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  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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9 novembre 2016 3 09 /11 /novembre /2016 21:57

 

 

 

 

Le « Canard enchaîné » titre ce jour : « Le « Canard » prend un pari : Hillary, la femme, pas l’infâme ! ». Le palmipède a perdu ! L’infâme Trump est élu – oh ! Pas triomphalement, il n’y a que quelque 500 000 voix d’écart avec sa concurrente, soit 0,47 %. Mais qu’on le veuille ou non, il prêtera serment comme 45e Président des Etats-Unis d’Amérique début janvier prochain.

 

 

Pour éviter d’être noyé par le torrent de larmes de crocodile qui se déverse depuis ce matin sur les médias et les réseaux sociaux, essayons-nous à l’analyse. Certes, la victoire de l’affairiste new-yorkais n’a rien de réjouissant. Mais, posons-nous la question : celle de sa concurrente aurait-elle été une bonne nouvelle ?

 

 

On ne peut pas le dire. Il est « politiquement incorrect » de dire que l’électeur étatsunien avait le choix entre la peste et choléra, c’est-à-dire entre ce qu’on appelle le populisme qu’on appelait jadis le poujadisme, le néofascisme, l’extrême-droite, etc. et le bellicisme néoconservateur et néolibéral. Egalement : entre l’exaspération de la classe moyenne et le triomphalisme d’une élite en réalité décadente mais disposant de moyens énormes.

 

 

Mediapart révèle que l’ambassadeur de France à Washington a « tweeté » dans la nuit du 8 au 9 novembre que la victoire de Donald Trump signifiait la fin de l’ère néolibérale. Rien n’est moins sûr ! Mais combien ce message que l’Excellence française a d’ailleurs tenté d’effacer est révélateur !

 

 

 

 

 

 

Contre toute attente, Donald Trump sera le 45e Président des Etats-Unis.

Contre toute attente, Donald Trump sera le 45e Président des Etats-Unis.

 

 

 

 

 

Finalement, l’establishment de « gauche » comme de « droite » souhaitait ardemment voir Hillary Clinton siéger au Bureau ovale de la Maison blanche. Les médias à sa dévotion s’y sont donnés à cœur joie dénonçant toutes les turpitudes du milliardaire de New York qui est doté de tous les défauts à leurs yeux : raciste, macho, vulgaire, simpliste, escroc et j’en passe. Et ils ont annoncé bien imprudemment dans la nuit du 8 au 9 que leur favorite avait gagné ! Loupé !

 

 

Disons-le tout net. Le discours de Trump est peu ragoutant, il n’hésite pas à s’afficher avec les dirigeants du Ku Klux Klan, il traite les Mexicains illégaux de « corrompus, des délinquants et des violeurs », il veut expulser 11 millions d’entre eux. Il veut construire un mur entre les USA et le Mexique, il prône des solutions fascisantes dans tous les domaines, mais surtout, come l’a mis en avant Ignacio Ramonet sur le site « Mémoire des luttes », il avance sept propositions qui, elles, interpellent.

 

 

 

Les sept cavaliers de l’apocalypse de l’establishment

 

 

« 1) En premier lieu, les journalistes ne lui pardonnent pas ses attaques frontales contre le pouvoir médiatique. Ils lui reprochent d’encourager régulièrement son public à huer les médias « malhonnêtes  ». Trump affirme souvent : « Je ne suis pas en compétition avec Hillary Clinton, mais avec les médias corrompus. » Récemment, il a tweeté : « Si les grands médias, répugnants et corrompus, couvraient de manière honnête ma campagne, sans fausses interprétations, je dépasserais Hillary de 20 %. » Il n’a pas hésité à interdire d’accès à ses meetings plusieurs médias importants comme The Washington Post, Politico, Huffington Post et BuzzFeed. Il a même osé attaquer Fox News, la grande chaîne de la droite pamphlétaire, qui pourtant le soutient à fond …

 

2) Une autre cause des attaques médiatiques contre Trump : sa dénonciation de la globalisation économique qu’il tient pour responsable de la destruction des classes moyennes. Selon lui, l’économie globalisée est une calamité dont le nombre de victimes ne cesse de croître. Il rappelle que plus de 60 000 usines ont dû fermer ces quinze dernières années aux Etats-Unis et qu’environ cinq millions d’emplois industriels ont été détruits.

