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  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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19 mars 2017 7 19 /03 /mars /2017 18:18

 

 

 

Pays-Bas : redistribution des cartes

 

 

Chez nos voisins bataves, ce n’est pas la percée des « populistes » du faux blond aux idées noires, mais ce n’est pas la victoire de la démocratie « libérale » non plus. Certes, le PVV de Geert Wilders ne gagne « que » 5 sièges, alors que le VVD, le parti du Premier ministre Rutte en perd 9. Ce dernier reste le premier parti du royaume des Pays-Bas avec 34 sièges et le PVV est malgré tout le deuxième parti avec 20 sièges.

 

 

 

Geert Wilders, le faux blond aux idées noires, en débat avec le premier ministre hollandais, le très néolibéral Mark Rutte.

Geert Wilders, le faux blond aux idées noires, en débat avec le premier ministre hollandais, le très néolibéral Mark Rutte.

 

 

 

Quant aux sociaux-démocrates et aux chrétiens démocrates, ils sont laminés. Le SP (socialiste de gauche) a plus de sièges que le vieux PvdA (social-démocrate)…

 

 

Enfin, il y a la spectaculaire percée des écologistes de gauche (Groen links).

 

 

Pour former un gouvernement, Mark Rutte devra monter une coalition avec quatre partis, ce qui ne sera pas simple et cela n’augure pas d’un gouvernement stable, alors qu’il faudra prendre des positions claires sur des dossiers chauds comme l’Europe, les migrants, l’avenir économique et social, etc.

 

 

Que conclure de ce scrutin que l’on considérait « à risques » dans les chancelleries et dans les rédactions ?

 

 

En premier lieu, il y a une redistribution des cartes. Certes, les libéraux restent les plus forts, mais ils se tassent. L’extrême-droite progresse et s’installe durablement. La social-démocratie poursuit sa descente aux enfers et fait désormais partie des espèces politiques en voie de disparition, idem pour les chrétiens démocrates.

 

 

En second lieu, pendant plusieurs semaines, on n’a pas cessé de tirer la sonnette d’alarme sur la possibilité d’une victoire « éclatante » de Geert Wilders. Il fallait cependant faire un calcul simple : la différence entre les sièges du PVV (15) et ceux du VVD (41) était impossible à combler et les « populistes » n’auraient en aucun cas pu représenter une gêne pour Mark Rutte.

 

 

En troisième lieu, si les sociaux-démocrates s’effondrent, cela ne signifie pas que la gauche a disparu, bien au contraire. La gauche socialiste et les Ecolos de gauche font un score très honorable. La gauche change de nature et c’est une bonne chose.

 

 

Le néolibéralisme a donc pris un coup, mais n’a toujours pas ralenti sa marche.

 

 

 

Tous les regards se tournent vers la France.

 

 

Après les élections néerlandaises, ce sont les présidentielles les législatives françaises qui préoccupent l’opinion. On n’a jamais vu une élection présidentielle se présenter sous un pareil visage. Le vieux « clivage » gauche – droite semble avoir disparu. C’est une illusion d’optique : ici, les cartes ne sont pas redistribuées, elles sont brouillées.

 

 

C’est évidemment Emmanuel Macron qui brouille les cartes : l’énarque banquier qui se proclame « ni de droite ni de gauche », ou bien « de droite et de gauche ». Tout le monde le voit comme le prochain locataire de l’Elysée. Même Angela Merkel le reçoit comme s’il est le futur président. Attendons cependant ce qui se passera lors des prochaines élections.

 

 

 

Angela Merkel a reçu Emmanuel Macron à Berlin. L'ordolibéralisme allemand parie sur l'énarque banquier.

Angela Merkel a reçu Emmanuel Macron à Berlin. L'ordolibéralisme allemand parie sur l'énarque banquier.

 

 

 

Et peut-on concevoir une élection présidentielle en France sans scandales ? Non, évidemment. Mais, cette fois-ci, on se surpasse !

 

Les emplois fictifs chez Fillon et Le Pen, les costumes de Fillon, les soirées festives de Macron, le financement occulte de son mouvement émaillent cette élection atypique d’épisodes qui, en définitive, dépolitisent la campagne électorale.

 

 

 

 

François Fillon et Marine Le Pen ont bien des points communs : deux programmes aux relens pétainistes et xénophobes et objets de scandales politico-financiers...

