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  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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9 juillet 2011 6 09 /07 /juillet /2011 15:29

J’ai eu l’idée saugrenue d’envoyer au blogueur – auteur Marcel Sel, mon dernier « papier » sur votre blog préféré : « L’Atomium est proche de l’Acropole » qui commentait la dernière rebuffade belgo-belge avec le refus de la NV-A de discuter de la note du formateur Elio Di Rupo.

 

M. Sel trouve bizarre que tout en dénonçant le nationalisme flamand agressif, je me refuse à le diaboliser. Au passage, il ne s’est pas aperçu que je critique aussi le soi-disant « universalisme » francophone qui cache mal un repli sur soi de la part du FDF qui ne parvient pas à se débarrasser de son refus de toute concession.  Or, les négociations devraient normalement se mener avec ces gens-là. Le très néolibéral Ministre des Finances Didier Reynders a eu une parole juste : « Une négociation ne se fait pas entre colombes mais entre faucons. » Encore faut-il faire la différence entre le but avoué et l’objectif réel de ces faucons.

 

Ecartons d’abord l’un des deux faucons : les francophones radicaux du FDF ne représentent quasi rien. Leur électorat est étique – ils n’ont obtenu que trois sièges à la Chambre – et ils n’ont aucune capacité de mobilisation populaire. Et pire, ils n'ont aucune stratégie. Ils subissent l'événement. Ils ne servent en définitive que d'épouvantail au nationalisme flamand qui s'en sert pour affaiblir les Wallons et les Bruxellois francophones. Aussi, le faucon flamand représenté non seulement par la NV-A mais aussi par l’ensemble du nationalisme flamand qui va des néo-nazis du Vlaams Belang à une large partie du CD&V, voire même à certains libéraux flamands, est majoritaire en Flandre.

 

Aussi, l’interlocuteur francophone – wallon plus bruxellois – est composé de colombes avec en avant-garde, Elio Di Rupo. Comme le Roi l’a coiffé de la casquette de formateur, il a remisé celle de président du PS. Or, s’il était légitime de se présenter avant tout comme formateur, il devait, du moins sur l'essentiel, rester Socialiste. Il ne l’a pas fait. Il aurait dû présenter un projet au lieu d'un catalogue de propositions destinées à satisfaire les uns et les autres, c'est-à-dire à tenter d'allier l'eau et le feu. Or, M. Di Rupo aurait dû ne pas oublier qu’il représente avant tout un important courant politique et social. C'est pour cela qu'il a été élu. La classe ouvrière et le monde du travail wallon et bruxellois sont inquiets des menaces qui pèsent sur l'Etat social. Ils pourraient à l'avenir se détourner du PS et on ne serait pas loin de « l'aventure » et pas seulement pour la gauche.

 

Résultats : A force de chercher le compromis, il a exclu la défense des principes de base. Qu’il ait proposé des concessions sur BHV, c’est normal, on ne peut s’en sortir autrement. Par contre, avoir, par son saupoudrage de mesures sur le plan économique et social, compromis l’Etat social, est une faute politique majeure.

 

D’ailleurs, les organisations syndicales l’ont compris : Anne Demelenne, la  secrétaire générale de la FGTB, a bien résumé l’aspect socio-économique de la note de Di Rupo : « L’impact de toutes les mesures de régression sociale est chiffré de manière très précise, les quelques propositions de progrès sont floues ». Et puis – et c’est une excellente chose – le front commun syndical est reconstitué, ce qui accroît quelque peu le rapport de force pour le monde du travail.