 

3) Trump est un fervent protectionniste. Il propose d’augmenter les taxes sur tous les produits importés. Et se dit prêt, s’il arrive au pouvoir, à établir des droits de douanes de 40% sur les produits chinois. « Nous allons récupérer le contrôle du pays et nous ferons en sorte que les Etats-Unis redeviennent un grand pays » affirme-il souvent, en reprenant son slogan de campagne. Partisan du Brexit, il a déclaré que, s’il était élu, il ferait sortir les Etats-Unis de l’Accord de libre échange nord-américain (ALENA). Il s’est également attaqué au Traité Trans-Pacifique (TPP) et a confirmé que, une fois élu, il retirerait les Etats-Unis de l’accord : « Le TPP constituerait un coup mortel pour l’industrie manufacturière des Etats Unis. » Evidemment, s’il est élu, il stopperait aussi les négociations en cours avec l’Union européenne. Il va même plus loin : « Nous allons renégocier ou sortir de l’OMC (Organisation mondiale du commerce). Ces accords commerciaux sont un désastre. » répète-t-il. Dans des régions comme le rust belt, la « ceinture de rouille » du nord-est où les délocalisations et la fermeture d’usines ont fait exploser le chômage et généralisé la pauvreté, ces propos sont reçus avec enthousiasme et font renaître tous les espoirs.

 

4) Autre option dont les médias parlent peu : son refus des réductions budgétaires néolibérales en matière de sécurité sociale. De nombreux électeurs républicains victimes de la crise économique, et tous ceux qui ont plus de 65 ans, ont besoin de la Social Security (retraite) et du Medicare (assurance maladie) mis en place par le président Barack Obama que les autres dirigeants républicains veulent supprimer. Trump a promis ne pas revenir sur ces avancées sociales. Il a aussi promis de diminuer les prix des médicaments, d’aider à régler les problèmes des « SDF », de réformer la fiscalité des petits contribuables, et de supprimer un impôt fédéral qui touche 73 millions de foyers modestes.

 

5) Dénonçant l’arrogance de Wall Street, Trump propose également d’augmenter de manière significative les impôts des traders spécialisés dans les hedge funds (fonds spéculatifs) qui gagnent des fortunes. Il promet le rétablissement de la loi Glass-Steagall (votée en 1933 pendant la Dépression et abrogée en 1999 par William Clinton), qui séparait la banque traditionnelle de la banque d’affaires pour éviter que celle-ci puisse mettre en péril l’épargne populaire par des investissements à haut risque. (…)

 

6) En matière de politique internationale, Trump s’est fait fort de trouver des terrains d’entente à la fois avec la Russie et avec la Chine. Il veut notamment signer une alliance avec Vladimir Poutine et la Russie pour combattre efficacement l’organisation Etat islamique (Daesh) même si pour l’établir Washington doit accepter l’annexion de la Crimée par Moscou.

 

7) Enfin, Trump estime qu’avec son énorme dette souveraine, l’Amérique n’a plus les moyens d’une politique étrangère interventionniste tous azimuts. Elle n’a plus vocation à garantir la paix à n’importe quel prix. Contrairement à plusieurs responsables de son parti, et tirant les leçons de la fin de la guerre froide, il veut changer l’OTAN : « Il n’y aura plus – affirme-t-il de garantie d’une protection automatique des Etats-Unis envers les pays membres de l’OTAN. »

 

 

 

 

 

 

Bernie Sanders était le seul à pouvoir battre Donald Trump. L'establishment n'en a pas voulu.

Bernie Sanders était le seul à pouvoir battre Donald Trump. L'establishment n'en a pas voulu.

 

 

 

 

 

Ces sept propositions n’oblitèrent pas les déclarations odieuses et inacceptables du candidat républicain diffusées en fanfare par les grands médias dominants, mais elles expliquent les raisons de son succès auprès de larges secteurs de l’électorat américain. Sans doute a-t-il raflé des électeurs à Sanders.

 

 

C’est ainsi qu’est né le fascisme des années 1920-30.

 

 

Et ici, on retrouve le processus politique des débuts du fascisme dans l’Europe des années 1920-30.

 

Certains points du programme sont incontestablement positifs comme en politique internationale en refusant que les USA continuent à être le « gendarme du monde » avec les résultats que l’on sait, comme le refus des traités de libre échange (ALENA, TTIP, etc.).

 

Comme le maintien et le développement de la Sécurité sociale et du fameux « Obamacare » que ses « concurrents » républicains voulaient supprimer et que Hillary Clinton défendait du bout des lèvres.

 

Comme la mise au pas de Wall Street avec des propositions concrètes telle la séparation des banques d’affaires et des banques de dépôt.

