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  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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17 mai 2012 4 17 /05 /mai /2012 23:05

 

L’éditorial du journal financier belge « l’Echo » du 15 mai est révélateur des intentions des « marchés ». Intitulé « Démocratie ennemie d’elle-même », l’éditorial de M. Serge Quoidbach, rédacteur en chef affirme : « Quelle que soit l’issue de la crise politique, le choix du peuple grec sera bafoué. On assiste ici à la limite du jeu démocratique. A moins de choisir une autodestruction magistrale, Grecs et Européens doivent pour un temps mettre ce droit des peuples entre parenthèse et assouplir leurs exigences respectives ». Dans le même journal, Maria Fekter, ministre autrichienne de l'Intérieur déclare : « La Grèce devrait refaire une demande d’adhésion à l’UE. Nous y regarderons à deux fois... ».

 

 maria_fekter.png

Maria Fekter ferait bien de ne pas oublier que l'Autriche

est entrée dans l'Union européenne sans avoir été dénazifiée... 

 

 

Le masque – du moins ce qu’il en restait – est tombé : on connaît les réelles intentions des maîtres des « marchés ». Les peuples doivent subir bon gré mal gré les mesures d’austérité et de démantèlement de l’Etat social, leur expression compte pour du beurre et le politique doit s’effacer devant le financier.

 

Déjà, l’Italie est dirigée par un gouvernement de techniciens qui n’a aucune légitimité démocratique, qui prend des mesures antidémocratiques, sans que le citoyen italien ait un quelconque recours, sans que le Parlement puisse s’opposer. Souvenons-nous que le Danemark et l’Irlande ont dû « recommencer » leur référendum sur le Traité de Maastricht. Depuis que l’Europe est dominée par les lobbies bancaires, sa dérive antidémocratique est évidente. Or, on entend peu de responsables politiques dénoncer cette tendance dangereuse. Les seuls qui se permettent la moindre objection sont traités de ringards, d’anti-européens, de nationalistes et – injure suprême – de populistes !

 

Solidarité interdite

 

Mettre « entre parenthèses » la démocratie revient à la démolir. La démocratie est une substance qui a la propriété de se dissoudre quand on la met entre parenthèses. Dans la mécanique totalitaire qui se dessine, il n’y a plus de place pour la solidarité. Qu’il s’agisse de la solidarité interne comme la sécurité sociale ou de la solidarité externe telle que l’aide à un pays en difficulté. Dès le traité de Maastricht, cette solidarité a été même interdite ! C’est d’ailleurs la cause principale du blocage de cette crise de la dette souveraine : la Banque centrale européenne comme les Etats ne peuvent pas aider un autre Etat à se renflouer. Pire, le sommet de la pyramide européenne, sous la pression du lobby bancaire, contraint ces mêmes Etats – aujourd’hui la Grèce et demain les autres – à adopter des mesures d’austérité qui les empêchent de s’en sortir !

 

On en arrive à une absurdité : on savait que les comptes de la Grèce avaient été trafiqués avec l’aide de Goldman Sachs dont sont issus Mario Monti, le chef non élu du gouvernement italien  et Mario Draghi, directeur général de la BCE. La crise de la dette grecque éclate. L’Union européenne refuse d’aider la Grèce si elle ne se redresse pas elle-même. C’est comme si on demandait à un malade de guérir avant qu’on de le soigne !

 

 monti_draghi.jpg

Mario Monti et Mario Draghi : Goldman Sachs crée des liens...

 

 

Nous avons reproduit  sur ce blog le 7 mai 2010 (http://uranopole.over-blog.com/article-euro-d-autres-confirment-49992760.html), l’analyse de M. Philippe Villin, banquier d’affaires et ancien directeur du Figaro, donc un homme de droite qui n’est pas un de ces « excités ignares de gauche ». Il écrivait : « Aucun médecin ne fait jamais maigrir en quelques semaines un patient de 100 kilos dont le poids objectif est de 60 kilos, surtout après l’avoir laissé grossir pendant des années sous sa surveillance comme Monsieur Trichet et sa B.C.E. ont laissé les déséquilibres et les déficits prospérer. Un tel médecin tuerait son malade à moins que le médecin ne le tue avant... Les pauvres Grecs sont pour moi comme des cobayes dans un laboratoire qui subissent la médecine Trichet-Merkel à forte dose. J’espère que les politiques comprendront en voyant ces malheureux cobayes exploser ce qui se passerait s’ils imposaient cette médecine au Portugal, à l’Espagne, à l’Italie…. et pourquoi pas à la France.

