on ne nous parle plus que du droit de l’individu, de sa liberté, des valeurs républicaines. Y compris Jean-Pierre Chevènement qui a déclaré : « Les gens sont libres de prendre leur bain costumé ou non. Ma position, c’est la liberté, sauf nécessité d’ordre public. »

 

 

 

 

 

 

Jean-Pierre Chevènement chargé d'une mission concernant l'Islam en France est fort villipendé. Pourtant, il a de bonnes chances de réussir.

Jean-Pierre Chevènement chargé d'une mission concernant l'Islam en France est fort villipendé. Pourtant, il a de bonnes chances de réussir.

 

 

 

C’est exactement l’esprit de l’arrêt du Conseil d’Etat !

 

 

Pour la philosophe, il faudrait une homogénéité où toute particularité céderait le pas à un seul modèle culturel. « La neutralisation des particularités a pour contrepartie la participation à une histoire, à une mémoire collective. Nous ne voulons rien savoir sur des identités originelles : l’identité nationale n’en est pas la somme, elle les transcende. »

 

 

Madame Levet s’attaque prioritairement aux particularités de l’Islam en France.

 

 

« En plus de défigurer le paysage national, le burkini, comme les autres signes qui prolifèrent dans l’espace public, trahit une volonté farouche de la part des musulmans d’imposer leur présence, leur visibilité dans une nation qui a fait de l’individu des appartenances communautaires plus qu’un principe de cohésion, la condition de la participation à un monde commun. »

 

 

«Il y a cette réalité qui a été énormément niée et évitée du regard.»

 

 

Ici aussi, elle a en partie raison. Tout récemment, j’ai recueilli le témoignage d’une dame qui vit dans les quartiers « chauds » de la célèbre commune de Molenbeek à Bruxelles. Elle ne sort plus qu’en pantalon avec un fichu sur la tête. Si elle porte une jupe ou un bermuda, elle est interpellée grossièrement avec en prime une prolifération de menaces.

 

 

À Molenbeek, dès lors, les femmes – musulmanes ou non – n’osent plus sortir non couvertes et sans avoir mis un pantalon. Les autorités locales sont impuissantes en dépit des rodomontades de la bourgmestre. Cette situation est intolérable !

 

 

Un constat confirmé par l’écrivain français Didier Daeninckx, habitant de Saint-Denis près de Paris. « Il y a cette réalité qui a été énormément niée et évitée du regard », explique celui qui s'inquiétait déjà de l'évolution de son quartier, dans une tribune publié dans Le Monde du 25 mars dernier, trois jours après les attentats de Bruxelles :

 

 

« Nous sommes ainsi une multitude à voir l’ombre portée des fossoyeurs du Néant s’étendre sur nos existences. Les choses les plus insignifiantes sont aujourd’hui gorgées de sens et de sang. Un kiosque où l’on achète le journal du mercredi, une table ronde et deux chaises cannées posées sur un trottoir de Paris, la réservation d’une place pour un concert, le frottement du passe Navigo sur le lecteur avant de descendre dans le labyrinthe du métro.

 

 

Les signes avant-coureurs de la catastrophe étaient visibles. En ce qui me concerne, depuis trois ans, ici, j’ai vu les corps s’éloigner, les embrassades se raréfier, les barbes et les voiles pousser, les regards s’aiguiser, les murs s’élever. Il a fallu s’habituer à croiser des imams rétrogrades installés dès le petit matin dans les commerces, pour y faire pression sur les fidèles. »

 

 

 

Didier Daeninckx natif et habitant de Saint-Denis dans la banlieue "rouge" de Paris vit quotidiennement cette cohabitation difficile avec les jeunes musulmans.

Didier Daeninckx natif et habitant de Saint-Denis dans la banlieue "rouge" de Paris vit quotidiennement cette cohabitation difficile avec les jeunes musulmans.

 

 

 

« J’ai vu les corps s’éloigner… »

 

 

Et tout cela n’est pas innocent et on voit comment des hommes et des femmes de gauche en viennent à des dérives folles au nom de l’égalité et de la lutte contre le racisme.

 

 

« Et ce n’est pas par hasard que l’accélération a coïncidé avec les dernières élections municipales. Par son importance à Aubervilliers, la communauté musulmane a été l’une des clés et l’un des enjeux du scrutin. Le Parti de gauche local n’a pas hésité, par exemple, à placer sur les rangs un futur maire adjoint qui engageait le dialogue avec les troupes d’Alain Soral sur le site conspirationniste MetaTV, la Palestine servant de ciment. Un autre futur maire adjoint, membre du Parti communiste, s’amusait à relayer les messages de La Manif pour tous afin d’inciter les « frères » à se détourner des socialistes, vecteurs de décadence. La réalité n’a pas tardé à leur rendre la monnaie de leur pièce.

