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  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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14 août 2008 4 14 /08 /août /2008 23:31

Toute guerre est atroce, avec son lot de civils morts, étripés, violés, des villes détruites qu'il faudra des années à reconstruire. Eviter la guerre, sans pour autant sombrer dans un pacifisme béat, devrait être l'objectif de tous.

A qui la faute ? Avant tout à « l'Occident ». Tout montre que le scénario yougoslave recommence. Les Européens qui se veulent médiateurs, prennent fait et cause pour une des parties : la Géorgie. Kouchner - qui a déjà laissé un très mauvais souvenir en tant que délégué de l'ONU au Kosovo, où il a défavorisé systématiquement la minorité serbe - est envoyé par Sarkozy et propose d'emblée un plan de paix réclamant un cessez-le-feu et le retrait unilatéral des forces russes de Géorgie. Ce plan est évidemment accepté par Mikhaïl Saakachvili, le président géorgien. Il est rejeté par les Russes. Le bouillant et très brouillon chef de la diplomatie française a oublié que la Russie n'est pas la Serbie.

Les Russes ont-ils « provoqué » la Géorgie ? C'est possible mais non prouvé. Ils auraient fomenté des troubles en Ossétie du Sud pour forcer Saakashvili à intervenir militairement. Ce qu'il a fait. Cela a donné prétexte à Medvedev et Poutine de déclencher une opération militaire d'envergure, sans doute préparée depuis longtemps. On ne déploie pas autant de chars en deux jours d'un tour de cuiller à pot.



Néanmoins, la grande faute des Occidentaux et des Américains en particulier est de grignoter la zone d'influence russe. D'abord en Yougoslavie, ensuite en Ukraine et aussi en Géorgie qui est candidate à l'entrée dans l'OTAN, ce que les Russes ne peuvent en aucun cas accepter.

Il y a ensuite le fameux oléoduc Mer Caspienne - Mer Méditerranée qui passe à quelques kilomètres au Sud de l'Ossétie méridionale et qui, dès lors, échappe au contrôle russe.

En envahissant l'Ossétie du Sud, croyant sans doute à un soutien concret des Occidentaux, Saakachvili a commis une grave erreur stratégique qui risque de lui valoir sa place de chef de l'Etat géorgien. « Plusieurs facteurs expliquent l'éclatement du conflit. Le nationalisme imprudent du président géorgien Mikhaïl Saakachvili ne peut être passé sous silence. Il s'est fait élire en 2004 avec la promesse de « réunifier » son pays, c'est-à-dire de reprendre le contrôle des régions indépendantistes comme l'Ossétie du Sud ou l'Abkhazie. Ses pressions ont été tellement mal vécues que les Ossètes méridionaux ont proclamé leur « indépendance » par référendum en 2006. La semaine dernière, des troubles ont éclaté en Ossétie du Sud dans des conditions encore mal éclaircies. Ce qui est sûr, c'est que l'armée géorgienne en a profité pour essayer de reprendre le contrôle de la région. » Telle est l'analyse d'Eric Dupin de Marianne2.fr (11 août 2008). Et puis, Saakachvili a déclenché la guerre sans mesurer les immenses sacrifices qu'il imposait ainsi à son peuple.

De l'autre côté, les Russes sont connus pour ne pas faire dans la dentelle, d'autant plus qu'ils s'attaquaient à une petite armée mal équipée, mal entraînée, malgré l'aide des Américains. Et puis, ils ont ainsi leur revanche sur le Kosovo. Poutine a parlé de « génocide » en Ossétie du Sud, c'est manifestement exagéré, mais pour une fois, il s'attribue le beau rôle. C'est donc tout bénéfice pour la Russie : elle fait comprendre aux Occidentaux que la Russie dispose toujours de sa zone d'influence.

L'analyse de M. Eric Hoesli, spécialiste du Caucase (le Soir 12 août 2008) est intéressante et résume bien la situation.

