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  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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24 mai 2012 4 24 /05 /mai /2012 09:53

Le prix Nobel de l’économie, Paul Krugman, a publié le 20 mai un article intitulé « Apocalypse Fearly soon » ([1]) où il affirme d’emblée : « Soudain, il est devenu facile de voir comment l’euro - cette grande expérience défectueuse d’une union monétaire sans union politique - peut rompre au niveau des coutures. Nous ne parlons pas d’une perspective si lointaine. Les choses pourraient s’effondrer à une vitesse étonnante, dans un terme de mois, pas d’années. Et les coûts - à la fois économiques et, sans doute encore plus importants, politiques - pourraient être énormes. »

 

 

 

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 Paul Krugman : le prix Nobel d'économie se rebiffe !

 

 

C’est donc l’apocalypse annoncée ! La précédente était une surprise, celle-ci, par contre, est le fruit d’une politique absurde qui ne suivait qu’une loi, celle des marchés spéculatifs. Une clique allemande qui s’est alignée sur l’extrémisme de l’économie de l’offre, autrement dit monétariste, par le fait qu’elle contrôle l’économie la plus importante d’Europe a réussi à imposer son point de vue aux autres partenaires. Par ce biais, elle a sonné le glas de ce qu’on appelait l’Europe communautaire. Elle a imposé à Maastricht, en 1992, la création d’une monnaie contrôlée par une banque centrale privée, n’ayant de comptes à rendre à quiconque, monnaie qui n’est opérationnelle qu’à la condition que les Etats membres résorbent leurs déficits dans un délai très bref. Elle a réussi à interdire la solidarité entre les Etats de l’Union européenne au cas où l’un  d’entre eux aurait des difficultés.

 

En réalité, elle a retiré aux Etats les moyens de réduire leurs déficits tout en instaurant la loi du plus fort. Donc, exit le politique : l’Europe communautaire s’est transformée en une Union d’Etats où seule règne la loi du plus fort, c’est-à-dire aujourd’hui de l’Allemagne à la fois tournée vers l’Est et dominatrice à l’Ouest, tout en tentant d’écarter le Sud soi-disant fainéant et laxiste. Le tout dans l’unique intérêt des « marchés ». Est-ce cela le « rêve » européen ?

 

 

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Sommet européen "informel" du 23 mai : tout sourire à l'égard de François Hollande. Pour combien de temps ?

 

 

S’est-on posé les questions : pourquoi la Grèce qui ne représente que 2 % du PIB européen, a pu déclencher une crise générale de la monnaie européenne ? En corollaire, pour quelle raison une des plus importantes banques mondiales a trafiqué les comptes de la Grèce ? Pourquoi a-t-on nommé à la tête de la BCE un des principaux dirigeants de cette banque ? Pourquoi a-t-on nommé à la tête du gouvernement italien un important collaborateur de cette importante institution financière étatsunienne, à savoir Goldman Sachs ?

 

 

 monti draghi

Ils auront bien mérité de Goldman Sachs (Mario Monti et Mario Draghi)

 

 

 

Il n’y a de réponses à ces questions que l’évidente volonté d’une partie de l’élite de détruire un modèle qui n’est pas conforme à ses intérêts immédiats.

 

« La réponse de l’Europe a été l’austérité : des réductions sauvages des dépenses dans une tentative de rassurer les marchés obligataires. Pourtant, comme n’importe quel économiste sensé aurait pu vous le dire (et nous l’avons fait, oui, nous l’avons fait), ces réductions ont aggravé la dépression dans les économies en difficulté de l’Europe, en minant à la fois la confiance des investisseurs et en conduisant à une instabilité politique croissante. »

 

Ces économistes ne sont pas des révolutionnaires. Ils sont attachés au modèle libéral. Cependant leur outil n’est pas la calculette du « trader », il est celui de l’analyste qui permet aussi de sortir de ce réductionnisme de l’intérêt immédiat pour mesurer les dégâts causés par cette politique folle menée en définitive par un pouvoir occulte, invisible et pourtant réel, comme l’a dénoncé François Hollande lors de sa campagne électorale, qui n’a pour objectif que l’accroissement sans fin de ses profits sans tenir aucun compte des ravages  qui en résultent.

 

Et Krugman avertit : « Alors quoi maintenant ? À l’heure actuelle, la Grèce connaît ce qui est appelé une “banqueroute à petites foulées" – quelque chose comme une banqueroute au ralenti, car les déposants sortent de plus en plus leur argent en prévision d’une éventuelle sortie grecque de l’euro. La Banque centrale européenne assure, en effet le financement de cette banque gérée par les prêts des euros nécessaires à la Grèce ; si (et probablement) lorsque la banque centrale décidera qu’elle ne peut plus prêter, la Grèce sera contrainte d’abandonner l’euro et d’émettre à nouveau sa propre monnaie.

 

Cette démonstration que l’euro est, en fait, réversible conduirait, à son tour, à mettre sous pression les banques espagnoles et italiennes. Une fois de plus la Banque centrale européenne devrait choisir de fournir ou pas un financement sans limite, si elle devait dire non, l’euro dans son ensemble exploserait.

