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  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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23 février 2017 4 23 /02 /février /2017 21:51

 

 

 

Dans les médias, dans ces lieux divers où l’on prétend penser notamment avec des ouvrages prétendument savants, combien ne perçoit-on de bavardages, de pédanteries, d’analyses « définitives » sur les bouleversements de notre société occidentale confrontée au chaos de l’économie engendrant la misère, à ce qu’on nomme le choc des cultures source d’exclusions, à la peur de l’avenir ?

 

 

Autant le XXe siècle, en dépit des pires tragédies qui s’y sont déroulées, engendra l'espérance, autant ces deux premières décennies du XXIe inspirent la crainte et nourrissent le désespoir. « No future », cette expression née il y a trente ans, est aujourd’hui très actuelle.

 

 

Epiloguer à ce sujet est aisé, prétend nourrir la réflexion, mais relève du domaine de l’abstraction, de l’apparence. Certes, nous détectons des signes inquiétants, mais la seule discussion conceptuelle est loin d’être suffisante.

 

 

Ah oui ! C’est l’éternel débat sur Fabrice à la bataille de Waterloo qui voit les choses de trop près et qui est donc incapable d’expliquer ce qu’il s’est passé, de dire qui a perdu, qui a gagné ! Ou de Jean Gabin dans le film « Le Président » qui avoue : « On voit mal les choses quand on est trop près ! Pour ma part, à Verdun, je n’ai vu que six camarades à mes côtés, tombés tout près de moi ! »

 

 

Or, pour bon nombre, la vérité ne peut être établie que si l’on a une vision lointaine des choses. Mais tellement éloignée que la réalité est noyée dans la brume et il est si confortable d’ergoter dans le flou.

 

 

C'est sur le terrain que cela se passe !

 

 

C’est sur le terrain que cela se passe. Et le terrain en l’occurrence, c’est le Tribunal de la Jeunesse de Bruxelles. Tribunal où l’on voit passer des jeunes mineurs d’âge ou à peine adultes, empesés d’un passé de violences et à l’avenir compromis, des parents inconscients dans certains cas, ou désemparés dans d’autres. Tribunal où l’on voit surtout l’impuissance de la société à répondre à ce défi malgré les efforts constants de magistrats, d’avocats et d’assistants sociaux – le plus souvent des femmes – qui tentent de sortir ces jeunes gens du guêpier où la société et eux-mêmes sont tombés. Tribunal qui est leur seule bouée de sauvetage et que ces jeunes paumés répugnent à saisir.

 

 

Appelons un chat un chat ! La majorité des jeunes délinquants passant devant le prétoire sont de jeunes garçons d’origine maghrébine, c’est-à-dire confrontés dès la naissance à la précarité et à des traditions ancestrales venues de « là bas » et aussi à l’indifférence des autorités incapables d’assurer une éducation adéquate et un véritable apprentissage des règles assurant une vie sociale normale.

 

 

La présidente du Tribunal nous l’a dit : « Leur culture est un enrichissement et il serait criminel de la rejeter, mais sans le respect des règles de base, rien n’est possible ! »

 

 

J’ai trois enfants et deux filles…

 

 

Oui – et les choses vont souvent très loin. Un jeune délinquant ayant atteint la majorité légale de 18 ans, il y a quelques semaines, « vieux client » du Tribunal – sa première comparution date de 2013 – est en aveu pour des faits très graves commis l’année dernière : vol à main armée et en bande, vol simple, violence contre des personnes, détournement de fonds via une carte bancaire subtilisée à son propriétaire avec laquelle il a notamment « acheté » une bouteille de vodka dans un night shop pour tester la validité de la carte. Sa spécialité : s’attaquer la nuit dans le quartier chaud des environs de la gare du Nord de Bruxelles aux « clients » des prostituées. Et cerise sur le gâteau : consommation permanente de cannabis.

 

 

Faits très graves, certes, mais tellement courants que les médias n’en font même plus état. L’opinion s’en fout. Seules, les victimes ne s’en foutent pas…

 

 

Revenons à notre gamin debout, penaud et tremblant devant la Présidente du Tribunal et le Procureur du roi. Ses parents divorcés sont également présents. Le père est un marchand ambulant d’olives sur les marchés de Bruxelles et environs. La Présidente lui demande combien il a d’enfants. Le père répond :

 


  - J’ai trois enfants et deux filles !