 

Tout cela est cependant inscrit dans un contexte raciste et autoritaire qui est typique de la période fasciste de l’Europe de l’après Première guerre mondiale.

 

Enfin, on peut se poser la question : les lobbies des entreprises transnationales et de Wall Street le laisseront-ils faire ? Wait and see.

 

 

 

 

 

 

Philippe Marlière est une conscience de la gauche française.

Philippe Marlière est une conscience de la gauche française.

 

 

 

 

 

Le politologue et militant de gauche français Philippe Marlière écrit :

 

« Trump avec un discours plus ouvertement raciste, sexiste et national-populiste que Le Pen, a gagné l’élection présidentielle aux États-Unis. Il faut donc prendre au sérieux l’hypothèse d’une victoire de Le Pen à la présidentielle française en 2017, surtout si la droite se désintègre dans des luttes intestines et propose un programme antisocial (une certitude) et si la gauche continue de n’offrir à son électorat aucune perspective d’alliance politique à vocation majoritaire (c’est malheureusement ce qu’elle fait en ce moment). Prendre au sérieux l’hypothèse d’une victoire de Le Pen ne veut pas dire que cela va se réaliser, ni même que c’est aujourd’hui de l’ordre du probable. Cela veut dire qu’elle n’est plus à exclure. Rappelons enfin que la victoire de Trump s’inscrit dans le contexte international d’une montée des pouvoirs populistes autoritaires dans le monde, notamment en Europe (Hongrie, Turquie ou le Brexit qui a libéré, dans un pays traditionnellement tolérant de la diversité, la parole raciste, sexiste et homophobe). »

 

Le « trumpisme » deviendrait donc un produit d’exportation si on n’y prend garde ! Il faut dire qu’on est bien parti en Europe, de ce point de vue…

 

 

Les fautes d’Hillary

 

 

N’oublions pas non plus que la victoire de Donald Trump est aussi due à la personnalité controversée et à la campagne délirante de son adversaire, Hillary Clinton.

 

Hillary est la caricature de l’establishment de la côte Est méprisé et haï par les Etatsuniens du Middle West et de la côte Ouest. Epouse de l’ancien président Bill Clinton qui a lancé les Etats-Unis dans la guerre de Yougoslavie et dans les guerres du Proche Orient, elle a fait preuve d’une arrogance qui a dégoûté l’opinion publique de son pays, même s’il faut lui reconnaître, comme First Lady une action sociale efficace à l’égard des jeunes défavorisés dans les écoles, notamment. Elle a d’ailleurs inscrit dans son programme électoral la lutte contre l’endettement des étudiants dans les universités américaines. Cependant, cela n’excuse pas son bellicisme comme Secrétaire d’Etat de Barack Obama.

 

 

 

 

 

 

Hillary Clinton a mené une campagne délirante et n'a pas répondu aux attentes de l'électorat du Parti démocrate.

Hillary Clinton a mené une campagne délirante et n'a pas répondu aux attentes de l'électorat du Parti démocrate.

 

 

 

 

 

Et peut-on lui pardonner ses fameux e-mails non pas parce qu’ils ont transité par son serveur privé, mais sur leur contenu ? Les aveux d’une complicité évidente avec les monarchies féodales du Golfe qui financent le terrorisme sanguinaire devraient suffire à écarter définitivement l’ancienne Secrétaire d’Etat et surtout à se méfier de sa duplicité.

 

Serge Halimi dans la dernière livraison du « Monde diplomatique » parue avant le scrutin US  écrit :

 

« Tout cela pourrait laisser penser que… le système n’est pas truqué. Et que, comme le suggère Francis Fukuyama dans un article récent de Foreign Affairs, la démocratie américaine fonctionne puisqu’elle répond à la colère populaire, désarçonne la dynastie Clinton, humilie les barons républicains, place au centre de l’élection la question des inégalités, du protectionnisme et de la désindustrialisation. Et peut-être sonne le glas d’une double imposture politique.

 

Au fil des ans, le Parti démocrate est devenu l’instrument des classes moyennes et supérieures diplômées. En affichant les symboles de sa « diversité », il a recueilli néanmoins une majorité écrasante de suffrages noirs et hispaniques ; en s’appuyant sur les syndicats, il a conservé une base électorale ouvrière. Pourtant, sa vision du progrès a cessé d’être égalitaire. Tantôt individualiste et paternaliste (la recommandation de faire plus d’efforts), tantôt méritocratique (la recommandation de faire plus d’études), elle n’offre aucune perspective à l’Amérique « périphérique » qui, loin des côtes, reste à l’écart de la prospérité des grandes métropoles mondiales, du ruissellement des fortunes de Wall Street et de la Silicon Valley. Et qui voit disparaître les emplois industriels ayant servi d’ossature à une classe moyenne peu diplômée mais relativement confiante en son avenir.

