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  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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28 juillet 2011 4 28 /07 /juillet /2011 16:19

J’ai attendu avant d’évoquer la tragédie norvégienne. Il y a tant de questions sans réponses qu’un commentaire basé sur la seule émotion eût été malvenu. D’ailleurs, combien de doctes analyses, avis, opinions péremptoires ont été émis depuis les attentats du 22 juillet ? Comme d’habitude, en pareilles circonstances, ils ne font qu’ajouter à la confusion et satisfaire le narcissisme de leurs auteurs.

 

Partons avec ce que l’on sait : Andreï Behring Breivik est un jeune homme issu de la bourgeoisie d’Oslo. Son père était diplomate, sa mère infirmière. Ses parents se séparèrent quand il avait un an. Il fut éduqué par sa mère. Il ne connut guère de soucis matériels, bien que n’étant pas particulièrement riche. C’était un garçon solitaire, timide et secret.

 

 

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Andreï Behring Breivik : ce jeune "BCBG" est un monstre !

 

 

Son premier engagement politique fut en 1999 au  Parti dit du Progrès, le parti d’extrême droite anti-immigration - cessons « l’euphémisation » : cela s’appelle l’extrême-droite et non le « populisme », terme qui tend à confondre l’extrémisme avec le peuple – qui  a obtenu 20 % aux dernières élections norvégiennes. C’est une formation similaire à celle de Geert Wilders aux Pays Bas. En France, Marine Le Pen tente de transformer le Front national en un parti « respectable » débarrassé de ses oripeaux néonazis et antisémites, en s’inspirant des Nordiques. Cependant, si on relit l’histoire, c’est ainsi que les fascistes ont réussi à s’imposer dans le paysage politique…

 

 

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Andreï Breivik franc-maçon. Oui et alors ?

 

C’est donc baigné dans cette culture du rejet de l’autre, et particulièrement du musulman, que Breivik commence son parcours politique jusqu’en 2006 où il quitte le Parti dit du Progrès qu’il estime trop « mou ». Il se dit « conservateur » et « chrétien ». Il est initié dans une Loge maçonnique à Oslo. Cela n’a rien de surprenant puisque la Franc-maçonnerie norvégienne pratique le rite dit suédois qui est déiste et chrétien. Mais, elle ne prône certainement pas le rejet de l’autre. Aussi, ceux qui cherchent à lui faire porter le chapeau, commettent une grave erreur. Breivik achète en 2009 une exploitation agricole où il prétend vouloir faire de la culture « bio ». C’est sous cette couverture que Breivik a pu acquérir 6 tonnes d’engrais qui contiennent les ingrédients nécessaires à fabriquer des explosifs. Il est également inscrit dans un club de tir, ce qui lui permit d’acquérir en toute légalité des armes à feu.

 

Sans doute, prépara-t-il son coup dès son départ du  Parti dit Progressiste, en 2006. Il entretint, via Internet, des relations avec différents groupuscules et personnages d’extrême-droite un peu partout en Europe et même en Belgique. Cependant, il ne semble pas qu’il ait fondé ou fait partie d’un réseau. Certes, Breivik s’inspira des propos de ses « cyber-relations » mais il se conditionna lui-même et mit rationnellement au point son projet meurtrier.

 

Andreï Behring Breivik, s’il a conçu et élaboré lui-même son funeste projet, n’était pas un homme libre. Il s’est enfermé dans le carcan de ses idées de croisade contre une supposée invasion islamique et le multiculturalisme destructeur de « notre » civilisation. Quand on lit des extraits de son fameux manifeste de 1.500 pages (excusez du peu !), il lance des affirmations souvent étayées de fausses informations ou de statistiques exagérées ou fantaisistes. Il n’a en rien vérifié ses sources. Il n’a soumis à la critique aucune des données sur lesquelles il se base. Il les exploitait – et peut-être même les trafiquait – dans le seul but d’étayer ses affirmations. En cela, son esprit n’était pas libre, puisqu’il se soumettait lui-même à une dogmatique, en l’espèce l’islamophobie, le rejet du multiculturalisme et, en outre, avait une fixation sur ce qu’il appelait le « marxisme culturel ».

 

Cela constitue les faits. Quel est le contexte ? On parle d’un climat calme et d’une démocratie exemplaire en Norvège. Cela n’est pas si évident. Certes, la Norvège a été moins atteinte par la crise que les autres pays scandinaves grêce à son pétrole off shore. Il convient cependant de noter que tous les spécialistes craignent que ces réserves soient en train de s’épuiser. On pense en effet que le fameux « peak oil » (le pic pétrolier) est déjà atteint.

