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  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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5 février 2017 7 05 /02 /février /2017 22:13

 

 

 

Les choses changent. Brexit, victoire de Bachar elAssad à Alep, élection de Donald Trump, campagne électorale présidentielle française allant dans tous les sens. Tout cela ne va manifestement pas dans le sens voulu par l’establishment. Faut-il s’en réjouir ? D’un côté, on ne va pas pleurer et c’est même réjouissant qu’il en prenne plein la figure, mais de l’autre, on aurait souhaité que cela se passe autrement. Il faut s’appeler Marine Le Pen ou Geert Wilders pour se réjouir de la victoire du milliardaire de New York.

 

 

Le prix Nobel d’économie 2001, l’économiste américain Joseph Stiglitz bien connu des lecteurs d’Uranopole et le chef économiste de l’Agence française de développement, Gaël Giraud ont accordé un entretien au quotidien « Le Monde » daté de vendredi 3 février 2017 sur le piège populiste et particulièrement sur l’entrée de Donald Trump à la Maison blanche.

 

 

Face à la mondialisation néolibérale, beaucoup pensent que le protectionnisme est la solution pour éviter les délocalisations, le chômage, la précarité. L’infâme Donald Trump a basé sa campagne électorale sur le protectionnisme, la fermeture des frontières US à l’immigration et sur l’isolationnisme en matière de politique étrangère.

 

 

 

 

L'infâme plastronnant avec ses immondes décrets de rejet de l'Autre.

L'infâme plastronnant avec ses immondes décrets de rejet de l'Autre.

 

 

 

Stiglitz qui est un adversaire farouche de la mondialisation néolibérale s’insurge contre le programme du nouveau locataire de la Maison blanche. Il a pris comme premières mesures d’interdire au secteur automobile qui est le plus important secteur industriel étatsunien de délocaliser et de taxer les importations de voitures étrangères, essentiellement allemandes.

 

 

Les dégâts de l’infâme

 

 

Ensuite, l’infâme Trump veut réduire les impôts des plus riches – comme Reagan l’avait fait dans les années 1980 – mais il feint ne pas prendre en compte le déficit public US qui est déjà énorme et qui, en plus, risque de s’accroître avec l’augmentation des dépenses en matière de défense. Bref, rien de nouveau sous le Soleil, la typique politique de droite agrémentée de protectionnisme. Et sans aucune perspective, car comme l’explique Joseph Stiglitz qui veut, au contraire, réduire les dépenses militaires :

 

 

 

 

¨L'économiste français Gaël Giraud avec le prix Nobel d'économie Joseph Stiglitz

¨L'économiste français Gaël Giraud avec le prix Nobel d'économie Joseph Stiglitz

 

 

 

« … en réduisant nos dépenses militaires, qui entretiennent un armement correspondant à celui de la guerre froide, plus du tout adapté aux enjeux d’aujourd’hui, tels que le terrorisme. »

 

 

C’est oublier les pressions du complexe militaro-industriel qui produit ses armements obsolètes à son plus grand profit…

 

 

Cet isolationnisme et cette politique de réduction d’impôts pour les plus nantis n’est évidemment pas la solution pour le prix Nobel. Au contraire, ce seront les travailleurs victimes des délocalisations qui seront les premiers atteints.

 

 

« L'ironie est que les personnes qui ont le plus souffert ces vingt-cinq dernières années en seront les premières victimes. Le programme de Donald Trump risque d'enclencher un cercle vicieux. En réduisant les impôts pour les plus riches, il va creuser le déficit. Ce déficit devra être financé par l'entrée de capitaux étrangers, ce qui fera mécaniquement monter le dollar, tout comme les restrictions au commerce qu'il veut imposer. Or, le dollar fort va pénaliser durement le secteur industriel exportateur. M. Trump sauvera peut-être quelques centaines de jobs en convainquant des usines de ne pas délocaliser, mais cela ne compensera pas les emplois ainsi perdus.»
 

 

 

 

Le déficit devra être financé par des capitaux étrangers et cela fera monter le dollar, ce qui réduira les exportations US. Alors, les emplois « sauvegardés » ne feront pas le poids face aux emplois perdus.

 

 

 

Trump tente d’instaurer un ordre ultralibéral mondial.

 

 

 

Certes, Trump s’est engagé à en finir avec les traités de libre échange comme le TTIP, mais comme le dit Stiglitz :

 

 

« Il faut maintenir un système mondial ouvert. Si l’on se renferme, on va perdre. » Et cela vaut pour les USA comme pour l’Europe. L’économiste américain ajoute :

 

 

« La mondialisation doit être pensée de façon à protéger les perdants – et il y en a.

 

 

Des questions se posent sur le bien-fondé de certains accords commerciaux. Prenons le TTIP : son effet positif était estimé à 0,15 point de produit intérieur brut sur quinze ans. Autant dire rien. Le TTIP n’était pas un accord commercial, mais un accord d’investissement pour restreindre la régulation et avantager les grosses firmes. »

 

 

Autrement dit instaurer un régime ultralibéral mondial.

