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29 mars 2018 4 29 /03 /mars /2018 08:27

 

 

 

Le soudain regain de tension entre l’Europe et la Russie prenant prétexte de l’atroce empoisonnement de l’ex-espion russe Serguei Skripal et de sa fille Julia à Salisbury au Royaume Uni est très inquiétant. Tout de suite, la Première ministre conservateur Theresa May accusa Poutine, alors que Scotland Yard déclara qu’il faudrait des semaines pour déterminer le coupable de ce crime. Elle expulsa aussitôt 23 diplomates russes.

 

Observons ensuite que ce meurtre a eu lieu quelques jours avant l’élection présidentielle russe qui vit le triomphe de Vladimir Poutine. Les médias et les Etats du « quartette » –  Etats-Unis, Grande Bretagne, Allemagne, France – amplifièrent cette affaire au point que la tension entre les Occidentaux – c’est-à-dire l’OTAN – et la Russie est exacerbée.

 

 

 

 

L'affaire Skripal (ici une équipe de détection du poison qui a tué Skripal et sa fille) sert de prétexte à un regain de tension entre l'OTAN et la Russie.

L'affaire Skripal (ici une équipe de détection du poison qui a tué Skripal et sa fille) sert de prétexte à un regain de tension entre l'OTAN et la Russie.

 

 

 

On constate tout simplement que l’assassinat de Skripal et de sa fille sert de prétexte à ce regain de tension et la réélection de Poutine y est certainement pour quelque-chose.

 

 

Au passage, si le président russe a fait un score historique de 76,7 %, il faut relativiser son triomphe.

 

« Si Vladimir Poutine a bénéficié d’une très large approbation liée à sa défense reconnue des intérêts nationaux et son action ayant garanti un socle politico-social stable, cela ne signifie pas une approbation sans réserve. Pavel Groudinine, présenté par le Parti communiste (PCFR), obtient ainsi près de 12% des suffrages – c’est du reste le seul concurrent à pouvoir afficher un score à deux chiffres. » (Le Grand Soir – 22 mars 2018) En effet, le score du parti communiste représente les préoccupations sociales des électeurs russes.

 

 

 

 

Vladimir Poutine savoure son triomphe. N'est-ce pas cela qui dérange les Occidentaux ?

Vladimir Poutine savoure son triomphe. N'est-ce pas cela qui dérange les Occidentaux ?

 

 

 

Ce dernier doit son score à la partie orientale de la Russie qui est bien moins lotie que les grandes villes de Russie occidentale comme Moscou et Saint-Pétersbourg. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si Poutine s’est rendu dare dare  à grands renforts médiatiques dans la ville de Sibérie où une grande surface commerciale a brûlé provoquant plusieurs dizaines de victimes.

 

Poutine n’est pas le maître absolu chez lui.

 

Mais, Poutine bénéficie d’un large soutien de la partie occidentale de Russie qui, non seulement, a bénéficié de sa politique de développement, mais ressent la pression occidentale de plus en plus forte.

 

Le dernier Sommet européen à Bruxelles a évoqué, sans prendre de décisions, d’éventuelles nouvelles sanctions à l’égard de Moscou, comme par exemple le boycott de la coupe mondiale de football. Ensuite, c’est le grotesque balai des diplomates expulsés.

 

 

 

 

Les trois "grands" Européens, Emmanuel Macron, Theresa May et Angela Merkel sont en réalité considérablement affaiblis dans leurs pays respectifs : Macron bat les records d'impopularité, May n'en sort pas avec le Brexit et Angela Merkel est à peine sortie d'une crise politique en Allemagne qui augure d'une autre.

Les trois "grands" Européens, Emmanuel Macron, Theresa May et Angela Merkel sont en réalité considérablement affaiblis dans leurs pays respectifs : Macron bat les records d'impopularité, May n'en sort pas avec le Brexit et Angela Merkel est à peine sortie d'une crise politique en Allemagne qui augure d'une autre.

 

 

 

Bref, tous les classiques ingrédients d’une nouvelle guerre froide qui était sous-jacente depuis la crise ukrainienne sont rassemblés. Et on assiste à une certaine escalade. Cependant, les choses se déroulent d’une autre manière. Ce ne sont manifestement pas les Etats-Unis qui mènent la danse. Les Européens se sont levés quasi unanimement pour soutenir le gouvernement britannique qui accuse ouvertement Moscou.

 

De leur côté, les Russes nient toute implication dans cet attentat et menace de riposter selon le principe de proportionnalité aux sanctions occidentales.

