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  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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14 août 2009 5 14 /08 /août /2009 14:58

Un militant à notre époque est devenu une denrée rare. En voici encore un qui disparaît.



Ernest Glinne est né à Forchies-la-Marche, non loin de Charleroi, en 1931 et décédé à Courcelles, le 10 août 2009. Il habitait Square Salvador Allende, tout un symbole !


Glinne fut licencié en sciences politiques et sociales de l’ULB. Il milita très vite à gauche. Il participa activement aux grèves de 1960-61 aux côtés d’André Renard et de la gauche du PSB. Il fut un des fondateurs du Mouvement populaire wallon.


Avec André Renard, Jacques Yerna, François Périn, Freddy Terwagne, Raymond Rifflet, Ernest Mandel, il fonda l’hebdomadaire « La Gauche » qui était toléré au Parti Socialiste qui avait défini sous la présidence de Léo Collard et avec l’appui de Spaak, un droit de tendance qui n’existe plus aujourd’hui. Malheureusement, la « Gauche » se déchira en grande partie à cause de « l’entrisme » trotskyste. Mouvement trotskyste que Glinne considéra malgré tout comme sincère, face au communisme des démocraties populaires qui n’était à son sens que du « capitalisme d’Etat ».


Il dut quitter le Mouvement populaire wallon en 1964, car il risquait l’exclusion du PSB. Il fut élu député de l’arrondissement de Charleroi en 1961. Un de ses premiers déchirements fut l’adoption par la majorité socialiste – sociale chrétienne de l’époque des lois répressives et liberticides contre les grévistes. Il s'abstint avec d'autres députés socialistes comme Cools, Hurez, Massart et Terwagne. De là vient le sobriquet : "Ernest le rebelle" dont il tirait une certaine fierté. C’était, à l’époque, une affaire assez comparable avec les lois « anti-terroristes » imposées par les Etats-uniens après le 11 septembre.
A la différence près qu'aucun député socialiste n'a eu le courage de s'abstenir...

En 1973 – 74, il fut ministre de l’Emploi et du Travail. Il tenta, avec plus ou moins de bonheur, de contribuer à l’émancipation des travailleurs, notamment avec la loi sur les crédits d’heures qui permettait aux travailleurs de suivre des cours en horaire décalé afin d’avoir la chance d’acquérir un diplôme tout en travaillant.


L’évolution du Parti socialiste l’inquiétait. Il le voyait de plus en plus social-démocrate, voire social-libéral. Il fonda en 1978 "Tribune socialiste" en vue de redonner un souffle de gauche au Parti. Ce fut un échec. Les compromissions l’écœuraient. En 1981, André Cools ayant démissionné de la présidence du PS, se sentant dans l’impasse, il fut candidat à sa succession contre Guy Spitaels, alors vice-premier ministre. Ces élections furent manifestement truquées. Un premier décompte donna 55 % des voix à Ernest Glinne. On procéda à un nouveau vote, certaines fédérations estimant devoir changer leur vote suite à un « fait nouveau ». On ne saura jamais de quoi il s’est agi.


Le Parti se divisa profondément entre une aile communautariste et une aile régionaliste après le victoire électorale de 1988 qui, si l’on calcule bien, ne fit que rattraper les échecs des deux derniers scrutins. Ernest Glinne se garda d’intervenir dans ce débat d’autant plus qu’il se méfiait du chef du courant régionaliste, l’ancien bourgmestre de Fourons, José Happart qu’il connaissait d’autant plus qu’il siégea avec lui au Parlement européen de 1979 à 1994.


Glinne était un Européen convaincu depuis longtemps. Il fut même président du Mouvement européen. Son assiduité, sa force de travail et sa conviction en firent le président du groupe socialiste du Parlement européen. Ernest Glinne était un véritable fédéraliste européen, partisan d’une Europe politique démocratique qu’il voyait comme réponse pour la Wallonie au belgicanisme décadent et à la montée en puissance de la nation flamande.

La rupture avec le PS commença en 1993. Ernest Glinne était alors vice-président de la fédération socialiste de Charleroi. Il apprit que son président, Richard Carlier, revendait en touchant des commissions des biens sociaux publics de Charleroi. Il exigea une enquête interne. En dépit de la passivité de Van Cau et de Busquin, et bien entendu, l’opposition de Carlier, le scandale éclata. Glinne, quant à lui, fut isolé. Il « émigra » politiquement à Thuin mais il s’y sentit mal à l’aise.


De plus, de graves affaires comme celles d’Agusta Dassault secouèrent durement le PS. Guy Spitaels dut démissionner de ses mandats avec Guy Mathot et Guy Coëme. Spitaels et Coëme furent sévèrement condamnés. Le Parti en a été considérablement affaibli. Un jeune président, Elio Di Rupo, parvint à le redresser mais il avait perdu son âme. Ce n’était plus le parti du changement, ce n’était plus le parti des travailleurs. Il se mua en parti de gestionnaires.


