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  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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7 mai 2010 5 07 /05 /mai /2010 18:17

Voici une tribune d’un homme de droite, Philippe Villin, ancien directeur du Figaro et banquier d’affaires. Il analyse la situation de l’Euro.

Il est surprenant de lire et d’entendre les discours des uns et des autres aujourd’hui. Ce sont exactement les mêmes arguments avancés en 2001 et en 2005 au sujet des Traités de Maastricht et constitutionnel. À l’époque, ils se voyaient affublés de tous les noms d’oiseaux. Aujourd’hui, tout le monde leur donne raison. Eh bien, ils avaient raison à temps et les autres ont raison trop tard !

Lisez :

 

« La situation actuelle n’est pas une surprise parce que l’euro souffre d’un vice fondamental : on a créé une monnaie unique avant une unité politique qui me paraît définitivement compromise par l’élargissement décidé postérieurement.

 

 

Comme je l’ai écrit à de nombreuses reprises (dans le Figaro que je dirigeais à l’époque,) j’y étais personnellement opposé. On a mis la charrue avant les bœufs. Je pensais aussi que la diversité des situations dans les pays de la zone rendrait impossible la définition d’une politique monétaire et économique appropriée à chacun des pays. C’est malheureusement ce qui s’est passé. En outre, depuis sa création, l’euro a été structurellement surévalué. Cela a entraîné une perte de compétitivité de l’économie européenne considérable, qui succédant à la politique du franc fort, a créé des dommages irréparables pour notre pays. Des entreprises ont fermé. Des délocalisations ont eu lieu sur lesquels on ne peut revenir : l’aéronautique française, l’un de nos plus grands talents industriels, est désormais largement implantée au Etats-Unis et au Mexique au lieu d’être restée totalement en France et au Maghreb pour les tâches les moins techniques ; nos exportations de vins et de spiritueux sont en déclin ; on pourrait multiplier les exemples. En fait seule la zone germanique au sens large a profité de l’euro qui lui a permis de vendre mieux en grande exportation avec une monnaie moins forte que ne l’auraient été ses propres devises et de connaître une formidable expansion de ses ventes au sein de la zone euro. En effet, les autres pays ont dévasté leur commerce extérieur en achetant aux Allemands plus que ce que leurs possibilités ne le leur permettaient et cela explique pour une large part les déficits de balance commerciale et une partie des déficits de la dette que connaissent les pays en difficulté de l’Europe du sud.

 

bce.jpg

 

L'Euro rend fous ceux qu'il veut perdre !

 

 Que faire ? Eviter que les tenants du dogme, à commencer par son grand prêtre Jean-Claude Trichet, et les hommes politiques qui se sont laissés abuser, ne ruinent l’économie en refusant de reconnaître leur erreurs. Aujourd’hui, force est de constater que la zone euro a connu une croissance inférieure à celles de autres pays européens. Le risque immense est qu’en voulant sauver le Pacte de Maastricht - un empêcheur structurel de croissance vu les contraintes qu’il impose - les dogmatiques de l’euro entraînent l’économie européenne dans une déflation destructrice. Il est évident que la plupart des pays de l’euro, y compris la France, ont un immense besoin de réformes structurelles, lesquelles passent par une diminution de la dépense publique et non par une augmentation punitive de l’impôt. Mais ne confondons pas vitesse et précipitation. Aucun médecin ne fait jamais maigrir en quelques semaines un patient de 100 kilos dont le poids objectif est de 60 kilos, surtout après l’avoir laissé grossir pendant des années sous sa surveillance comme Monsieur Trichet et sa B.C.E. ont laissé les déséquilibres et les déficits prospérer. Un tel médecin tuerait son malade à moins que le médecin ne le tue avant... Les pauvres Grecs sont pour moi comme des cobayes dans un laboratoire qui subissent la médecine Trichet-Merkel à forte dose. J’espère que les politiques comprendront en voyant ces malheureux cobayes exploser ce qui se passerait s’ils imposaient cette médecine au Portugal, à l’Espagne, à l’Italie…. et pourquoi pas à la France.

 

 

jean-claude_trichet.jpg

 

Quel gâchis, Monsieur Trichet !

 

 Si les politiques voulaient sauver l’Euro - je doute pour ma part que ce soit une bonne solution car son échec est patent et seule la remise à niveau de la compétitivité par un niveau de dévaluation adéquat dans chaque pays me paraît fonctionner- il faudrait à tout le moins annoncer d’urgence l’abandon du pacte de stabilité. Madame Merkel veut le durcir ! Il faut, évidemment, faire l’inverse ! A l’instar de ce qui est demandé à la Réserve fédérale américaine, il faut fixer à la B.C.E. de nouveaux objectifs privilégiant la croissance sur la lutte contre l’inflation. Il faut accélérer les réformes structurelles, mais en se donnant 10 à 15 ans pour ramener les déficits des finances publiques à un niveau probablement un peu supérieurs à ceux de Maastricht. Il faudrait aussi que les Allemands s’interdisent de briguer la présidence de la B.C.E... Si l’Allemagne est européenne, il faut enfin qu’elle baisse très fortement ses impôts pour mettre son déficit au niveau moyen de la zone européenne. Alors seulement, on pourrait espérer un répit permettant peut-être de reconsidérer l’ensemble du projet européen, débouchant sur une zone intégrée politiquement et économiquement et qui aurait sa monnaie unique. Mais elle serait assurément fort différente de la zone euro actuelle tant dans son périmètre que dans son fonctionnement.

