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  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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26 avril 2012 4 26 /04 /avril /2012 22:47

Il y a quelques semaines, j’avais rédigé un « papier » sur ce blog intitulé : « Je n’y crois pas ! » (À la victoire de François Hollande aux élections présidentielles). Je me suis trompé sur deux points : Sarkozy n’a pas réussi à éliminer l’extrême-droite, ni même à la marginaliser. Bien au contraire, elle fait un score jamais atteint depuis qu’elle se présente aux élections. En second lieu, j’y ai dénoncé le flou du discours de centre-gauche du PS, parti qui cache mal ses divisions internes et une certaine incohérence. Cependant, il ne s’agit pas à ce premier tour, d’une victoire de la gauche, mais d’une défaite de Sarkozy.

 

François Hollande qui s’est lui-même qualifié de « candidat normal », que Mélenchon appelait « le capitaine de pédalo dans une tempête », que même sa rivale, que Martine Aubry, considérait comme trop « mou », a au contraire montré une forte personnalité et a réussi à durcir son discours et surtout à le rendre cohérent.

 

 

 Francois_Hollande04.jpg

François Hollande a réussi à prononcer un discours cohérent.

 

 

Ces deux éléments ont donné le résultat que l’on connaît. Pourtant, il est loin d’être réjouissant. À ce premier tour des élections présidentielles, aucun des candidats  n’a obtenu l’adhésion d’un tiers de l’électorat. C’est fort peu pour un futur Président de la République. De plus, Hollande arrivé en tête, ne dispose pas d’une réserve de voix suffisante pour être certain de battre le « candidat sortant » au deuxième tour. Chacun des deux « challengers » aura  besoin des voix d’extrême-droite pour l’emporter. Hollande lui-même ne s’en cache pas : dans « Libération » (24/04), il le proclame : « A moi de convaincre les électeurs du Front national ! ». Or, pour Hollande, chasser ces voix équivaudrait à renier les principes essentiels de son combat. L’électeur ne comprendrait pas. Ainsi, il est assez surprenant, par exemple, qu’il soit intervenu en soutien à ce policier inculpé d’homicide volontaire pour avoir abattu un truand en cavale.

 

Qu’est devenu le « peuple de gauche » ?

 

C’est un terrible aveu ! Le centre gauche est contraint à la pêche aux voix dans le camp antirépublicain. Cela signifie que la gauche n’est pas assez forte pour s’imposer elle-même, comme ce fut le cas en 1981 – rappelez-vous le « peuple de gauche »…  Aujourd’hui on en est à glaner les voix du pire ennemi. C’est la preuve que le socialisme « gouvernemental » n’est plus populaire. Et c’est là sa première faiblesse.

 

Lorsque le think-tank Terra Nova prôna le « boboïsation » de la « clientèle » du PS, il a jeté le masque : l’élite socialiste se détourne des classes populaires, laissant ainsi le terrain à Jean-Luc Mélenchon. Malheureusement, le candidat du Front de gauche n’a pas atteint son objectif : marginaliser l’extrême-droite pour renforcer la gauche. Il déplore d’avoir été bien seul dans ce combat. Mélenchon n’a pas tort et les Socialistes le payeront très cher dans un proche avenir. Soit dit en passant, Jean-Luc Mélenchon a réussi à renforcer le courant à gauche du PS. En effet, il surnageait à quelque 5 %. Il a atteint plus de 11 %. C’est, malgré tout, un franc succès. Il faut cependant le constater : les classes populaires et les classes moyennes sont abandonnées par les partis « gouvernementaux ». Cela explique leur déconfiture.

 

L’ultralibéralisme affaibli mais encore très fort

 

Le camp de la droite néolibérale est quant à lui considérablement affaibli. Sarkozy qui a eu très peur du FN et de Marine Le Pen paye sa politique de droite « dure » aussi bien sur le plan économique, notamment en ne luttant pas contre la désindustrialisation accélérée de la France, en favorisant systématiquement les plus riches au détriment de la classe moyenne et des plus pauvres ; que sur le plan politique par l’odieux discours de Grenoble, le sinistre débat sur l’identité nationale et ensuite par les mesures discriminatoires de son ministre de l’Intérieur, le très réactionnaire Guéant. Tout cela constitue les causes évidentes de son échec – encore relatif – au premier tour de l’élection présidentielle, sans compter ses promesses non tenues en matière d’emplois.

 

 

 Nicolas_Sarkozy_mecontent.jpg

Nicolas Sarkozy a "pétainisé" son discours.

 

 

Depuis, Nicolas Sarkozy a « pétainisé » son discours. Il a réintroduit de vieilles notions comme le « vrai travail », ses diatribes contre les « corps intermédiaires » - entendez les syndicats – fleurent nauséabond le maréchalisme ! Sa stratégie de courir après la frange la plus réactionnaire de la population française risque de lui coûter très cher le 6 mai prochain, mais cela peut aussi payer, étant donné l’absence de Marine Le Pen. C’est un quitte ou double.

 

François Hollande devrait au contraire dénoncer cette stratégie qui peut avoir de graves conséquences pour la France, au lieu d’en vain courir après les voix du FN. Il devrait se démarquer de manière ferme de cette dérive qui prend des allures d’un mouvement de masse. Redevenez vous-même, citoyen Hollande ! Allez vers le peuple, au lieu de flatter son désarroi ! C’est seulement ainsi que vous aurez une réelle chance de l’emporter.

