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  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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12 mars 2013 2 12 /03 /mars /2013 11:11

La mort d’Hugo Chavez, le bouillant Président du Venezuela, a déclenché une polémique sans précédent suite au décès d’un chef d’Etat. Une fois de plus, les médias occidentaux se sont déchaînés pour dénoncer un dictateur (pas sanguinaire, mais presque…), un gourou de secte qui a réussi (France 2), un révolutionnaire de pacotille. Et nous en passons.

 

 

 hugo-chavez01.jpg

Hugo Chavez a dit adieu à son peuple.

 

 

Depuis 1999, Chavez est au pouvoir et il a été réélu trois fois, malgré les pressions des Occidentaux sur les médias privés du Venezuela (à peu près deux chaînes de télévision sur trois sont privées et distillent une propagande hostile à Chavez). Il a conservé et renforcé sa popularité. La raison en est simple. La Venezuela est riche en pétrole et Chavez a profité de l’augmentation des cours de l’or noir pour financer des programmes sociaux ambitieux tels la scolarisation, le secteur de la santé, la sécurité sociale, etc. Les résultats furent spectaculaires. Le taux de pauvreté a diminué de 54 % et le taux de pauvreté extrême de 72 % depuis sa prise de pouvoir. Le Venezuela est devenu le pays le moins inégalitaire d’Amérique du Sud selon le fameux indice Gini. Les allocations sociales (maladie, vieillesse) ont triplé sous Chavez et le SMIC vénézuélien a été augmenté à plusieurs reprises.

 

 

 DEUIL-HUGO-CHAVEZ-.jpg

Le deuil des Vénézueliens n'est pas un deuil à la "Nord Coréenne".

 

 

Il y a bien sûr des points faibles, notamment le taux de criminalité qui est un des plus importants du monde. L’inflation, bien qu’elle ait diminuée, reste à un taux insupportable : 22, 2% en janvier 2013.

 

Chavez – et c’est sans doute là qu’il a déclenché l’ire des Occidentaux – a marqué son indépendance à l’égard des USA et son hostilité à sa politique. Il a prôné la révolution bolivarienne pour tout le continent sud-américain. De profonds changements ont eu lieu et le charisme exceptionnel de Chavez a certainement joué un rôle : la Bolivie d’Evo Morales et l’Equateur de Rafaele Correa ont rallié la révolution bolivarienne. Hugo Chavez entretint de très bonnes relations avec le Brésil et l’Argentine.

 

La problématique est le voisin occidental : la Colombie. Ce pays entièrement contrôlé par les USA et est confronté à la fameuse guérilla des FARC rendues célèbres par la prise d’otage d’Ingrid Betancourt. Chavez fut accusé de soutenir les FARC. Cela n’empêcha pas une réconciliation avec le président colombien Alavaro Uribe en 2008.

 

Hugo Chavez est un homme inclassable. Il fut un révolutionnaire sans violence. Tout en prônant l’indépendance à l’égard des Etats-Unis, il s’efforça d’entretenir des relations correctes avec la grande puissance. C’est ainsi qu’il fit distribuer du pétrole à bas prix aux pauvres du Bronx de New York et aux victimes de l’ouragan Katarina de 2009.  Bien que marxiste, il s’est toujours dit chrétien et sa profession de foi est sans doute révélatrice de sa personnalité dans ces deux citations :

 

«  Parmi les éléments qui pourraient définir le socialisme du xxie siècle, je dirais que la première caractéristique est l’élément moral. Il faut commencer par cela, par la conscience, par l’éthique. Le Che a beaucoup écrit sur la morale socialiste. Quelle que soit la vision du monde que l’on a, il faut nous réapproprier le sens éthique de la vie. Ce que je dis là tient sans doute beaucoup du christianisme : « Aimez-vous les uns les autres » ou « Aimez votre prochain comme vous-même ». En réalité, il s’agit de ceci : de la solidarité avec le frère. Il s’agit de la lutte contre les démons que le capitalisme a semés : l’individualisme, l’égoïsme, la haine, les privilèges. »

Et :

«  Je suis chrétien et je pense que le socialisme doit se nourrir des courants les plus authentiques du christianisme»

 

Certains médias affirment que Chavez restera une énigme. Non, il fut un homme libre qui refusait de rentrer dans les schémas pour mieux servir son peuple et ses idéaux.

 

Pierre Verhas

 

Suivent ici deux articles (le premier de Sandra Russo, le second de José Fort) parus sur le site du « Grand Soir » qui dénoncent les relations scandaleuses de l’establishment et des médias occidentaux suite à la mort d’Hugo Chavez. Edifiant !

 

 

 

lundi 11 mars 2013


Il a été le premier à bouger l’aiguille qui était arrêtée.

 

Ce qu’ils ne pardonnent pas à Chávez (Pagina12)


Sandra Russo

 

 

À Hugo Chavez, ils ne lui ont pas pardonné même quand il était évident qu’il allait mourir.

