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  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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7 février 2018 3 07 /02 /février /2018 10:53

 

 

 

II Les recettes ultralibérales tournent au vinaigre !

 

 

Et un nouveau choc social, un ! La chaîne de grandes surfaces « Carrefour » dégraisse 2 400 travailleurs en France et 1 233 en Belgique. Et ce sont les habituelles pleureuses qui versent des torrents de larmes, à commencer par le gouvernement qui – tout le monde le sait – ne peut rien faire. Les organisations syndicales, elles, font preuve d’un manque évident de stratégie à une exception près, la vice-présidente du SETCa (Syndicat des employés de la FGTB), Myriam Delmée qui connaît admirablement son dossier et arrive à garder la tête froide.

 

 

 

 

 

Myriam Delmée, vics-présidente du SETCa FGTB, une syndicaliste de réflexion et d'action

Myriam Delmée, vics-présidente du SETCa FGTB, une syndicaliste de réflexion et d'action

 

 

 

L’origine de cette énième catastrophe sociale ? Un personnage sulfureux et fort peu recommandable, descendu en flamme cette semaine par le « Canard enchaîné », Alxandre Bompard, surnommé « Equarrisseur sourire »…

 

 

Après être passé par la Fnac où il a aussi mis 500 travailleurs en « congé illimité », le bel Alexandre sévit à Carrefour grâce au milliardaire Bernard Arnault qui l’y a introduit. Et il s’est couvert, le cher Bompard : sa femme est comme par hasard collaboratrice du Premier ministre de Macron Edouard Philippe. Il a un joli parcours tous azimuts notre Alexandre qui se croit un peu trop grand : cabinet Fillon lorsqu’il était ministre des affaires sociales, ami de Manuel Valls… On se crée ainsi un beau carnet d’adresses !

 

 

 

 

 

Alexandre Bompard un dangereux dandy qui pourrait très bientôt mordre la poussière.

Alexandre Bompard un dangereux dandy qui pourrait très bientôt mordre la poussière.

 

 

 

Mais aujourd’hui, après sa période « d’essai » à la Fnac, il doit faire ses preuves à Carrefour. Il a pondu le plan dénommé « Carrefour 2022 » de licenciement de 2 400 travailleurs en France. Un plan identique s’applique à Carrefour Belgique avec 1 233 suppressions de postes.

 

 

Et Alexandre ne s’oublie pas – on n’est jamais mieux servi que par soi-même – il s’est octroyé 11,5 millions d’Euros à la Fnac en 2015 et en 2016, il a encaissé 13,9 millions. Même les cabinets de conseil pour les actionnaires ont jugé ces émoluments pour le moins excessifs. C’est dire ! Gageons qu’il s’octroiera bien plus à Carrefour où  le nombre de personnes virées est bien plus important.

 

 

Mais… et c’est là que cela devient gênant. Depuis que le jeune premier Bompard sévit à Carrefour, l’action s’est plantée ! 50 % de sa valeur ! Pour Arnault, cela représente une perte de 1 milliard – certes une bagatelle au regard de sa fortune – mais on sait qu’en ces circonstances, comme l’écrit le « Canard », un personnage dans son genre perd tout sens de l’humour.

 

 

 

 

 

Bernard Arnault pourrait très bien perdre son sens de l'humour suite à la gestion catastrophique de son poulain Bompard.

Bernard Arnault pourrait très bien perdre son sens de l'humour suite à la gestion catastrophique de son poulain Bompard.

 

 

 

Aussi, Bompard, comme son quasi homonyme, Bombard, pourrait se retrouver naufragé volontaire s’il ne sombre tout à fait… Et son légendaire sourire pourrait devenir éternel.

 

 

Cette dramatique affaire – pensons d’abord aux milliers de travailleurs et à leurs familles victimes de ces lamentables combines – prouve que le système ultralibéral atteint ses limites. L’histoire l’a démontré : nul absolutisme, quelle que soit sa nature, n’est assuré de la pérennité : ni le « Reich de mille ans », ni « le socialisme de la fin de l’histoire », ni le capitalisme effréné qui prétend allier la liberté et le bonheur de l’humanité en sublimant en réalité l’exploitation de l’homme par l’homme.

 

 

Tous les spécialistes du commerce sont d’accord : le modèle hypermarché, le gigantisme sont dépassés. Or, Carrefour s’est obstiné à poursuivre cette politique. C’est très curieux : aux USA, la tendance est à un retour aux dimensions plus « humaines », le géant Walmart change sa politique : il augmente les bas salaires ! Alors qu’en Europe, avec toujours une ou deux décennies de retard, on copie un modèle américain obsolète !

