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  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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16 septembre 2011 5 16 /09 /septembre /2011 13:11

il revient au galop ! Un ami, ancien professeur à l’ULB, me faisait remarquer, à la lecture de l’article paru sur « Uranopole » consacré à la démission surprise du Docteur Brotchi (http://uranopole.over-blog.com/article-vous-avez-commis-une-erreur-m-brotchi-79830693.html) de ses charges en cette Université, que la vie y est devenue impossible pour les étudiants juifs et spécialement les étudiantes.

 

Autant, il convient de dénoncer toute accusation d’antisémitisme à l’égard des critiques de la politique agressive, voire belliciste, de l’actuel gouvernement de droite à Jérusalem, autant il est inacceptable de prendre prétexte des injustices à l’égard du peuple palestinien, pour pratiquer un antisémitisme tout aussi larvé que réel. Il se manifeste de toutes les façons jusque dans le commerce ! Ainsi, un logiciel antisémite a été programmé sur le portable d’Apple, Iphone. Cela consiste à taper le nom d’une personnalité et le programme répond sur son appartenance ou non à la communauté juive. Suite à une énorme vague de protestations, la société de Steve Jobs a déprogrammé ce logiciel. Un autre exemple : tapez le nom d’une personnalité politique ou culturelle sur Google, dans certains cas, apparaît dans les réponses le nom de la personnalité accompagné du qualificatif « juif ».

 

 

 Iphone_juif01.jpg

Le programme «juif» sur Iphone : l'étoile jaune électronique ?

 

Il y a une tendance dans certains milieux de gauche qui est aussi stupide qu’inquiétante. Au nom de l’anti-impérialisme, on soutient les dictatures arabes « laïques » (il n’en reste plus beaucoup…), le Hezbollah libanais et le régime islamiste – et surtout fasciste – d’Iran. Ce soutien est accompagné de critiques virulentes  à l’égard de tout ce qui est juif. Que ce soit au niveau culturel, en politique, dans les finances, ces gens font porter le « chapeau » des bouleversements sociaux et économiques que nous vivons, aux seuls Juifs. C’est faux, c’est odieux et cela ne va pas !

 

Sur un plan dialectique, cet antisémitisme ne tient pas la route. En effet, s’il est vrai que les néoconservateurs américains qui tiennent encore le haut du pavé, considère qu’Israël est une sorte de « poste avancé » de l’Occident dans le monde musulman, dans le cadre de la philosophie du « choc des civilisations » et… du contrôle des ressources pétrolières, il est évident que la plupart des Israéliens ne voient pas les choses ainsi et souhaitent vivre en paix avec leurs voisins, une fois que les tensions se seront apaisées. Ce n’est donc pas une problématique de géopolitique mondiale, mais un conflit local que certains – dans les deux camps – souhaitent à tout prix internationaliser. Et c’est encore moins le problème de tous les Juifs dans le monde, même si certains d’entre eux manifestent un soutien indéfectible à la politique israélienne.

 

 

 Gaza_bombardement.jpg

Bombardement de Gaza lors de l'opération «plomb durci» : une riposte meurtrière qui ne fait qu'attiser la haine.

 

L’exemple du blocus de Gaza est révélateur de ce climat. L'embargo israélien sur la bande de Gaza a été décrété unilatéralement par le gouvernement israélien au cours de l'été 2006, après l'enlèvement du soldat Gilad Shalit par le mouvement Hamas. Il a été renforcé en octobre 2007, après que le Hamas ait chassé les forces de sécurité fidèles au président de l'Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas et pris le contrôle du territoire. Israël a alors imposé un blocus quasi total à Gaza, décrété « entité ennemie », tandis que l'Egypte fermait sa frontière et que l'Union européenne gelait son aide. Il s’agit donc d’une action unilatérale qui a d’ailleurs été critiquée par l’ONU. Fin 2008, le même gouvernement israélien lance une vaste opération militaire dite « plomb durci », officiellement pour mettre fin aux tirs de roquettes « Qassam » sur le Sud d’Israël, avec des bombardements particulièrement meurtriers, qui se termina par une offensive terrestre mi-janvier 2009. Encore une décision unilatérale du pouvoir israélien.

 

Si la plupart des Juifs – et pas mal de non Juifs – considéraient qu’il fallait mettre fin aux tirs de « Qassam », plusieurs personnalités du monde de la diaspora juive ont fortement critiqué la violence injustifiée de l’opération « plomb durci ». La réprobation de certains Juifs a même été très dure. Par exemple, la journaliste canadienne Naomi Klein anime un comité pour le boycott des produits en provenance des colonies israéliennes dans les territoires.

 

En Europe, cette gauche assimile les Juifs aux affaires financières et donc au capitalisme. Ce n’est qu’un calque du vieil antisémitisme de gauche de la fin du XIXe siècle. Or, si les hautes directions du secteur bancaire comptent des Juifs, ils sont loin d’être majoritaires. Sur le plan de l’Eglise catholique, l’on revoit un regain d’antisémitisme religieux, même s’il est désapprouvé par la haute hiérarchie ecclésiastique. Enfin, et c’est nouveau, l’extrême-droite qui s’est fortement développée en Europe a troqué son traditionnel antisémitisme contre l’islamophobie, et tente même de rallier des Juifs à leur « cause ».