 

 

Et cette politique de droite engagée par Donald Trump est bien entendu accompagnée par la dernière phase de la privatisation des ressources naturelles (le gaz de schiste qui est extrait sans permis, les exploitations minières dans les pays du Tiers-monde, etc.), du travail (par l’uberisation et l’économie dite de « partage ») et de la monnaie (par la généralisation des transactions électroniques). C’est ce que dénonce Gaël Giraud :

 

 

« La privatisation des ressources naturelles, du travail et de la monnaie amorcée depuis la première vague de mondialisation à la fin du XIXe siècle, a conduit à la hausse des inégalités, au chômage et une dépression déflationniste suite au krach de 1929, intolérables pour les sociétés ouest-européennes. Ces évolutions ont provoqué une forte réaction populiste analogue à ce que nous observons aujourd’hui. »

 

 

Il y a cependant une différence fondamentale entre la régression d’aujourd’hui et la crise de 1929. La technologie n’avait pas encore pris la place du travail et il y avait un puissant mouvement des travailleurs qui exerçait une pression efficace sur les pouvoirs. Si les fascismes sont le fruit du désarroi de la population, ils ont été aussi alimentés par le grand capital de l’époque.

 

 

Aujourd’hui, le travail a été délocalisé et est aussi remplacé par les robots. Ce n’est donc pas la « fin du travail » comme certains le prétendent, c’est en réalité son transfert là où il est au moindre coût.

 

 

Alors, que faire ?

 

 

Stiglitz préconise :

 

 

« L’Europe doit surtout se détourner plus franchement des politiques d’austérité. Pour éviter le désenchantement et le populisme, il faut montrer que la politique économique est efficiente. Une relance budgétaire bien utilisée peut produire des résultats à court et plus long terme. Une réforme de la gouvernance dans la zone euro est aussi nécessaire. »

 

 

Très bien. Mais qui le fera ? Les dirigeants européens actuels usés, rejetés et décrédibilisés n’en sont pas capables et n’en ont même pas la volonté.

 

 

Le monétarisme a tué l’Europe.

 

 

La monnaie unique est dénigrée de partout. Ainsi, le ministre- président wallon Paul Magnette rendu célèbre après son opposition au CETA dit dans une interview au journal « l’Echo » :

 

 

 

 

Paul Magnette envisage de sortir la Wallonie de certaines compétences européennes.

Paul Magnette envisage de sortir la Wallonie de certaines compétences européennes.

 

 

 

« C’est une monnaie mal pensée. Elle a été conçue selon une logique monétariste: créons une monnaie et l’économie suivra. Cela n’a pas marché. La convergence économique ne s’est pas réellement produite par l’effet de l’euro. Cela n’a pas non plus amené à créer une vraie politique économique européenne: il n’y a pas de vrai budget, pas de vraies ressources propres. Une union monétaire sans union économique a pour seul effet de neutraliser la variable monétaire dans les ajustements entre les Etats membres. Du coup, l’ajustement se fait sur des législations sociales et fiscales qui n’ont pas convergé. Cela a produit ce qu’on pouvait craindre: l’euro a accéléré une dérégulation sociale et fiscale, il a inversé la logique de l’Union européenne. »

 

 

Et Paul Magnette précise :

 

 

« Toute la logique de l’Union européenne est une logique de convergence et de protection. Aujourd’hui, il y a une asymétrie fondamentale: la monnaie est contraignante; la libéralisation se décide à la majorité absolue des États membres; mais l’union sociale et l’union fiscale, c’est l’unanimité. Donc il y a quelque chose de bancal dans le système. Ce sont une vingtaine d’années qui ont complètement retourné le sens de l’Union européenne. Parce que jusqu’alors, la logique des traités fondateurs, l’idée c’était toujours: je dérégule au niveau national mais je rerégule en même temps au niveau européen est une logique de convergence et de protection. Aujourd’hui, il y a une asymétrie fondamentale. »

 

 

Et des conséquences dramatiques ! Il aurait pu ajouter que les traités qui accompagnent cette politique monétariste ont précipité la Grèce dans la régression et sa population dans la précarité. Et ce n’est pas fini ! La « Troïka » menace à nouveau le gouvernement grec de représailles s’il ne prend pas de nouvelles mesures d’austérité.

 

 

Cette politique est criminelle et est aussi condamnable que les actes de guerre passibles de la Cour pénale internationale.

 

 

Cela dit, les excès de Trump pourraient se retourner contre lui et amener des changements fondamentaux dans la structure géopolitique mondiale.

 

 

Un nouvel ordre mondial… chinois

 

 

Gaël Giraud explique :

 

 

« De nouveaux arrangements se dessinent déjà entre émergents comme le Brésil, l’Inde, la Chine, la Russie. Ils sont en train de mettre en place leurs propres banques de développement et s’efforcent à réduire leur dépendance à l’égard du système né à Bretton Woods. L’ère Trump pourrait donner un nouvel élan à la Chine pour devenir le leader de ces pays et forger un ordre international à sa façon. »

 

 

Et l’Europe dans tout cela ? On voit mal un Juncker ou un Tusk s’atteler à une profonde réforme de la politique économique européenne, d’autant plus que l’Allemagne, que ce soit Merkel ou Schultz qui l’emportera en septembre 2017, n’en voudra à aucun prix. L’ordolibéralisme a de beaux jours devant lui au détriment des peuples d’Europe, même si Giraud estime que « l’Europe a même aujourd’hui une occasion unique de jouer un rôle plus important sur la scène internationale et dépasser les tensions entre les créanciers du nord de l’Europe et les débiteurs du Sud. »

 

 

Bref, le changement n’est pas pour maintenant, à moins que d’autres en décident.

 

 

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

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Published by pierre verhas
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