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  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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1 décembre 2009 2 01 /12 /décembre /2009 23:20

 

Jacques Attali a trouvé une belle image lorsqu’il comparait le système financier mondial à un avion sans cockpit et bien sûr sans pilotes. Cependant, ce n’est pas tout à fait cela. Le cockpit existe et l’équipage aussi. Mais c’est un équipage ivre. Début 2008, les premiers signaux d’alarme se sont déclenchés dans le cockpit (crise alimentaire, hausse vertigineuse des prix du pétrole), l’équipage, tout à son festin, n’y prêta guère attention. Octobre 2008, alerte rouge dans le cockpit, l’équipage lève les bras au ciel : il ne peut rien faire d’autre que prier que l’aéronef traverse le maelström sans trop de casses. Le vœu fut exaucé, mais les signaux d’alarme clignotaient toujours. Rien n’avait été résolu, mais de jolies hôtesses apportèrent la suite du festin aux pilotes à peine remis de leurs émotions. Tout était redevenu comme avant. Le G 20, très vite surnommé « G vain » avait beau montrer un doigt sévère vers l’équipage, peu importe pourvu que le festin soit toujours aussi délicieux et copieux.

 

Mais, voilà, le scénario recommence, à peine un an après la chaude alerte d’octobre 2008. Un bout de désert montre de sérieux signes d’affaiblissements. Dubaï est au bord de la faillite ! C'est pourquoi, on pourrait intituler cet épisode le "krach 2" comme le remake d'un feuilleton TV.

 

Dubaï, cet émirat constitué d’un bout de désert où il n’y a rien, même pas de pétrole, fait partie des Emirats arabes unis. Les Émirats arabes unis  sont un État fédéral regroupant sept émirats mitoyens, Abou Dabi, Ajman, Charjah, Dubaï, Fujaïrah, Ras el Khaïmah et Oumm al Qaïwaïn, situés entre le golfe Persique et le golfe d'Oman. Les Émirats arabes unis sont l'un des plus importants producteurs et exportateurs de pétrole et sont membres de l’OPEP. Les principales réserves gazières et pétrolières se trouvent dans l'émirat d'Abou Dabi, par ailleurs capitale politique du pays tandis que l'émirat de Dubaï, capitale économique du pays, est avant tout un paradis fiscal et un lieu de spéculation foncière effrénée et de tourisme de luxe. Les Émirats Arabes Unis sont situés dans le sud-ouest de l’Asie, dans la péninsule arabique, entre le golfe Persique et le golfe d'Oman, sur les rives du Golfe d’Oman et du Golfe Persique, entre Oman et l’Arabie Saoudite. Une enclave omanaise (Madha) se situe dans les montagnes à l'est du pays, formant le détroit d'Ormuz, face à l'Iran. Dès lors, ces Emirats sont un lieu éminemment stratégique et « sensible » au vu de la manne pétrolière et de leur situation géographique.



Vue par satellite de la côte des Pirates
où se trouvent les Emirats arabes unis :
Lieu hautement stratégique !

Au début des années 1960, un premier puits de pétrole fut découvert à Abou Dabi, ce qui permit le développement rapide de l’émirat, sous la conduite de Sheikh Zayed bin Sultan Al Nahyan, qui fit construire des écoles, des hôpitaux, des logements et des routes. Dubaï fut également gagné par cet élan de développement économique, aidé par les recettes des exportations pétrolières. Les différents émirats commencèrent à se rapprocher et à prendre leur indépendance vis-à-vis des Anglais, notamment en formant un conseil qui leur permit de décider par eux-mêmes des enjeux politiques. À la tête de ce conseil se trouvait Adi Bitar, le conseiller de Cheikh Rashid bin Saeed Al Maktoum. Enfin, en 1968, les britanniques se retirèrent de la région et mirent fin aux « États de la Trêve », qui étaient composés aussi des états du Bahrein et du Qatar. Les 9 états tentèrent de former une union, mais n’y parvinrent pas. Bahreïn et Qatar déclarèrent leur indépendance en 1971. La même année, six autres émirats accédèrent aussi à l'indépendance formant les Émirats arabes unis. Ils seront rejoints en 1972 par Ras el Khaïmah.



Les premiers dirigeants de Dubaï


Dubaï est donc non producteur de pétrole et ne possède pas de ressources naturelles comme des minerais contrairement aux autres Emirats. Il ne vit que de transactions financières liées aux pétrodollars et au tourisme de luxe. C’est évidemment à la fois sa force et son point faible.

