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  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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30 décembre 2012 7 30 /12 /décembre /2012 14:31

 

En dépit de prévisions farfelues mais bien rentables pour leurs auteurs et symptomatiques du niveau de crédulité de la population des régions dites développées du globe, la fin du monde ne s’est pas produite. Le calendrier Maya a été mal interprété, comme il fallait d’ailleurs s’y attendre.

 

 

 calendrier-maya.jpg

Le fameux calendrier Maya a été mal interprété. Cette "erreur" n'était pas si innocente !

 

 

S’il n’y a eu fin du monde, il y a par contre fin d’une époque. Les propos de l’actuelle femme politique la plus puissante d’Europe repris lundi 17 décembre par le Financial Times, l’organe de la pensée unique occidentale, sont édifiants à cet égard. Angela Merkel nous livre une démonstration apparemment sans faille : Les Européens ne peuvent plus assumer la moitié des dépenses sociales du monde alors qu’ils ne représentent que 7 % de la population et ne contribuent qu’au quart de l’accroissement annuel de la richesse. Ce n’est pas tenable, pour l’actuelle – et sans doute future – chancelière allemande.

 

 

 angela_merkel03.jpg

Angela Markel a une nouvelle mauvaise idée...

 

 

Derrière ces propos, la grande maîtresse de Berlin souhaite consacrer l’argent à l’éducation, à la recherche et à la relance en baissant la fiscalité et en réduisant les budgets sociaux. En clair, l’objectif est de supprimer l’Etat-providence tant honni.

 

Dans le numéro de « Marianne » de fin d’année 2012, l’économiste Laurent Mauduit, journaliste à « Mediapart » écrit : « Brûlons le SMIC et le code du travail. Les plus déshérités se contenteront du RSA ».

 

Tout part en outre d’une falsification : la confusion de l’Etat-providence avec l’assistanat. Le concept de solidarité est exclu du raisonnement de la louve berlinoise. Merkel fustige le fait que la sécurité sociale en revient à assurer des suppléments de revenus à tous, alors qu’elle ne devrait servir qu’à protéger les plus démunis. D’autre part – et c’est l’argument massue – l’Etat-providence coûte cher et nous rend ainsi non concurrentiel.

 

C’est exact. L’Etat-providence est coûteux. Mais il est un point essentiel de notre civilisation et le monde entier nous l’envie. C’est pour créer leur propre modèle de protection sociale que les peuples d’Amérique du Sud adhèrent à la révolution bolivarienne. La défense du principe de solidarité est mondiale. C’est à ce niveau que doit se situer le combat progressiste.

 

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John Peet de l'hebdo The Economist a raison : la France est incapable de se réformer. Encore faut-il savoir de quelles réformes il s'agit.

 

 

Le « Monde » des 23 et 24 décembre relate les propos du journaliste responsable pour l’Europe de The Economist, John Peet, qui est l’auteur d’un article qui a provoqué un choc en France et en Europe, dans le numéro du 17 novembre, intitulé « The time-bomb, at the heart of Europe » qui est une critique acerbe de la social-démocratie à la française. « Le gouvernement, mais aussi les élites de gauche comme de droite, n’ont toujours pas pris conscience de l’ampleur des réformes nécessaires. » Il a raison ! Mais de quelles réformes s’agit-il ? Bien sûr, dans l’esprit de John Peet, cela signifie la suppression de l’Etat providence et de la réduction de la puissance publique à sa plus simple expression. Et vient l’avertissement : un pays incapable de se réformer constitue une menace pour l’ensemble de la zone Euro. Il explique qu’ « à l’inverse de leurs alter ego britanniques, les élites françaises restent franchement méfiantes envers la libre concurrence. » Il concède qu’elles sont cependant plus sensibles à la mondialisation qu’autrefois. Cette différence est normale : après trente années de thatchérisme, il est logique que les « élites » britanniques soient devenues les petits soldats du néo-libéralisme. Les Français le sont un peu moins, certes, mais ils y arrivent rapidement. M. Peet peut se rassurer ! Et suivent les poncifs du genre : « En France, les entrepreneurs restent les mal aimés. » Exactement le rôle de Calimero du MEDEF français et de la FEB belge !

