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  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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9 novembre 2012 5 09 /11 /novembre /2012 21:12

Le rapport Gallois remis récemment au président François Hollande a le mérite de poser les questions essentielles sur l’avenir de l’Europe. Les derniers événements montrent que nous sommes à la veille de changements fondamentaux.

 

Les derniers événements : fermetures d’entreprises en France et en Belgique avec la suppression de milliers d’emplois, plans sociaux sur plans sociaux, etc. Les effectifs de l’industrie qui forment ce qu’il reste de la classe ouvrière, fondent comme neige au soleil. En France, selon l’économiste Jean-Louis Levet, conseiller auprès de Louis Gallois, l’industrie manufacturière en France a perdu 1,9 millions d’emplois entre 1980 et 2007, soit une baisse de 36 % des effectifs. (Le « Monde » du 9 octobre 2012). Les forts gains de productivité seraient à l’origine de la perte de 30 % d’emplois et la concurrence étrangère (autrement dit les délocalisations) de 39 %. Ce dernier chiffre s’est fort accru depuis 2000.

 

 

 louis_gallois.jpg

Le rapport de Louis Gallois met les choses au point.

 

 

Les économistes orthodoxes attribuent ces destructions d’emplois à la politique des gouvernements successifs en France et en Belgique qui n’investissaient plus dans les entreprises depuis les deux chocs pétroliers (1974 et 1979) en préférant protéger le consommateur. Autrement dit, il est reproché de ne pas avoir fait assez de « cadeaux » aux entreprises et de ne pas avoir limité le pouvoir d’achat des ménages.

 

Simpliste

 

Or, cette analyse est simpliste. En effet, la politique ultralibérale qui a débuté juste après le second choc pétrolier a restreint les capacités d’aides à l’investissement de la puissance publique. Cela a empêché le secteur industriel de se moderniser face aux pays émergents qui « bénéficiaient » des délocalisations. D’autre part, il est faux d’affirmer que les gouvernements ont privilégié le pouvoir d’achat des ménages. Depuis les années 1980, la part du travail dans l’économie n’a cessé de diminuer au profit du capital.

 

Le rapport Gallois fort contesté à la fois dans ses constats et dans ses propositions a l’avantage de présenter une analyse sans complaisance.

 

Le rapport Gallois met les point sur les i.

 

Son diagnostic est impitoyable. Les profits des entreprises françaises sont passés de 6,3 % en 1990 à 3,3 % en 2011. La France compte aujourd’hui 95.000 entreprises exportatrices contre 107.500 en 2002. C’est deux fois moins qu’en Allemagne et en Italie. Le coût du travail entre la France et l’Allemagne est quasi équivalent : 34 Euros/heure pour les Français, 33 Euros/heure pour les Allemands. Par contre, les profits en Allemagne sont de l’ordre de 11 %. Et l’indice d’exportation sur la base 100 en 1998 est de 130 pour la France et de 220 pour l’Allemagne. Il n’y a pas photo ! L’Allemagne est la plus forte. Elle exporte mieux, elle fabrique des produits de meilleure qualité, pour un coût du travail quasi aussi élevé que le coût du travail français.

 

L’Allemagne et l’ordolibéralisme

 

En clair, l’Allemagne se présente aujourd’hui comme « la » puissance économique européenne. La France est désormais hors jeu. On a d’ailleurs vu lors de la crise de la dette souveraine qu’Angela Merkel menait le jeu. Nicolas Sarkozy n’était qu’une marionnette. Le tandem « Merkozy » était en fait double patte et patachon… Toutes les décisions importantes prises par les fameux Sommets européens – chacun ayant été de la « dernière chance », bien évidemment – ont été inspirées par l’Allemagne. Le MES (Mécanisme Européen de Solidarité), proposition française, a été refaçonné par l’Allemagne. Le Traité budgétaire est œuvre allemande. Tout cela est basé sur une doctrine typiquement allemande : l’ordolibéralisme.

 

 

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Le "couple" Merkozy : double patte et patachon...

