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  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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16 mai 2013 4 16 /05 /mai /2013 10:07

« Be afraid ! », voici l’avertissement de Carmen Reinhart dans l’Echo de ce 15 mai 2013. Souvenez-vous, cette économiste américaine, professeur à Harvard, fut évoquée sur ce blog suite à une erreur qui a été détectée dans l’ouvrage This time is different  qu’elle a publiée avec Kenneth Rogoff et qui veut démontrer que le seuil fatidique de 90 % de dette par rapport au PIB empêche le retour à la croissance. (http://uranopole.over-blog.com/article-l-ideologie-tue-les-idees-117554611.html) Mais, bien que Carmen Reinhart s’en défende, les erreurs et omissions condamnent sa thèse sans appel.

 

 

carmen_reinhart.jpg

 

Carmen Reinhart, l'économiste de Harvard, veut piquer dans le bas de laine des p'tits Belges !

 

 

Mais, comme tous les fanatiques, ces gens sont obstinés. Carmen Reinhart persiste et signe. Non seulement, elle balaye les erreurs d’un revers de la main et considère que sa thèse des 90 % ne peut être discutée, mais elle en rajoute pour la Belgique tout particulièrement.  Elle estime indispensable de restructurer la dette en Europe. Pour la Belgique, en particulier, une mesure urgente et bien entendu inéluctable à prendre est : « transférer la dette des emprunteurs aux épargnants ». En clair, cela signifie prélever dans l’épargne des ménages pour payer la dette. Et voilà la « patrie des arts et de la pensée » transformée en un second Chypre !

 

 

Un bas de laine belge bien tentant

 

 

Pourquoi la Belgique ? Tout simplement parce que l’épargne des particuliers y est très importante, surtout en livrets. On estime le pactole à quelque 450 milliards d’Euros. C’est fort tentant, n’est-ce pas ? Aussi, les banques seraient particulièrement intéressées à ajouter une partie substantielle de cette manne à la dette publique qui leur rapporte tant.

 

 

Si une mesure pareille est prise, c’est tout le système fiscal qui sera bouleversé. Les différents impôts et taxes sur les revenus de toutes sortes sont prélevés de commun accord entre les pouvoirs exécutifs et législatifs. Tout est motivé en détail et visible pour tous. C’est le Ba ba de la démocratie parlementaire.

 

 

Baal n’est jamais rassasié !

 

 

 

Ici, il s’agirait d’une mesure d’urgence et en fait d’une véritable spoliation des avoirs du plus grand nombre. Elle ne serait motivée que par idéologie : 90 % de dette est insupportable par définition. Donc, il n’y a qu’un moyen de faire face : préserver sur l’épargne des particuliers. Après avoir imposé l’austérité qui provoque une anémie volontaire des pouvoirs publics, après avoir considérablement réduit les revenus du travail, on appauvrit les ménages en prélevant dans leur épargne. En économie, cela s’appelle des transferts. On transfère tout vers le capital qui se comporte comme le dieu Baal à qui est offert des humains en holocauste et qui n’est jamais rassasié !

 

 

 

peter_hartz.jpg

 

Peter Hartz : penseur du nouvel esclavagisme

 

 

D’ailleurs, ces transferts ont commencé il y a déjà pas mal de temps. Ainsi, en Allemagne, en 2003-2005, du temps du chancelier Schröder, une réforme portant le nom de Peter Hartz, a consisté à transférer des ressources et des richesses du citoyen vers les entreprises et vers le secteur financier – que l’Allemagne doit d’avoir dopé ses exportations. Ce sont effectivement les réductions salariales et les réformes drastiques de son marché du travail qui ont amélioré notablement sa productivité, en y comprimant à l’extrême le coût du travail. L’initiateur de cette réforme, Peter Hartz, était à l’époque  le DRH de Volkswagen. Il a présenté ses propositions au chancelier (socialiste !) de l’époque, Gérard Schröder, qui les a mises en œuvre. Arrêtons-nous un instant sur ces réformes.