 

 

Face à la surprise du Tribunal sur cette réponse, il ajoute, un peu décontenancé :

 

   - Mais pas tous de la même femme !

 

 

Ah ! Les grands discours sur l’égalité hommes – femmes ! A quoi servent-ils sinon à l’autosatisfaction des beaux esprits ? Voilà un homme âgé d’une cinquantaine d’années qui est convaincu que le père – le pater familias – est le maître absolu de la famille, que la femme est juste bonne à procréer et à faire la cuisine et le ménage.

 

 

En réalité, c’est le rejeton qui est le « caïd ». Il terrorise sa mère qui l’héberge et, de son côté, son paternel ne parle que de l’embaucher pour l’aider à vendre ses olives et sans doute, si pas surtout, l’exploiter… Il avoue payer son fils 50 Euros en noir pour dix heures de travail. Sans doute, juste de quoi acheter sa dose quotidienne de cannabis. La bouffe, le logis et le blanchissage, c’est bon pour la mère.

 

La Présidente propose même à la mère de mettre son fils à la porte. Après tout, il est majeur et la loi le lui permet. Silence terrifié de la mère. Si elle fait cela, elle n'ignore pas le sort que lui réserve son fils...

 

 

Odieux, révoltant, évidemment ! Mais prenons le temps de la réflexion.

 

 

Quand les travailleurs maghrébins sont arrivés en Europe il y a plus de quarante ans, pour contribuer à notre prospérité et à l’accroissement du capital, ils ont apporté leur société dans leurs bagages et ne l’ont jamais déballée. Ils vivent comme « là bas » et, en définitive, on ne peut le leur reprocher. De la Palestine au Rif, la société de « là bas » est archaïque. C’est le patriarcat. Et l’accueil ici fut purement économique. Autrement dit, on les embauchait en masse pour faire du fric et le reste, on s’en foutait !

 

 

Heureusement qu’il y eut les organisations syndicales qui luttèrent pour leur accorder un statut social égal à celui des travailleurs belges, autrement dit, un minimum de dignité. Cependant, aucun effort réel n’a été consenti par les autorités politiques pour leur adaptation – c’est volontairement que je n’écris pas « intégration » - et pour l’éducation des enfants. Ajoutons à cela les conséquences de la crise et on devine le résultat.

 

 

Retour à notre affaire. La mère, elle, est désemparée et lâche sa colère devant le Tribunal. Elle héberge son jeune fils, alors que son père l’emploie de temps à autre pour l’aider à son étal dans les marchés. Le gamin erre à sa guise, rentre aux aurores, dort la journée, glande. Le reste du temps, il fume de la « moquette ». Avec quel argent se la procure-t-il ? Mystère !

 

 

Quant à la scolarité, passons à l’ordre du jour…

 

 

Le père intervient à plusieurs reprises pour dire au Tribunal qu’il est prêt à engager son fils pour qu’il l’aide sur les marchés. Il s’engage à ce qu’il soit régulier et qu’il se lève tôt… pour mieux l’exploiter, sans doute.

 

 

Le Procureur du roi qui siège à côté de la présidente du Tribunal, consent pour finir à cette solution. Le fils doit travailler avec son père, régulièrement et sous contrôle, faute de quoi il sera transféré au tribunal correctionnel pour adultes. Son salaire servira à rembourser les victimes de ses méfaits. Tout le monde est d’accord, sauf sans doute la présidente du Tribunal qui, sceptique, précise qu’elle n’est pas tenue à suivre les réquisitions du Procureur…

 

 

L’avocate du gamin se rallie à la réquisition du Procureur tout en reconnaissant les difficultés et en enjoignant son « client » et ses parents à prendre enfin leurs responsabilités.

 

 

Bref, tout semble pour le mieux dans le meilleur des mondes.

 

 

Le jeune homme soulagé – il tremblait comme une feuille pendant toute l’audience – n’a manifestement pas très bien compris l’enjeu, ou  n'a pas voulu comprendre. Il s’adresse au Procureur ayant retrouvé l’arrogance typique des voyous :

 

      - Je boirai un verre de vodka à votre santé !