François Fillon et Marine Le Pen ont bien des points communs : deux programmes aux relens pétainistes et xénophobes et objets de scandales politico-financiers...

 

 

 

Certes, il reste Hamon et Mélenchon, les deux candidats de gauche, qui se montrent dans l’incapacité de trouver un accord. Mélenchon reste animé par un ego à la limite de la caricature et Hamon, malgré sa victoire aux « primaires », n’arrive pas à s’imposer parmi les siens. En clair, l’unité de la gauche reste une illusion.

 

Or, tous les programmes, à l’exception de ceux de gauche, se résument à cinquante nuances de néolibéralisme.

 

Quant au « populisme », c’est-à-dire à Le Pen, contrairement à ce que l’on veut nous faire craindre, il est manifeste qu’il ne l’emportera pas, même si, comme aux Pays Bas, il confirmera sans nul doute son assise. Et n’oublions pas les relents pétainistes du camp Fillon. Notons que Fillon n’a pas dit son dernier mot et malgré ses « casseroles », il peut encore penser à se tailler un costume de président…

 

 

 

L’insupportable arrogance

 

 

 

L’affaire Publifin, Uranopole l’a déjà écrit, pourrait bien sonner le glas du PS francophone s’inscrivant ainsi dans la déliquescence générale de la social-démocratie en Europe occidentale. À cela, il faut ajouter les émoluments invraisemblables des dirigeants de la holding publique bruxelloise, la Société régionale d’investissement de Bruxelles, dont le patron est un membre éminent du PS.

 

 

Le Parlement wallon, suite à la pression de l’opinion publique, a bien été contraint de mettre sur pied une commission d’enquête parlementaire sur l’affaire Publifin. Elle a auditionné plein de personnages mêlés à cette saga nauséabonde où s’entremêlent affairisme, magouille politique et système mafieux.

 

 

Des mandataires surpayés à ne rien faire, sans doute pour « la fermer », penauds et désemparés devant des parlementaires ahuris et surtout les deux « grands » patrons – parrains ? – du système, Stéphane Moreau et son égérie Bénédicte Bayer.

 

 

 

La directrice générale de Publifin Nethys, Bénédicte Bayer, devant la Commission : mépris et arrogance. C'est beau le socialisme alimentaire...

La directrice générale de Publifin Nethys, Bénédicte Bayer, devant la Commission : mépris et arrogance. C'est beau le socialisme alimentaire...

 

 

 

Cerise sur le gâteau : c’est tout un « système » PS qui est mis en pleine lumière, car, dans la pénombre, tout le monde savait et chacun se taisait. L’omerta politicienne comme avec le Kazakhgate qui touche, lui, la droite libérale.

 

 

Mais, ici, cela aura des conséquences politiques catastrophiques : le PS belge, parti d’une social-démocratie ayant viré au rose pâle, est lui aussi en pleine déliquescence. C’est donc la principale formation de gauche en Wallonie et à Bruxelles qui est touchée de plein fouet.

 

 

Alors, quelle gauche succédera ? Le PTB (extrême-gauche d’origine maoïste) est assuré de rassembler tous les déçus du PS et fera sans doute un score exceptionnel. Cette formation, vu les circonstances, changera-t-elle en sortant de son sectarisme et en clarifiant son positionnement politique ? Peut-être. Et sans doute faudra-t-il œuvrer pour que cela se fasse. Quant aux Ecolos, à l’exception de quelques mandataires comme Zoé Genot, ils ne parviennent pas à se dépêtrer de leur gangue centriste.

 

 

Et puis, comme cela a été écrit ici à plusieurs reprises, la renaissance de la gauche viendra de la base, c’est-à-dire des organisations syndicales et mutuellistes et aussi du mouvement des femmes.

 

 

Bref, il y a du pain sur la planche.

 

 

Populisme à tout va

 

 

L’épouvantail à la mode, c’est le « populisme ». Populisme est un mot poubelle, car on y fourre tout ce qu’on veut. Est « populiste » celui qu’on rejette : cela va de l’extrême-droite « classique » (Le Pen et consorts). Cela passe par des politiques non-conformistes refusant de s’inscrire dans le « système » comme le très original député béarnais Jean Lasalle qui a obtenu les 500 sésames pour se présenter à l’élection présidentielle et, ainsi, diffuser ses idées sur les grands médias. Et enfin, cela se termine à gauche avec le philosophe Jean-Claude Michéa, le candidat de « France insoumise », Jean-Luc Mélenchon.