 

Le nationalisme flamand a trouvé un écho dans le haut patronat flamand par l’intermédiaire de l’association d’employeurs le VOKA, pendant de la FEB en Flandre et d’ailleurs majoritaire au sein de celle-ci. Ce n’est pas un hasard. Le patronat se moque du nationalisme, mais il l’appuie car une division de la Belgique par un transfert massif de compétences, dont celles de la Sécurité sociale, vers les Régions et les Communautés va amener à établir des règles différentes de la redistribution entre le Nord et le Sud, c’est-à-dire à créer une concurrence entre les deux systèmes, mais aussi réduira dangereusement leurs financements par la division de l’assiette en deux. En effet, un système de Sécurité sociale avec une assiette de 4 à 6 millions d’habitants est moins fort qu’avec 10 millions.

 

En outre, avec des mesures de régression sociale sur le chômage, la réduction de moitié de l’augmentation annuelle du coût des soins de santé, la suppression de la déduction fiscale sur les titres-service qui ne fera qu'accroître le chômage et l'économie parallèle, des mesures vexatoires au sujet de la notion « d’emploi convenable » (par exemple : faire passer l’éloignement maximum du domicile au lieu de travail de 30 km à 60 km), il y aura un détricotage progressif de l’Etat social.

 

Il n’y a en outre pas un seul mot dans la note sur l'avenir des services publics (SNCB, Postes, Télécommunications, etc.). C’est également révélateur.

 

Que dire de tout cela ? Il n’y a qu’une possibilité : une médiation extérieure. Pourquoi pas de « sages » désignés par le Parlement européen qui n’ont aucun lien avec la Belgique ? Il faudrait bien sûr, afin que cela ait une certaine efficacité, leur donner des pouvoirs équivalents à ceux des membres d’une commission d’enquêtes. Ils seraient chargés de consulter au préalable, d’élaborer des propositions, éventuellement d’organiser des consultations populaires. Cela ne serait pas possible ?

 

Ne perdons pas de vue que nous nous dirigeons lentement mais sûrement vers une situation à la Yougoslave et le problème, là-bas, a connu un début de solution grâce à une intervention étrangère. A moins qu'il y ait un réel soulèvement populaire pour la défense de l'Etat social, c'est-à-dire de notre civilisation. Mais, on est loin du compte, car il faudrait un levier majeur pour ce faire. Les « indignés », c'est bien sympathique, mais c'est loin d'être suffisant.

 

Bizarre, vous avez dit bizarre ?

 

Pierre Verhas

 

Cet article sera complété par une analyse sur la gauche, l’Etat social et l’Etat nation, car, la situation belge suscite, cela va de soi, ce débat fondamental.  

 

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Published by pierre verhas
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commentaires

Marcel sel 10/07/2011 10:29


Je ne suis pas d'accord avec vous. Il ne sert à rien aujourd'hui de négocier entre Hamas et Likoud parce que leurs points de vue ne sont pas conciliables. Fatah et Kadima pourraient négocier
efficacement si Kadima décidait d'arrêter définitivement la colonisation. Mais un parti ultra-muslim et un parti ultra-israélien ne peuvent en aucun cas trouver un accord cohérent et juste.
Par ailleurs, en ce qui concerne une intervention européenne, vous prêchez un convaincu : Jean Quatremer (d'abord) et moi (ensuite) l'avons déjà évoqué dès septembre 2010…
Dans "Les Secrets de Bart De Wever", j'écris :" je doute de plus en plus que les Belges seuls soient à même de résoudre leurs problèmes. Nous avons au contraire besoin de toutes les forces
volontaires pour permettre à notre nation, aux valeurs fondamentales et démocrates respectueuses du traité de Lisbonne, de retrouver la voie du compromis, de l'équité économique, de paver à
nouveau, pour le bien de tous, la voie quotidienne de la démocratie, et de l'aimer pour ce qu'elle est, un magnifique voyage".

Un conseil de lecture, peut-être ? :-)


pierre verhas 10/07/2011 11:55


Sur le premier point, nous restons en désaccord. Sur le second, nous sommes en phases : je souhaiterais que ce soit le Parlement européen qui prenne l'initiative, plutôt que la Commission. Le
Parlement européen peut bien mieux organiser une médiation composée de représentants de tendances diverses, que la Commission (c'est volontairement que je n'ai pas utilisé le vocable "pluraliste").


