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  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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14 mars 2012 3 14 /03 /mars /2012 21:06

 

Nous reproduisons ici deux intéressants articles sur le phénomène qu’on appelle « l’extrême-droitisation », c’est-à-dire la dérive de la pensée dominante vers l’extrême-droite en France et aux Etats-Unis.

 

Le premier a été diffusé sur le blog de Bernard Gensane (voir lien). Il est intitulé « l’extrême-droitisation en France et aux Etats-Unis ». Son auteur s’appelle Philippe Arnaud. C’est un ancien de France- Télécom, cette entreprise privatisée qui a connu une vague de suicides sans précédent, il est responsable des Amis du Monde diplomatique et d’ATTAC pour le Département de l’Indre et Loire. Philippe Arnaud est donc un militant expérimenté et toujours mobilisé.

 

Le second est de la plume de la journaliste russe Katerina Azarova (Russia Today), traduit par le journal suisse non aligné Horizons et débats diffusé par le « Réseau Voltaire », qui évoque ce qu’elle appelle la Corporatokratiedénoncée par le candidat républicain à la présidence Ron Paul qui craint que les Etats-Unis «glissent dans le fascisme». Ron Paul n’a aucune chance dans la course à la présidence sans doute parce qu’il ne s’inscrit pas dans la ligne classique du

 

Il est assez symptomatique que deux hommes éloignés géographiquement comme politiquement, le militant de gauche français Philippe Arnaud et l’Américain ultralibéral de la mouvance « libertarienne », Ron Paul, dénoncent quasi en même temps un phénomène identique : la dérive des sociétés occidentales vers un système rappelant le fascisme des années trente.

 

Certes, il ne s’agit pas de l’aspect « folklorique » du fascisme avec skinheads s’avançant bras tendu en vociférant des slogans et des chants d’un âge révolu, mais – et c’est bien plus dangereux – une orientation de certaines élites politico-financières vers un système totalitaire et une organisation de la société curieusement similaire à celle qu’Hitler et Mussolini ont tenté d’installer par la force dans toute l’Europe. Ainsi, le corporatisme que l’on croyait définitivement rejeté dans les oubliettes de l’histoire, revient en force dans le pays qui se présente comme le champion de la démocratie. Lisez ces deux articles. Ils ont tous deux le mérite de nous ouvrir les yeux.

 

Une anecdote, au passage. Il nous revient que des hauts fonctionnaires à la Commission européenne fulminent publiquement contre cette « démocratie » qui met des bâtons dans les roues de leurs funestes projets.

 

Pierre Verhas

 

 

 

L’extrême-droitisation en France et aux Etats-Unis

 

Ce matin, au journal de 7 h de France Inter, j'ai entendu deux informations que les journalistes, jusqu'à maintenant, n'ont pas cherché à rapprocher (en dépit de leurs évidentes ressemblances). Ces informations sont :

 

1. La critique de personnalités politiques et de médias étrangers (allemands, belges et américains) sur Nicolas Sarkozy, disant que celui-ci fait une campagne d'extrême droite, certains allant même jusqu'à l'appeler "Nicolas Le Pen".

 

 sarkozy-antilles.jpg

On va même jusqu'à l'appeler "Nicolas Le Pen"...

 

2. L'annonce que, dans les élections primaires du Parti républicain aux États-Unis, le candidat "modéré" Mitt Romney n'était arrivé que troisième aux scrutins de l'Alabama et du Mississippi, derrière les deux candidats ultraconservateurs Rick Santorum et Newt Gingrich.