                                                             

                                                               
                                                             Trois exemples de la folie immobilière        Dubaïote : la tour Burj Dubaï, l'hôtel Atlantis et l'île en forme de palmier



Cette masse considérable d’argent entraîna des projets immobiliers pharaoniques reposant sur de la main d’œuvre étrangère, essentiellement des Pakistanais, qui vivent dans des conditions proches de l’esclavage. (Tiens ? Où sont les diverses LDH et autres BHL pour dénoncer cette abomination ?) Le projet le plus fou est  « Burj Dubaï », la tour de tous les superlatifs, disent ses promoteurs. 818 mètres, 22 millions d’heures de travail, 162 étages. La tour la plus haute du monde. Jusqu’au dernier moment, les autorités ont caché la hauteur définitive de la tour, histoire d’éviter qu’un bridé trop ambitieux lance son projet à un mètre de plus. Et comme, c’est bien connu, Dubaï regorge d’eau, on a construit une fontaine de 152 mètres, l’équivalent d’une tour de 50 étages, histoire de compléter la piste de ski toute proche qu’on descend en 22 secondes. Il y a aussi cet hôtel dingue, le plus cher du monde, qui vient d’être inauguré. Et puis, il y a ces îles artificielles pour milliardaires appelées les « Dubaï World » dont la plus grande est en forme de palmier s’avançant dans le Golfe. De nombreuses vedettes du show business ont investi à Dubaï et risque d’avoir un réveil douloureux. Voici quelques noms qui sont révélateurs :
David Beckham (footballeur, icône de la mode internationale) Michael Owen (footballeur), David James (gardien), Joe Cole (footballeur), Andy Cole (footballeur à la retraite), Kieron Dyer (footballeur), Brad Pitt et Angelina Jolie (acteurs), Naomi Campbell (modèle), Denzel Washington (acteur). Et last but not least Cécilia Attias ex-épouse Sarkozy a décidé de quitter Dubaï, où elle vit depuis un an, pour s'installer à New York. Mais Richard Attias, qu'elle a épousé le 23 mars 2008, ne va pas l'accompagner. L'homme d'affaires s'occupe de la politique événementielle de la riche monarchie pétrolière.



Carla ex-Sarkozy a retiré à temps ses
billes de Dubaï


Quant aux banques, la Emirates Bank Association dénombre les institutions suivantes comme étant les plus importantes banques à capitaux étrangers dans les Émirats arabes unis: HSBC 17 milliards de dollars, Standard Chartered 7,8 milliards $, Barclays 3,6 milliards $, RBS 2,2 milliards $, Citi 1,9 milliard $, BNP Paribas 1,7 milliard $, Lloyds 1,6 milliard $. Si on voit ces chiffres, ces engagements bancaires, par rapport au total des engagements, ne sont pas si énormes, mais représentent tout de même des montants comparables aux budgets d’Etats moyens. Il n’y a pas que les banques. 13 milliards d'euros engagés par des banques européennes, Sony, EADS et Daimler exposés...

Selon le Crédit suisse, l'engagement des banques européennes à Dubaï s'élèverait à 13 milliards d'euros. Sur quoi ont-elles misé ? Sur du sable et des immigrés pakistanais, indiens et indonésien (Dubaï est le premier pourvoyeur de devises étrangères du pays) amenés dans le pays pour ériger des tours vides à la gloire du pognon extorqué à leurs voisins dans le plus grand respect des règles éthiques de la finance islamique. Encore un pseudo rempart contre la crise qui s'est effondré.


Et ce n'est pas la dernière cloison qui tombera. Avec tous ses profits tirés de la spéculation immobilière et financière, Dubaï s'était constitué un portefeuille d'actions : Sony, EADS, Daimler... Si l'émirat devait se séparer de ces actions (seules réelles ressources dont il dispose), ce sont ces entreprises qui trinqueraient et, après elles, leurs employés. Sans parler de la crise de confiance envers les pays du Golfe qui s'en suivrait. Après l'effondrement de la bulle, voici le circuit par lequel une nouvelle crise pourrait se propager. Par exemple, la compagnie aérienne « Emirates » de Dubaï qui est la principale compagnie aérienne des Emirats devra fusionner avec celle d’Abou Dhabi et probablement celle de Qatar. Quand on sait que 45 % du carnet de commandes d’Airbus (pour l’A 350 et l’A 380) dépend de cette région, il y a de quoi s’inquiéter pour EADS et l’avenir de l’aéronautique européenne.



Un Airbus A 380 de la compagnie "Emirate".
Une alerte pour l'aéronautique européenne ?

Si Dubaï ne vivait que des pétrodollars, tout cela serait encore plus ou moins viable, mais non, les requins de la finance sont arrivés et ont accordé des crédits complètement fous sans aucune vérification de solvabilité et de rentabilité des projets immobiliers. C’est ainsi que les promoteurs des îles artificielles se trouvent dans l’incapacité de rembourser les souscripteurs de leurs obligations dont l’échéance est fixée au 14 décembre 2009. C’est cela le krach de Dubaï : cet Etat ne dispose d’aucun fonds propres, il ne vit que sur une fantastique « bulle » et les experts le savaient.


