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27 février 2018 2 27 /02 /février /2018 15:55

 

 

 

OTAN et bruits de bottes

 

 

Chaque fois que des bruits de bottes se font entendre dans le monde, l’OTAN n’est pas loin. Alors que le traité instituant l’Alliance atlantique en 1949 concernait les Etats-Unis, le Canada, les pays d’Europe occidentale et la Turquie limitait son influence à l’espace atlantique et nord méditerranéen ; depuis la chute de l’Union Soviétique, cette organisation a considérablement élargi son champ d’action.

 

 

Ce fut d’abord, suite aux attentats du le 11 septembre 2001, l’intervention en Afghanistan « contre le terrorisme ». Plusieurs pays, dont la Belgique et les Pays Bas, y ont envoyé des troupes ou des chasseurs bombardiers comme des F16 belges. Ensuite d’autres opérations en Afrique du Nord comme au Moyen-Orient se firent sous l’égide de l’OTAN comme, par exemple, la Libye en 2011, « aventure » militaire qui eut les graves conséquences que l’on sait.

 

 

L’OTAN, organisation intergouvernementale, est placée sous la tutelle étatsunienne. En effet, sa branche militaire est toujours dirigée par un général US. En ayant élargi sa zone opérationnelle au-delà de l’Atlantique, l’OTAN est devenue l’instrument de la politique impérialistes étatsunienne qui a pour objectif le contrôle des ressources en hydrocarbure au Moyen- Orient en isolant la puissance régionale « menaçante », l’Iran et ses alliés comme la Syrie et le Qatar et en tentant ainsi de réduire l’influence russe.

 

 

 

 

 

Sommet de l'OTAN à Bruxelles

Sommet de l'OTAN à Bruxelles

 

 

 

Cependant, un grain de sable s’est glissé dans cette belle mécanique : la Turquie, pion essentiel de l’échiquier « otanesque » qui est devenue instable sur le plan géopolitique suite au musèlement de l’armée par les islamistes de Recep Tayyip Erdogan. Tantôt, le candidat calife s’allie à Poutine, tantôt à Netanyahu. Il poursuit les Kurdes anciens alliés des Américains dans le Nord de la Syrie. En cette région, c’est la confusion la plus complète. La toute récente résolution du Conseil de sécurité de l’ONU sur un cessez-le-feu non respecté pour une pause humanitaire dans la Ghouta orientale démontre que la Russie est le maître du jeu en cette région. L’OTAN et les USA n’ont absolument aucune influence. Seul un accord entre Poutine et Erdogan permettrait de sortir de ce guêpier.

 

 

 

Recep Tayyip Erdogan et Vladimir Poutine sont les maîtres du jeu au Levant au grand dam des Etats-Unis et de l'OTAN.

Recep Tayyip Erdogan et Vladimir Poutine sont les maîtres du jeu au Levant au grand dam des Etats-Unis et de l'OTAN.

 

 

 

Cela démontre que les Etats-Unis ne sont pas encore, loin de là, maîtres du jeu au Proche-Orient en dépit de leur puissance militaire et de la présence de bases américaines dans bien des pays de la région.

 

L’organisation militaire s’est aussi étendue vers l’Est de l’Europe après la chute de l’Union Soviétique. En dépit des promesses qui ont été faites à Gorbatchev en 1990, de limiter l’OTAN à la partie orientale de l’Allemagne, l’organisation s’est progressivement étendue jusqu’aux frontières de la Russie.

 

Après avoir appuyé diplomatiquement et avec des aides militaires, le gouvernement ukrainien contre la Russie, après avoir fait décréter des sanctions contre la Russie qui a repris la Crimée, l’OTAN ne cesse de se montrer agressive à l’égard de Moscou.