 

- Quel est le rapport entre les deux ? Celui-ci : dans les deux pays, le parti de droite dominant (UMP en France, Parti républicain aux États-Unis) est tiraillé entre une pulsion centriste et une pulsion extrémiste de droite. Certes, la situation n'est pas tout à fait la même : en France, le candidat de droite est au pouvoir, alors qu'aux États-Unis le Parti républicain est dans l'opposition et n'a pas encore choisi son candidat. Aux États-Unis, la modalité du tiraillement est que les élections donnent tantôt l'avantage au candidat "modéré", tantôt à l'un de ses rivaux ultraconservateurs. En France, la modalité du tiraillement est que le candidat Sarkozy tantôt durcit sa position en matière d'immigration, de "laïcité" ou de politique pénale, tantôt fait une annonce "sociale" en direction des plus pauvres ou à l'encontre des plus riches...

 

- Une autre ressemblance est celle-ci : aux États-Unis, les candidats républicains, outrageusement favorables aux riches, se lancent néanmoins à la tête des accusations d'enrichissement malhonnête, de spéculation, d'exploitation des plus pauvres. En France, le candidat Sarkozy, bien qu'également très ami des riches (et même des très riches) propose parfois des mesures fiscales (certes fort modestes) à l'encontre de ces très riches. Tout se passe donc, dans les deux pays, comme si les candidats de droite, en dépit de leurs tropismes ploutocratiques, se rendaient tout de même compte de l'aversion de la majorité de la population envers les grandes fortunes...

 

 Mitt-Romney.jpg

Mitt Romney : toute sa force au service de la classe dirigeante

 

[Il me revient à l'esprit une image : lorsque j'étais plus jeune, un de mes proches m'amenait parfois faire un tour à moto. Et il me prévenait : "Dans les virages, je vais me pencher près de la chaussée. Même si cela te fait peur, penche-toi dans le même sens que moi. Ne cherche pas à te redresser, sinon on va dans le mur !". Je me demande si cette loi de physique élémentaire ne pourrait aussi s'appliquer en matière électorale : à vouloir attirer simultanément deux électorats dissemblables, voire opposés, ne risque-t-on pas aussi "d'aller dans le mur électoral" ?].

 

- Autre information, marginalement liée à la précédente. Il y a quelques jours, le magazine américain Forbes donnait, comme tous les ans, sa liste des personnalités les plus riches du monde. On avait donc, en 1re position, le Mexicain Carlos Slim, en 2e et 3e positions, les Étatsuniens Bill Gates et Warren Buffett, et, en 4e position... le Français Bernard Arnault !

 

 Arnault.jpg

Bernard Arnault : le prototype du "pouvoir des riches"

 

- Mon observation à ce sujet est celle-ci : l'information a été donnée (en particulier sur France 2 et sur France 3) sans commentaires, mais avec des vues filmées de Bernard Arnault (alors que Bill Gates et Warren Buffett n'étaient figurés qu'en photo), et elle a été donnée comme si, sur ce point, elle représentait une fierté pour la France. Elle a été donnée comme si on annonçait que la France était le deuxième concepteur au monde de microprocesseurs ou le deuxième titulaire de médailles Fields (ce qui, en passant, est d'ailleurs la vérité). J'ai donc eu l'impression que les journalistes tiraient quelque fierté qu'un Français "batte un record" dans ce domaine, comme si ce "record" était censé témoigner, indirectement, de la bonne santé économique du pays, de son dynamisme, etc.

 

- Il est significatif, au demeurant, que l'on mette ainsi en avant, annuellement, ce classement, mais jamais celui du coefficient de Gini. [Le coefficient de Gini est un indice, étalonné de 0 à 1, qui donne la distribution des revenus à l'intérieur d'un pays. Le 0 représente l'égalité parfaite et le 1 l'inégalité totale. Dans ce classement, établi sur 124 pays, le pays le plus égalitaire figure en premier (et c'est le Danemark). La France figure au 16e rang, les États-Unis au 74e, et le Mexique... au 109e].

 

Philippe Arnaud

 

Corporatocratie

 

Le candidat républicain à la présidence, Ron Paul, a, lors d’une assemblée à Kansas City, critiqué vertement le système de gouvernement américain et affirmé que les entreprises et le gouvernement menaient le pays vers le fascisme du XXIe siècle.