Glinne sentit qu’il n’avait plus rien à faire dans ce parti. Comme il l’a dit dans une interview à l’hebdomadaire « Pan » : « Il vaut mieux rester soi-même en changeant d’étiquette que se changer en gardant la même étiquette ». Il se tourna vers Ecolo où il resta jusqu’en 2004. Il passa ensuite au Rassemblement Wallonie France. Glinne ne croit plus en l’avenir de la Belgique : « Qu’est-ce qu’il nous en reste? L’Atomium et l’Expo universelle de 1958? Les quelques constructions publiques que Léopold II nous a laissées en échange de ses exactions génocidaires en Afrique? L’image romancée d’Albert Ier et de la Reine Astrid? Les prisonniers de guerre wallons en Allemagne? Internationaliste et européen, je suis en même temps wallon. »


Dans le discours qu’il prononça au conseil communal de sa bonne ville de Courcelles pour expliquer son passage au RWF, il y développe les convictions qui l’ont animé toute sa vie :

« Je ne crois plus du tout à l'acceptabilité de l'Etat belge et des mensonges triomphants qui passent encore sous ses plafonds en lézardes.


Il me FAUT choisir. Et le peuple de Flandre doit être pour moi désormais un bon voisin si possible, respecté dans la mesure du respectable, mais celles et ceux qu'il élit en trop grande force ne peuvent plus être des compatriotes dominants.


Le refus d'un système de type colonial imposé aux Wallons m’est personnellement indispensable, sans attendre un jour de plus, aux niveaux ou je suis une portion de l'âme wallonne.


J'abandonne donc - avec une certaine tristesse - mon appartenance au groupe ECOLO et je renonce donc aux mandats dérivés de ma qualité de conseiller municipal. Je remercie ces compagnons dont les luttes HORS DE LA STRUCTURE D'ETAT BELGICAINE resteront les miennes : je n'aurai pas à m'y associer puisque essentiellement, les objectifs en sont et resteront les miens.


C'est en homme de gauche que j'agis.


En partisan de la République, en enfant des corons qui ont fait le paysage d'affection du Nord cher à Bachelet le chanteur des houillères, et aussi l'image de Carmeaux, haut lieu du minerai de fer, si cher à Jaurès.

En enfant écarté du peuple de France et de son monde du travail par la géopolitique, mais « proche » - au sens familial - de ce peuple par rapport auquel les Wallons sont encore - provisoirement - des cousins non intégrés.


En citoyen aussi d'une Europe qui a besoin de patries cohérentes en leur sein pour être convergentes et associées dans leur destin.


En multilingue qui sait qu'on ne perçoit bien les cultures d'ailleurs qu'en valorisant d'abord et avant tout la sienne, en l'occurrence en passant par la francophonie répartie sur plusieurs continents.


Je siégerai ici dorénavant comme représentant du Rassemblement Wallonie-France. Dans un respect à l'égard de tous et en appuyant mes actes sur des convictions socialistes et laïques inébranlables.


Les valeurs socialistes sont toujours excellentes à mes yeux, dans le cœur de celles et ceux qui les vivent réellement hors des pièges de l'instrumentalisation.


La laïcité, quant à elle, est indispensable dans des sociétés contaminées par trop de ghettos, de replis et de cloisons et par une montée des fondamentalismes.


La loi française du 9 décembre 1905 instaurant, pour le bien commun, la séparation de la République et des cultes, dans le respect non subsidiant des options religieuses et philosophiques personnelles et démocratiquement associées, est et sera ma référence. 


Vive la Wallonie. Vive la Wallonie en France. Vive la République. Vive la France...


Vivent la Liberté, l'Egalité et la Fraternité… »


Toutes les idées d’Ernest Glinne sont exprimées dans ce discours. Pour terminer, il nous révèle ce que son beau-frère, mineur de fond lui disait en wallon à la Maison du Peuple qui fut toujours son havre de militantisme et de fraternité.


« t’saveu Ernest, vous quand vos astez à l’maison du peupe, vos parlè de l’Internationale, hé bin nous quand nos astons din l’fosse hein, on fait l’Internationale tous les djous. Qu’on fuche Flamin, qu’on fuche Italien, qu’on fuche Marocain. Quand y da uin qui ramasse su s’tiesse, on est tertous là ».


L’Internationale pensée et l’Internationale vécue, tout le combat du Socialisme. Ernest Glinne était de ce monde là. Il l’a bien représenté et s’est battu pour lui jusqu’à on dernier souffle.

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Published by pierre verhas
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