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  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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16 novembre 2016 3 16 /11 /novembre /2016 20:19

 

 

 

L’élection de Donald Trump a provoqué un séisme. Les certitudes ont été incontestablement balayées – ce qui, en soi, n’est pas mauvais – mais pour faire place à quoi ?

 

 

En principe – attendons pour voir –, le candidat Trump a promis de mettre fin au libre échangisme mondialiste prôné par l’OMC ( Organisation Mondiale du Commerce) qui a échoué et qui a été remplacé par les traités dits de « nouvelle génération » comme l’ALENA – le traité de libre échange entre le Mexique, les Etats-Unis et le Canada – et le TPP – le traité transpacifique qui, ayant abouti après de nombreuses négociations, regroupe les Etats-Unis, le Canada, le Mexique, le Chili, le Pérou, la Malaisie, le Vietnam, Singapour, Brunei, l’Australie et la Nouvelle Zélande. Ces accords suppriment la plupart des droits de douane, harmonisent les règles de protection de l’environnement, etc. Comme pour le TTIP et le CETA, les négociations furent placées sous le sceau du secret et on s’aperçoit que ces traités sont avant tout élaborés dans l’objectif principal de la protection des investisseurs, c’est-à-dire des entreprises transnationales.

 

 

Cependant, cette promesse de Trump est assortie du rétablissement du protectionnisme aux Etats-Unis. Et cela est très dangereux. Autant il faut s’opposer à la philosophie du libre échange prônée par l’OMC et aux traités de « la nouvelle génération », car ils créent le dumping social, commercial, culturel et ne font que protéger les investisseurs, c’est-à-dire les entreprises transnationales qui représentent un danger mortel pour l’humanité, autant il faut combattre le protectionnisme qui reviendrait à rétablir une concurrence entre Etats-nations susceptible de nous ramener à un passé meurtrier.

 

 

 

 

Donald Trump s'entretient avec son prédécesseur Barack Obama : deux conceptions différentes du néolibéralisme

Donald Trump s'entretient avec son prédécesseur Barack Obama : deux conceptions différentes du néolibéralisme

 

 

 

Un véritable universalisme consisterait à faire des accords politiques et commerciaux multilatéraux équilibrés tenant compte des niveaux de chaque pays, de chaque région et des besoins et de la volonté des peuples. Et c’est possible si on sort de la diplomatie actuelle de guerre et de domination économique qui est celle des Occidentaux représentés par l’OTAN et l’imposture du libre échange ultralibéral.

 

 

Comme le montre Robert Falony dans le blog « Osons le socialisme », le libre échange non régulé, non encadré a un coût très important :

 

 

« Tout d'abord, les parties prenantes doivent être égales. Ce n'est évidemment pas le cas entre un petit fermier européen et une société d'agrobusiness outre Atlantique. Si le libre échange n'est pas régulé, encadré, il ne fait que consacrer la loi du plus fort. Des normes sociales et environnementales doivent être prises en compte. Ensuite, il y a une dimension écologique: les entreprises de transport  pèsent trop lourd dans ce débat. Transporter loin  ce qui peut être produit et consommé ici relève du non-sens. Le coût écologique doit être évalué rigoureusement,  dans un monde livré à un mercantilisme sans frein, qui ignore la dégradation climatique et l'épuisement des ressources naturelles. »

 

 

 

 

Trump : un changement de régime ? Quelle blague !

 

 

 

L’ambassadeur de France à Washington a « tweeté » dans la nuit du 8 au 9 novembre : le triomphe de Trump signifie la fin du néolibéralisme. Certains analystes de gauche s’en réjouissent – à tort –, car rien n’est moins sûr.

 

Depuis Thatcher en 1979, la doctrine de Friedrich Hayek est devenue la référence. George Monbiot écrit dans le « Guardian » -  article reproduit sur le blog de Paul Jorion :

 

« Hayek adoucit son opposition aux monopoles et endurcit son opposition aux syndicats. Il a fustigé la fiscalité progressive et les tentatives de l’État pour élever le niveau de bien-être des citoyens. Il a insisté sur le fait que « le service de santé gratuit pour tous est consternant » et a brocardé la conservation des ressources naturelles. Il a reçu le prix Nobel d’économie – pas de quoi surprendre ceux qui en connaissent l’orientation. 