Quand il a demandé à Dieu un an, quand il a imploré qu’il lui donne du temps.

 

Quand il a utilisé la métaphore de la pleine lune pour donner une idée de quelle forme, ronde, était sa conviction que Nicolás Maduro garantissait la continuité du projet bolivarien.

 

Les haineux, à l’intérieur et en dehors du Venezuela, ne le lui ont pas pardonné, ni ne lui pardonneront jamais, d’avoir été le premier président du monde à déchirer le voile de la grande cochonnerie néolibérale et d’avoir dynamisé par des idées et du pétrole une région qui juste quatre ou cinq ans après, comme résultat de la grande crise, a voté pour ses collègues de route, les présidents latino-américains qui ont fait que cette région, pour la première fois en deux cents ans, croît, mais pas grâce à plus d’inégalité.

 

 

Cette donnée à la vie dure. Ici ou là-bas, plus ou moins, meilleur ou pire, d’abord une chose ou l’autre, avec un style ou un autre, mais ils l’ont fait. Ces pays, les nôtres, dans la « décennie gagnée », ont progressé économiquement et socialement. C’est cela qu’ils ne lui ont pas pardonné, ni lui, ni aux autres. Qu’il ait mis l’esprit, le cœur et les politiques sur le social, c’est ce qu’aujourd’hui l’Occident cache sous le tapis.

 

 

 

Chavez a rendu évident ce qui semblait impossible. Que l’on peut être un militaire qui défend sa patrie, mais que la patrie est le peuple, et non les financiers nantis. Que l’on peut redistribuer vers le bas la rente de ce pourquoi on envahi les pays, on ment à l’opinion publique, on tue et on meurt. Les États-Unis vont en guerre pour du pétrole et Chavez l’offrait ou baissait le prix de celui-ci pour les amis. Et ses amis n’étaient pas des PDG de holdings, de banques ou de multinationales : ils étaient les présidents d’autres peuples qui voulaient sortir la tête de l’eau après une souffrance populaire qui avait duré des générations.

 

 

Avec sa franchise impudente, Chavez a dit au monde : eh ! Les compressions budgétaires ne sont pas inévitables ; les banques ne sont pas des dames de charité ; ce qui est à nous est à nous et à tous, aussi pour les sans papiers et les pouilleux. Chavez a aussi dit : eh, il n’y a pas de raison et ce n’est écrit nulle part, que ce que nous vivons jusqu’à aujourd’hui continue de la sorte et dans les mêmes mains qui volent. Le monde lui est tombé dessus mais il a dit : « Cela ne m’importe même pas de défendre mon honneur. Je veux seulement défendre ma patrie ».

 

 

L’Europe continue sans se rendre compte, ou peut-être bien que se rendre compte ne suffit pas, et il faut espérer qu’émergent des dirigeants qui synthétisent et conduisent les désirs collectifs de changement. Chavez n’a pas eu peur de choses qui auraient hérissé tout homme sensé. Après, les autres l’ont suivi, et sur ce point comment ne pas se souvenir de Nestor Kirchner quand, avant la plus grande refonte de dette de l’histoire, il leur a collé son diagnostic irréfutable, le même auquel, dix ans après, commencent à parvenir les Européens : quand il a dit que « les morts ne paient pas ».

Aujourd’hui, peu de choses restent déjà de ces Européens indignés qui sont sortis dans les rues en 2011. Ou du moins, les grands médias ne rendent plus compte de ce qui est arrivé à ces jeunes qui remettaient en question le système, mais continuaient d’identifier le système à la politique, comme si c’était inévitable que la politique fut une seule chose : de la pure crasse.

 

 

Ici, nous savons ce qu’il en est de combattre dans l’urgence : pendant les années 90 en Argentine, on n’a pas parlé politique mais de faim et de chômage. En Espagne, leur sont tombées dessus les pluies toxiques des coupes budgétaires, et les « expulsions » : cette guillotine qui coupe à la racine l’envie de vivre de ceux qui d’un jour à l’autre perdent leur toit. Ces bonzes et suicidés avec prénom et nom de famille, individualisés encore grâce aux couches de l’État de Bien-être que la troïka veut démanteler, expriment en Europe ce qu’en Amérique Latine – un continent jusqu’à il y a peu « à sacrifier » – ont exprimé des millions d’exclus sur lesquels le même système et les mêmes politiques ont craché pendant des années.