 

L’Europe pour Hollande ?

 

Il y a un élément important qui joue en faveur de François Hollande : les dirigeants européens parient sur Hollande au deuxième tour. Il faut dire que la politique d’austérité et le pacte budgétaire ont du plomb dans l’aile. L’Espagne de Rajoy espère freiner le rythme des économies budgétaires. Le gouvernement hollandais est menacé par la défection du parti xénophobe de Geert Wilders qui ne souhaite pas soutenir sa politique d’austérité. Le Guardian en tire les conclusions : «  Tandis qu'Angela Merkel est engagée dans une course contre la montre pour faire ratifier ses mesures d'austérité en Europe (...), la politique intérieure de plusieurs Etats membres clés en Europe est en train de prendre la direction opposée. » Or, Hollande a eu la bonne idée d’annoncer dans son programme la renégociation du pacte budgétaire. Tout le microcosme hurlait. Pourtant, depuis que sa victoire se profile, il y a un profond changement en Europe. Mario Draghi, le président de la BCE, plaide pour un pacte de croissance en parallèle avec le pacte budgétaire. Mario Monti vient aussi avec la croissance. Enfin, le Premier ministre belge Elio Di Rupo n’a cessé de parler de croissance depuis son arrivée au pouvoir. Conséquences : Hollande, non encore élu, est déjà renforcé au niveau européen et Merkel est de plus en plus isolée.

 

 Merkel_pacte.jpg

Angela Merkel isolée n'a pas dit son dernier mot : elle refuse de renégocier le pacte.

 

 

Cependant, il ne faut pas se réjouir trop vite. Pour les Draghi, Monti et Barroso, il faut certes se tourner résolument vers la croissance. Mais quelle croissance ? Elle s’orienterait vers l’économie verte qui pourrait générer vingt millions d’emplois ! Mais, cela se ferait avec plus de flexibilité, avec une diminution de la fiscalité sur le travail (entendez les charges sociales des employeurs), une libre circulation des travailleurs (autrement dit, rétablir une sorte de directive Bolkestein), le SMIC à géométrie variable. Le seul point positif est l’adoption d’un contrat de travail type avec la suppression des contrats dits « atypiques ». Cela se réaliserait dans la concertation sociale. On sent que cette proposition politique résulte d’un débat au sein  de la Commission entre le Commissaire socialiste aux affaires sociales, le Hongrois Lazlo Andor et ses membres les plus ultralibéraux. Donc, la vigilance reste de toute façon de plus en plus de mise !

 

Enfin, le rôle de la BCE pourrait être redéfini pour enfin se consacrer à la solution sur les dettes souveraines.

 

Un  réel espoir, mais sans illusions

 

Tout cela dénote la perspective d’un vrai changement au sein de l’Union européenne. Il nécessitera, ne nous faisons pas d’illusions, un combat long et difficile. Les ultralibéraux et l’establishment économique allemand sont loin d’avoir dit leur dernier mot.

 

C’est incontestablement une victoire avant la lettre pour François Hollande. Il a un autre atout : l’appui sans réserve de Mélenchon. Mais Sarkozy a encore beaucoup de cartes dans son jeu. S’il parvient à se rallier le « marais » de la droite française, la mouvance la plus réactionnaire et xénophobe, il a encore pas mal de chances de « rempiler » le 6 mai.

 

Tout est donc possible. C’est pourquoi j’y crois un tout petit peu et j’espère beaucoup.

 

 

Pierre Verhas

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Published by pierre verhas
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commentaires

Daniel Fuld 27/05/2012 20:43

Il y a un an, j'avais fait le commentaire suivant :
"Les déclarations récentes des dirigeants, des autorités monétaires et des économistes me fait penser que les raisons pour lesquelles on fait une Union Monétaire sont mal comprises en Allemagne
:

- l’unification monétaire permet aux pays d’exploiter leurs avantages comparatifs et de réaliser une spécialisation productive efficace. Ceci implique que les pays (régions) d’une Union Monétaire
deviennent de plus en plus différents, que certains d’entre eux deviennent des économies de service : l’idée d’une nécessité de leur ré industrialisation est totalement erronée ;

- l’unification monétaire permet d’allouer efficacement l’épargne entre les régions (pays) de l’union ; les pays industriels ont nécessairement un excédent extérieur) qui est investi dans les pays
spécialisés dans les services qui ont nécessairement un déficit extérieur. Ceci montre que l’idée selon laquelle les pays doivent avoir des balances courantes équilibrées est totalement fausse,
qu’il est totalement normal que l’épargne excédentaire des allemands s’investisse dans les pays du Sud de l’Europe : il ne s’agit pas d’un soutien financé anormal.

En pratique, il est probable que l’annulation des dettes se fera à terme automatiquement au prix d’une forte inflation sur l’ensemble de l’Europe. Que faut-il souhaiter ?…"

Je voudrais ajouter à tout cela que la nouvelle selon laquelle, au niveau de la Région Bruxelloise, on ne créera aucune nouvelle école me fait frémir alors que nous devons faire face à une forte
augmentation démographique. C'est la porte ouverte aux écoles privées. L'égalité des chances serait dans ces conditions brisée.