 

À celle-ci et aux « petits Blancs » pauvres, le Parti républicain d’avant Trump n’avait guère à offrir non plus. Son objectif central était en effet de réduire les impôts des milieux d’affaires, de leur permettre d’exporter et d’investir à l’étranger. Toutefois, en parlant de patrie, de religion, de moralité aux ouvriers et aux prolétaires blancs, en surjouant la persécution de l’Amérique profonde par des minorités assistées et des intellectuels pleins de morgue, les conservateurs se sont longtemps assurés que les victimes désignées de leur politique économique et commerciale continueraient à leur servir de chair à canon électorale.

 

Or la popularité de M. Trump auprès d’eux tient à d’autres ressorts. Le promoteur new-yorkais ne leur parle pas d’abord de Bible et de port d’arme, mais d’industries à défendre, d’accords commerciaux à dénoncer. Mme Clinton n’a pas forcément reconquis l’affection de ces électeurs en colère en installant la majorité d’entre eux dans un « panier de gens déplorables » composé de « racistes, sexistes, homophobes, xénophobes, islamophobes ». Ce diagnostic psychologique à grande échelle fut établi lors d’une levée de fonds à New York devant un « panier de gens » forcément admirables, eux, puisqu’ils avaient payé cher pour l’entendre.

 

Une élection marquée par de tels bouleversements idéologiques, et même par un désir de renverser la table, peut-elle néanmoins se conclure par la victoire de la candidate du statu quo ? Oui, dès lors que celle-ci a pour adversaire un outsider encore plus détesté qu’elle. Au fond, le « truquage » principal est là. Il caractérise d’autres pays que les États-Unis. La France pourrait connaître une situation semblable l’année prochaine : des colères populaires contre la mondialisation, la ségrégation sociale et la connivence des « élites », mais immanquablement dévoyées par un jeu politique qui, dans un cas comme dans l’autre, fait toujours retomber la tartine du mauvais côté. »

 

A part que « la tartine est tombée du mauvais côté aux Etats-Unis », tout est vrai dans les propos de Serge Halimi. En clair, les deux grands partis américains étaient au service de l’oligarchie. Et ils ne se sont pas attendus à ce que le « populiste » Trump brouille les cartes.

 

Avec cette élection présidentielle américaine, nous assistons au rejet massif de l’establishment par ce qu’il subsiste des classes moyennes « blanches », mais aussi des catégories marginalisées comme des Latinos et des Afro-Américains qui n’ont plus aucune confiance en la classe politique qui leur a fait tant de vaines promesses.

 

Ce rejet de l’Autre accompagné de mesures sociales, économiques et politiques incontestablement intéressantes mais agressives ressemble à s’y méprendre au fascisme des années 1920-30. Et c’est cela qui a gagné en cette nuit du 8 au 9 novembre 2016.

 

A une différence près : en 1920 – 30, il existait une gauche forte et combattive qui allait des partis communistes aux socialistes, sans oublier les chrétiens démocrates. C’est elle qui a résisté au fascisme dès 1936 au prix du sang et des larmes et qui a fait triompher l’Etat social d’après guerre en Europe occidentale. Aujourd’hui, cette gauche est en pleine déliquescence. Son élite s’est embourgeoisée et ne s’occupe plus que du sociétal, bon prétexte à oublier ainsi le social.

 

La classe ouvrière n’est pas au paradis. Elle est laissée pour compte. Souvenons-nous les paroles de l’Internationale : « Ouvriers, paysans, nous sommes le grand parti des travailleurs ! » Eh bien, ce grand parti devient celui du populisme parce que les ouvriers et les paysans considèrent que la gauche les a trahis. C’est cela la victoire d’un exploiteur dénommé Donald Trump qui a réussi à rassembler sous sa bannière des gens qui en toute évidence auraient dû le considérer comme leur pire ennemi.

 

Et cela annonce d’autres couronnements qui se produiront bientôt en Europe, parce que nous avons perdu nos repères et le sens de la lutte.

 

A moins que…

 

 

Pierre Verhas

 

 

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Published by pierre verhas
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