 

 

 

Friedrich Hayek (1899 - 1992) le père fondateur du néolibéralisme

Friedrich Hayek (1899 - 1992) le père fondateur du néolibéralisme

 

 

 

Au moment où Mme Thatcher a claqué son livre sur la table, se crée, des deux côtés de l’Atlantique, un réseau animé de think tanks, de lobbyistes et d’universitaires promouvant les doctrines d’ Hayek, abondamment financé par quelques-unes des plus riches célébrités et des grandes firmes, tel que DuPont, General Electric, Coors, Charles Koch, Richard Mellon Scaife, Lawrence Fertig, le Fonds William Volker et la Fondation Earhart. Faisant usage tour à tour de la psychologie et de la linguistique au meilleur de leurs effets, les penseurs sponsorisés par ces gens ont trouvé les mots et les arguments nécessaires pour transformer l’hymne à l’élite de Hayek, en un programme politique plausible.

 

Les idéologies de Margaret Thatcher et de Ronald Reagan ne sont que les deux facettes de l’ultra-libéralisme.

 

Le Thatcherisme et le Reaganisme n’étaient pas des idéologies à proprement parler: ils n’étaient que les deux visages de l’ultra-libéralisme. Les réductions d’impôt massives pour les riches, l’écrasement des syndicats, la réduction des logements sociaux, la déréglementation, la privatisation, l’externalisation et la concurrence dans les services publics furent proposées par Hayek et ses disciples. Mais le vrai triomphe de ce réseau n’est pas sa mainmise sur le droit, mais sa colonisation des partis qui représentaient tout ce que Hayek détestait autrefois. »

 

Et Monbiot ajoute : « Le triomphe de Hayek peut être observé partout, de l’expansion de l’initiative de financement privé par Blair à l’abrogation par Clinton de la loi Glass-Steagall, qui avait réglementé le secteur financier [entre autres, la fameuse séparation des banques d’affaires et des banques de dépôts – NDLR]. Et tout plein de grâce et de tact qu’il fût, Barack Obama, qui ne possédait pas non plus pour lui un récit structuré (sauf « l’espoir »), a été progressivement embobiné par ceux qui possédaient les moyens de persuasion. Comme je l’ai prédit en avril, la privation de pouvoir a précédé la privation de droits.

 

Si l’idéologie dominante freine l’intervention sociale des gouvernements, ceux-ci ne peuvent plus répondre aux besoins de l’électorat. Les politiques sont déconnectés de la vie des gens. Le débat est réduit au jacassement d’une élite éloignée. Les oubliés se tournent alors vers des discours anti politiques virulents où les faits et les arguments sont remplacés par des slogans, des symboles et des affects. L’homme qui a coulé la candidature de Hillary Clinton pour la présidence n’était pas Donald Trump. C’était son mari.

 

 

 

 

Bill Clinton est sans doute le véritable responsable de la défaite de sa femme Hillary.

Bill Clinton est sans doute le véritable responsable de la défaite de sa femme Hillary.

 

 

 

Le paradoxe est ici que la réaction contre l’écrasement par l’ultra-libéralisme de tout choix authentiquement politique a in fine porté au pinacle le genre d’homme que Hayek vénère.

 

Trump, qui n’a pas de fond politique cohérent, n’est pas un ultra-libéral classique. Mais il est la représentation parfaite de ce qu’Hayek appelle « l’indépendant » : le bénéficiaire d’une fortune héritée, sans contrainte d’aucune sorte de moralité commune, et dont les appétences mal dégrossies montrent un nouveau chemin que d’autres peuvent suivre. Les penseurs ultralibéraux grouillent maintenant autour de cet homme creux, ce tonneau vide ne demandant qu’à être rempli par ceux qui savent ce qu’ils veulent. Le résultat très probable est la démolition de ce qui nous reste de morale [decencies], en commençant par l’accord qui doit limiter le réchauffement global. »

 

Les milliardaires ont la cote aujourd’hui. Regardez l’Ukraine, le Kazakhstan, tous ces Etats incertains nés de la chute de l’Union Soviétique. Et aujourd’hui, la plus puissante nation du monde. Quel terrible échec du politique étourdi par le néolibéralisme !