 

 

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Gerard Schröder, chancelier allemand de 1998 à 2005, a profondément libéralisé le système social et politique allemand.

 

 

Le 16 août 2002, Peter Hartz, remettait au chancelier fédéral, le social-démocrate Gerhard Schröder, un rapport sur « la remise à plat en profondeur de l’Etat social » allemand. Ce fut le coup d’envoi d’une série de réformes législatives, connues sous le nom des « lois Hartz » qui durèrent jusqu’en 2005 et changèrent profondément l’Allemagne.

 

Un « Big Brother social »

 

Ces réformes libéralisent le marché du travail allemand, permettant aux employeurs de payer des salaires de 400 euros mensuels aux salariés ou de 1 euro par jour aux chômeurs de longue durée. Gerhard Schröder ne se lance pas dans une flexibilité à la scandinave ou à la britannique : les salariés restent « protégés » dans leur contrat par la loi. En revanche, le travail partiel est favorisé et le temps de travail flexibilisé. Le point d’orgue de cette réforme, c’est donc la loi « Hartz IV ». Elle réduit de deux à un an le temps d’indemnisation du chômage, quelque soit la durée de cotisation. Ensuite, tout le monde passe dans la catégorie « indemnisation chômage II » (Arbeitlosengeld II) où l’on bénéficie de certaines protections : un loyer et le chauffage sont payés par la commune et une indemnisation forfaitaire qui est aujourd’hui de 374 euros par adulte et par mois est versée. Mais en retour, le bénéficiaire, qui sera désormais en Allemagne appelé « Hartz IV », doit se soumettre à un contrôle permanent : sur son train de vie et ses recherches d’emplois. Avant de toucher son indemnisation, il doit utiliser la majeure partie de ses économies pour son propre entretien. Il doit accepter les emplois que lui propose l’agence du travail, même payé 1 euro de l’heure tout en continuant à toucher une partie de son indemnité).

 

Il s’agit donc de transformer l’Etat social en système d’assistanat où la vie quotidienne du « bénéficiaire » est surveillée. De plus, il est dans l’obligation d’accepter l’emploi que l’agence de travail lui offre, même le plus dégradant et le plus mal payé.

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François Hollande a bien réfléchi : les réformes seront libérales et basées sur celle de Schröder.

 

 

On remarquera que le travailleur « Hartz IV » est plongé dans une pauvreté relative permanente et perd tout pouvoir de décision. Il est en réalité soumis à un « Big Brother » social ! Il n’y a pas de quoi sourire : ce genre de système se répand à travers toute l’Europe. En outre, les réformes Hartz ont créé un marché du travail parallèle « ouvert » aux travailleurs sous-payés et précarisés. On s’aperçoit d’ailleurs que ce système a été adopté par un social-démocrate et c’est un autre social-démocrate qui, aujourd’hui, souhaiterait l’appliquer à son pays : François Hollande.

 

Et le coût du capital ?

 

Pour justifier ces abominations, on se base sur des notions floues et non chiffrables comme la compétitivité. Voici ce qu’en dit ATTAC France dans un document paru en décembre 2012 (« En finir avec la compétitivité ») : « Le thème de la compétitivité est un marronnier des débats de politique économique. C’est une obsession tenace malgré la difficulté à en proposer une définition claire et admise par tous, sinon sous une forme tellement vague qu’elle se prête à toutes les interprétations : « la définition généralement retenue de la compétitivité d’une nation est la capacité à améliorer durablement le niveau de vie de ses habitants et à leur procurer un haut niveau d’emploi et de cohésion sociale » (…). Les auteurs ne cachent pas « les réserves méthodologiques que le concept suscite»et ils rapportent même le propos de Paul Krugman « contre la “dangereuse obsession” de compétitivité de l’administration Clinton et de l’Union européenne » car « la compétitivité est un mot vide de sens lorsqu’il est appliqué aux économies nationales ». Vide de sens, mais symbolisant très bien les stratégies patronales de pousser encore plus avant la libéralisation de l’économie et du « marché » du travail en particulier, malgré « l’inscription de la cohésion sociale dans les politiques de compétitivité » affirmée par la Stratégie de Lisbonne. »