 

 

C’est la preuve que les « grands managers » sont en réalité des incapables. Ils sont obsédés par le rendement immédiat, si possible « à deux chiffres » et n’ont aucune prospective. Le cas de Bompard est flagrant, à la limite de la caricature.

 

 

Et c’est ici la limite du système ultralibéral. C’est un no future généralisé. Ce n’est évidemment pas ainsi que l’on conduit une économie. Et ces messieurs du CAC 40 sont aveugles. Les derniers soubresauts boursiers qui ont, un moment, fait craindre un « crash » devraient leur servir d’avertissements.

 

 

Et un de leurs fidèles amis, le consultant  écrivain essayiste chantre du néolibéralisme, Alain Minc, les avertit : « Vous avez perdu tout sens commun, vous allez être rattrapés par une révolte qui pourrait bien ébranler les positions de pouvoir que vous croyez si solides. » Voilà ce qu’il écrit dans un bouquin au titre reflétant la modestie proverbiale de son auteur : « Une humble cavalcade dans le monde de demain » (Grasset) avec un chapitre au titre prémonitoire « Demain la révolution ? » (Voir « Libération » du 24 janvier).

 

 

 

 

 

Alain Minc perd un peu de sa superbe. Il met en garde ses "amis"...

Alain Minc perd un peu de sa superbe. Il met en garde ses "amis"...

 

 

 

 

Eh oui ! Ces messieurs – il n’y a pas beaucoup de femmes parmi eux – s’inquiètent. Les signaux ne sont pas bons. La mécanique se grippe et ils ne savent pas quoi faire.

 

 

Minc dénonce l’injustice du capitalisme – alors, là c’est nouveau !

 

 

« Toute la richesse créée depuis un quart de siècle est allée à cette étroite minorité et, en son sein, de façon prépondérante, aux privilégiés d’entre les privilégiés, les 0,01 % avec pour conséquence une stagnation, voire une légère baisse du pouvoir d’achat moyen du reste de la population. »

 

 

Une fois de plus : on n’a pas mesuré les effets de cette « répartition » sur la population et on en voit les conséquences aujourd’hui. Le temps des illusions est terminé !

 

 

Cela dit, ne nous réjouissons pas trop vite. Les pouvoirs, au lieu de changer d’orientation, vont renforcer son arsenal répressif. On s’en aperçoit aussi bien en France qu’en Belgique.

 

 

Et il y a un autre aspect. Avec les changements fondamentaux dans le rapport de forces capital travail, la capacité d’adaptation des travailleurs aux nouveaux modes de production est de plus en plus limitée. L’école n’arrive plus à enseigner les connaissances nécessaires pour permettre cette adaptation et les « formations » sont trop spécialisées et seulement calquées sur les besoins immédiats des entreprises et non sur une vision à plus ou moins long terme des changements.

 

 

Les organisations syndicales, elles aussi, devront revoir leur modèle de combat. Les grèves des services publics qui restent leur seule arme ont des résultats dérisoires et, surtout, ne répondent pas aux bouleversements que l’on vit.

 

 

Alain Minc l’écrit :

 

 

« Une nouvelle division s’instaure au sein du monde du travail entre l’univers salarial d’hier, abrité derrière les protections acquises au fil des décennies, et les nouvelles formes d’activité en apparence les plus modernes, puisque nées de la révolution technologique, mais qui retrouvent les traits de l’aliénation ouvrière d’autrefois. »

 

 

Les technologies aliénantes ? N’est-ce pas en définitive leur raison d’être ? .

 

 

Il est indispensable de trouver un nouveau rapport capital travail avec la révolution technologique et particulièrement l’émergence de ce qu’on appelle « l’intelligence artificielle » (IA). Le journal catholique belge « La Libre Belgique » a publié le 3 février 2018 un numéro spécial consacré à cette fameuse IA. Il contient entre autres deux interviews « parallèles » sur la question de son impact sur l’emploi. L’économiste et anthropologue Paul Jorion qui estime que plusieurs métiers sont menacés :

 

 

 

 

Paul Jorion estime que des milliers d'emplois vont disparaître avec l'IA.

Paul Jorion estime que des milliers d'emplois vont disparaître avec l'IA.

 

 

 

« Deux sortes de jobs sont particulièrement menacés : ceux qui sont très simples et ceux qui sont très compliqués. » En ce qui concerne les plus « simples », Jorion pense entre autres aux robots sur les chaînes de montage. De plus, le coût des robots est amorti en un an ou deux quand ils remplacent des travailleurs.