 

Cependant, un financement n’est pas suffisant. L’Italie et, en particulier l’Espagne, doivent se voir offrir un espoir - un environnement économique dans lequel ils aient des chances raisonnables de sortir de l’austérité et de la dépression. En réalité, la seule façon de fournir un tel environnement serait pour la Banque centrale d’abandonner son obsession de la stabilité des prix, d’accepter et même de favoriser plusieurs années d’une inflation de 3% ou 4% en Europe (Et plus que cela en Allemagne). »

 

En effet, le système « inventé » en 1992 provoque, en cas de crise, un effet boule de neige qui commence par atteindre les pays les plus « faibles » pour ensuite « contaminer » les plus « forts ». C’est pour cela que l’on envisage sérieusement une rupture au sein de l’Eurozone en mettant de côté (pour ne pas dire « exclure ») les pays les plus atteints comme la Grèce et puis l’Espagne et le Portugal, avec le timide espoir que l’Italie, la France, la Belgique et les Pays-Bas ne suivront pas ! En tout cas, la Grèce ne pourra pas continuer dans cette voie tracée par l’orthodoxie monétariste de l’establishment européen, ni par après, les autres pays confrontés dans une moindre mesure, mais tout aussi vulnérables, à la catastrophique austérité imposée à la zone Euro. L’idée d’une monnaie unique comme ciment d’une nouvelle solidarité a été dès le départ flétrie par la cupidité de quelques-uns.

 

Et pourtant, le dernier sommet européen vient de le confirmer, malgré la volonté exprimée entre autres par François Hollande, de mutualiser la dette souveraine, d’introduire les Eurobonds, de mettre en œuvre la taxe sur les transactions financières, de permettre à la BCE de prêter directement aux Etats, le veto obstiné de la coalition conservatrice menée par Merkel empêche tout changement.

 

Comment dès lors, avec ce blocage systématique, espérer, comme le souhaite Paul Krugman, donner un espoir aux pays de la zone Euro en pratiquant une politique inflationniste ? Comment peut-on avec cet abandon de la politique au profit de la finance, réaliser la relance, c’est-à-dire consentir les investissements indispensables à créer de l’emploi, à faire une politique industrielle nouvelle et innovatrice, tout simplement à relancer le moteur de l’économie ?

 

Cette fois-ci, nous sommes à la croisée des chemins. Ou bien on change résolument de cap, ou bien on poursuit dans cette voie mortifère vers l’apocalypse !

 

Il y a donc un rapport de force qui se crée au sommet. C’est un élément nouveau, mais les peuples sont une fois de plus au balcon. Et pourtant, il y a des moyens d’agir.

 

Regardons vers l’autre rive de l’Atlantique. Un mouvement nouveau est né dans cette « belle province » nommée Québec qui revendique une seule chose : être libre ! Non pas dans une autonomie ethnoculturelle, mais dans  le choix de son mode de vie. C’est ce que certains appellent le « printemps Erable ».

 

 

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 Une "manif" à Montréal : un mouvement bien ancré !

 

 

Depuis trois mois, les 150.000 étudiantes et étudiants de Montréal descendent quotidiennement dans la rue pour protester contre la décision du gouvernement libéral du Québec de faire passer le minerval universitaire de 2.200 à 4.000 dollars canadiens (de 1.700 à 3.000 Euros) au cours des cinq prochaines années. Il y a eu plus de 230 manifestations de jour comme de nuit.

 

En réalité, l’actuel gouvernement veut imposer le modèle étatsunien à l’Université. Non seulement, il « marchandise » l’éducation, alors que les jeunes Québécois et leurs aînés considèrent qu’elle est un droit universel et une richesse collective. Le corps académique est en grande partie aux côtés des étudiants : « On nous impose la comparaison avec les grandes facultés du monde, mais nous sommes farouchement opposés à cette standardisation. » dit à la correspondante de « Libération » (19 mai) M. Max Roy, président de la fédération québécoise des professeurs d’université. C’est donc, non seulement contre une augmentation drastique des droits d’inscription à l’Université qui exclura de facto des milliers de jeunes, mais aussi – et surtout, sans doute – contre un modèle ultralibéral que l’on tente d’imposer par la force, quitte à bafouer les libertés fondamentales. Ce que n’hésite pas à faire le gouvernement québécois de Jean Charest. Il a déposé un projet de loi spéciale, dite « loi 78 », qui suspend les cours à l’Université, reporte les examens à l’année prochaine et restreint sévèrement le droit de manifester pour une période d’un an et prévoit de lourdes amendes pour les organisateurs de piquets de grève.

 

Cela a eu, jusqu’à présent, l’effet inverse : les manifestations n’ont fait qu’amplifier et risquent de devenir violentes. Des marches « illégales » rassemblent des milliers de personne de jour comme de nuit. Les centrales syndicales ouvrières soutiennent le mouvement. Dans la nuit du 23 au 24 mai, la police de Montréal a procédé à plus de 400 arrestations. L’affrontement est donc inévitable.

 

 

Montreal_repression.jpg

 La police de Montréal tente de reprendre la rue aux étudiants : le mécanisme répression - provocation. L'affrontement semble désormais inévitable.

 

 

Interrogée par une télévision, une Canadienne, la cinquantaine bien sonnée, apparemment bien dans ses papiers, a commenté les événements : « L’Etat est endetté jusqu’au cou et n’est plus capable de prendre en charge l’éducation et les autres services. Il n’y a aucune alternative ». C’est une fois de plus le fatalisme du TINA, l’échine courbée sous le joug de ce pouvoir invisible, mais bien réel.

 

L’enjeu est simple : ou bien on souhaite une société libre, égalitaire et fraternelle dotée d’un Etat appartenant au peuple et contrôlé par lui, ou bien on veut une société où règne l’individu absolu dans une compétition sans fin. Ce n’est que de la base que le vrai « changement » viendra. Le choix est donc simple : l’apocalypse ou la révolution.

 

Pierre Verhas

 

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Published by pierre verhas
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