 

 

L’ordolibéralisme est une pensée économique née en 1932, juste après la crise. Il s’agit en quelque sorte d’un libéralisme autoritaire : il est basé sur la division du travail. La politique monétaire est placée sous la responsabilité d’une banque centrale indépendante du pouvoir politique dont l’objectif est d’assurer une stabilité monétaire et l’inflation la plus faible possible ; la politique budgétaire doit être équilibrée et est élaborée par le gouvernement ; la fixation des salaires est établie par les négociations patrons-syndicats. Enfin, il convient de maintenir une concurrence libre et non faussée et le libre accès au marché. On retrouve une part de la doctrine de Bismarck (indépendance de la négociation patrons-syndicats) et les objectifs libéraux de stabilité économique étant sous la responsabilité de l’Etat, afin d’assurer la liberté des entreprises et des marchés. C’est cette doctrine qui a manifestement inspiré la conception de la monnaie unique, l’Euro, dans le traité de Maastricht. C’est cette pensée qui a guidé Merkel dans les Sommets européens « de la dernière chance ».

 

La puissance de l’Allemagne est désormais un élément de premier ordre dans la structure européenne. C’est pourquoi, il faut se poser la question : Hitler a-t-il gagné ?

 

L’Union européenne : Est-ce que cela existe ?

 

L’Union européenne qui était sensée unir les peuples d’Europe sur un pied d’égalité afin de garantir la démocratie parlementaire, de préserver la paix et d’apporter la prospérité a incontestablement réussi, mais sous la protection du « parapluie » américain. Elle n’a pas réussi à se doter d’une défense propre, donc à acquérir son indépendance. Si elle est devenue un géant économique, elle est un nain politique. De plus, dès sa fondation en 1957, elle a choisi le modèle économique libéral, ce qui est son talon d’Achille. Après la chute du Mur de Berlin, tout a été bouleversé.

 

 

 

 berlaymont.jpg

L'Union européenne existe-t-elle ?

 

 

Comme l’écrivent Cédric Durand et Ramzig Keucheyan dans le « Monde diplomatique » de ce mois de novembre 2012 : « La crise économique ouverte en 2007 a révélé les contradictions inhérentes à la construction européenne. Elle a en particulier démontré que l’Union s’adossait à un régime politique autoritaire, susceptible de suspendre les procédures démocratiques en invoquant l’urgence économique ou financière. » Il s’agit d’une forme de « césarisme » comme le dénonçait Antonio Gramsci  (1891 – mort en captivité en 1937), un intellectuel italien marxiste critique dont on ferait bien de relire les travaux : Au cours des grandes crises du capitalisme, les institutions issues du suffrage universel sont mises de côté, au profit du renforcement de la bureaucratie civile et militaire, de la haute finance, de l’Eglise… En résumé, le « césarisme » est la propension des régimes démocratiques à devenir autoritaires en période de crise.

 

 

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Antonio Gramsci : un penseur rigoureux et sans complaisance

 

 

La fin des démocraties

 

C’est ce que nous vivons : les gouvernements et les Parlements nationaux qui sont issus du suffrage universel sont muselés, le Parlement européen est mis en jachère, en dépit des protestations de son Président, Martin Schulz, les différents référendums relatifs à des Traités européens sont annulés.

 

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Martin Schulz, Président du Parlement européen, tente en vain de faire entendre son Assemblée.

 

 

Au cours des quatre dernières années, des institutions échappant à tout contrôle populaire, telles la Banque centrale européenne (BCE) et la Commission européenne, ont ainsi — avec la collaboration active des classes dominantes de ces pays — dicté leur feuille de route aux peuples irlandais, hongrois, roumain, grec, italien, espagnol, portugais, français, belge, etc. Le traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG), le contrôle budgétaire des Etats membres et la surveillance des banques par l’Union prolongent ce mouvement qui est loin d’être terminé.

 

L’Allemagne : première puissance européenne

 

L’Union européenne qui aurait dû être une structure démocratique supranationale est devenue en réalité un pouvoir « césarien » entre les mains des lobbies essentiellement bancaires et du pays le plus puissant du continent, l’Allemagne. Pourquoi ?

 

Sur le plan géopolitique, on s’aperçoit que l’Europe est dirigée par un système intergouvernemental : le Conseil dirigé par un personnage réactionnaire et sans vision, Herman Van Rompuy. La Commission qui aurait dû être une force de proposition comme elle le fut auparavant, est devenue une sorte de police de la concurrence et de la finance publique au service du Conseil. Son président, Jose Manuel Barroso est un homme médiocre incapable de s’imposer. La fameuse stratégie « Europe 2020 » n’est qu’une coquille vide, un catalogue des poncifs ultralibéraux. Le système intergouvernemental est dirigé par l’Allemagne, la Grande Bretagne s’éloignant de l’Union, surtout depuis la venue au pouvoir du conservateur David Cameron.