 

La sacro-sainte concurrence

 

La concurrence, la sacro-sainte concurrence soi-disant « libre et non faussée » défendue comme un dogme par la Commission européenne ! A quoi sert-elle et pourquoi les ultralibéraux y sont tellement attachés ? En principe, la concurrence doit servir d’émulation entre différents entrepreneurs sur un marché et le meilleur en prix et en qualité est sensé l’emporter.  En réalité, c’est tout autre chose. Une concurrence « libre et non faussée », c’est la loi de la jungle. Le « libre » signifie la dérégulation et le « non faussé », un contrôle inefficace. Les ententes entre entreprises sont très difficiles à détecter, même si certaines doivent payer des amendes colossales. En réalité, la concurrence engendre à terme le monopole. On le voit, par exemple, avec le marché énergétique. L’ouverture à la concurrence a non seulement provoqué une importante hausse des prix, mais elle a rétabli une situation monopolistique qui n’est plus publique mais privée.

 

Faut-il pour autant supprimer la libre entreprise, ou l’entraver dans des carcans administratifs la rendant ainsi inopérante ? Non, bien sûr. Il faut simplement partir du vieux principe que toute liberté s’arrête là où elle touche à l’intérêt général. Il n’est pas non plus invraisemblable de placer sous contrôle public des entreprises stratégiques lorsque cela s’avère nécessaire. Et tant pis pour la doxa néolibérale ! En agissant ainsi, on aurait pu sauver la sidérurgie européenne. Mais en laissant faire un Mittal, puis en  cédant à ses diktats, un secteur industriel entier a été délocalisé avec des milliers d’emplois détruits. Désormais, l’Europe devra importer l’acier dont aura besoin ce qu’il reste de son industrie.

 

La faiblesse des élites

 

Voilà la preuve de la faiblesse de la classe dirigeante. Elle se montre incapable de répondre aux offensives des multinationales. Elle cède aux instances internationales, c’est-à-dire celles des multinationales et des banques, qui la contraignent à affaiblir l’Etat. La social-démocratie n’est plus que l’ombre d’elle-même. Tous les partis de gouvernement ont cédé à la pensée ultralibérale. Il n’y a en réalité plus de choix politique. Les différences entre les programmes des partis sont indétectables. Les élections se résument à des combats de personnalités qui ne font qu’assouvir leurs ambitions. Ils pratiquent toujours et partout la même politique. Et on constate un autre phénomène : les dirigeants politiques sont de plus en plus la proie d’intérêts divers et contradictoires.

 

Des politiques sans perspectives ni éthique

 

 

 silvio_berlusconi01.jpg

Silvio Berlusconi caricature d'homme politique, mais vrai affairiste !

 

 

On a vu pendant près d’une décennie la caricature de Berlusconi en Italie qui a presque réussi à devenir une sorte de « CEO » de la Péninsule et qui en a profité pour modifier les lois afin de se protéger de poursuites judiciaires. Il contrôle la plupart des médias et peut ainsi distiller sa propagande auprès du peuple italien. Comment demander à un pareil personnage d’avoir un réel courage politique ? Il a été remplacé fort peu démocratiquement par Mario Monti, ancien commissaire européen, coauteur de la défunte constitution européenne, ancien de la banque Goldman Sachs, qui imposa à l’Italie un plan d’austérité dont les résultats sont catastrophiques. L’austérité – on le sait ! – ne contribue en rien à diminuer la dette publique et à réduire les déficits, bien au contraire. Elle crée en plus la récession. Alors, pourquoi s’obstine-t-on, sinon pour étouffer l’Etat au seul profit des « marchés » ? On peut se poser la question : pour qui réellement travaillent les Monti, Merkel, Hollande, Di Rupo ? Ne leur faisons pas de procès d’intention, en agissant comme on le voit, ils ne font que servir les intérêts de ce que, dans le temps, on appelait « le grand capital ».

 

 

 Mario_monti02.jpg

Pour qui travaille Mario Monti ?

 

 

Un cas exemplaire est l’affaire du réel ou prétendu compte suisse du ministre du budget du gouvernement Ayrault, Jérôme Cahuzac. Ce ministre PS, médecin de son état, est chargé du budget, c’est-à-dire de la politique d’austérité et de la lutte contre la fraude fiscale. Si l’existence de ce compte en Suisse est prouvée, il y a là une contradiction évidente. D’autre part, et cela semble à notre sens plus sérieux : Jérôme Cahuzac entretenait des liens étroits avec l’industrie pharmaceutique. Il s’agit là d’un évident conflit d’intérêts étant donné le poids de cette industrie dans les dépenses de l’assurance maladie. De plus, chacun sait que ce secteur agit à son seul profit, souvent en contradiction avec les règles élémentaires de santé publique et de l’éthique médicale.