 

 

La renaissance de l’obscurantisme ?

 

 

Michel Claise – le célèbre magistrat belge anti criminalité financière et aussi écrivain et chroniqueur à ses heures – dénonce dans « La Libre Belgique » du 16 novembre un autre danger apparu avec l’élection du milliardaire newyorkais :

 

 

« Donald Trump a choisi Mike Pence comme vice-président. Or, celui-ci se fie davantage à une interprétation littérale des textes bibliques qu’à la science, le temps des ténèbres est-il revenu ? »

 

 

 

Michel Claise craint un retour de l'obscurantisme après l'élection de Donald Trump.

Michel Claise craint un retour de l'obscurantisme après l'élection de Donald Trump.

 

 

 

Assistons-nous aux USA et donc bientôt en Europe, comme dans le monde musulman, à l’émergence d’un salafisme évangéliste tout aussi dangereux que celui de la dynastie Saoud ?

 

 

Et Michel Claise se lance dans un plaidoyer pour le progrès et la science.

 

« … le travail ne fait que commencer : il lui faut aller plus loin dans la détection des lois fondamentales qui allient le passé et le futur. Du centre de la Terre à la voûte étoilée, du zénith au nadir, tant de choses sont encore à découvrir… Comme à réfuter car rien n’est jamais acquis. La réfutation d’une loi est la nature même de la démarche scientifique : et s’il faut constater que la théorie de la relativité présente des critiques au regard des découvertes récentes, ce n’est pas cela qui fera retourner Einstein dans sa tombe. »

 

Rien n’est acquis, car le dérisoire jardinet de nos connaissances ne représente rien au regard du champ immense de notre ignorance. Claise ajoute :

 

« Et c’est là que la différence entre la science et la religion apparaît. Si la foi en Dieu n’est pas un obstacle au travail rationnel et rigoureux du scientifique, il n’en est pas de même des prises de positions dogmatiques de certains clercs religieux. »

 

 

Nous vivons une époque où la notion de progrès est en train de se dissoudre. Certes, comme l’écrit Albert Camus, dans L’homme révolté, le concept de progrès est de philosophie bourgeoise et a d’ailleurs été repris par Karl Marx. Il est en quelque sorte une foi puisqu’il part de l’idée que l’évolution de l’homme penchera avec des hauts et des bas vers le perfectionnement. Il y a là aussi une dogmatique, une sorte de messianisme du progrès considéré comme une valeur absolue.

 

 

 

Albert Camus a bien délimité la notion de progrès.

Albert Camus a bien délimité la notion de progrès.

 

 

 

« La notion de progrès est contemporaine de l’âge des lumières et de la révolution bourgeoise. (…)… Turgot donne le premier, en 1750, une définition claire de la nouvelle foi. (…) A la volonté divine se substitue seulement l’idée de progrès. « La masse totale du genre humain, par des alternatives de calme et d’agitation, de biens et de maux, marche toujours, quoique à pas lents, à une perfection plus grande. » Optimisme qui fournira l’essentiel des considérations rhétoriques de Condorcet, doctrinaire officiel du progrès qu’il liait au progrès étatique et dont il fut, aussi bien, la victime officieuse puisque l’Etat des lumières le força à s’empoisonner. Sorel [dans L’illusion du progrès] avait tout à fait raison de dire que la philosophie du progrès était précisément celle qui convenait à une société avide de jouir de la prospérité matérielle due aux progrès techniques. »

 

 

 

 

Les limites du progrès

 

 

 

Aussi, le progrès a ses limites. Le mouvement écologiste l’a démontré. Par exemple, nous nous apercevons que le réchauffement climatique anthropique dû à une industrialisation excessive et incontrôlée est mortel pour l’humanité, nous constatons aujourd’hui les limites de l’usage intensif de l’énergie nucléaire, du « tout à la route », etc. Ce sont, comme dénonçait Camus, il y a un demi-siècle, des « progrès » qui conviennent à une société avide.