 

 

Quant aux tâches plus complexes, Jorion pense entre autres au fameux métier de trader. Des machines « algo » pour algorithmes effectuent des milliers d’opérations en Bourse en une seconde.

 

 

L’autre interviewé est Marc Lambotte, CEO d’Agoria. Il prétend que l’IA ne supprimera pas d’emplois en Belgique, mais il est amené à reconnaître que certains métiers vont disparaître comme les chauffeurs de taxis et de bus. Il ajoute en conclusion : « Il y a des études qui disent qu’à peu près la moitié des jobs vont disparaître. Ces chiffres sont corrects mais seulement si on ne fait rien. Il ne faut pas fermer les yeux. Il faut agir et se dire que l’intelligence artificielle est une certitude et qu’il faut vivre avec. »

 

 

 

Marc Lambotte, bien qu'il s'en défende, dit à peu près la même chose que Paul Jorion : l'IA est destibée à faire disparaître des milliers d'emplois.

Marc Lambotte, bien qu'il s'en défende, dit à peu près la même chose que Paul Jorion : l'IA est destibée à faire disparaître des milliers d'emplois.

 

 

 

Cela nous fait une belle jambe ! Lambotte ne parle nullement de création de nouveaux emplois. Tout simplement, parce qu’il n’y en a pas !

 

 

Le problème n° 1 est qu’on laisse ce pouvoir fondamental de décision entre les mains des GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft) qui, ne l’oublions pas, sont des entreprises privées qui travaillent avant tout pour leurs intérêts et sont prêtes, grâce à leur puissance jamais vue dans l’histoire, à imposer une société de surveillance généralisée et à faire de l’être humain une variable d’ajustement.

 

 

Si on n’y prend garde, ce sera une régression de la civilisation.

 

 

Il y a longtemps que le politique a cédé son pouvoir aux puissances économiques que sont les entreprises transnationales. La démocratie représentative qui est en principe le « moins mauvais des régimes » est à bout de souffle. Des indices : le président français a été élu par 30 % des électeurs inscrits. Il y a eu récemment des élections législatives partielles en France. Seuls 20 % des électeurs se sont déplacés. L’élection des membres du Parlement européen a mobilisé seulement 25 % de l’électorat. Si la politique envahit nos médias, elle a en réalité une fonction secondaire dans l’évolution de la société.

 

 

Cependant, les lignes bougent. Des mouvements encore informels voient le jour. Tout récemment, en Belgique, s’est constitué un regroupement de 72 associations appelé « Tam Tam » dont les mutuelles et les organisations syndicales et qui dénoncent radicalement le néolibéralisme.

 

 

Ces associations apportent-elles une alternative ? Jusqu’à présent, non.

 

 

C’est jusqu’à présent une riposte. Cependant, un « tsunami » social comme Carrefour pourrait être mobilisateur. Jusqu’à présent, les syndicats n’ont réussi qu’à mobiliser une partie des services publics. Si le secteur privé se joint à ce mouvement, alors s’installera un réel rapport de forces. Et un personnage comme Alain Minc aura raison d’avoir peur !

 

 

Si la critique comme la mobilisation sont indispensables, la réplique – elle – est essentielle. Et celle-là, on l’attend toujours.

 

 

 

 

 

Pierre Verhas

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commentaires

Gilles 07/02/2018 13:24

Excellente analyse, Pierre ! Je te rejoints sur la question syndicale. non, nos stratégies ne sont plus adaptées à l'évolution de la société et du travail. Par contre, j'émets de sérieux doutes quant à l'imminence et la possibilité d'une révolution. Il n'existe plus de structures suffisamment crédibles aux yeux des gens pour encadrer et mener cette révolution. Le danger est grand que ces "émeutes des ventres vides " ne se transforment en une guerre civile sanglante qui sera, avant tout, l'expression dramatique de la division de notre société, non pas entre les possédants et les autres, mais bien entre ces "autres". Ce qui n'empêche pas de réfléchir à un nouveau modèle démocratique, social et politique qui dépassera les modèles du passé.

pierre verhas 07/02/2018 13:32

Je ne pense pas non plus à une révolution mais à un retournement de situation. Je pense qu'il faut imaginer - et cela urge - un nouveau modèle, de nouveaux paradigmes mais,, en priorité, lutter contre la précarité. Sino, effectivement, nous risquons de vivre un cataclysme qui sera incontrôlable.