 

Actuellement ses armées effectuent des manœuvres en Lettonie. Cela ressemble fort à une provocation d’autant plus que la propagande officielle veut faire accroire que la Russie représente une menace majeure pour l’Europe. Heureusement, il y a en Europe quelques responsables politiques qui prennent leur distance envers ce manichéisme guerrier. On compte parmi eux – il faut le noter – le Premier ministre libéral belge Charles Michel qui considère la Russie comme un « partenaire » et non comme un adversaire. C’est le cas aussi en France de Jean-Luc Mélenchon qui tient des propos similaires. Malheureusement, ses rodomontades ne le font plus guère prendre au sérieux.

 

 

 

 

Le Premier ministre belge Charles Michel semble avoir eu une rencontre fruteuse à Moscou avec Vladmir Poutine.

Le Premier ministre belge Charles Michel semble avoir eu une rencontre fruteuse à Moscou avec Vladmir Poutine.

 

 

 

Il règne d’ailleurs une sorte de paranoïa à la tête de cette organisation. Si on lit le « Monde » du 15 février 2018, les commandants en chef, le général américain Curtis Scaparrotti, commandant suprême des forces alliées en Europe (SACEUR) et le général français Denis Mercier, responsable des moyens futurs depuis Norfolk aux Etats-Unis, souhaitent en premier lieu que la Russie ne soit plus considérée comme « partenaire » comme ce fut envisagé en 2002 lors de la création du conseil OTAN-Russie.

 

D’autre part, les « printemps arabes » ont généré le terrorisme islamiste constituent aussi un danger majeur pour les deux commandants. Les flux migratoires générés par les guerres au Moyen-Orient sont aussi une menace. Enfin, il y a le programme nucléaire nord-coréen et aussi le développement militaire chinois. Pour les deux militaires, toutes ces crises se connectent.

 

On est en pleine paranoïa ! Jamais, ces fringants soldats ne songent un instant qu’une crise pourrait venir de l’Occident qui, dans leur esprit, est toujours menacé, mais ne constitue en rien une menace pour les autres régions du monde. Et puis, derrière cela, il y a l’éternelle revendication de l’augmentation des dépenses militaires de la part de chaque Etat membre, au plus grand profit du complexe militaro-industriel. Et ils avertissent : « 

 

«  Nous ne voulons pas que l’UE enlève des moyens à l’OTAN »

 

Ben tiens !

 

P.V.

 

 

F35 – Rafale – ou autre ? Le choix d’une défense européenne ou de la soumission aux USA

 

Justement, le complexe militaro-industriel est en pleine ébullition suite à la saga du remplacement des chasseurs bombardiers F16 de la Force aérienne belge.

 

 

 

 

Les F16 belges doivent être bientôt remplacés. Il s'agit d'un énorme enjeu géopolitique et économique.

Les F16 belges doivent être bientôt remplacés. Il s'agit d'un énorme enjeu géopolitique et économique.

 

 

 

Le choix se porte entre le F35 de Lockheed d’une part et le Rafale français ainsi que l’Eurofighter Typhoon développé par le Royaume Uni, l’Allemagne et l’Espagne, d’autre part.

 

 

 

L'Eurofighter Typhoon, un avion développé dans plusieurs pays européens

L'Eurofighter Typhoon, un avion développé dans plusieurs pays européens

 

 

 

Pourquoi ? Le F35 Lightning II a une caractéristique particulière qui rend l’armée qui l’utilisera totalement dépendante de la technologie US. Les vieux F16 de l’armée belge, américains eux aussi, avaient été améliorés par l’industrie aéronautique belge en fonction des besoins propres à la Défense belge. Cette expérience industrielle a été « un plus » pour ce secteur.

 

 

Avec le F35, ce sera très difficile. Pour l’ancien ministre belge de la Défense, le chrétien Jean-Pol Poncelet, « la procédure est profondément biaisée ». En effet, les futurs avions devront avoir une double capacité : conventionnelle et nucléaire.

 

 

 

 

Le F35 a une double capacité opérationnelle : conventionnelle et nucléaire.

Le F35 a une double capacité opérationnelle : conventionnelle et nucléaire.