1) « Pour la Russie, c'est une alliance militaire hostile [l'OTAN] qui cherche à l'encercler. Les Russes n'ont pas oublié le rôle offensif de l'Alliance atlantique en Afghanistan ou en Serbie. Le présent conflit apparaît, pour la Russie, comme un test de crédibilité. Peu de régions caucasiennes lui sont favorables. Les Ossètes et, dans une moindre mesure, les Abkhazes sont les plus prorusses. L'Arménie a aussi des sympathies pour son grand voisin. Pour Moscou, il était dès lors impensable de laisser les Géorgiens occuper le territoire d'un allié sans réaction. Le pouvoir russe devait montrer qu'il peut tenir ses promesses de puissance protectrice. Le Kremlin risque de profiter du peu de temps qu'il lui reste pour humilier Mikhaïl Saakachvili sans s'aliéner complètement l'opinion publique géorgienne en portant des coups très coûteux à sa défense »


2) « Le calcul de Saakachvili est certes de démontrer aux opinions publiques américaine et européenne que la Géorgie est à la merci des sautes d'humeur du Kremlin. Trop faible, elle n'aurait pas d'autre option que d'adhérer à l'Otan, objectif prioritaire de Tbilissi depuis 2004. Toutefois, la Géorgie ne figure pas sur le protocole d'adhésion adopté par les membres de l'Otan au sommet de Bucarest. Maintenant, après l'intervention géorgienne en Ossétie du Sud, on peut se demander quelle sera l'attitude de l'Otan. Le fait que la Géorgie est prête à utiliser la force pour régler un problème interne pourrait pousser les membres de l'Alliance atlantique à penser qu'elle est un partenaire trop encombrant. »

Il convient d'ajouter l'analyse du professeur Charles Urjewicz dans « Libération » du 14 août : « Par ailleurs, alors que le pays est confronté à une situation économique difficile, singulièrement aggravée par la hausse des matières premières, le retour de Shida Kartli (nom géorgien de l'Ossétie du Sud) au sein de la nation aurait permis au président Saakachvili, que ses opposants accusent de dérive autoritaire, de redorer un blason singulièrement terni depuis la brutale répression des manifestations de l'automne 2007. Retour d'autant plus important que le président géorgien a promis solennellement à son peuple de lui rendre les territoires perdus dans les plus brefs délais ; il en va d'une part non négligeable de sa légitimité.
L'impatience géorgienne avait d'autres causes. La présence à ses frontières d'une Russie de plus en plus riche et puissance, et dont le pouvoir d'attraction est d'autant plus grand qu'elle avait complaisamment octroyé la citoyenneté aux habitants des territoires sécessionnistes, Abkhazie et Ossétie du Sud, inquiète fortement la république de Géorgie. On y craint une intégration rapide de ces territoires dans la Fédération de Russie, accusée de menées annexionnistes. De fait, la perspective des Jeux olympiques de Sotchi, en 2014, pourrait accélérer l'absorption des républiques séparatistes dans le tissu économique russe, rendant leur retour dans l'Etat géorgien difficile, voire impossible. »

Il y a donc des causes intérieures dans l'attitude de Saakachvili qui semble ne pas être le bon démocrate et le bon gestionnaire tel que dépeint par les Occidentaux.

Reprenons le raisonnement d'Eric Hoesli.

3) « Ils [les Occidentaux] sont en pleine contradiction. Une fois que les Serbes avaient pris des mesures contre la purification ethnique, on leur a dit qu'ils avaient perdu le droit moral de présider aux destinées du Kosovo. Les Ossètes sont une minorité ethnique totalement différente des Géorgiens. Ils sont issus des Scythes, ces nomades des steppes qui ont grandement influencé la culture du Nord Caucase. Leur langue n'a rien à voir avec le géorgien. Si l'on applique les critères du Kosovo, ils devraient pouvoir demander leur indépendance. »

Ce que pour des raisons évidentes, les Occidentaux refusent car l'indépendance de l'Ossétie augmenterait l'influence russe dans le Caucase et permettrait surtout à la Russie de contrôler le fameux oléoduc Caspienne - Méditerranée indispensable pour les Américains en particulier.

4) « La Russie, engluée dans ses nostalgies impériales, n'arrive pas encore à accepter que d'anciennes républiques soviétiques soient des États pleinement souverains. Elle doit pourtant finir par l'admettre. Quant à la Géorgie, l'État caucasien qui a reçu le plus d'aide américaine par habitant après Israël, elle n'accepte toujours pas la différence, car ce serait remettre en question son existence. Elle devrait aussi accepter qu'elle a une frontière avec l'État russe. Avec une diaspora géorgienne de un million de travailleurs en Russie, avec son principal débouché d'exportations, elle ne peut pas faire comme si elle n'existait pas. »