 

 

Une arme chimique !

 

 

L’éditorialiste du journal « Le Monde » du 28 mars écrit :

 

« Le camp occidental n’avait d’autre choix que de réagir de façon nette et ferme. Même si ces expulsions restent symboliques, elles signifient clairement que Moscou a franchi la ligne rouge en utilisant la première fois depuis la seconde guerre mondiale, une arme chimique sur le sol européen. »

 

Une arme chimique ! Et puis quoi encore ? On ne dispose d’aucune preuve tangible d’une éventuelle implication des services secrets russes dans l’assassinat de Salisbury. À lire le ton de cet éditorial, il est clair que la Grande Bretagne et l’Union européenne veulent en découdre avec Moscou. D’ailleurs, Poutine accuse les alliés de la Grande Bretagne de suivre « aveuglément le principe de l’unité euro-atlantique au détriment du bon sens, des normes d’un dialogue civilisé entre Etats. »

 

En clair, Poutine refuse de négocier avec une entité supranationale qu’il s’agisse de l’OTAN ou de l’Union européenne. Il veut un dialogue avec des Etats.

 

Mais les Européens veulent absolument criminaliser Poutine. Ils accusent les Ukrainiens russes aidés par l’Armée rouge d’avoir abattu le Boeing de Malaisia Airlines.  Et aujourd’hui, ils tentent de leur faire porter la responsabilité de l’empoisonnement de Skripal et de sa fille.

 

Il est cependant symptomatique que dans les deux cas, aucune preuve formelle n’a été apportée, même si l’implication du Kremlin est une hypothèse plausible.

 

D’ailleurs, on en arrive à des situations absurdes. Au dernier sommet européen, le 23 mars, les 28 Etats membres de l’Union européenne ont jugé « très probable » la culpabilité de la Russie dans l’affaire Skripal. Donc, on prend des mesures drastiques sur la base d’une probabilité… D’ailleurs, cette belle unanimité qui, semble-t-il, a été obtenue par des pressions exercées par les « grands » Etats de l’UE sur les gouvernements réticents, c’est-à-dire l’Allemagne, la France, la Grande Bretagne et la Pologne, s’effrite déjà : le président tchèque, certes considéré comme pro-Russe, Milos Zeman, veut que la Grande Bretagne présente des preuves alléguant ses assertions.

 

 

 

Milos Zeman, le président tchèque considéré comme pro-russe a une voix dissidente au sein de l'Union européenne.

Milos Zeman, le président tchèque considéré comme pro-russe a une voix dissidente au sein de l'Union européenne.

 

 

 

Les conséquences d’une promesse trahie

 

Pour comprendre cet imbroglio, remontons l’histoire. Après la chute du Mur de Berlin, les Occidentaux avaient promis à Gorbatchev, le dernier président de l’URSS en plein démantèlement, que l’OTAN ne s’étendrait pas au-delà de la ligne Oder Neisse qui est la limite orientale de l’Allemagne fixée par les accords internationaux d’après-guerre. Cette parole n’a pas été tenue. Aujourd’hui, les forces de l’OTAN manœuvrent à proximité de la frontière russe, notamment en Estonie et en Lituanie. 

 

L’Union européenne porte une très lourde responsabilité dans la crise ukrainienne. En tentant d’imposer un traité de libre échange avec Kiev, elle mettait Moscou en porte à faux. La réaction russe fut excessive par l’occupation de l’Est de l’Ukraine dont la population est russophone et de religion orthodoxe. Par après, en organisant un référendum en Crimée sur un éventuel rattachement à la Russie, Moscou annexa la Crimée et surtout son port Sébastopol qui est sa seule porte ouverte sur la Méditerranée. Considérant que cette annexion était contraire au droit international, les Occidentaux décidèrent de sanctions économiques contre la Russie.

 

 

L’Ukraine : un abcès de fixation

 

 

Depuis lors, la situation est figée. L’Ukraine présidée par un milliardaire avec un gouvernement comprenant des néo-nazis est en état de guerre larvée à l’Est de son territoire. Moscou aide les combattants russophones et rien ne bouge.

 

Mais la Russie a monté en puissance suite à sa victoire en Syrie et à la quasi élimination de Daesh sur le terrain (nous évoquerons le rôle de l’Etat islamique dans un prochain article). Cela a profondément dérangé les plans occidentaux qui souhaitaient l’élimination de Bachar et ainsi isoler l’Iran. En plus, Poutine et Erdogan se rencontrent régulièrement et examinent la situation dans la région où désormais la Russie est incontournable.