 

 

Dans un article récent, l’essayiste et traducteur basque Gorka Larrabeiti mettait en lumière le piège attrape-nigaud qu’est aujourd’hui l’Europe. Comme le démontrent les brèves nouvelles de ces derniers jours. Ainsi : au Portugal, simultanément dans 39 villes, la foule a chanté l’hymne de la Révolution des Oeillets contre la troïka. En Italie, il est difficile de former un gouvernement. Revoici Berlusconi et voici, Beppe Grillo, qui se dit « ni de gauche, ni de droite ». En Allemagne un Parti Anti-euro est déjà formé. Il s’élève davantage de voix qui réclament le retour aux monnaies nationales, parce que l’euro-Europe est perçue comme une entrave à l’autodétermination des peuples. En France, la droite de Marine Le Pen demande « solennellement » un référendum pour sortir de l’euro et maudit autant l’Union Européenne que « l’Union soviétique ». aux Pays-Bas, Geert Wilders, leader du Parti de la Liberté, annonce un mélange de mesures anti-immigration d’extrême droite et de politiques qui puissent garantir un État de Bien-être pour les « purs ». En Belgique, le maire populiste d’Anvers, Bart De Wever, a mis en place un impôt spécial pour les citoyens non belges. En Slovénie un gouvernement corrompu tombe et un gouvernement « technique » est formé. Les États-Unis annoncent leurs propres restrictions budgétaires et des millions de personnes se préparent à vivre plus mal.

 

 

Bart-De-Wever.jpg

Si l'Europe continue ainsi, elle sera à la merci d'individus comme Bart De Wever.

 

 

Ces sociétés ne sont, aux yeux des grands médias, des « sociétés divisées », comme l’Argentine n’était pas divisée dans les années 99, quand l’Alliance a gagné. Hugo Chavez gouvernait déjà au Venezuela, mais il paraissait être un militaire de plus parmi ceux à qui le Pentagone donnait quitus. Les sociétés n’étaient pas divisées parce qu’il n’y avait pas de lutte du pouvoir. Changer la direction du pouvoir était inimaginable : il était rivé en un point fixe.

 

 

C’est cela qu’ils ne pardonnent pas à Hugo Chavez : il a été le premier à bouger l’aiguille qui était arrêtée. Il l’a orientée vers le peuple et il a payé le prix, en donnant tout, jusqu’à sa vie, et sa mort est la preuve de ce que « vouloir se perpétuer au pouvoir » était encore une stupidité de plus parmi les nombreuses entendues chaque jour. Ce que Chavez voulait que soit affirmée, prolongée et développée, n’était pas sa permanence au pouvoir, mais celle de l’aiguille indiquant le bas. C’est cela qu’ils ne lui pardonnent pas.

 

 

Sandra Russo

 

 

http://www.pagina12.com.ar/diario/contratapa/13-215412-2013-...

 

Traduit de l’espagnol pour El Correo par : Estelle et Carlos Debiasi

 

http://www.elcorreo.eu.org/Ce-qu-ils-ne-pardonnent-pas-a-Chavez?lang=fr

 

 

dimanche 10 mars 2013

Gardez votre arrogance.


José FORT

 

 

L’arrogance d’une frange de l’élite politico-médiatico française n’est plus supportable. Elle vient de s’exprimer à nouveau avec le décès d’Hugo Chavez : un mélange d’inculture, de bêtise et de haine. La politique de Chavez et du Venezuela peut ne pas être partagée. Mais pourquoi tant de mensonges, de violences ? La politique de répartition de la richesse pétrolière est la raison principale de l’hystérique campagne des médias ignorants et des réactionnaires de tous poils.

 

Une dictature ? Quatorze consultations électorales sur quinze remportées par Chavez et ses compagnons. Aucune manifestation de l’opposition réprimée, aucune arrestation. C’est au mois de février 1989 que remonte la dernière répression de masse dirigée par l’ancien président et vice-président de l’Internationale socialiste, Carlos Andrès Perez, lors des émeutes de la faim. Des milliers de manifestants, la plupart descendus des bidonvilles et des étudiants avaient été abattus par l’armée sur ordre du gouvernement de l’époque. C’est au lendemain de ces événements que le « chavisme » commença à émerger.

 

 

La presse bâillonnée ? 80% de la presse écrite, la majorité des radios et des chaînes de télévision restent entre les mains de l’oligarchie vénézuélienne.

 

 

La pauvreté ? Alors qu’elle augmente en Europe et en France, elle a considérablement diminué depuis l’arrivée au pouvoir de Chavez, selon les chiffres de l’ONU.

 

 

La santé ? Jamais les couches déshéritées de ce pays n’avait bénéficié de moyens aussi importants pour se soigner.

 

 

L’enseignement ? L’analphabétisme a spectaculairement reculé depuis dix ans, selon l’Unesco.

 

 

La solidarité latino-américaine ? Elle s’est déployée avec tous les pays particulièrement avec Cuba, l’Argentine, l’Equateur, la Bolivie.

 

 

La souveraineté nationale ? Le pays n’est plus une colonie yankee.

 

 

La rente pétrolière ? Elle ne va plus dans les poches de l’oligarchie corrompue mais finance les plans sociaux.

 

 

Voilà ce que ne disent pas les médias. Voilà ce que combattent les droites françaises et certains caciques socialistes. Un jour viendra où les peuples vénézuélien et latino-américains nous riant au nez diront à la France : gardez votre arrogance nous n’avons pas besoin de vous.

 

 

José Fort

 

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Published by pierre verhas
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