Depuis le 25 novembre et l'annonce du moratoire du remboursement de la dette de deux sociétés phares, Dubai World et Nakheel, le rêve dubaïrote s'est transformé en cauchemar pour la City. La Financial Services Authority, la tutelle des marchés financiers de Grande Bretagne, a demandé d'urgence aux banques sous sa supervision l'ampleur de leurs financements du boom immobilier dubaïrote. Les grandes banques, Standard Chartered et HSBC, ainsi que la Royal Bank of Scotland ont massivement prêté aux promoteurs immobiliers pour faire sortir de terre les gratte-ciel comme des champignons après la pluie.


La seule solution consiste à demander l’aide du puissant voisin, principal émirat des Emirats arabes unis, Abou Dhabi.  Pilier de la fédération des Emirats arabes unis, Abou Dhabi, troisième producteur mondial de pétrole (et qui concentre 90 % de la production de la fédération), avait déjà été mis à contribution au début de l'année. Il était intervenu massivement (en souscrivant 10 milliards sur les 20 milliards d'obligations en bons du Trésor émis par l'émirat) à un moment où le baril de pétrole stagnait aux alentours de 50 dollars. On verra si Abou Dhabi procédera au sauvetage pour la date fatidique du 14 décembre alors que le baril vaut aujourd’hui près de 80 dollars.


Abou Dhabi ne peut se permettre la faillite de Dubaï. Cependant, les autorités fédérales des Emirats, à savoir Abou Dhabi, ont  fait savoir que leur aide sera assortie de conditions drastiques. Autrement dit, Dubaï devra faire le ménage, et sans doute sacrifier ses projets les plus dispendieux. Atténuée artificiellement entre le 26 et le 29 novembre par la coïncidence de l'Aïd el-Kébir et de Thanksgiving, l'onde de choc de Dubaï se fera longtemps ressentir, dissipant une série d'illusions et provoquant à terme un nouvel accroissement du chômage dans les pays occidentaux et un sort funeste pour les esclaves Pakistanais et Bangladeshis qui œuvrent à la richesse indécente de Dubaï.


Pourtant, Dubaï ne naquit pas de la folie ultralibérale. Premier micro-Etat engagé par nécessité dans l'après-pétrole, Dubaï avait su se montrer précurseur à la fin du XXe siècle en imaginant la mondialisation à venir dont l'émirat, à la jonction de l'Asie, de l'Afrique, du Moyen-Orient et, au-delà, de l'Occident serait l'un des carrefours. Cette vision, Cheikh Rachid, le père de l'actuel souverain, l'avait concrétisée avec la création du gigantesque complexe portuaire de Jebel Ali et de sa zone franche, et en créant la compagnie aérienne Emirates. Ce postulat a été vérifié. Les zones franches ont été multipliées, l'émirat s'est également mis à produire de l'aluminium, mais la folie immobilière de Cheikh Mohammed entraîné par la vague spéculative et attiré par l’argent facile, les « golden boys » de la finance internationale et aussi… la mafia russe, a ébranlé ce modèle.



Al Makhtoum, un cheik plus attiré par la manne
financière que par l'intérêt de son pays


Le financier belge Georges Ugeux dont les analyses font autorité écrit sur son blog (http://finance.blog.lemonde.fr)  : « Les négociations commencent à tous les niveaux : entre les deux Emirs, tout d’abord, avec une certitude. L’autonomie dont bénéficiaient les sept émirats va être remplacée par une intégration politique et financière indispensable. Abu Dhabi ne paiera pas toutes les dettes de Dubaï, et certainement pas l’endettement privé. La partie se joue maintenant entre Dubaï et ses créanciers : il faut restructurer la dette. Mais la manière brutale dont l’arrêt du service de la dette de Dubaï World a été décidé ne répond à aucun critère international de renégociation et crée un ressentiment qui fera de ces négociations un exercice difficile. Le chairman de Dubaï World n’a pas interrompu son pèlerinage à la Mecque.


Tout cela nous rappelle qu’il ne suffit pas de savoir. Il faut encore avoir le courage d’agir face à cette connaissance. Mais l’essentiel est de ne surtout pas tomber tout seul. Il y aura beaucoup de victimes de ces extravagances en Europe, aux Etats-Unis et en Asie. Une cure de sobriété ne fera pas de tort aux familles des Emirs dont les comportements ressemblent furieusement à ceux des traders.


Il faudra encore quelques semaines pour y voir plus clair. Mais avec $ 2,5 milliards de crédits à Dubaï World, la Royal Bank of Scotland, maintenant nationalisée, n’est qu’un exemple des effets internationaux de cette crise annoncée depuis longtemps. »


La crise est loin d’être terminée et les responsables continuent de plus belle. Leur comportement détruit l’économie mondiale et entraîne un cortège de misère qui pourrait se transformer en trainée de sang. On se pose une question : quelle sera la prochaine « bulle » ?

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Published by pierre verhas
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