 

L’Union européenne est donc isolée. Sa politique pusillanime d’alignement systématique sur l’atlantisme la rend totalement dépendante des Etats-Unis. La dernière trouvaille de la Commission  européenne est un « Schengen militaire ».

 

 

Un « Schengen militaire » : on ne peut plus dire qu’un conflit en Europe est impossible !

 

 

 

Elle va présenter un plan d’actions pour créer un «Schengen militaire» afin de faciliter les transports de troupes et de matériel au sein de l’Union européenne, actuellement freinés par une multitude de formalités administratives et un manque d’infrastructures.

 

Le plan d’actions prévoit notamment d’identifier les besoins pour les transports militaires et de recenser les infrastructures utilisables. «Ces propositions ont une dimension pratique, mais leur finalité est évidente au moment où les tensions s’exacerbent avec la Russie », a expliqué un diplomate européen. «On ne peut plus dire qu’un conflit en Europe est impossible», estiment en privé de nombreux responsables européens.

 

Observons qu’un objectif fondamental déclaré de l’Union européenne est la paix en Europe qu’elle prétend avoir maintenue… en oubliant le conflit dans les Balkans.

 

 «Nous avons besoin d’un espace Schengen militaire. Les Russes ont une totale liberté de mouvement au sein de leur territoire. Nous devons pouvoir nous déplacer aussi rapidement, sinon plus vite, pour masser des forces contre un potentiel ennemi afin d’être dissuasifs», a déclaré le général américain Ben Hodges, ancien commandant des forces américaines en Europe.

 

«En cas de conflit, nous n’aurions aujourd’hui pas le temps de localiser les itinéraires praticables ni d’accomplir les procédures bureaucratiques pour déplacer un blindé des Pays-Bas jusqu’en Estonie», a déploré en privé un haut responsable européen.

 

Ce serait évidemment indispensable s’il y avait une vraie défense européenne, mais, ici, il s’agit d’aider l’OTAN, donc de se placer sous commandement US.

 

En clair, tout est fait dans la perspective d’un conflit ouvert avec la Russie !

 

Poutine : un nouvel Hitler ?

 

Et même la propagande s’en mêle. Ainsi, Manlio Dinucci dans « Il Manifesto » écrit en se référant aux déclarations de Boris Johnson, le ministre des Affaires étrangères britanniques :

 

« “Poutine va utiliser le Mondial de foot comme Hitler a utilisé les Jeux Olympiques de 1936, c’est-à-dire pour dissimuler le régime brutal, corrompu, dont il est responsable” : cette déclaration officielle du ministre des Affaires étrangères britannique Boris Johnson montre à quel niveau est arrivée la campagne de propagande contre la Russie.

 

Dans une vignette du journal britannique The Guardian, calquée sur une affiche nazie des années Quarante, la Russie est représentée comme une gigantesque araignée, avec la tête de Poutine, qui agrippe le monde. »

 

 

 

A gauche, une affiche de propagande nazie contre l'URSS en 1941. A droite, la vignette du Guardian contre Poutine : une frappante similitude !

A gauche, une affiche de propagande nazie contre l'URSS en 1941. A droite, la vignette du Guardian contre Poutine : une frappante similitude !

 

 

 

Plus loin, Dinucci écrit :

 

« Dans une conférence de presse avec Johnson, le secrétaire général de l’Otan Stoltenberg accuse la Russie de la “première utilisation d’un agent neurotoxique sur le territoire de l’Alliance”, c’est-à-dire d’un véritable acte de guerre [une fois de plus « l’arme chimique » comme l’écrit l’éditorialiste du « Monde. Ce n’est pas une coïncidence…] ; de “miner nos institutions démocratiques”, c’est-à-dire de conduire une action subversive à l’intérieur des démocraties occidentales ; de “violer l’intégrité territoriale de l’Ukraine”, c’est-à-dire d’avoir commencé l’invasion de l’Europe. Face au “comportement irresponsable de la Russie”, annonce Stoltenberg, “l’Otan est en train de répondre”.

 

 

 

Boris Johnson, ministre des Affaires étrangères britannique, n'hésite pas à comparer Poutine à Hitler. Le triomphe de la diplomatie britannique !

Boris Johnson, ministre des Affaires étrangères britannique, n'hésite pas à comparer Poutine à Hitler. Le triomphe de la diplomatie britannique !