 

 

C’en était trop ! Cela déclencha l’ire tonitruante du magistrat marri par ce mépris. Il menaça même de revoir ses réquisitions devant pareille attitude. Le paternel tenta de calmer le jeu en s’engageant à surveiller son fils à son travail et promettant même d'avertir le Tribunal s’il ne remplissait pas ses devoirs.

 

Ah oui ! J'oubliais parce que cela me semblait aller de soi : Le Procureur est aussi d'origine maghrébine. Deux parcours qui s'entrechoquent. Et un magistrat de la même origine que l'inculpé, cela n'a en définitive aucune importance. Et pourtant, nous en sommes encore à trouver cela surprenant...

 

 

L’audience était terminée pour cette affaire. Les parents et le gamin se retirent. Le Procureur eut la curiosité de les observer à leur sortie. Le fils est parti sans ses parents… Le jugement sera prononcé le mois prochain. On verra ! Ou bien, à l’évidence, c’est tout vu.

 

 

Je n’aime pas l’hôpital !

 

 

Voilà deux parents. La mère, 49 ans, et le père, la cinquantaine, qui comparaissent pour négligences à l’égard de leurs enfants. Ils vivent dans un appartement à une chambre, la mère et le père et sept enfants.

 

 

Le père est en invalidité. Un gaillard ayant l’air en pleine forme, pourtant… Enfin, passons.

 

 

La Présidente du Tribunal demande à la mère si elle compte travailler. Réponse :

 

 

    - Non, je n’en vois pas l’utilité !

 

 

Silence gêné. Que répondre à cela ?

 

 

Pourtant les faits sont préoccupants : les personnels de l’école ont constaté que les enfants étaient insuffisamment nourris. En outre, ils avaient tous les quatre un sérieux retard d’apprentissage.

 

 

La Présidente rappelle à la mère - sept enfants dont le dernier né il y a quelques mois - qu’il existe des moyens pour éviter d’avoir encore des enfants. Indifférence de celle-ci.

 

 

Mais, il y a pire : les enfants ne sont pas vaccinés et le père refuse de procéder à la vaccination.

 

 

Une fois de plus, la Présidente tente de faire prendre conscience aux parents des conséquences catastrophiques qu’entraîne ce refus.

 

 

  • La polio a été éradiquée, mais elle revient ! Mesurez-vous les conséquences ?

     

     

    Le père ne répond pas. La mère est tétanisée. La Présidente menace.

     

     

  • Les témoins de Jéhovah qui refusent de faire vacciner leurs enfants sont sanctionnés. Vous pourriez l’être comme eux, ne l’oubliez-pas !

     

     

    En vain ! Finalement, après pas mal d’insistance, le père finit par « avouer » :

     

  • Les vaccinations se font en hôpital. J’ai peur de l’hôpital ! Je n’aime pas l’hôpital !

     

     

    La juge lui rappelle que les vaccinations peuvent se faire ailleurs qu’en milieu hospitalier, dans des maisons médicales, par exemple. Rien n’y fait.

     

     

    Et puis, le rapport des services sociaux est sans appel : outre la non vaccination, en plus de la malnutrition, les enfants sont mal vêtus : ils portent des habits trop petits !

     

     

    Pas de vaccination, nourriture et habillement insuffisants, logement insalubre et promiscuité, refus de travail de la mère. Rien n’est positif.

     

     

    Que faire ? La Présidente prononcera le jugement à la fin du mois d’avril prochain.

     

     

    Mais que va-t-il se passer ? Si la juge ordonne le placement des enfants, certes, cela les préservera quelques temps, mais est-ce une solution à long terme ? Cela leur apportera-t-il enfin l’éducation qu’ils méritent pour plus tard affronter la vie, la « mordre à pleine dents »… Combien de fois ai-je entendu cette expression en ce Tribunal ?

     

     

    Bon, une date est proposée pour le prononcé du jugement. Le père hésite. Il informe la juge qu’à ce moment, il se fera soigner à l’hôpital…

     

     

    Tiens, il me semble avoir entendu qu’il a peur de l’hôpital… Un ange passe !

     

     

    Voilà. Les deux autres audiences sont celles d’un adolescent placé en IPPJ et la Juge a permis après un certain temps qu’il réintègre sa famille et d'un jeune délinquant.