Marcel sel 09/07/2011 23:00


Quand j'écris "Si vous pensez qu'on
peut côtoyer des néo-nazis sans être peu ou prou perméables à leur idéologie, libre à vous" je ne parle pas de ce que vous faites, mais de ce que vous semblez penser. Ça me paraît tomber sous le
sens. Je n'ai jamais voulu insinuer que vous fréquentiez des néo-nazis
Par ailleurs, Jan Jambon est proche aussi du mouvement orangiste et a fondé un think tank avec le patron du Vlaams belang, Bruno Valkeniers. (Res Publica). Enfin, je soupçonne Bart De Wever d'être
orangiste aussi, notamment de par sa proximité (passée?) avec le mouvement orangiste des néo-verdinaso. Siegfried Bracke est également un opposant à une certaine liberté d'expression. Quand au fait
que les premières victimes de la N-VA seraient les Flamands eux-même, je suis heureux de le lire chez vous, parce que c'est en toutes lettres dans Les Secrets de Bart De Wever. Je dis donc que
négocier avec un tel parti n'a d'avantage pour personne. Regardez le journal de la VRT ce soir, et vous verrez comment on parle de "l'argent flamand" chez les membres de la N-VA. Vous comprendrez
vite qu'il n'y a rien de positif à tirer de ce parti qui pratique la wallophobie avec autant de virulence et d'injustice que le Vlaams Belang pratique l'islamophobie.

A mon avis, la seule chose qui nous différencie est que vous pensez qu'on peut négocier avec la N-VA et que je pense pour ma part qu'il ne faut surtout pas le faire.


pierre verhas 09/07/2011 23:24



Vous avez raison. Nous différons sur la stratégie. Comme l'a dit Reynders (je l'ai rappelé dans l'article) : "On négocie avec des faucons, pas avec des colombes". Ici, le rapport de force
politique oblige à négocier avec la NV-A. Et c'est un échec. On a voulu compromettre. Résultat : il n'y a pas de compromis et on a jeté les principes aux orties. Cependant, on ne pouvait faire
autrement.


Comparaison n'est pas raison. Mais le jour où Israël acceptera de négocier avec le Hamas, une paix honorable sera possible. C'est le refus de négocier qui est la "diabolisation". Mais la
comparaison s'arrête là. On a oublié un élément essentiel : le PS n'avait pas le rapport de forces favorable pour négocier. Cependant, il fallait le faire, parce qu'il n'y avait pas d'autres
solutions. Cependant, on a attendu trop longtemps avant d'admettre notre faiblesse. On a eu une attitude similaire au désatreux "demandeur de rien". Aujourd'hui, c'est trop tard.


C'est la raison pour laquelle je plaide pour une médiation européenne car l'affaire belge concerne toute l'Union européenne. Si cela ne se fait pas, j'ignore quel "magicien" tranchera le noeud
gordien.



Marcel sel 09/07/2011 22:10


... et je ne vous ai jamais accusé de fréquenter l'extreme droite, vous m'avez bien mal lu !


pierre verhas 09/07/2011 22:40



Pour le VOKA, d'accord. C'est chou vert et vert chou. Cependant, au sein de la NV-A, il y a la tendance "traditionnelle" qui est proche des néo-nazis (De Wever, Bourgeois, etc.), la tendance
ultralibérale proche de la VOKA (Jambon) et Sigfried Bracque qui est orangiste... Ce parti est un fourre-tout. Mais, Jambon joue un rôle primordial dans les négociations - c'est le seul qui s'y
connaisse en économie dans cette bande - et il est clair que le VOKA fait la pluie et le beau temps au sein de ce joli monde.