 

 

La semaine dernière, l’un des principaux agents électoraux du Front de gauche local, promu responsable d’un des services municipaux les plus importants au mépris de toutes les règles administratives, a été condamné à six mois de prison. Il avait menacé de mort un voisin, lui promettant de l’égorger, tout en brandissant un bonnet siglé Daech. Une perquisition à son domicile a permis de trouver des drapeaux de la même organisation djihadiste. »

 

 

Et Didier Daeninckx conclut :

 

 

« En ce qui me concerne, depuis trois ans, ici, j’ai vu les corps s’éloigner, les embrassades se raréfier, les barbes et les voiles pousser, les regards s’aiguiser, les murs s’élever. Il a fallu s’habituer à croiser des imams rétrogrades installés dès le petit matin dans les commerces, pour y faire pression sur les fidèles. »

 

 

Ces constats sont édifiants et devraient être pris en compte par ceux qui se donnent comme objectif de construire une société harmonieuse où les différentes cultures peuvent non point cohabiter, non point « vivre ensemble » mais se compléter les unes et les autres. Et ce serait cela la véritable transcendance qu’appelle Madame Béatrice Levet de ses vœux.

 

 

Le racisme est là aussi.

 

 

Derrière cette rocambolesque controverse sur le burkini, il y a sans conteste du racisme. Par quelle naïveté ou duplicité, des personnalités appartenant à la gauche et se réclamant de la laïcité aient pu approuver les mesures d’exclusion prises par ces maires de droite dure, pour la plupart intégristes catholiques ? Si ces porteuses de tenues habillées se rendant sur les plages de la Côte d’Azur n’avaient pas été des Arabes, il ne se serait sans doute rien passé.

 

 

La gauche est confrontée à un dilemme qu’elle ne parvient pas à résoudre. D’un côté, elle était la porteuse des valeurs de la laïcité, de l’autre, elle est la championne de la lutte contre le racisme. C’est ce qu’ont bien compris les islamistes radicaux qui, de ces deux combats complémentaires, en ont fait une contradiction.

 

 

Le communautarisme a toujours existé. Depuis que des populations du Maghreb et de Turquie ont fait souche en Europe occidentale, il serait stupide, sinon criminel de leur imposer l’assimilation. La seule voie est de les laisser choisir librement.

 

 

Les tensions entre les musulmans et le reste de la population sont exacerbées à la fois par l’influence des islamistes et par le racisme des autochtones. Et cela ne va pas s’améliorer !

 

 

La solution est-elle une intégration forcée, voire l’assimilation, comme le prône Madame Levet ? C’est impossible et inacceptable. On ne peut forcer des gens à renoncer à leur culture, à se couper de leurs racines. Nous ne vivons plus dans un monde où chacun était protégé par des frontières. Ce temps-là est heureusement révolu, mais personne ne sait ce qu’il faut fairen car il y a des valeurs universelles à préserver et à épanouir.

 

 

La laïcité qui est proclamée à tout va dès que se produit ce genre d’affaire peut-elle être réellement efficace ? Sert-elle de gardien des principes fondamentaux de la République ?

 

 

Les valeurs prônées par la laïcité se veulent universelles, ce sont celles des Lumières, mais la laïcité s’est cantonnée dans deux pays d’Europe occidentale : la France et la Belgique. Pour l’Islam, l’Oumma est mondiale. Il y a là une différence fondamentale et un rapport de forces évident. La laïcité organise la diversité contrairement à ce que pense Madame Louvet, l’Oumma est le domaine d’une religion globalisée. Et on devine où se trouve la force.

 

 

Ajoutons que dans nos pays, la laïcité est avant tout un système légal, système qui est le gardien des principes de la vie commune telle que nous la concevons : il fixe la séparation de l’Eglise et de l’Etat, l’égalité entre les citoyens et la liberté de conscience. C’est sur cette base que le constituant français de 1958 a établi la loi fondamentale de la Ve République. Et c’est sur cette base, quoique de manière quelque peu différente, la Belgique fonctionne.

 

 

La vraie question est : l’Autre qui est chez nous accepte-t-il ces principes et, corrollaire, acceptons-nous vraiment l'Autre ?

 

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

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Published by pierre verhas
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