 

 

 

Or, seul le F35 répond à ces deux critères. Cela pose une question fondamentale de droit international : la Belgique a ratifié le traité de non prolifération des armes nucléaires et, à ce titre, n’a pas le droit d’utiliser ce type d’arme. Si pour une raison ou une autre, un F35 belge donc piloté par un Belge, transporte une bombe nucléaire, la Belgique se met en infraction à l’égard de ce traité.

 

 

L’ancien ministre Poncelet pose la question dans « La Libre Belgique » du 13 février 2018 :

 

« Le traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP), que la Belgique a ratifié, engage les Etats parties à prendre des mesures efficaces dans la voie du désarmement nucléaire. Notre pays n’étant heureusement pas doté de l’arme, comment admettre dès lors que l’option d’une "double capacité opérationnelle" soit encore envisagée par la Belgique s’agissant de ses nouveaux avions ? »

 

 

 

Jean-Pol Poncelet ancien ministre social-chrétien belge de la Défense a une vision claire de la question.

Jean-Pol Poncelet ancien ministre social-chrétien belge de la Défense a une vision claire de la question.

 

 

 

On peut se poser une autre question : comment un avion belge pourrait-il transporter ce type d’arme puisque la Belgique n’en possède pas ? Tout simplement parce qu’il y a des bombes nucléaires américaines qui sont entreposées dans la base belge de Kleine Brogel en Campines. L’exigence de la « double capacité opérationnelle » signifie donc que la Belgique jouera les supplétifs des Etats-Unis lors d’un éventuel conflit nucléaire. Et on n’est guère rassuré quand on lit dans la dernière livraison du « Monde diplomatique » (mars 2018) sur la relance de l’escalade nucléaire par Washington :

 

« Les principales puissances détentrices de l’arme atomique – Etats-Unis, Russie et Chine – se sont récemment lancées dans un processus de modernisation de leurs équipements et Washington n’hésite plus à envisager leur utilisation. »

 

Le risque est donc réel que la Belgique soit entraînée dans une aventure apocalyptique décidée par le clan néoconservateur américain  sous la houlette d’un président qui a déjà montré son instabilité. Risque minime sans doute, mais il existe !

 

Depuis longtemps, des voix s’élèvent – et pas seulement issues des milieux pacifistes – pour exiger des Etatsuniens retirent ces armes du territoire belge. Sans effets jusqu’à présent.

 

Il est plus que temps de remettre cette question à l’ordre du jour !

 

L’enjeu est donc, comme l’écrit « Le Soir » des 24 et 25 février : « Opter pour le F35 américain qui ne convainc personne pour l’instant, serait montrer son attachement à l’OTAN, tandis que choisir le Rafale ou l’Eurofighter, qui ne séduisent pas grand-monde, témoignerait de l’envie de construire une Europe de la défense. »

 

En plus du nucléaire, l’enjeu est là. Le F35 présente des lacunes au point-de-vue technique, est d’un coût bien plus élevé que ses concurrents, mais gageons que ce sera lui qui emportera le marché. Il a l’appui de la Flandre « otaniste », notamment des nationalistes de la NV-A qui ont le portefeuille de la Défense entre leurs mains. Est-ce d’ailleurs  un hasard dans le cadre d’un enjeu comme celui-là ?

 

Alors que Merkel et Macron souhaitent la construction d’un nouvel avion de combat européen, la Belgique qui, ne l’oublions pas, héberge l’OTAN, opterait pour l’alignement sur les Etats-Unis avec ses voisins hollandais qui ont déjà commandé 36 F35. En plus, les armées belge et hollandaise ont des synergies sur le plan opérationnel.

 

Et puis, n’oublions pas que le secrétaire général de l’OTAN, le Norvégien Jens Stoltenberg, a averti : « Une Europe de la défense n’est concevable que dans le cadre de l’OTAN ».

 

Les jeux sont donc faits… au détriment de l’Europe et de l’indépendance des peuples.

 

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

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