 

 

 Ron_Paul.jpg

Ron Paul, l'ultra-libéral "libertarien" arrive aux mêmes constats

que des militants de gauche européens.

 

Mais, n’allez pas vous imaginer un PDG à peau blanche et yeux bleus et des bureaucrates perdant la tête et levant la main droite – gardons notre calme. Ce républicain texan au caractère ouvert pensait à un corporatisme fasciste – un modèle économique particulièrement prisé par Mussolini en Italie dans les

années 1920 à 1940. Le corporatisme économique fasciste englobait le gouvernement et les directions des entreprises privées dans de larges secteurs de l’économie – ce qui est, selon Paul, aujourd’hui tout à fait la norme en Amérique.

 

S’adressant à des milliers de partisans au cours d’une assemblée, Paul déclara: «Nous nous sommes éloignés d’une véritable république et nous glissons dans un système fasciste, soit une combinaison entre gouvernement, oligarchie économique et pouvoir autocratique, provoquant la suppression des droits individuels de tous les citoyens américains

 

Ces paroles, qui auraient été refusées, il y a encore quelques années, furent accueillies avec acclamation. La réunion électorale de Paul eut lieu simultanément avec les grandes assemblées du parti républicain au Missouri et au Kansas – qui furent délaissées par un grand nombre de personnes qui voulurent entendre le discours de Paul. Les Américains, saignés par les campagnes militaires incessantes et coûteuses, sont de plus en plus portés vers une politique étrangère de paix, comme le promet Paul.

 

Le candidat à la présidence s’exprima en des termes que le peuple américain avait déjà entendus de la part de l’ancien président Dwight Eisenhower qui, dans son discours d’adieu à la Nation, avait estimé «qu’au sein du gouvernement, il fallait se méfier de la prise d’influence – voulue ou non – du complexe militaro-industriel. Il y a un potentiel destructeur de pouvoir inconvenant, actuellement et à l’avenir.»

 

 

 dwight_eisenhower.jpg

En 1960, à la fin de sa présidence, Dwight David Eisenhower dénonça avec force le pouvoir du complexe "militaro-industriel" aux Etats-Unis et dans le monde.

 

Et c’est le cas maintenant. Rien qu’en l’an 2009, les Etats-Unis étaient responsables de près de la moitié des dépenses mondiales dans le domaine militaire – soit 46% ou 712 milliards de dollars. Depuis, les chiffres ont encore grimpé, à tel point que les dépenses militaires américaines dépassent celles de la Chine, de la Russie, du Japon, de l’Inde et du reste de l’OTAN, pris ensemble. Les Etats-Unis possèdent plus 700 bases militaires dans 130 pays dans le monde entier.

 

On peut se demander si le gouvernement des Etats-Unis – le pays au plus grand produit intérieur brut – peut encore se payer des suppléments de dépenses militaires. La réponse est tout simplement: non.

 

La nation la plus fortunée du monde a, en même temps, la plus grande dette souveraine de l’histoire du monde. Du fait que le dollar est une monnaie de réserve mondiale, que la Federal Reserve fait tourner la planche à billets en continu et que la production a été transférée dans des pays à salaires bas, l’économie américaine ressemble à un jeu de casino ou, si l’on préfère, à une «chaîne de Ponzi», soit un circuit financier frauduleux.

 

 

 Georges_W_Bush.jpg

Georges W Bush était avec Dick Cheney (ici à l'arrière plan, à gauche) l'homme du complexe militaro-industriel : la guerre, pour eux, était la seule solution.

 

Et c’est le président Georges W. Bush qui, lors d’une conversation avec son collègue argentin Nestor Kirchner, déclara: «La meilleure façon de faire revivre l’économie est la guerre et les Etats-Unis ont été renforcés grâce à la guerre.»

 

Mais les Américains en ont assez de la guerre – et ils en ont assez d’attendre le jour béni quand la guerre, comme par miracle, fera redémarrer l’économie.

 

Katerina Azarova

 

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Published by pierre verhas
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