 

Si les politiques voulaient sauver l’Euro - je doute pour ma part que ce soit une bonne solution car son échec est patent et seule la remise à niveau de la compétitivité par un niveau de dévaluation adéquat dans chaque pays me paraît fonctionner- il faudrait à tout le moins annoncer d’urgence l’abandon du pacte de stabilité. Madame Merkel veut le durcir ! Il faut, évidemment, faire l’inverse ! A l’instar de ce qui est demandé à la Réserve fédérale américaine, il faut fixer à la B.C.E. de nouveaux objectifs privilégiant la croissance sur la lutte contre l’inflation. Il faut accélérer les réformes structurelles, mais en se donnant 10 à 15 ans pour ramener les déficits des finances publiques à un niveau probablement un peu supérieurs à ceux de Maastricht. (…) Si l’Allemagne est européenne, il faut enfin qu’elle baisse très fortement ses impôts pour mettre son déficit au niveau moyen de la zone européenne. Alors seulement, on pourrait espérer un répit permettant peut-être de reconsidérer l’ensemble du projet européen, débouchant sur une zone intégrée politiquement et économiquement et qui aurait sa monnaie unique. Mais elle serait assurément fort différente de la zone euro actuelle tant dans son périmètre que dans son fonctionnement. »

 

Un scénario catastrophe

 

Il n’y a rien à ajouter à cette analyse exprimée il y a deux années et toujours pertinente, sinon que la Grèce a été mise sous tutelle, qu’il lui est impossible de faire les efforts qui lui sont imposés, ce qui, bien entendu, a eu pour conséquence un rejet majoritaire de cette politique par la population grecque.

 

Les élections ont signifié le rejet des deux grands partis qui dirigeaient alternativement la Grèce depuis la chute des colonels en 1974, les conservateurs et les sociaux-démocrates du PASOK, au profit de Syriza, une gauche radicale à la Mélenchon dirigée par un jeune leader très populaire, Alexis Tsipras, et malheureusement d’un parti nazi qui a obtenu 6,9 % des voix. Un accord de gouvernement entre les partis traditionnels et Syriza  n’a pas été possible et de nouvelles élections sont décidées. On prévoit un succès considérable pour Syriza.

 

 

 alexis-tsipras-grece.jpg

Alexis Tsipras de plus en plus populaire,

pourrait être incontournable. (Reuter)

 

 

Conséquence : des menaces de plus en plus claires sont exprimées à l’égard de la Grèce : si vous ne tenez pas vos engagements – ou plutôt si vous ne vous pliez pas à notre diktat – vous serez exclu de l’Euro, voire même de l’Union européenne ! Wolfgange Schäuble, le ministre allemand des finances, Jose Manuel Barroso, le président de la Commission européenne et même Luc Coene, le gouverneur de la Banque nationale de Belgique, évoquent clairement le retour de la Grèce à la drachme. Du jamais vu depuis la fondation de l’Europe en 1957 ! L’exclusion de la Grèce de la monnaie unique signifierait son expulsion de l’Union européenne sans compter le risque d’un effet domino avec le même problème pour l’Italie, l’Espagne et le Portugal ! En plus, le FMI déclenche la panique en bloquant son aide à la Grèce, sans compter l’agence de notation Fitch qui met son grain de sel en dégradant la note grecque Résultat : les citoyens grecs se précipitent dans les banques pour retirer leurs économies en Euros.

 

 

 Luc_Coene.jpg

Luc Coene (Banque nationale de Belgique) joue

dans la cour des grands et menace la Grèce.

 

 

En outre, un pacte budgétaire qui suit le mécanisme européen de stabilité doit être ratifié par les Etats de l’Eurozone. Ce pacte contraindrait les Etats-membres à résorber leurs déficits et à présenter à terme des budgets en boni. Une nouvelle donne politique s’ajoute avec l’élection de François Hollande à la présidence de la République française. Celui-ci cherche manifestement à calmer le jeu en renégociant le pacte budgétaire, son ministre de l’économie, Pierre Moscovici, a même menacé de ne pas ratifier le pacte si les négociations ne sont pas lancées.

 

Si ce scénario catastrophe se réalise, on risque d’assister à une division de l’Europe entre une zone Nord « riche » et une zone Sud « pauvre ». Et même dans la zone « Nord », il y aurait de plus riches que d’autres. Ainsi, les Pays Bas qui, pourtant, affichaient la plus grande sévérité à l’égard de la Grèce, pourraient avoir difficile à suivre le train conduit par les Allemands.

 

Si une autre orientation n’est pas prise, celle proposée depuis des mois par les néo-keynésiens comme Stiglitz, Krugman, Villin, De Grauwe, les « économistes atterrés » pour ne citer que ceux-là, ce sera tout simplement la fin de l’Europe qui aura perdu cette guerre économique sans merci au profit d’un système bancaire qui mettra le monde sous sa coupe.

 

 francois_hollande06.png

François Hollande représente un espoir réel.

 

 

L’espoir vient d’abord de François Hollande. On verra s’il parviendra à inverser la vapeur. Il semble en avoir la volonté, mais parviendra-t-il à disposer des moyens ? L’avenir nous le dira très vite. L’espoir vient aussi d’une gauche radicale et démocratique qui commence à s’étendre en Europe. Mélenchon en France et Tsipras en Grèce feront sans doute des émules. En tout cas, ils servent d’aiguillon pour vaincre la timidité d’une social-démocratie qui semble tout doucement retrouver la voie du social.

 

L’enjeu : c’est la démocratie, c’est l’égalité, c’est la solidarité, c’est la liberté. Cela vaut la peine, non ?

 

 

Pierre Verhas

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Published by pierre verhas
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