Pour le reste, ne jouons pas sur les mots, s'il-vous-plaît. Vous avez écrit : "Si vous pensez qu'on
peut côtoyer des néo-nazis sans être peu ou prou perméables à leur idéologie, libre à vous". Je vous ai répondu : ", je ne puis admettre votre affirmation comme quoi j'accepterais de côtoyer des
néo-nazis". Je ne vois pas en quoi je vous ai mal lu.


Ce genre de "débat" est malsain car la passion l'emporte sur la raison et ne sert en rien la cause démocratique. Je sais très bien que vous et moi combattons ce fléau avec le plus de vigueur
possible. Et dites-vous bien que comme les premières victimes du nazisme furent les Allemands, eh bien, les premières victimes du nationalisme flamand seront les Flamands eux-mêmes. Je connais
personnellement des Flamands qui sont très inquiets de cette situation.



Marcel Sel 09/07/2011 22:08


Pat ailleurs, le voka et la N-VA, c'est chou vert et vert chou. BDW n'est pas manipulé par le Voka, il baigne dans le même bain idéologique


Marcel Sel 09/07/2011 21:19


Franchement, je ne vois pas ce qui vous autorise à me qualifier de "francophonissime". Défendez vos positions, mais ne désinformez pas vos lecteurs sur la nature de mon travail ou de mes
engagements. Par ailleurs, je n'ai jamais "diabolisé" la N-VA, e révèle simplement ses liens étroits, réguliers et multiples avec l'extreme droite nationaliste flamingante. Si vous pensez qu'on
peut côtoyer des néo-nazis sans être peu ou prou perméables à leur idéologie, libre à vous. Mais n'accusez pas les autres de diabolisation quand ils pensent que les liens réguliers entre partis ne
sont jamais fortuits.Merci.


pierre verhas 09/07/2011 21:53



Je veux bien retirer l'adjectif "francophonissime". C'était plus ironique que méchant. Vous me semblez bien susceptible.


Par contre, je ne puis admettre votre affirmation comme quoi j'accepterais de côtoyer des néo-nazis. C'est insultant et c'est un procès d'intention bien plus grave qu'un qualificatif
humoristique. Je n'ignore pas que le nationalisme flamand est de tradition extrémiste de droite.


Il y a deux courants au sein de ce nationalisme. Le premier, qui était le plus fort jusque'à 2010, voulait une Flandre dominante au sein de la Belgique. Il était surtout représenté au sein de la
démocratie chrétienne flamande, CVP puis CD&V. Le second courant est plus radical, comporte des formations d'extrême-droite et revendique une nation flamande à part entière. Cela a été
avant-guerre et pendant l'occupation le VNV de sinistre mémoire et après-guerre la Volksunie dont la branche la plus extrémiste, le VMO, Voorpost, Were Di, etc. ont fini par constituer le
Vlaams Blok, puis Belang. La Volksunie a éclaté par après entre une droite qui est à l'origine de la NV-A et un centre-gauche "Spirit" qui a été absorbé par le SPa.


Par l'intransigeance francophone à refuser toute revendication flamande, ce qui a incontestablement affaibli le CVP, et par la peur panique de perdre les élections de la part du
CD&V, un cartel a été formé avec la NV-A. Vous connaissez la suite. Résultat : le courant radical du nationalisme flamand est désormais le plus fort. 


Vous feriez mieux, Monsieur Sel, de prendre en compte les rapports de force politique qui contraignent les partis démocratiques à négocier avec la NV-A. Et quand vous dites que vous n'avez jamais
diabolisé cette dernière, je dois avoir eu une mauvaise lecture de votre livre.


Diaboliser ne sert à rien. On sait ce qu'est la NV-A et le nationalisme flamand, mais on sait très bien aussi que l'exclure du jeu est intenable. C'est catastrophique, mais c'est malheureusement
ainsi. En outre, il y a un autre aspect sur lequel j'insiste et qui est fondamental. La NV-A est manipulée par le VOKA qui se sert d'elle pour détruire l'Etat social en Belgique. Cela, je ne le
lis jamais dans les écrits des intellectuels et politologues francophones.