Cependant l'affaire est loin d'être conclue. A entendre les leaders occidentaux, ils sont prêts à accepter la paix, à la condition que la Russie se retire totalement de la Géorgie, ce qui est inacceptable pour elle et créerait une zone de troubles graves dans les territoires qui lui sont favorables.
D'ailleurs, la gigantesque machine de propagande occidentale s'est mise en route. CNN diffuse des nouvelles fausses destinées à inquiéter comme une soi-disant offensive russe sur Tbilissi, la capitale de la Géorgie. En France « la police de la pensée » germanopratine s'est mobilisée. Dans le même « Libération » du 14 août, notre grand ami Bernard Henri Lévy et André Glucksmann ont lancé le signal de l'offensive : « Il reste peu de temps. Commençons donc par énoncer qui est l'agresseur : la Russie de Poutine et de Medvedev, ce «libéral» fameux et inconnu censé pondérer le nationalisme du premier. Rompons, ensuite, avec le régime de la tergiversation et des vessies prises pour lanternes : les 200 000 tués de Tchétchénie, des «terroristes» ; le sort du Caucase Nord, une «affaire intérieure» ; Anna Politkovskaïa, une suicidaire ; Litvinenko, un ovni... Et admettons enfin que l'autocratie poutinienne, née par la grâce des attentats obscurs qui ensanglantèrent Moscou en 1999, n'est pas un partenaire fiable, encore moins une puissance amie. De quel droit cette Russie là, agressive et de mauvaise foi, est-elle encore membre du G8 ? Pourquoi siège-t-elle au Conseil de l'Europe, institution vouée à défendre les valeurs de notre continent ? A quoi bon maintenir les lourds investissements, notamment allemands, du gazoduc sous la Baltique pour le seul avantage - russe - de court-circuiter les tuyaux qui passent par l'Ukraine et la Pologne ? Si le Kremlin persiste dans son agression caucasienne, ne convient-il pas que l'UE reconsidère l'ensemble de ses relations avec son grand voisin ? Il a autant besoin de vendre son pétrole que nous de l'acheter. Il n'est pas toujours impossible de faire chanter un maître chanteur. L'Europe, si elle trouve l'audace et la lucidité de relever le défi, est forte. Sinon, elle est morte. »

Voilà donc l'avertissement lancé et l'amalgame. Qu'ont à voir Anna Politkovskaïa et Litvinenko dans cette affaire ? Pour ces deux intellectuels, il faut faire rentrer l'Ukraine et la Géorgie dans l'OTAN, ce qui serait la garantie d'un conflit majeur entre la Russie et l'Amérique avec comme champ de bataille l'Europe centrale. Et puis, que ferait l'OTAN face à la puissance russe ? Elle est déjà incapable de neutraliser une armée en haillons, les Talibans en Afghanistan.

Voilà donc de la part de nos flics de la pensée un raisonnement ringard, un raisonnement de guerre froide tel que le tient le lobby néoconservateur américain. En effet, les Etatsuniens pensent toujours en termes de guerre froide malgré la chute du Mur de Berlin. D'ailleurs, le projet de bouclier anti-missile en Tchéquie, soi-disant visant l'Iran, est un geste typique de guerre froide.

Si les Européens veulent retrouver une certaine influence, ils doivent se refuser de s'aligner sur cette « pensée de la guerre froide » et exiger aussi bien des partenaires Américains que Russes de cesser de raisonner ainsi. Il convient une fois pour toutes de délimiter les zones d'influences de chacun et non d'essayer de grignoter systématiquement celles de la Russie.

La Russie n'est certes pas un exemple de démocratie, mais les Etats-Unis non plus au regard de Guantanamo et des assassinats politiques qui reprennent, comme celui du chef du parti démocrate en Arkansas. Et la France évolue de plus en plus vers un régime autoritaire comme nous aurons l'occasion de le voir bientôt.

L'Europe doit accepter un nouveau partage des zones d'influences entre les trois grands partenaires de l'hémisphère Nord : les Etats-Unis, la Russie et l'Europe.

Il y a quelques années, l'idée avait été émise par quelques hommes politiques de fixer les frontières de l'Europe. On s'était gaussé de cette idée jugée ringarde par l'establishment, voire porteuse d'un racisme « nauséabond ». Aujourd'hui, on s'aperçoit que ce projet n'était pas si stupide. Les Européens n'ont rien à faire dans le giron russe, surtout si c'est pour défendre les intérêts pétroliers américains. Il faut une fois pour toutes sortir de cette doctrine nuisible qu'est le néoconservatisme qui entretient cette idée abominable de choc des civilisations.

La paix est à ce prix.

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Published by pierre verhas
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