 

 

 

Ainsi prépare-t-on l’opinion publique à un renforcement ultérieur de la machine de guerre de l’Alliance sous commandement USA, comprenant le déploiement des nouvelles bombes nucléaires B61-12 et probablement aussi de nouveaux missiles nucléaires étasuniens en Europe.

 

Un objectif prioritaire de la Stratégie de défense nationale des Etats-Unis, annonce le Pentagone, est d’”améliorer la rapidité et la létalité des forces USA en Europe”. A cette fin ont été alloués 6,5 milliards de dollars dans l’année fiscale 2019, portant à 16,5 milliards le total du quinquennat 2015-2019.

 

Cette attribution ne constitue qu’une partie du total de l’opération Atlantic Resolve, lancée en 2014 pour “montrer l’engagement USA pour la sécurité des alliés européens”. Engagement démontré par le transfert continu de forces terrestres, aériennes et navales depuis les Etats-Unis en Europe orientale, où elles sont accompagnées par celles des plus grands alliés européens, Italie comprise.

 

En même temps l’Otan monte en puissance avec un nouveau Commandement conjoint pour l’Atlantique, inventant le scénario de sous-marins russes prêts à couler les navires marchands sur les voies transatlantiques, et avec un nouveau Commandement logistique, inventant le scénario d’une Otan obligée de déplacer rapidement ses forces à l’est pour faire face à une agression russe. »

 

Et l’analyste italien de conclure :

 

« Ainsi essaie-t-on de justifier l’escalade USA/Otan contre la Russie, en sous-évaluant sa capacité à réagir quand elle est dans les cordes. Johnson, qui compare Poutine à Hitler, devrait se rappeler comment finirent les armées de Hitler quand elles envahirent la Russie »

 

C’est un avertissement dont nos brillants dirigeants devraient prendre en compte, car tous les éléments sont réunis pour provoquer une aventure dont on ne mesure pas les conséquences.

 

Et puis, il reste une question sans réponse : pourquoi cet acharnement contre la Russie de Poutine ?

 

Il serait sans doute temps de le savoir, car – on le voit aussi en Asie – la carte géopolitique est en train d’être redessinée de fond en comble. Et comme d’habitude, après avoir courbé l’échine devant l’impérialisme US, les Européens seront une fois de plus aux abonnés absents.

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

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commentaires

schenc 29/03/2018 12:18

Voilà pourquoi le désir de Macron de faire une armée européenne a été refusé par L'OTAN et les USA, Macron veut faire une division de soldats pour venir mâter les révolutions en France lors des manifestations si celles-ci prennent de l'importance, la montée en puissance de partis hostiles à L'UE ne doit pas voire le jour, donc tous ces événements fomentés contre la Russie va porter ses fruits dans la propagande vers les habitants de ces peuples ex URSS. L'oligarchie de la Pologne qui croule sous les subventions des USA joue sous les deux tableaux outre-atlantique et U E...

anonyme 29/03/2018 10:58

Mon commentaire est trivial, hélas.
SEULES LES NON DÉMOCRATIES FONT DES GUERRES.
Pour initier la guerre en démocratie il faudrait une acceptation des soldats, des citoyens.
Les pays de l'UE otanisée ne sont pas démocratiques et ne demandent pas à leurs citoyens la moindre acceptation.
Nos dirigeants fabriquent les conditions d'une confrontation qui ne peut être qu'atrocités comme toutes les guerres, ici ou ailleurs.

Nos dirigeants ont perdu pieds avec la population.
ils sont pris comme dans les rets des guerres économiques où tous les coups sont permis dès lors qu'ils trouvent un argumentaire, c'est à dire d'un assemblage de mots ne constituant plus la moindre construction intellectuelle rationnelle mais un discours captieux (fait pour tromper) de slogans attrapes-tout.

L'indigence des arguments du gouvernement du Royaume unis (non contestés par les autres) est du niveau de la publicité pour ces crétins de consommateurs ou de bouffeurs de news télévisuelles et autres vidéos pour occuper les cerveaux savamment débilités.

cette indigence démontre qu'il leur devient inutile rechercher la moindre légitimité, une fuite en avant, tout comme dans la perte de la direction économique.

Nos dirigeants fous fabriquent un ennemi pour nous détourner des tromperies de l'UE et du capitalisme qui de fait ne sert plus que quelques milliers de milliardaires, abandonnant aux guerres de tous contre tous la populace imbécile et soumise.