 

 

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Jérôme Cahuzac : le prototype du politicien sans éthique ni crédibilité

 

 

Loin de nous l'idée de prôner la vertu à tout crin, mais en politique, l’éthique reste une valeur essentielle. Un Cahuzac n’a plus sa place dans un gouvernement. Trop de soupçons pèsent sur lui, même s’il n’y a, à ce jour, aucune preuve formelle. Il a perdu toute crédibilité.

 

Une classe politique faible et démonétisée, une élite isolée et repliée sur elle-même ne sont évidemment pas à même de faire les réformes nécessaires et encore moins capables de changer de cap, car ils ne dérivent plus que dans le sens des vents dominants.

 

En outre, on en est arrivé à un tel point que les solutions classiques deviennent impossibles à mettre en œuvre.

 

Le keynesianisme ? Bien sûr, ce serait la solution. Mais pour cela, il faudrait une industrie. Or, nos pays se sont désindustrialisés. Près de 80 % des emplois industriels ont été détruits. Les usines ont fermé ou ont été délocalisées.

 

Bientôt la famine ?

 

Les services publics sont progressivement démantelés. Certains sont déjà tombés en faillite – rappelez-vous la Sabena – d’autres vont suivre. Le service public est donc soit privatisé, soit réduit à sa plus simple expression.

 

 

 arcelor_mittal_chaud.jpg

Arcelor Mittal Liège et Florange : des fermetures pour "rassurer" l'ogre "marchés"

 

 

L’Etat social est devenu l’ombre de lui-même. Jusqu’à présent, le minimum a été préservé, mais ce n’est pas terminé. Même l’aide à la pauvreté est attaquée. La réduction, sous des prétextes fallacieux, des crédits européens à la banque alimentaire a des conséquences dramatiques : les « restos du cœur » seront bientôt dans l’impossibilité de remplir leur mission. Après avoir jeté des milliers de personnes dans la rue grossissant ainsi l’armée des SDF, va-t-on connaître la famine ?

 

Une insurrection

 

 

 Jules_Michelet.jpg

L'historien Jules Michelet souhaitait déjà un grand mouvement social.

 

 

Jules Michelet, juste avant la révolution de 1848, écrivait : « J’ai la foi, l’attente d’un grand mouvement social ; je crois que le temps n’en est pas éloigné. » Pas mal de monde a cet espoir, car il n’y a plus d’autre possibilité de réplique. Un mouvement social se prépare. De quelle nature sera-t-il ? Où et quand se déclenchera-t-il ? Quelles en seront les conséquences ? Nul ne peut répondre à ce sujet. La seule certitude est que la concentration de la quasi-totalité des richesses entre si peu de mains crée un déséquilibre propice à une insurrection. Des premiers éléments d’analyse montrent qu’elle aura sans doute lieu très bientôt. Qui sait, en 2013 ? Nous en parlerons très bientôt.

 

En tout cas, nous l’appelons de nos vœux !

 

Pierre Verhas

 

 

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Annick Ferauge et Marcel Pochet - CAA 30/12/2012 16:14

A chacun ses voeux, en voici un des nôtres.



Faisons un vœu: indignation pour les Grands Lacs

Etre juste,

En cette fin d’année, nous avions projeté d’écrire à M. Hessel, l’indigné,
un de ceux qui souhaitent que beaucoup soient indignés….de ce qui se passe d’injuste dans le monde.
Sans doute a-t-il raison : c’est avec des indignés qu’on peut changer des choses, changer les choses.

Ce que nous voulions dire à Mr Hessel c’est que nous nous étonnons de son silence sur les Grands Lacs, sur l’Afrique, berceau de l’humanité.

Mais, nous avons craint d’être injustes pour Mr Hessel en voulant être justes pour l’Afrique et ses habitants.
Alors, nous avons repris notre discours, nous l’avons remanié.

Se poser en donneurs de leçons, vouloir la justice peut, parfois,
déranger, blesser, choquer…
Il n’est pas inutile de déranger, mais, jusqu’où ….?
Jusqu’où ne pas aller trop loin ?
Nous gardons en tête le principe que dire la vérité ne peut être mauvais en soi…


Dans le fait, comme certains, de se contenter de se poser des questions,
il peut s’agir d’une façon de ne pas vouloir exposer, voir venir au jour la vérité,
celle des faits, celle qu’on ne peut nier.
Aux interrogations, tergiversations, hésitations, nous préférons voir brandir la vérité des faits,
claire, comme une flamme entretenue pour la justice.