 

 

 

 

Le "populiste" Jean-Luc Mélenchon est populaire. Il a réussi sa marche pour la 6e République.

Le "populiste" Jean-Luc Mélenchon est populaire. Il a réussi sa marche pour la 6e République.

 

 

 

Avouez que cela fait beaucoup de monde !

 

 

« Libération » avec son directeur Laurent Joffrin est le journal le plus prompt à dénicher les « populistes ». Une fois de plus, ces organes de presse de l’establishment bobo s’en donnent à cœur joie.

 

 

Dans une tribune intitulée « Impensable populisme de gauche » datée du 10 mars 2017, le journaliste Simon Blin commence à dresser une liste à droite (extrême) et à gauche et met tout ce monde dans le même sac : Frédéric Lordon, Mélenchon, Michéa, Jacques Julliard, Christophe Guilly qui « tous viennent de gauche » - Ah bon ! Ils n’appartiennent plus à la gauche ? Première nouvelle ! Et, bien entendu, il faut ajouter les personnalités xénophobes : Donald Trump, Geert Wilders, Viktor Orban, Nigel Farage, Erdogan et Marine Le Pen.

 

Il paraît que c’est très vilain de faire des amalgames ! Mais, assimiler tous ces leaders et penseurs de gauche à la fachosphère, non, c’est de l’analyse, ce n’est pas de l’amalgame !

 

Que reproche Blin à tout ce monde ? Etre anti-élite, anti « establishment », et ainsi nier la lutte des classes ! Alors, là, c’est le comble. M. Blin ferait bien de relire les écrits et les propos de Lordon, de Michéa, de Mélenchon, car il a certainement dû sauter quelques passages essentiels…

 

Et ce n’est pas tout : « Loin de combattre le modèle néolibéral, l’histoire montre que le populisme est, sinon l’ennemi direct de la gauche, au moins un de ses adversaires. »

 

 

Et dans la foulée, on reproche à Jean-Luc Mélenchon de chercher son inspiration chez les dirigeants anticapitalistes d’Amérique du Sud : Lula, Morales, Chavez, etc. qualifiés de « populistes de gauche ».

 

 

Blin s’attaque aussi à la philosophe belge Chantal Mouffe :

 

 

« Ces dernières années, les pays d’Europe occidentale ont connu des alternances, sans qu’on distingue bien les différences, en termes de politiques économiques notamment. Cette forme de régime gestionnaire mou aurait, selon Chantal Mouffe, annihilé tout espace de contestation politique. Tony Blair et sa troisième voie, Gerhard Schröder en Allemagne, José Luis Rodriguez Zapatero en Espagne, le Pasok en Grèce, etc. «Il est urgent de renouer avec une vision conflictuelle de la démocratie, déclare-t-elle à Libération. La politique consiste à établir une frontière entre un "nous" et un "eux", et tout ordre politique est fondé sur une certaine forme d’exclusion. La réflexion sur la démocratie doit reconnaître l’antagonisme.» Une politique du conflit qui privilégie donc la dualité entre les masses mouvantes et les institutions figées, entre «ceux d’en bas» et «ceux d’en haut», aux dépens même de la gauche. »

 

 

Il y a d’abord une contradiction : les soi-disant « populistes de gauche » nieraient la lutte des classes, mais ces méchants cocos veulent reproduire un espace de contestation, un terrain de lutte entre le peuple et l’establishment, surtout après le colossal échec de la social-démocratie et de sa « troisième voie » en Europe qui a ouvert un boulevard au néolibéralisme. Pourtant, ce combat ressemble fort à de la lutte des classes.

 

 

En réalité, c’est là le reproche qui va bien au-delà de la critique : les prétendus « populistes de gauche » combattent l’establishment, veulent redonner sa place au peuple. C’est évidemment intolérable pour les « bobos » en particulier qui ont le monopole de « la gauche », bien entendu !

 

 

Vous vous rendez compte : Ce serait une menace pour le « système » et ce serait la fin de la pensée unique.

 

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

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Published by pierre verhas
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