 

 

 

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Herman Van Rompuy n'a pas l'envergure de sa tâche.

 

 

L’Allemagne a donc toute latitude pour diriger l’Europe. Sa réunification éclair lui a permis d’étendre son influence vers l’Est. Sa puissance économique affaiblit ses « partenaires » de l’Ouest, à savoir la France et le Benelux. La France n’est plus une puissance économique, le rapport Gallois vient de le montrer. Elle n’est plus non plus une puissance politique : la faiblesse de ses trois derniers présidents (Chirac, Sarkozy et aujourd’hui Hollande) s’est manifestée à suffisance.

 

Le Sud de l’Europe est ruiné et un pays comme la Grèce a été véritablement « tiersmondisé » par la sinistre « troïka ». L’Espagne et le Portugal sont menacés. L’Italie est dirigée par un gouvernement qui n’est pas issu du suffrage universel et qui se montre incapable à opérer un redressement efficace.

 

Les pays d’Europe centrale et de l’Est sont sous influence allemande et particulièrement faibles, car l’aide qui leur a été apportée par l’Union européenne a surtout profité aux grandes entreprises internationales – essentiellement allemandes – de s’installer, profitant des salaires de misère payés aux travailleurs de ces pays.

 

 

 

 Hitler.jpg

Hitler a peut-être gagné !

 

 

Dès lors, Hitler a peut-être gagné. Ses principaux objectifs dépouillés des monstrueuses obsessions racistes et antisémites, ont été atteints : la fameuse « drang nach Osten », l’affaiblissement du flan Ouest de l’Allemagne et la tutelle sur le Sud de l’Europe, sont en voie d’être réussis.

 

Un mouvement social d’ampleur

 

Alors, quelle riposte ? Elle ne peut venir que d’un mouvement social d’ampleur. Est-ce possible ? On peut cependant en douter. Rien que le projet de grève européenne de 24 heures du 14 novembre a du plomb dans l’aile. En Belgique, malgré l’avalanche de délocalisations et de suppressions d’emplois, les organisations syndicales sont divisées et certaines centrales sont plus que frileuses.

 

Il y a une réalité : le syndicalisme a évolué. Il s’est à la fois corporatisé et individualisé. Les centrales professionnelles ne se préoccupent plus que de l’intérêt de leur secteur, voire de certaines entreprises. La solidarité ouvrière qui était la force des organisations syndicales n’existe plus. Nous ne sommes plus au temps des mineurs de fond qui vivaient la solidarité dans leur chair et dans leur sang. L’individualisme s’est imposé dans le monde du travail qui, par là, s’est considérablement affaibli. Dès lors, la force du monde du travail n’est plus à même de faire changer les choses. La social-démocratie de gouvernement est otage du néolibéralisme. Elle cherche à ne concéder que « le moindre mal », mais n’a plus le rapport de force suffisant pour emporter la décision. De même, le mouvement syndical n’a plus les moyens de faire céder, ni même fléchir, le capital.

 

 

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Occupy Wall Street : malgré la répression, ce mouvement prend de l'ampleur.

 

 

Et pourtant, des mouvements de masse se constituent, encore dans les limbes, mais suffisamment spectaculaires. Les indignés en Espagne, Occupy Wall street à New York, le printemps Erable à Montréal. Si ces mobilisations de masse parviennent à se structurer et à s’organiser à un niveau mondial, alors peut-on sans doute entonner la chanson : « Accroche à ton cœur un morceau de chiffon rouge… et lève-toi car il est temps ! »

 

Et autre chose aussi : tant que l’alliance de fait entre l’Allemagne et la haute finance subsistera, Berlin restera maître du jeu politique en Europe. Si, pour une raison quelconque, cette alliance éclate, l’Allemagne pourrait aussi s’effondrer. Et cela pourrait se faire au cas où le fameux marché transatlantique finit par s’imposer. N’est-ce pas une des tâches principales du président américain réélu ? Ce sera alors un nouveau combat, et de taille.

 

Pierre Verhas

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Published by pierre verhas
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commentaires

Theijs 07/12/2012 12:21

Les ouvriers Français se sont fait entubés, vive Mélanchon

Bernard Gensane 13/11/2012 17:39

Chapeau !