 

 

Voici un exemple d’antisémitisme intello parisien. Un infographiste au pseudonyme significatif de Joe Lecorbeau  a ouvert un site où il s’attaque spécialement à BHL ([1]). Une caricature particulièrement odieuse, parmi d’autres, illustre ce site. C’est la reproduction d’une affiche de propagande national-socialiste représentant un Hitler conquérant brandissant un drapeau à croix gammée. Le portrait d’Hitler est remplacé par celui de BHL et la croix gammée fait place à l’étoile de David israélienne. Le texte explicatif est révélateur : « (…) Cette caricature pour exprimer que seul (sic) les couleurs du drapeau change, car le régime sioniste présente les mêmes ambitions que leur prédécesseurs nazis, dont l’alliance n’est d’ailleurs plus un secret.

 

 

bhl-724x1024.jpg

 Odieuse caricature de BHL : l'antisémtisme ordinaire !

 

Le besoin d’espace vitale (resic) et ce désir d’expansion, le sentiment de supériorité d’une civilisation sur une autre, la race supérieure et le peuple élu ne font qu’un, et promeuvent un choc de civilisation dans l’optique d’un gain de pouvoir pour ces élites sionistes dont les richesses ne sont aujourd’hui plus qu’une abstraction.

Le symbole Franc Maçon d’où jaillit la lumière en lieu et place de l’aigle impérial nazi, observe et accompagne ce mouvement. »

 

 

Ce texte délirant est révélateur de tous les amalgames et obsessions qui alimentent l’antisémitisme « ordinaire » qui renaît de ses cendres : l’assimilation du sionisme au nazisme, la conquête du pouvoir « mondial », la collusion entre les Juifs et les Francs maçons. Tout y est en quelques lignes. Le « Protocole des Sages de Sion » a encore de fidèles adeptes…

 

Cependant, il faut objectivement reconnaître que l’antisémitisme dans les pays d’Europe occidentale reste un phénomène relativement marginal. Un personnage comme ce caricaturiste « Lecorbeau » est quasi inconnu. C’est le copain d’un autre intellectuel antisémite, Etienne Blanrue, qui reste un marginal.  Il n’en est pas de même dans les relations entre les communautés musulmanes et les Juifs. La plupart des manifestations violentes d’antisémitisme sont le fait de musulmans fanatisés. On le voit à l’ULB : des étudiants d’origine musulmane s’attaquent ouvertement à des étudiants juifs. De sérieux incidents se produisent régulièrement lors des débats sur la question du Proche Orient, où les Juifs sont méchamment fustigés sans que le rectorat ne trouve à redire.

 

Le drame du rectorat, comme d’autres autorités, est d’être paralysé par la peur. Des insultes antisémites sont proférées, les autorités académiques se refusent à les dénoncer ou à les sanctionner par crainte d’être taxées de racisme anti arabe ! On n’en sort pas !

 

Cet antisémitisme agressif des extrémistes islamistes, minoritaires mais très actifs, génère la peur. Et les réactions de certains intellectuels juifs, dont BHL, sont inopportunes et maladroites : ils voient l’antisémitisme partout ; tout qui émet une critique à l’égard de la politique israélienne, voire américaine, est catalogué comme antisémite. Ils installent un terrorisme intellectuel qui est insupportable. Ainsi, les gens qui critiquent la version officielle sur les attaques du 11 septembre 2001 sont traités de « négationnistes » ([2]) ! Tout cela crée un climat des plus nuisibles pour une liberté fondamentale : la liberté de pensée.

 

C’est justement cette peur qui alimente le communautarisme et le racisme qui sont souvent liés. Le seul moyen d’en sortir est d’avoir le courage de défendre les valeurs universelles issues des Lumières. Il ne faut surtout pas en faire une idéologie purement « occidentale ». Le caractère universel des idées des Lumières doit être mis en avant. Défendre les idées des Lumières implique des mesures coercitives : sanctionner rigoureusement les actes et propos racistes et antisémites, interdire certains types de manifestations comme les prières de rue de certains musulmans et les défilés agressifs de Juifs orthodoxes dans les quartiers juifs de Paris et d’Anvers, par exemple, bref toute expression collective de fanatisme religieux. D’un autre côté, il faut tout faire pour protéger les lieux de culte musulmans et juifs et punir d’éventuels prédateurs.

 

 

 

 barbes.jpg

Prières de rue à Paris Barbès : on ne peut pas tolérer ces excès.

 

Défendre les idées des Lumières implique aussi l’éducation et cette éducation doit être faite en priorité dans les quartiers dits difficiles. La Liberté, cela s’apprend. Et pour apprendre, il faut du courage et des moyens. Ce sera la manière la plus efficace d’écraser l’antisémitisme.

 

Mais, des moyens, il faut avoir la volonté de les trouver. Les politiques d’austérité ne doivent pas servir d’excuses à ne rien faire. « Cinq minutes de courage », Mesdames et Messieurs les « responsables », est-ce trop demander ?

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

 

 



[1] Les fidèles lecteurs d’Uranopole savent que nous sommes farouchement opposés à la philosophie et à l’action de M. Bernard Henri Lévy, mais il est inacceptable d’exploiter sa qualité de Juif pour le critiquer.

[2]N’oublions pas que le négationnisme concerne la négation de l’existence des chambres à gaz dans les camps de concentration nazis et son expression est sévèrement condamnée par la loi. Cela n’a rien à voir avec les critiques sur les événements du « 9/11 ».

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Published by pierre verhas
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