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  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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4 janvier 2009 7 04 /01 /janvier /2009 17:00

Les terribles images de Gaza bombardée, d’enfants tués ou mutilés, de cris de femmes désespérées, d’habitations et d’écoles détruites attisent une émotion parfaitement justifiée. Néanmoins, l’émotion est dangereuse car elle est le limon de la propagande extrémiste et elle empêche d’analyser cet horrible conflit sous le regard de la raison. C'est ainsi que l'on voit fleurir, lors des manifestations contre l'attaque israélienne où les provocateurs ne manquent pas,  des slogans du genre : "Sionistes = nazis", "Gaza = Auschwitz", "Génocide", etc. Tout cela fait partie de l'arsenal de la classique stratégie de la tension. Il convient, au-delà de l'émotion, raison garder.

Y a-t-il génocide en l’espèce ? Rappelons la définition de génocide telle qu’elle a été adoptée par la Convention des Nations Unies du 9 décembre 1948 pour la prévention et la répression du crime de génocide. Cette définition a d’ailleurs été reprise dans le texte fixant les statuts de la Cour pénale internationale à Rome le 17 juillet 1998.

« Dans la présente Convention, le génocide s’entend de l’un quelconque des actes ci-après commis dans l’intention de détruire, ou tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux, comme tel : a) Meurtre de membres du groupe ; b) Atteinte grave à l’intégrité physique ou mentale de membres du groupe ; c) Soumission intentionnelle du groupe à des conditions d’existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle ; d) Mesures visant à entraver les naissances au sein du groupe ; e) Transfert forcé d’enfants du groupe à un autre groupe. »


Si on analyse ce texte, les points a) et b) peuvent être considérés comme "appliqués" par l’actuelle campagne militaire de Tsahal. Il y a meurtre de membres du "groupe", en l’occurrence les Palestiniens Gazaoui et il y a atteinte grave "à l’intégrité physique ou mentale de membres du groupe". Le point c) est discutable. On peut considérer que le blocus imposé par Israël à Gaza depuis des mois (le Hamas accuse d’ailleurs Israël de viol de la trève par ce blocus) comme une "soumission intentionnelle du groupe à des conditions d’existence, etc". Cependant, on peut rétorquer qu’il s’agit d’une dure opération de représaille sans plus. Qui a raison ? Enfin, les points d) et e) ne s’appliquent pas. Aussi, il est difficile d’affirmer qu’il y a génocide dans cette attaque contre Gaza. Durant le XXe siècle, il y eut quatre génocides répondant à cette définition : les Arméniens en 1915, la Shoah les Tziganes durant la dictaiture hitlérienne et les Tutsis au Rwanda en 1994.


A Gaza, il y a incontestablement massacre de masse. Et c’est tout aussi injustifiable. Après tout, la victime de bombardements ne se posera pas la question de savoir si elle subit un génocide ou un massacre. De plus, il ne faut pas oublier que le bombardement d’objectifs soi-disant militaires au milieu de populations civiles est devenu un procédé courant dans les conflits actuels, procédé utilisé par les puissances occidentales : Yougoslavie, Irak, etc. Les populations civiles atteintes étant des dégâts "collatéraux", odieux euphémisme utilisé au départ par l’OTAN lors de la guerre du Golfe.


Cela dit, il faut éviter de tomber dans les pièges de la propagande extrémiste. "Génocide" est excessif et ces excès auront à terme l’effet de banaliser ce mot. Assimiler Gaza à Auschwitz est aussi odieux que faux. Auschwitz était une entreprise d’élimination génocidaire voulue, conçue et organisée par le régime nazi. Cela n’a rien à voir avec Gaza.


Une question fondamentale est posée par Henri Goldman (voir son blog http://blogs.politique.eu.org/henrigoldman/index.html) : "Manifestement, il s’est noué autour de la “Mémoire de la Shoah” une relation perverse entre Israël et le reste du monde, dans laquelle l’État hébreu s’adresse à lui au moyen de ce que les psys appellent un double bind, ou une injonction paradoxale". On a trop tendance à dire, pour parler simple, qu’Israël se comporte comme ses bourreaux lors de la Shoah. Là aussi, c’est excessif et c’est faux.


Tout d’abord, le Sionisme n’est pas né de la Shoah, il existait longtemps avant. Certains historiens situent ses origines en Russie au milieu du XIXe siècle, donc avant Herzl. En 1947, avant l’indépendance d’Israël en 1948, la population juive "sioniste" était structurée en Palestine. Elle disposait d’une armée clandestine, la Haganah, qui luttait aussi bien contre les Anglais que contre les Arabes. Cette armée se transforma très vite en armée "classique" lors de la guerre de 1948, ce qui prouve une organisation déjà efficace à l’époque. Il y a deux sionismes : le sionisme de gauche qui ne souhaitait pas une extension territoriale mais des frontières "sûres" pour assurer en toute sécurité la "loi du retour" tout en développant une société égalitaire sur la base du socialisme et le sionisme de droite qui militait pour le 'grand Israël" de la Méditerranée à l'Euphrate.

De plus, il y eut relativement peu de rescapés, proportionnellement aux survivants de la Shoah, qui émigrèrent en Israël.

Donc associer l’histoire d’Israël à la Shoah est faux. Israêl est un Etat qui s’est développé classiquement comme tous les Etats-nation malheureusement sur un territoire que légitimement il ne peut revendiquer et qui n’est pas accepté par sa population d’origine qu’il refusait d’ailleurs d’intégrer. On peut d’ailleurs se poser la question au sujet de la tragédie de Gaza : n’est-ce pas une politique délibérée d’expulsion du peuple palestinien ? Il y a pas mal d’exemples en plus de Gaza : la fameux mur et l’extension des colonies. N’est-ce pas là tout le problème ?


Il y a aussi la dimension religieuse à ne pas négliger, mais c’est un autre aspect de la question qui nécessiterait d’autres développements.

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Published by pierre verhas
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