Nous voulons inaliénable le principe de la « vérité des faits ».
Nous aimons la revendication : « les faits rien que les faits » de Mr Steinberg qui s’est cependant trompé en participant au livre « N’épargnez les enfants » : une incorrection historique !
Ce livre commet l’erreur de ne conter qu’une part de l’histoire, celle qui arrange ceux qui l’écrivent et leurs alliés. Il s'agit d'une part de 1994, mais on tait ce qui a amené 1994 et ce qui l'a
suivi, jusqu'au Congo à partir de 1996 et jusqu'aujourd'hui ce qui s'y passe.
En effet, on veut taire les responsabilités du FPR et l'on invoque de fausses raisons d'envahir les contrées, notamment, en fausse raison, on accuse les FDLR de crimes, viols, exactions,
provocations commises par les vrais envahisseurs avec l’appui hypocrite de l'international et des multinationales.

En ces temps où l’on répète qu'on veut consacrer « la Mémoire » à force de décrets proclamant un prétendu « devoir de mémoire », nous déclarons opposer à ce "devoir" le « droit inaliénable pour les
peuples d'avoir accès à la vérité sur l’histoire ».


Nous pensons que le « devoir de mémoire » invoqué par nos pays et les associations soutenues sert actuellement à mettre l’accent sur une part de l’histoire et à en occulter l’ensemble.
Pour être « l'Histoire », il faut toute l'histoire.
Sinon, le dit devoir ne sert qu’à la réécriture de l’histoire.
Illustration : les chargés de missions diverses vont jusqu'à nier l'existence des ethnies au Rwanda avant l'arrivée du colonisateur, quelle insulte à la réalité ! Voyez donc les archives publiées
et les ouvrages des chercheurs, voyez le tambour « Kalinga », le bien décoré de liens et dépouilles de Bahutu vaincus, parfaite illustration du temps jadis et de la servitude installée.

L’histoire appartient à l’histoire, l’histoire de tous, et pas seulement celle de certains,
pas celle qui arrange ou profite à certains.

"Les enjeux", nous dit-on, "sont énormes", ils se nomment en fait: diamants, coltan, minerais, territoires, dividendes d'un monde que certains veulent partager entre puissants. Alors qu'il est à
tous.
Les appétits se déclinent au présent mais parler du passé peut servir pour certains à occulter les responsabilités de nos contemporains dans l'accaparement mondial et la cruauté de ceux qui les
aident dans cette tâche.

Les responsabilités sont censées être celles de nos élu(e)s, payés pour gérer le bien commun.
Pour être juste, et plus complet, Monsieur Hessel, lisez, svp "Carnages" de P. Péan et Charles Onana, par exemple..., et dites nous ce que vous pensez du sujet...., ainsi qu'à vos amis....
Puisque nous sommes interdépendants, il faut s'indigner sur les carnages voisins, ils nous concernent aussi.


Le « droit de savoir » correspond à notre recherche constante d’émancipation des oppressions et à notre désir d’égalité des individus et des peuples.

Annick Ferauge et Marcel Pochet
CAA
Bruxelles, 22 décembre 2012

pierre verhas 30/12/2012 16:57



Vous vous servez du blog "Uranopole" pour diffuser vos thèses dur le Rwanda, ce n'est pas le sujet de cet article. Nous avons déjà mis au point la question. Je vous ai dit que je pense qu'il y a
eu double génocide, mais je me refuse de considérer Juvénal Habyarimana comme "un bienfaiteur de l'humanité". Il fut un de ces potentats africains criminels qui ont pillé et assassiné leur peuple
avec la complicité des Occidentaux.


Je ne peux d'ailleurs accepter vos vues, car je connais personnellement pluisieurs rescapés de ce drame d'oigines hutu et tutsi qui m'ont fait le récit de ce qu'ils ont subi et de ce à quoi ils
ont réussi à échapper. Ces témoignages valent toutes les analyses politiques et font aussi partie du "travail de mémoire".


Aussi, vous êtes libres de réagir aux articles publiés sur le blog, mais je n'accepterai dorénavant plus des plaidoyers sur les thèses de l'ancien régime au Rwanda et des commentaires qui sortent
du sujet de l'article auxquels vous ajoutez en outre des considérations personnelles qui n'ont pas leur place ici.


En vous remerciant de votre attention.