     

     

    Le gamin a une scolarité incomplète. Il se rend deux jours par semaine à l’école. Le reste du temps, il prétend travailler dans une grande surface pour vivre.

     

     

    Mais il est incapable de produire un curriculum vitae, un contrat de son employeur, son journal de classe.

     

     

    Bah ! Inutile d’insister ! Il est bientôt majeur et le dossier au Tribunal de la jeunesse sera bientôt clôturé. On sent bien que le jeune homme le sait et qu’il est venu parce qu’il le fallait bien.

     

     

    L'autre gosse. Lui, c’est un délinquant : cambriolage, bagarres diverses, renvoyé de son école parce qu’il s’est amusé avec un « camarade » à tabasser un autre élève.

     

     

    Un léger espoir sans doute. Les rapports provenant de sa nouvelle école sont favorables. OK, on verra.

  •  

  •  

    La revue des deux mondes

     

     

     

    Comme dans la revue, deux mondes s’affrontent en ce Tribunal : d’une part, des magistrats, des avocats et des assistants sociaux animés par une volonté inébranlable de sortir ces jeunes de la mélasse. Et, de l’autre côté, des parents et des jeunes gens irresponsables, ignorant les fondamentaux de notre société, indifférents aux propos des juges, n’ayant aucune considération pour leurs jeunes avocates pour la plupart commises d’office qui tentent, elles aussi, de contribuer à l’élaboration de la solution la plus adéquate pour leurs jeunes clients.

     

     

    Deux mondes ne parlant pas la même langue et qui ne peuvent se comprendre.

     

     

    Et ces jeunes gens ? Que faire et surtout, qu’en faire ? Que deviendront-ils ?

     

     

     

    Something wrong

     

     

     

    « Something wrong in the State of Denmark »… Quelque-chose est brisé ! La société qui nous est depuis si longtemps chantée comme libre, protectrice, progressiste, est en réalité moribonde. Les juges et les avocats revêtus de leurs toges que nous avons rencontrés, ne peuvent qu’appliquer la loi qui est leur seule arme, mais une arme qui, depuis longtemps, n’a plus de cartouches.

     

     

    Force doit rester à la loi, dit-on. Non, la force est ailleurs. Elle se trouve chez ces jeunes paumés qui le savent et qui en font le pire usage. Et cela finira par les emporter.

     

     

    Et cette force a échappé à celles et ceux qui ont la charge de préserver et de transmettre les principes fondamentaux devant animer notre société et donner à chacun les moyens de leur épanouissement.

     

     

     

    À qui la faute ? A ceux qui ont mis leurs intérêts personnels et leurs ambitions au détriment du bien de tous et, pour ce faire, imposé les idées mortifères qui nous mènent à la ruine et au chaos.

     

     

     

    Par leur aveuglement et leur égoïsme, ils ont allumé la mèche d’une bombe à retardement. Bientôt, elle explosera et tout sera anéanti.

     

     

    Y a-t-il un espoir ? Oui mais, comme tous les espoirs, il est ténu. Il porte un nom :

     

     

    Résistance !

     

     

     

    Pierre Verhas

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Published by pierre verhas
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commentaires

Gensane 24/02/2017 15:56

Ce n'est ni "wrong" ni "brisé", c'est "rotten".
Un des grands problèmes est effectivement le poids du là-bas.
J'ai dans ma belle-famille une bonne quantité d'Italiens et de Portugais qui sont, comme tu dis, venus travailler pour vivre mieux et pour aider la France à mieux vivre.
Ils savent d'où ils viennent. Ma femme a un grand-oncle qui a passé sept ans dans les prisons fascistes. Mais ils n'ont jamais fait semblant de retourner dans des lieux qui ne sont plus les leurs et qui ne relèvent que du mythe. Sauf pour de brefs séjours de vacances. Chez eux, on a toujours parlé exclusivement le français. On a épousé français.
Quand ils meurent, ils se font enterrer en France, là où ils vivent, pas au bled.
De plus, la Belgique ne connaît pas le problème de la France qui a colonisé tout le Maghreb dans des conditions parfois effroyables. La génération qui a suivi les Indépendances a rasé les murs, s'est conformée. Pour la jeune génération d'aujourd'hui, c'est le retour du refoulé. On en a pour 50 ans.
Toi et moi ne verront pas la sortie du tunnel.