 

 

Aussi, il n’est guère étonnant de constater que les proches de Trump sont à la fois climato sceptiques et créationnistes. En définitive, il n’y a guère de contradictions entre l’évangélisme dogmatique et la croyance en des technologies à rentabilité immédiate et aux nuisances durables.

 

 

Michel Claise a bien détecté cela en la personne du futur vice-président US, Mike Pence. Il est créationniste.

 

 

 

Donald Trump s'est adjoint comme Vice-président un des politiciens les plus réactionnaires, le créationniste homophobe Mike Pence.

Donald Trump s'est adjoint comme Vice-président un des politiciens les plus réactionnaires, le créationniste homophobe Mike Pence.

 

 

« Interrogé sur l’évolution des espèces, il a répondu à un journaliste : « Est-ce je crois à l’évolution ? Je suis de l’avis que Dieu a créé le ciel, la terre, les mers et tout ce qu’ils contiennent. » OK, a insisté le journaliste. Mais croyez-vous que l’évolution est la façon dont il est parvenu ? Et Pence de conclure : « Ça, je ne peux pas le dire. Je le Lui demanderai. Mais je crois en cette vérité fondamentale de la création divine. »

 

Et, d’autre part, Pence n’hésite pas à dire :

 

« Le réchauffement de la planète est un mythe. Le traité contre le réchauffement est un désastre. La planète est plus froide, en réalité, qu’elle ne l’était il y a cinquante ans. »

 

 

Donc, M. le Vice-président Mike Pence voudrait que se produisent de nouveaux Bhopal et de nouveaux Tchernobyl pour bien garnir son compte en banque !

 

 

Au fond, Donald Trump et sa clique représentent et veulent développer une société avide, dogmatique et uniquement intéressée par la possession matérielle. C’est un ultralibéralisme replié sur lui-même et tout aussi dangereux sinon plus que le néolibéralisme mondialiste.

 

 

Les ténèbres seront en définitive vaincues.

 

 

George Monbiot conclut :

 

« Quelques-uns d’entre nous ont travaillé sur ce sujet et peuvent discerner ce qui peut former le début d’un tel récit. Il est encore trop tôt pour en dire plus, mais il est fondamental de reconnaître que, comme la psychologie moderne et les neurosciences l’expliquent chaque jour davantage, nous les êtres humains, en comparaison aux autres animaux, sommes à la fois remarquablement sociaux et remarquablement désintéressés. L’atomisation et le comportement auto-intéressé, que l’ultralibéralisme favorise à outrance, s’opposent à une composante majeure de ce qui constitue profondément la nature humaine. Hayek nous a dit qui nous sommes, et il avait tort. Notre première étape est de revendiquer notre humanité. »

 

En réalité, tous ces doctrinaires, tous ces esprits dogmatiques dénaturent le progrès, car si ce concept, comme tous les autres, a ses limites, il serait absurde de le rejeter. Ce serait conduire l’humanité à sa perte.

 

Mais, il y a danger, car comme l’écrit Michel Claise :

 

« Confier les rênes du monde à des dirigeants à qui un clergyman pourrait faire croire que Ramsès II a chassé les dinosaures sur les bords du Nil, c’est plus qu’inquiétant. Le temps des ténèbres est-il revenu ? »

 

Le prologue de l’Evangile de Saint-Jean contient cette sentence : « La lumière brille dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont point reçue. » Cette phrase mystérieuse ne signifierait-elle pas que nous pourrons toujours vaincre ceux qui à la fois par ignorance et par cupidité veulent notre perte ?

 

 

 

Pierre Verhas

 

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Published by pierre verhas
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commentaires

Michel 17/11/2016 10:18

Entièrement d'accord avec ton analyse!