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24 août 2013 6 24 /08 /août /2013 08:54

Hommage à Jacques Vergès

 

 

2013 est une triste année : Stéphane Hessel, Henri Alleg, Jacques Vergès ont rejoint le panthéon des hommes libres.

 

 

Jacques Vergès, fruit de l’Orient et de l’Occident, dont il fut un des rares à en réussir la synthèse, a combattu deux dragons : l’hypocrisie et l’oppression.

 

 

jacques verges 

                            Jacques Vergès a tu son secret, mais n'a jamais tu ses convictions.

 

 

L’oppression ? Il l’a combattue dès sa prime jeunesse. Il a arraché à l’île de la Réunion le drapeau français frappé de la francisque pétainiste pour rejoindre les de Gaulle. Il adhéra au parti communiste français pour combattre la France qui opprimait le peuple d’Indochine. Il s’engagea ensuite aux côtés du FLN Algérien, luttant ainsi contre le colonialisme français. Il défendit seul et avec conviction, en dépit de l’hostilité générale, la militante FLN Djamila Bouhired qu’il épousa. Chacun sait qu’il assura la défense de plusieurs personnages sulfureux dont Klaus Barbie et Carlos.

 

 

Le propos ici n’est pas de retracer la carrière de Jacques Vergès, mais d’analyser quelle fut sa pensée.

 

 

Chacun porte en lui un Hitler qui s’ignore.

 

 

Après le procès de Barbie, Vergès eût fait siens ces propos d'Aimé Césaire dans son célèbre discours sur la colonisation : « Il vaudrait la peine d’étudier, cliniquement, dans le détail, les démarches d’Hitler et de l’hitlérisme et de révéler au très distingué, très humaniste, très chrétien bourgeois du XXème siècle qu’il porte en lui un Hitler qui s’ignore, qu’Hitler l’habite, qu’Hitler est son démon, que s’il le vitupère, c’est par manque de logique, et qu’au fond, ce qu’il ne pardonne pas à Hitler, ce n’est pas le crime en soi, le crime contre l’homme, ce n’est pas l’humiliation de l’homme en soi, c’est le crime contre l’homme blanc, et d’avoir appliqué à l’Europe des procédés colonialistes dont ne relevaient jusqu’ici que les Arabes d’Algérie, les coolies de l’Inde et les nègres d’Afrique. 


Et c’est là le grand reproche que j’adresse au pseudo-humanisme : d’avoir trop longtemps rapetissé les droits de l’homme, d’en avoir eu, d’en avoir encore une conception étroite et parcellaire, partielle et partiale et, tout compte fait, sordidement raciste.
»



Comme l’écrit le professeur Jean Bricmont : « Tout Vergès était là : l’humanisme véritable contre le pseudo-humanisme, celui des bombardiers des droits de l’homme, de l’antifascisme imaginaire et de l’antiracisme de pacotille. » 

 

 

Vergès faisait une analyse implacable de l’histoire. Tout commence à Sétif le 8 mai 1945. Des Français et des Algériens fêtent la fin du nazisme.  Dans la foule, des Algériens brandissent le drapeau de l’Algérie. La police avait reçu l’ordre de tirer en ces circonstances. Des colons armés se joignirent à eux. Ce fut un massacre épouvantable suivi d’une chasse au faciès. Des cadavres ont été brûlés et d’autres jetés dans des fosses communes. C’est un crime contre l’humanité que l’on a caché. On estime le nombre de victimes à quelque 40.000.

 

 

On commet les mêmes crimes que les nazis.

 

 

Vergès observe : alors qu’on fête la victoire contre les nazis, on commet les mêmes crimes qu’eux. Il cite Aimé Césaire qui disait : Quand M. Hitler s’est mis à éructer, nous n’avons pas été surpris. Nos maîtres nous tenaient les mêmes discours. La seule chose qui a changé, c’est que le traitement qu’on a réservé aux nègres et aux coolies, Hitler les a appliqués à des blancs. Hannah Arendt dit : Le mépris de la vie humaine, de la dignité de l’humanité que l’on retrouve chez les nazis est l’enfant de l’impérialisme, parce que dans les territoires colonisés, on méprisait la vie des autres. On ne respectait pas leur dignité. Et donc, le crime de colonialisme doit être souligné parce que c’est le grand crime de notre époque.

 

 

Ainsi, Vergès affirme que les crimes nazis et les crimes colonialistes sont de même nature et sont générés par l’impérialisme. Ainsi, en Algérie, la conquête s’est faite par le fer, par le feu et par le sang. Il y avait des soudards qui en étaient fiers. D’autres, plus subtils, comme Tocqueville qui a écrit un  ouvrage sur l’Amérique et sur la fin de l’ancien régime. Il dit, pour justifier ces crimes, qu’il faut procéder ainsi pour prospérer.

 

 

La colonisation a-t-elle contribué au développement ? Là encore, Vergès répond non. Il donne l’exemple des 600 kilomètres de chemins de fer du Congo qui ont été construits par des Noirs parmi lesquels, d’après lui, il y eut 900.000 victimes tuées par les coups de fouets. Et ces voies ferrées étaient utilisées dans le seul intérêt des colons pour exporter les minerais qu’ils faisaient extraire par d’autres Noirs.

 

 

Détruire la culture.

 

 

Un autre crime de la colonisation, moins sanglant dans ses apparences, mais abominable dans ses résultats fut la destruction de la culture des peuples conquis. Cette agression culturelle est aussi grave que l’agression contre la personne physique, affirme l’avocat. Si les Allemands et les Russes ont récupéré plus facilement après la chute du totalitarisme, c’est parce que leur identité culturelle était intacte. Dans les pays colonisés, l’identité culturelle a été niée et puis écrasée au profit de la culture du colonisateur à laquelle les peuples ne sont jamais adaptés.

 

Ne vivons-nous pas actuellement en Europe et dans tout le monde dit occidental une agression culturelle similaire ? Le modèle culturel américain est aussi redoutable, car il écrase les cultures propres à chaque peuple occidental au nom d’un universalisme qui n’est qu’américanisation.

 

Ainsi, Vergès a-t-il défendu des hommes et des femmes qui tuaient pour conquérir la liberté et la dignité et un Klaus Barbie pour montrer aux Occidentaux, qu’au fond de lui-même il haïssait, leurs tragiques contradictions. Mais si cet objectif de liberté et de dignité a été atteint par le sang, le fer et le feu, il est encore compromis, sinon détourné et il ne se consolidera que s’il tend à construire une société du savoir.

 

Et puis, Jacques Vergès a toute sa vie exprimé avec talent ce qu’il combattait. Il n’a jamais dit dans quel but il combattait.

 

 

Vergès a laissé planer un mystère sur lui-même : ces neuf ans d’absence non expliqués. Coquetterie ? Stratégie ? Réalité cachée ? Sans doute ne le saura-t-on jamais. Quelqu’un lui a un jour posé la question. Il a répondu : « J’étais de l’autre côté du miroir ». Non ! Il a toujours été de l’autre côté du miroir.

 

 

Pierre Verhas

 

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Published by pierre verhas
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commentaires

pregnancy symptoms 05/08/2014 14:47

He had played a great role in freeing the men in east and west. And it was during the peak time when slavery was something more of an ordinary thing. There were so many men who walked into the history that contributed their life for the good of others.