 

La grande problématique porte évidemment sur le coût du travail. Cette question est devenue obsessionnelle dans le chef des syndicats patronaux et des gouvernements européens. Là aussi, ATTAC répond : « Le débat public se concentre sur le coût du travail sur la base de données souvent discutables. En effet, les données de référence d’Eurostat posent problème tant sur la comptabilisation des heures de travail qui sous-estime la durée du travail en France, que sur le calcul de la masse salariale qui surestime le poids, en France, de la formation professionnelle dans le coût du travail. De plus, ce débat est en général biaisé. D’une part, il ne prend que rarement en compte la productivité du travail, c’est-à-dire le coût salarial unitaire. Or les écarts de productivité entre pays sont plus grands que les écarts de coût horaire. D’autre part, il mêle allégrement coût du travail dans l’industrie et dans les services marchands. Or la productivité augmente plus faiblement dans les services que dans l’industrie. le coût salarial unitaire baisse en moyenne dans la zone euro sauf pour le Royaume-Uni, le Danemark, l’Italie, l’Espagne et la Grèce. En France, il baisse de 0,5 % par an de 1996 à 2008, en Allemagne de 0,7 %. Globalement, on constate une tendance à la convergence des coûts salariaux unitaires dans la zone euro, avec une baisse dans l’industrie et une hausse dans les services. Ces constats, combinés au caractère biaisé de certaines données statistiques, démentent l’affirmation selon laquelle il y a eu en France une dérive du coût du travail qui plomberait la compétitivité des entreprises. »

 

 

Et l’association altermondialiste pose une question jamais évoquée : celle du coût du capital. « Mais surtout, on met toujours en avant le coût du travail alors que le coût du capital n’est quasiment jamais évoqué. Pourtant, les revenus nets distribués représentent aujourd’hui 9 % de la valeur ajoutée des sociétés non financières, niveau historique record depuis la Seconde Guerre mondiale, contre 5,6% en 1999. La part dévolue aux actionnaires a donc crû dans des proportions considérables ces douze dernières années. autrement dit, la complainte patronale faisant de la baisse du taux de marge la raison profonde des faibles investissements et du moindre effort en matière de recherche et développement, passe sous silence le fait que, crise ou pas crise, la part de plus en plus lourde que les entreprises choisissent de distribuer aux propriétaires du capital affaiblit leur capacité à faire face à tous les aspects de la compétitivité.

 

Dans cette situation, l’exigence patronale d’un transfert massif des cotisations sociales vers les ménages (en grande majorité salariés) apparaît pour ce qu’elle est : le refus de toucher aux dividendes versés aux actionnaires. »

 

 

En définitive, il n’y a globalement pas de réduction des coûts de l’entreprise, il y a transfert des dépenses afférentes au travail vers les actionnaires.

 

 

Il serait plus que temps que des économistes honnêtes et indépendants se penchent sur cette question des coûts. Mais il y en aura peu qui oseront compromettre leur carrière pour effectuer enfin un travail scientifique digne de ce nom.

 

 

Ce seront les colossaux échecs auxquels ils devront faire face qui pourront éventuellement susciter un changement. Aujourd’hui, cependant, il y a danger. On étend le « Big Brother » social aux pays de la zone Euro et on propose, après « l’expérience » cypriote de puiser dans l’épargne des ménages. Après l’austérité, la privatisation des services publics, le détricotage du droit du travail, voilà les nouvelles étapes de la révolution ultralibérale.

 

 

Y a-t-il une opposition ?

 

 

 

Pierre Verhas

 

 

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Published by pierre verhas
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