 

La sociale démocratie scandinave, comme les sociales démocraties de l’Europe occidentale,  a affaibli l’Etat providence, dès le début des années 1990. Dès lors, les sentiments anti-migrants et anti-gauche se sont accrus dans des larges portions de la classe laborieuse appauvrie et de la classe moyenne dont les skinheads constituaient les éléments les plus durs. Ils étaient ce qui restait du renouveau du néonazisme des années 1990. C’est pour répondre à ce renouveau que la gauche suédoise a créé en 1995, Expo, un magazine contre le racisme.

 

 

En Norvège les skinheads se muèrent en groupes comme les Boot Boys qui passaient leur temps à arpenter les rues en vue de faire des « ratonnades ». En 2002, trois Boots Boys ont tué Benjamin Hermansen, un garçon de 15 ans. Quand cela est arrivé, le journal Dagsavisen a écrit : « Ceci devrait ouvrir les yeux des autorités et de tous ceux qui ne veulent pas reconnaître l’existence du nazisme et du racisme en Norvège ». Le Centre contre le Racisme d’Oslo note qu’à la fin des années 1990, il y a eu dans le pays presque deux mille incidents racistes en partie dus à la rhétorique du Parti dit Progressiste et bien sûr des sectes nazies. Ce climat n’a cessé de se dégrader en Norvège. Le score de 20 % du Parti dit Progressiste aux dernières élections en est la démonstration. Et comme toujours, lorsque l’extrême-droite connaît des succès électoraux, les groupes néo-nazis marginaux qui en ont été exclus pour préserver sa « respectabilité », deviennent de plus en plus violents.

 

 

Cependant, il y a un hypocrite déni de la bourgeoisie de l’existence du Nazisme et de la manière dont la droite « modérée » tolère et encourage même l’extrême droite. Cela se voit un peu partout en Europe : les nationalistes « respectables » de plusieurs régions, comme les Flamands de la NV-A en Belgique et la Ligue du Nord en Italie s’affichent volontiers avec l’extrême droite. En France, il y a manifestement un rapprochement entre la branche dite de « Droite populaire » de l’UMP et Marine Le Pen. Il y a donc un mélange des genres où l’on ne parvient guère à distinguer les plus extrémistes de celles et ceux qui veulent se donner un vernis de respectabilité.

 

 

Même si Andreï Behring Breivik rejette les skinheads, il n’en prône pas moins une lutte violente dite de « loup solitaire » contre le régime démocratique coupable à ses yeux de trahison. Et c’est manifestement ce climat qui a encouragé la folie meurtrière du personnage.

 

 

Ajoutons aussi que les Jeunes socialistes qui étaient réunis en camp d’été à l’île d’Utøya sont cataloguées très à gauche. Ils prônent, entre autres, le boycott économique d’Israël, une solidarité active avec les Palestiniens, une lutte sans merci contre le fascisme renaissant et aussi une société réellement conviviale en Norvège, sans exclusion. Toutes choses devant profondément déplaire à un individu comme Breivik.

 

 

Que conclure à ce stade ?

 

Toute pensée d’exclusion engendre la violence. En prônant,  comme étant la solution à nos problèmes, le rejet de l’autre, on en fait un coupable et ce coupable doit expier. Un exemple : voici un an, Nicolas Sarkozy prononça son désormais fameux discours de Grenoble où il fustigea les Roms et prôna même des peines particulières pour des naturalisés Français. Il ébranla ainsi les bases de l’édifice républicain et provoqua une vague de violences. Le président français a généré la violence et il a stigmatisé la communauté des Roms. Le résultat est qu’il y a aujourd’hui beaucoup plus de Roms en France que l’année dernière.

 

Si les « officiels » prônent donc l’exclusion, cela aura forcément des conséquences néfastes et, surtout, cela provoquera un climat délétère, propice à l’épanouissement de ces idées délirantes.

 

 

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Nicolas Sarkozy, Angela Merkel, David Cameron :

des conservateurs aux idées dangereuses

 

 

Un autre aspect est le « multiculturalisme ». Autant, je ne pense pas qu’il soit une bonne solution à la vie commune entre populations d’origines diverses, autant, son rejet virulent par les principaux leaders conservateurs européens comme Angela Merkel – le « multikulti », c’est fini ! – Nicolas Sarkozy et David Cameron est non seulement odieux mais encourage aussi les extrémistes.

 

Evitons toutefois de tomber dans le piège de considérer toute critique du multiculturalisme comme étant d’inspiration fasciste. Le droit à la critique est essentiel en ce domaine comme en d’autres, surtout dans les circonstances actuelles.

 

 

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Le peuple norvégien rend hommage aux vicitimes des attentats : au-delà du chagrin, une prise de conscience.

 

 

Enfin, espérons que l’affaire Breivik ait les mêmes effets que l’affaire Dutroux –  qui a ouvert les yeux sur le crime de pédophilie - : éveiller une prise de conscience du danger mortel des idées de rejet de l’autre.

 

 

Pierre Verhas

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Published by pierre verhas
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