 

 Personnellement, je ne suis pas convaincu que cette zone intégrée et plus réduite puisse être efficace, si jamais elle venait à voir le jour politiquement. Je pense que l’euro explosera en tout état de cause avant. Je crains avant tout qu’un Jean-Claude Trichet borné et gardien du dogme et ses acolytes n’aient avant plongé l’Europe dans une dépression sans précédent.

 

 Ma crainte est en effet que la tentative des tenants du dogme soit de le préserver à tout prix pour ne pas être exposés à la situation de dire aux citoyens de l’Europe que ce projet d’union monétaire sans union politique était une folie !

   

Avec l’euro, Jean-Claude Trichet a construit un tunnel dont il a bouché l’entrée et qui débouche sur le précipice de la déflation. Il faut qu’un homme politique ait le courage de renoncer au dogme, mais sa tâche ressemblera alors à celle d’un pape qui aurait à expliquer aux croyants qu’il n’y a eu à Lourdes, ni apparition de la vierge, ni miracles. Il aura aussi à inventer un nouveau projet. Quel gâchis Monsieur Trichet ! »

 

  Philippe Villin

 

Il y a un élément consolant dans tout cela. Un homme de droite rejoint les analyses progressistes au sujet de l'Euro : tout cela fait partie d'une politique volontariste de détruire le tissu social et d'éliminer toute forme de solidarité. D'autre part, c'était folie de vouloir faire une monnaie commune sans union politique.

 

Un scandale à la clé

 

En prime, on apprend que le député européen écologiste Daniel Cohn Bendit accuse Nicolas Sarkozy et François Fillon d'avoir conditionné leur aide à la Grèce à l'achèvement des contrats d'achat d'armes françaises signés par le gouvernement Caramanlis. Voici ce qu'en rapporte le Nouvel Obs.com :

 

«L'eurodéputé a expliqué, lors d'une conférence de presse à Paris sur l'avenir du mouvement écologique, avoir rencontré Georges Papandréou "la semaine dernière" alors qu'il était à Athènes. "Je le connais depuis longtemps" a-t-il précisé en relatant sa conversation avec le chef du gouvernement grec.

 

"C'est quand même incroyable la manière dont les Merkel et Sarkozy de ce monde traitent un Premier ministre grec", s'est-il exclamé. "Dernièrement, M. Papandréou, qui était au sommet de l'Otan, est passé par Paris. A Paris, il y a un certain M. Fillon et un certain M. Sarkozy", a poursuivi  Daniel Cohn-Bendit.

 

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Dany le Rouge-Vert s'insurge à juste titre !

 

"M. Fillon et M. Sarkozy ont dit à M. Papandréou : Nous allons lever des sommes pour vous aider, mais vous devez continuer à payer les contrats d'armement qu'on a avec vous, signés par le gouvernement Caramanlis", a assuré le leader Verts au Parlement européen.

 

"Depuis ces trois mois, il y a eu plusieurs milliards de contrats d'armement qu'on a obligé la Grèce à confirmer, Des frégates françaises - 2,5 milliards - que doivent acheter les Grecs; il y a des hélicoptères, il y a des avions, il y a des sous-marins allemands".

 

A ce propos, Daniel Cohn-Bendit avait lancé, lors d'un débat mercredi au Parlement européen sur l'aide à la Grèce : "Vous êtes complètement fous", à l'adresse de la Commission européenne et des représentants des Etats de l'UE. "Ce que doit faire le gouvernement Papandréou est pratiquement impossible", faisant référence aux sacrifices salariaux et sociaux demandés et fustigeant en outre les dépenses militaires en Grèce, qui plombent les déficits, et "l'hypocrisie" de certains partenaires qui en profitent pour garnir leurs carnets de commande.

 

"On leur donne de l'argent pour acheter nos armes. On est complètement hypocrites", s'était-il insurgé, en citant les contrats de la France et de l'Allemagne. Il a conclut en demandant à la Commission européenne "un rapport sur les ventes d'armes à la Grèce et à la Turquie ces dernières années, afin qu'il y ait transparence".»

 

Les contrats d'armement plombent les déficits grecs ! Et la pensée unique veut nous imposer de construire l'Europe avec ces gens-là !

 

Et puis, si cela se termine en scandales, la coupe sera pleine. On ne triche pas impunément avec les peuples.

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Published by pierre verhas
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